00:00Il est 18h19, décidément quand c'est fini ça recommence, on croyait que tout le monde
00:07s'était mis d'accord de la droite au centre, en tout cas ça reste très compliqué de
00:11trouver un accord pour entrer au gouvernement, puis la phrase du jour elle est signée Emmanuel
00:14Macron, il faut laisser Michel Barnier travailler.
00:17Bonsoir Jean Garrigue.
00:18Bonsoir Yves Calvi.
00:19Je souris en lisant cette phrase.
00:20Vous êtes historien, président du comité d'histoire parlementaire et je salue notre
00:23camarade Christophe Barbier, journaliste, éditorialiste.
00:25Bonsoir Christophe.
00:26Bonsoir Yves, bonsoir Jean.
00:28On aura un gouvernement ce week-end, Christophe Barbier ?
00:31Normalement oui, dimanche ça devrait être le cas.
00:33Ce qui bloque maintenant c'est sans doute encore des arbitrages politiques, vous avez
00:36évoqué ces tensions dans la majorité, dans ce qui est la nouvelle coalition, et puis
00:40c'est aussi quand même un petit blocage technique, une épreuve technique.
00:43C'est la haute autorité de transparence de la vie publique qui doit passer quand même
00:46au peigne fin les dossiers de tous ces futurs ministres pour vérifier qu'il n'y en a pas
00:50un qui a oublié de payer ses impôts comme Thomas Thévenoud il y a quelques années.
00:54Les centristes, le modem qui se posent vraiment des questions, enfin d'ailleurs pardonnez-moi,
00:59est-ce qu'ils se posent vraiment des questions ou est-ce qu'ils veulent tout simplement
01:01qu'on s'occupe d'eux ?
01:02Il y a des deux, bien sûr ils ont envie d'être gâtés et s'ils obtiennent les ministères
01:08qu'on leur prête, la santé, les affaires étrangères, ils sont plutôt bien lotis,
01:11mieux lotis en tout cas que les proches d'Édouard Philippe.
01:13C'était une manière aussi pour François Bayrou et ses troupes de marquer une sorte
01:17de ligne rouge idéologique, les membres des LR qui sont entrés dans ce gouvernement sont
01:21très à droite, beaucoup sont issus des soutiens à François Fillon d'il y a quelques
01:25années et donc le modem vous laisse en distancier.
01:28Je pense que François Bayrou prépare aussi la suite, il se dit que ce gouvernement a
01:31une durée de vie limitée, que peut-être à la fin de l'automne, au début de l'année
01:352025, une autre formule sera essayée, peut-être le retour de Bernard Cazeneuve et là le modem
01:41pourra stayer la part du Lyon, vous voyez il essaye d'avoir un coup d'avance.
01:44Bon Jean-Garrick, le modem, je vous ai vu réagir mais d'abord cette question, le modem
01:48boudait aujourd'hui, de toute façon ils vont rentrer au gouvernement ?
01:51Oui, c'est un sketch, c'est l'arithmétique de cette majorité pour Michel Barnier, il
01:59faut qu'il y ait de la place pour les républicains, c'est normal, il est républicain, c'est
02:03normal aussi qu'il y ait une majorité de macronistes, ils sont majoritaires à soutenir
02:09Michel Barnier.
02:10Et puis c'est normal évidemment qu'il y ait quelques modems et c'est vrai que les
02:15affaires étrangères c'est pas mal, on parle de Jean-Noël Barreau qui a l'expérience
02:19du ministère délégué à l'Europe et Geneviève Darriussec qui est médecin à
02:25la santé, c'est pas choquant, je pense que ça serait bien pour le modem.
02:29Quel est le problème au moment où nous parlons ? Qu'est-ce qui bloque exactement
02:32d'après vous ? Chacun fait un peu de surenchère et ça permet au Président de la République
02:37de faire du second degré en disant il faut laisser Michel Barnier travailler.
02:40Non mais moi ça annonce ce qui est pour moi, je parle de triple voire de quadruple cohabitation.
02:45On est habitué à la cohabitation, ça n'en est pas une puisque au fond la force majoritaire
02:52qui soutient le Premier Ministre c'est la majorité présidentielle, c'est le parti
02:57d'Emmanuel Macron, c'est ensemble, donc c'est pas une vraie cohabitation.
03:01Il n'empêche que ça fragilise Michel Barnier et forcément dans les quatre cohabitations
03:05habituelles le Premier Ministre est le chef d'une majorité absolue.
03:09Donc vous avez la cohabitation avec un Président de la République qui de facto est finalement
03:14renforcé pour une période de cohabitation habituelle.
03:18Il est plus fort que dans une période de cohabitation habituelle parce que Michel Barnier
03:21est plus faible et parce que Michel Barnier doit être en cohabitation avec l'Assemblée,
03:27le reste de l'Assemblée, mais aussi il doit être en cohabitation avec sa majorité parlementaire
03:33et je dirais même qu'à l'intérieur de cette majorité parlementaire il doit être
03:36en cohabitation avec non seulement son parti, vous avez vu que Laurent Wauquiez lui a refusé
03:41d'entrer dans le gouvernement, parce qu'on ne lui donnait pas le poste qu'il voulait,
03:45et puis surtout parce que Laurent Wauquiez lui il prépare l'élection présidentielle
03:50de 2027.
03:51Alors on rappelle les chiffres Christophe Barbier, 7 ministres macronistes, 3 les Républicains,
03:552 Modem, 1 Horizon, le parti d'Édouard Philippe et un centriste UDI, on cherche le
04:00divers gauche non ?
04:01Oui on cherche encore le divers gauche, il m'a l'air d'être plus divers que gauche
04:05d'ailleurs, c'est évidemment un élargissement vers la gauche de la coalition qui a échoué
04:10Michel Barnier n'a trouvé que des portes fermées, celles de Stéphane Lefol, celles
04:14du maire de Saint-Ouen, celles de Karim Adéli, rien ne s'est ouvert.
04:18Alors c'est la responsabilité de la gauche, Didier Migaud pourrait rentrer au ministère
04:22de la justice, oui alors là ça ne serait pas un second couteau, Didier Migaud d'évidence
04:26a un parcours de gauche, c'est en plus un rône alpin, il était élu dans l'ISER
04:30donc il a fréquenté Michel Barnier quand ils étaient tous les deux en politique active,
04:33mais Didier Migaud c'est surtout l'ancien premier président de la cour des comptes,
04:37donc il va rentrer comme magistrat spécialiste des comptes publics, ça sera surtout cette
04:41fonction technique, il n'aura pas d'emprise sur le PS, il ne va pas décrocher des votes
04:45favorables du PS, donc c'est un affichage de gauche, ce n'est pas un levier de gauche.
04:52Alors on va récupérer notre Christophe Barbier puisqu'on a une rupture, il est à distance,
04:58Jean Garret que j'en profite puisque vous êtes avec nous, on n'avait jamais connu
05:00pareille situation sous la Vème République.
05:02Non, c'est quelque chose qui est totalement inédit, pourquoi ? Parce que tout simplement
05:06vous avez une situation, un rapport de force politique qui ressemble au fond à des choses
05:10qui ont existé sous la Troisième et surtout sous la Quatrième République, par exemple
05:13ce qu'on appelait la Troisième Force, vous aviez une coalition de partis centraux et
05:17puis entre les deux, enfin aux extrêmes pardon, d'un côté les gaullistes, de l'autre
05:21côté les communistes, on voit très bien aujourd'hui qui joue ce rôle, LFI c'est
05:25un petit peu le rôle protestataire que jouaient les communistes à l'époque et puis à droite,
05:30très à droite, il y avait les gaullistes, aujourd'hui il y a le Rassemblement National.
05:34Et donc on a une situation de ce type, par rapport aux institutions de la Vème République,
05:40c'est-à-dire que c'est complètement contre-intuitif, la Vème République a été fabriquée par
05:44le général De Gaulle, pour qu'on ait une majorité absolue qui soutient le président
05:49de la République, donc on est dans quelque chose de complètement inédit et ça explique
05:53aussi pourquoi il y a comme ça toutes ces hésitations, c'est une révolution culturelle
05:58qu'il faut faire pour ces hommes qui ont été habitués à ce petit jeu, même quand
06:02il y avait cohabitation, il y avait une majorité absolue, on savait qui faisait quoi, qui
06:07faisait quoi, là vous êtes dans quelque chose de totalement inédit et on comprend
06:11que ça tâtonne beaucoup, j'ajoute là-dessus évidemment qu'on reste en Vème République,
06:17c'est-à-dire que tout est dominé derrière par la perspective de l'élection présidentielle,
06:22ça vous explique pourquoi Édouard Philippe n'est pas entré là-dedans et qui mène
06:26sa barque, Gabriel Attal à la tête du groupe parlementaire va aussi regarder 2027, Laurent
06:33Wauquiez n'est pas entré parce qu'il est à l'horizon de 2027 et Mélenchon joue la
06:37stratégie de la tension parce que lui aussi veut être le candidat de la gauche en 2027.
06:42Christophe Barbier, j'ai une dernière question à vous poser, excusez-moi mais je vous donnerai
06:4530 secondes, est-ce qu'on est en train d'abîmer la Vème République ou plutôt est-ce qu'elle
06:49est en train d'une certaine façon de s'abîmer elle-même ?
06:52Oui, on est en train d'achever cette Vème République qui a été fort malmenée depuis
06:57l'invention du quinquennat et le fait que les calendriers ne soient pas inversés avec
07:00les législatives derrière la présidentielle, la pratique de certains présidents très
07:04centralisateurs, Sarkozy comme Macron, tout cela est en train de faire entrer la Vème
07:09République dans son quatrième âge, la IIIème République a duré 70 ans, 70 ans ça nous
07:13mène à 2028 pour la Vème République, je ne suis pas sûr qu'on les atteigne.
07:17Bon alors je sais que Jean Garrigue n'est pas du tout d'accord avec vous mais ça nous
07:19permettra de refaire un débat un jour ou l'autre avec grand plaisir.
07:22Mais oui, c'est déjà plus la cinquième Jean !
07:23Pas tout à fait d'accord.
07:24Ne me lancez pas s'il vous plaît ! Jean Garrigue, Christophe Barbier, merci infiniment d'avoir
07:29été avec nous pour commenter la situation politique, on attend donc toujours notre gouvernement.
07:32Dans un instant, une ancienne ministre qui a bien connu ses moments d'incertitude et
07:36de tension, votre nom est cité, on vous propose un ministère, puis on vous en donne un autre,
07:41à tout de suite avec Roselyne Bachelot.
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