00:00 (Générique)
00:07 Il est 18h20 sur RTL, on a donc un chiffre, une sorte de facture des émeutes de l'été dernier,
00:12 près d'un milliard d'euros d'après un rapport sénatorial.
00:15 Bon ok, mais maintenant, qu'est-ce qu'on fait de ce chiffre ?
00:17 Parce que reconstruire ce qui a été détruit sans traiter les problèmes à la base, ça ne suffira pas.
00:22 C'est un élu local qui est en studio avec nous, bonsoir, Driss Ettaouzi.
00:26 Ettazoui.
00:27 Ettazoui, bonsoir, merci pour votre invitation.
00:30 Excusez-moi pour ça.
00:31 S'il vous plaît.
00:31 Élu modem à Évreux dans l'heure, vous êtes aussi vice-président de l'association Ville et banlieue.
00:37 D'abord, est-ce que vous pouvez nous décrire rapidement ce qu'a subi, ce qu'a vécu Évreux au mois de juillet dernier,
00:42 dans les jours qui ont suivi la mort du jeune Nahel ?
00:45 Je crois que ce qui était surprenant, ce que vous n'attendiez pas du tout,
00:48 c'est que certains quartiers qui se sont enflammés n'en laissaient paraître aucun signe.
00:54 Et cette ville pourtant, elle s'est enflammée au sens propre comme au sens figuré.
00:58 La ville d'Évreux n'est pas une exception, elle s'est enflammée comme de nombreuses villes.
01:02 Beaucoup de collectivités, beaucoup de territoires ont vu effectivement, non seulement des quartiers,
01:07 mais on a vu que ce ne sont pas seulement des quartiers de la politique de la ville qui ont été touchés
01:11 par les émeutes et par les violences urbaines, mais vraiment des territoires de droits communs qui aussi ont été touchés.
01:16 Ça a été l'une des singularités d'ailleurs de ces violences urbaines.
01:19 Il y a Évreux, effectivement, on a eu affaire à une semaine, une dizaine de jours presque,
01:24 au quotidien, d'une violence extrême à laquelle on a dû faire face d'abord à les habitants, d'abord à la population,
01:32 domiciliés sur les quartiers de la politique de la ville, en particulier le quartier de la Madeleine.
01:36 Et j'ai envie de dire que les premiers à souffrir de la situation, ce sont ces habitants.
01:40 Ce sont les 6 millions d'habitants qui sont domiciliés sur ce territoire
01:43 et les 10 000 qui sont domiciliés sur le quartier de la Madeleine.
01:45 - On disait 1 milliard d'euros au plan national pour Évreux, pour une ville comme vous,
01:49 50 000 habitants comme vous nous l'avez rappelé, ça représente quoi ?
01:53 - Alors sur la ville d'Évreux, ce sont deux bâtiments publics qui ont été touchés.
01:57 C'est une école, l'école Bichelet, et c'est le siège de l'hôtel d'agglomération.
02:02 Donc c'est vraiment la représentation institutionnelle, la représentation du pouvoir local qui a été endommagé,
02:09 qui a été brutalisé avec approximativement aujourd'hui 400 000 euros de travaux sur les deux bâtiments
02:15 et sur l'école et sur l'hôtel d'agglomération.
02:17 L'hôtel d'agglomération a d'ores et déjà été réparé, réhabilité.
02:21 L'école Bichelet, pas encore parce que plus les dégâts sont importants
02:25 et plus le temps nécessaire à la reconstruction et à la réhabilitation est important également.
02:31 Et donc vous avez des délais d'expertise, toute une négociation avec les compagnies d'assurance
02:36 de manière à obtenir les dédommagements nécessaires pour entamer les reconstructions.
02:42 Est-ce qu'elles ont joué le jeu ces assurances ?
02:44 Alors aujourd'hui, d'un avis partagé, on a des assurances qui quittent nos territoires.
02:49 Nous on avait deux assurances, les deux aujourd'hui qui étaient des assurances étrangères.
02:52 Vous faites un appel d'offres, vous avez des assurances qui répondent.
02:54 On avait une anglaise et une allemande, les deux ont foutu le camp.
02:57 Et aujourd'hui l'assurance qui a bien voulu assurer la ville d'Evreux et les bâtiments publics de la collectivité,
03:04 pour ces assurances-là, aujourd'hui le coût est multiplié par 6.
03:08 La prime d'assurance a été multipliée par 6.
03:11 Et donc c'est une vraie dépense significative pour la collectivité.
03:14 J'ai eu la prime de l'assurance, mais on ne parle pas de la franchise aussi,
03:17 parce que la franchise est éminemment importante et elle a été désormais multipliée par 3.
03:21 Et donc dans ces temps où on nous dit que l'abondance s'est terminée,
03:24 les collectivités qu'on va ponctionner demain, c'est ce qu'on vient de nous annoncer aussi,
03:28 doivent faire face pour toutes celles et ceux, toutes celles qui ont été en tout cas touchées par ces violences,
03:33 à de nouvelles dépenses significatives en matière d'assurance.
03:36 On en a beaucoup parlé de ces émeutes, évidemment,
03:39 notamment au plan politique, Emmanuel Macron a invité de nombreux élus en disant
03:42 "Attendez, on va laisser passer l'été, puis après on se réunit, effectivement,
03:46 il faut qu'on traite le problème à la racine".
03:49 Bilan, il ne s'est pas passé grand-chose, vous êtes déçus ?
03:52 Juste un mot, si vous le permettez, je vais répondre à votre question,
03:55 parce qu'il y a le coût également invisible de ces violences urbaines dont on ne parle pas.
03:58 Vous avez les 1 milliard dont vous parlez, c'est 793 millions d'euros exactement,
04:02 l'estimation faite par les sénateurs,
04:06 mais vous avez tous ces dégâts finalement qu'on a du mal,
04:10 qui sont invisibles, qu'on a du mal à estimer,
04:12 c'est celui de l'image de nos territoires, l'image de nos quartiers,
04:15 l'image de nos collectivités, leur attractivité.
04:17 Quand il se passe ce qu'il se passe, c'est la chute du prix de l'immobilier,
04:21 c'est une économie en berne, c'est la mixité sociale qui est à l'arrêt.
04:25 Donc ce sont tous ces sujets-là aujourd'hui qu'on ne chiffre pas, mais qui sont une réalité de main.
04:29 Et pire que tout, c'est la perception de nos concitoyens,
04:32 de ce qui s'est passé sur ces territoires, puisqu'aujourd'hui ils se disent
04:35 "Ah quand même, donc il y a un coût politique, et ce coût politique, celui qui en engendre les bénéfices,
04:40 c'est le Rassemblement National, c'est Reconquête".
04:42 Et ça c'est un vrai drame. Ce coût-là il est énorme, on ne le chiffre pas.
04:46 C'est d'autant plus important de prendre à bras le corps ce problème,
04:49 ce qu'avait dit qu'il ferait Emmanuel Macron.
04:52 Absolument, nous on a demandé au ministère de la Ville,
04:55 à Madame la Ministre, qui est en charge du sujet,
04:58 qu'on puisse avoir une commission qui va nous permettre de suivre et d'évaluer
05:01 l'ensemble des mesures que le Président de la République, à l'occasion d'un comité interministériel, a annoncées.
05:06 Parce que c'est bien de faire un certain nombre d'annonces,
05:09 mais l'idée quand même c'est qu'on puisse s'assurer que ces annonces-là
05:12 atterrissent nécessairement sur nos territoires.
05:15 Aujourd'hui on en est encore à poser la question.
05:18 On nous a rassuré qu'effectivement on aurait à suivre et à évaluer
05:21 chacune des actions qui ont été proposées par la Première Ministre
05:23 et par l'ensemble des ministres qui a été présent à Chantelouly-Vigne,
05:26 dans le cadre de l'interministériel.
05:28 Et donc on sera attentif à ce que chacune des mesures qui a été proposées par le chef de l'État
05:31 soit bien mise en œuvre.
05:33 Parce que pour l'instant on a plutôt l'impression que tout ça a été royalement enterré.
05:36 J'étais à cette réunion avec les élus, qui attendaient beaucoup de choses.
05:39 Ensuite Elisabeth Borne nous dit "Oui, ne vous inquiétez pas,
05:42 on va s'occuper de ça dans quelques mois".
05:44 On n'a pas du tout entendu Gabriel Attal s'emparer du sujet.
05:47 C'est comme s'il y avait une volonté de mettre un peu tout ça sous le tapis,
05:50 parce qu'il y a aussi d'autres problèmes à gérer,
05:52 inflation, pouvoir d'achat, des élections européennes.
05:54 Vous n'avez pas l'impression d'être désoublié depuis le mois de juillet dernier sur tous ces sujets-là ?
05:58 - Vous savez, sur les territoires de la politique de la ville,
06:00 on dit souvent que ce sont les territoires perdus,
06:02 ou je dirais les territoires oubliés de la République.
06:04 Pour le coup, ils n'ont pas perdu.
06:06 Il est vrai qu'on n'est pas souvent dans les scopes
06:08 du Premier ministre et des ministres en question.
06:11 Pour autant, le lien avec la ministre de la Ville est quand même maintenu.
06:15 On a régulièrement, que ce soit avec celle de la Ville,
06:18 mais que ce soit aussi avec celui du logement.
06:20 Parce que la question du logement, de la mixité,
06:22 de la diversification du peuplement, on n'en parle pas beaucoup.
06:24 Mais c'est un vrai enjeu aussi sur le territoire,
06:26 parce que le vivre-ensemble, il passe à travers la diversification du peuplement sur ces territoires.
06:30 Et si on ne réussit pas à faire cohabiter tout le monde sur notre quartier,
06:33 eh bien on aura ensemble échoué.
06:35 Et c'est là où la République aura elle aussi échoué.
06:37 - Si le gouvernement n'a pas bougé, est-ce que ça veut dire que votre ville d'Evreux a déjà bougé
06:40 pour essayer de prévenir peut-être d'éventuelles nouvelles émeutes ?
06:44 - Alors, le gouvernement a bougé.
06:46 On a envie de dire qu'il y a eu les cités éducatives.
06:48 Aujourd'hui, on a une promesse de généralisation de ces cités éducatives,
06:51 avec des moyens qui sont importants.
06:52 À Yvereux, c'est 300 000 euros supplémentaires sur la cité éducative.
06:55 Vous savez, la cité éducative, c'est ce dispositif qui vous permet finalement
06:58 de jalonner le parcours de l'enfant, de chez lui, jusqu'à l'école,
07:02 et après l'école, jusqu'au retour de chez lui,
07:04 en mobilisant le tissu associatif avec l'ensemble des acteurs
07:07 qui participent à l'instruction et à l'éducation de nos enfants.
07:10 On ne le dit pas assez.
07:11 Mais vous savez, la question de l'instruction, elle est éminemment importante.
07:13 Je fais juste un petit focus là-dessus.
07:16 Aujourd'hui, il y a 15 millions d'heures qui ne sont pas remplacées à l'éducation nationale.
07:19 Et quand vous ne dispensez pas ces heures-là,
07:22 c'est autant d'apprentissage que vous ne transmettez pas,
07:25 autant de codes que vous ne transmettez pas.
07:27 Et à ces enfants, qui se sont davantage les enfants du quartier,
07:30 plus que les enfants de la République, à qui vous dites finalement
07:33 "vous appartenez à la société",
07:35 mais quand ils n'ont pas les codes, quand ils n'ont pas les mots,
07:37 quand ils n'ont pas la maîtrise des phrases, du vocabulaire,
07:40 de l'orthographe et de la grammaire,
07:41 quand ils n'arrivent pas à mettre sur des mots "MAUX"
07:44 et bien des mots "MOTS",
07:46 leur alternative c'est la violence.
07:48 Et on devient brutal.
07:49 Donc c'est l'une des raisons aussi pour lesquelles il nous faut absolument travailler
07:52 sur la question de l'instruction.
07:53 On a beaucoup pointé du doigt les parents,
07:55 on les a même stigmatisés sur la question de l'autorité parentale.
07:58 Je pense que la question de l'instruction est aussi nécessaire
08:01 et que la responsabilité est toujours partagée.
08:03 - Merci beaucoup.
08:04 Merci infiniment pour ce témoignage venu du terrain
08:07 et qui nous éclaire aussi presque un an après ces émeutes,
08:10 Idriss Etazawi.
08:11 Vous êtes élu local à Évreux,
08:12 vous vous occupez aussi de l'association Ville des bons lieux,
08:15 donc vous êtes le vice-président.
08:16 Merci de vous être déplacé jusqu'à nous ce soir.
08:18 18h28 sur RTL,
08:20 on va vous parler ce soir du grand retour des pompistes
08:24 dans les stations-services.
08:26 C'est assez surprenant, vous allez voir ça dans quelques minutes.
08:29 - Et puis la viso-conférence avec Alex Vizorek au menu ce soir.
08:33 - Je vais vous faire le plein de blagues.
08:35 - Ah ah ah !
08:36 - Ok, il y en aura des meilleures.
08:39 - À tout de suite Alex, à tout de suite à vous.
08:42 RTL Bonsoir
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