00:00Il y a quelqu'un qui se lève encore plus tôt que nous !
00:02C'est vrai ?
00:02Oui, notre invité !
00:03Ça existe !
00:03Mais avant ça, on rappelle effectivement la question de ce matin.
00:06Est-ce que vous buvez moins de vin qu'avant ?
00:09Oui, parce que je bois moins d'alcool en général.
00:12Oui, parce que je bois un peu plus de bière.
00:14Oui, parce que je bois du vin de meilleure qualité.
00:16Je vous donnerai les résultats de tout ça.
00:17Ou alors non, vous buvez toujours autant,
00:19voire même peut-être un peu plus de vin qu'avant.
00:22Vous nous appelez au standard sans tarder, maintenant.
00:24Mais si vous vous appelez, c'est pour intervenir à l'antenne,
00:27pas pour donner votre avis.
00:29Pour ça, vous avez l'appli avec laquelle vous pouvez voter.
00:32Le téléphone, c'est le 04 67 58 6000.
00:34On est avec Rémi Dumas, viticulteur et président des Jeunes Agriculteurs de l'Hérault.
00:39Et viticulteur à Saint-Géniès-des-Mours.
00:41Bonjour, Rémi Dumas.
00:42Bonjour.
00:42Je sais que vous vous êtes levé encore plus tôt que nous,
00:44parce que là, en fait, vous descendez de votre machine avant-danger.
00:47Tel quel, je suis parti à une heure et demie du matin
00:50pour essayer d'être à l'heure avec vous aujourd'hui.
00:51Une heure et demie du matin ?
00:53Une heure et demie, oui, c'est ça.
00:55Vous n'avez pas dormi, quoi ?
00:56Un petit peu, oui.
00:57Est-ce qu'il y a beaucoup de viticulteurs,
00:59parce que ça vendange beaucoup la nuit en ce moment encore ?
01:01C'est ça.
01:02Le but de vendanger la nuit, ce n'est pas par plaisir.
01:04On aimerait bien dormir comme tout le monde.
01:06C'est pour garder la fraîcheur du raisin, éviter l'oxydation.
01:09Et puis aussi, ça permet de moins refroidir le jus quand il arrive en cave.
01:14Donc, c'est aussi écologique.
01:16Puis, c'est bien pour tout le monde.
01:18Alors, à part un petit peu les nuisances sonores,
01:20on s'en excuse, pardon.
01:22Mais bon, voilà, c'est pour le bien de tout le monde.
01:25Et puis, faire un vin de qualité derrière,
01:27ce qu'on sait faire dans notre beau département.
01:28Alors, vous en êtes où dans ces vendanges ?
01:30Elles se terminent, là ?
01:31On approche de la fin, doucement.
01:34Ça dépend des endroits.
01:35Ça dépend du vin que l'on veut faire aussi,
01:37parce que ces vendages ont été quand même assez tardives.
01:40Une maturité très aléatoire, parce qu'on a eu de la pluie.
01:45Alors, on ne va pas s'en plaindre, parce qu'on a besoin d'eau.
01:48Voilà, on a eu de la pluie au printemps aussi.
01:50Mais un été plutôt sec et chaud.
01:52Donc, on dit qu'en degrés d'alcool,
01:54ça va être pas du costaud, mais en tout cas du bon.
01:58Oui, ça peut être bon pour ceux qui vont vendanger un petit peu plus tard.
02:01Du coup, garder les raisins sur les souches plus tard
02:04pour atteindre vraiment la bonne maturité.
02:07Par contre, l'eau, un petit peu sur toute l'année,
02:09on ne va pas s'en plaindre.
02:10Par contre, ça a été au moment de la fleur où il a fait froid aussi.
02:12Et du coup, ça a fait beaucoup de ce qu'on appelle le millerandage.
02:15Donc, c'est des grappes avec des gros et des petits grains.
02:18Ça a fait de la coulure.
02:19Donc, des grains qui ne sont pas là.
02:22Et donc, ça fait une maturité qui est compliquée
02:25parce que ces petits grains ne mûrissent pas.
02:28Et donc, du coup, quand on fait les prélèvements,
02:29par exemple, pour voir la maturité,
02:31on prend les grains qui sont devant.
02:34Et donc, ça fosse un petit peu.
02:35Mais bon, il faut de la patience.
02:37On a eu un petit peu d'eau pendant les vannages.
02:38Donc, là aussi, ça a stoppé la maturité.
02:40Mais en tout cas, oui, le millésime s'annonce quand même plutôt bien.
02:44Malgré beaucoup d'aléas aussi dus au Midjou sur pas mal d'endroits aussi.
02:50Plutôt de la qualité, mais moins de quantité.
02:52D'ailleurs, au niveau national, c'est la tendance.
02:55On parle de 40 millions d'hectolitres en 2024.
03:01C'est beaucoup moins que l'année dernière.
03:02Alors que l'année dernière, la récolte française
03:05était en tête de la récolte européenne et même mondiale, je crois.
03:08Oui, mais effectivement.
03:09Et puis, sur le département de l'Euro, on a une moyenne de 4,6 millions.
03:13Là, on sera à 4,2 à peu près.
03:15Voilà, donc c'est vrai qu'il y a une grosse baisse de rendement cette année.
03:19Alors, grosse baisse de rendement.
03:21Baisse aussi observée, celle de la consommation.
03:23Ça continue de diminuer dans des proportions relativement raisonnables.
03:27C'est quand même une courbe descendante qui ne fléchit pas, qui ne remonte pas.
03:32Ça, ça vous préoccupe ?
03:34Ça nous préoccupe parce qu'effectivement, on a du vin de disponible.
03:38On a augmenté la qualité.
03:39On est meilleur au niveau de l'environnement aussi.
03:42On fait tous les efforts que l'on peut avec les moyens que l'on nous donne aussi,
03:46sans tomber dans des impasses techniques à certains endroits.
03:49Mais on essaye toujours de s'améliorer au maximum.
03:51Et donc, ces vins de qualité sont sur le marché,
03:54mais effectivement, ils ne trouvent pas preneur.
03:56Donc, pour plusieurs raisons, bien sûr.
03:57Pourquoi ? C'est une question de coût déjà, pour commencer ?
04:00Il y a plusieurs facteurs.
04:01La baisse de consommation, ça, c'est un fait.
04:04Et puis, effectivement, le pouvoir d'achat.
04:06On le voit notamment en grande surface.
04:07Les gens vont acheter leur alimentation avant la partie plaisir, j'ai envie de dire,
04:11qui est le vin.
04:12Et puis, sur les marchés internationaux, à l'export,
04:17on n'est pas compétitifs parce qu'on a des vins qui coûtent assez cher.
04:19Et donc, du coup, on a du mal à aller aussi rechercher des marchés à l'export.
04:23Le client étranger, il ne fait pas forcément la distinction.
04:26Et lui, ce qu'il va regarder d'abord, c'est le prix.
04:28Il ne va pas faire la distinction entre un bon vin français de qualité
04:31et un vin moins coûteux, moins onéreux, mais produit ailleurs, c'est ça ?
04:34Il y a un petit peu de tout là aussi.
04:37Mais il faut savoir qu'aussi, au niveau mondial, tout le monde a augmenté sa qualité
04:40parce que le mauvais vin, il ne se vend plus.
04:42Qu'il soit en France, en Espagne ou au Chili, etc.
04:45Le mauvais vin ne se vend plus.
04:46Donc, tout le monde a augmenté en qualité.
04:48Et forcément, les gens vont voir le rapport qualité-prix, effectivement, le mieux.
04:53Et donc, la France, on n'est pas super bien placé au niveau mondial.
04:56Vous nous appelez 0467586000 pour répondre à cette question.
04:59Buvez-vous moins de vin qu'avant ?
05:01On a envie, évidemment, d'entendre si c'est le cas ou non.
05:03Oui, alors déjà, on va tuer le suspense.
05:05On va donner les résultats du sondage.
05:06Vous êtes une toute petite majorité relative à répondre
05:09Oui, j'en bois moins qu'avant, mais je bois moins d'alcool en général.
05:13Donc, ça veut dire qu'il y a déjà une baisse de la consommation d'alcool.
05:16Évidemment, les campagnes sanitaires, notamment, sont passées par là.
05:20Vous êtes 26% à répondre non autant.
05:22Vous êtes 22% à dire oui, mais du vin de meilleure qualité.
05:26On y revient, Amélie Dumas.
05:28Et puis, vous êtes 8% à dire oui parce que vous buvez un petit peu plus de bière.
05:32Voilà, parce que ça, la bière, ça vous fait du mal aussi.
05:34Ça nous fait du mal. C'est les agriculteurs aussi derrière.
05:38Alors là, par contre, je pense qu'il y a beaucoup une question de prix,
05:42d'approche, d'éducation.
05:43Quand vous allez au restaurant, la bière est beaucoup moins chère que le vin.
05:46Et ça aussi, c'est quelque chose, notamment à la Chambre d'agriculture,
05:49la CCI, la mairie, etc.
05:51que l'on va développer pour essayer de réduire aussi les vins dans les restaurants.
05:55Je squeeze un peu, mais c'est un peu inexclu.
05:57Mais on vous en dira plus.
05:59Ce qui est sûr, c'est qu'on le voit sur les tables.
06:01Au final, les gens, quand ils ont envie de boire l'apéro,
06:04ils boivent souvent plus une bière qu'un verre de vin à 7 ou 8 euros.
06:07Et on le comprend. Et surtout, ce qu'il faut savoir,
06:09c'est que cet argent-là ne va pas dans la poche des viticulteurs.
06:12Parce qu'on dit qu'il y a une baisse de récolte récurrente.
06:15Par contre, la rémunération est derrière l'agriculteur.
06:18On ne la voit pas. Le prix du vin a presque baissé depuis 2019.
06:23Par contre, nos charges ont augmenté de 20 %, de 20 %, donc c'est énorme.
06:27C'est-à-dire qu'en fait, on absorbe tant bien que mal cette hausse de charge
06:31sans être rémunéré derrière, tout comme les pratiques vertueuses
06:34quand on est certifié haute valeur environnementale,
06:37ou même le bio, qui a un marché qui a beaucoup baissé.
06:40Et ça, on n'est pas rémunéré pour nos pratiques,
06:43alors qu'on passe beaucoup plus de charges.
06:44– C'est là où je voulais en venir, Jamy Dumas.
06:45Je voulais terminer par ça avec vous aujourd'hui.
06:47Il y a eu ce mouvement du monde agricole en début d'année,
06:50qui a pris fin avec l'annonce du précédent gouvernement,
06:53qui est toujours en place d'ailleurs, il n'y a toujours pas rien pour l'instant,
06:55des missionnaires, mais qui ont fini par calmer un peu les choses.
06:59Mais on sent qu'à nouveau, la colère est en train de remonter,
07:02est en train de gronder, notamment dans le milieu de la viticulture,
07:05ça pourrait répéter du jour au lendemain.
07:07– Ce qu'il faut savoir, c'est que la colère, elle n'est jamais baissée.
07:10Nous, chez les jeunes agriculteurs notamment, avec nos amis de la FNSEA,
07:15on est toujours au travail et on est toujours derrière nos politiques
07:18pour essayer de construire l'agriculture de demain,
07:20et surtout pousser nos positions,
07:23montrer aussi la réalité du terrain au quotidien à nos politiques.
07:27Et ce n'est pas parce qu'on n'est pas dans la rue, qu'on n'est pas au travail.
07:29Et ça, c'est une certitude, et c'est ce qu'on fait tout le temps.
07:32Par contre, effectivement, le gouvernement avait annoncé des choses
07:35qui allaient plutôt dans le bon sens, même s'il n'y avait pas tout.
07:38Donc c'est pour ça qu'on a rentré les tracteurs,
07:39et puis de toute façon, on est agriculteurs, on est là pour bosser,
07:42parce que nous, on ne peut pas mettre sur pause nos exploitations.
07:45Voilà, on sait que là…
07:46– Il faudrait que les annonces soient suivies d'effets.
07:49– Voilà, c'est les effets, parce que les annonces, elles ont été faites,
07:51elles vont être remaniées avec un nouveau gouvernement très certainement,
07:54notamment au niveau de la loi sur l'orientation agricole.
07:58Et on n'a toujours pas cette vision de l'agriculture française
08:00que l'on demande depuis des mois, parce que ça donnerait un cap de se dire
08:04quelle agriculture nous voulons en France demain.
08:07Et ça, on ne le sait toujours pas.
08:08Encore une fois, il ne faut pas opposer environnement et production alimentaire,
08:12mais il ne faut pas oublier que l'agriculture, c'est produire notre alimentation.
08:15– Il y a quelques messages sur notre page Facebook.
08:17Je vous lis le message de Christian, qui en fait, ce n'est pas de lui,
08:19il cite Pasteur.
08:20Vous saviez que Pasteur avait dit un jour
08:21« le vin est la plus saine et la plus hygiénique des boissons »,
08:23comme vous l'aviez dit ?
08:24– Bien sûr, bien sûr, je l'ai à la maison.
08:26– Mais avec modération, évidemment.
08:27– Je l'ai à la maison.
08:28Et mon mère Yvonne Pelé dirait, avec sagesse, si vous reprendrez,
08:32parce que c'est vrai, on ne va pas faire la consommation de l'alcool
08:35en faisant la pub, mais boire un bon vin,
08:38c'est apporter un moment de plaisir aussi au moment du repas.
08:40– Merci Rémi Dumas, viticulteur à Saint-Géniès-des-Mourgues
08:43et président des Jeunes Agriculteurs de l'Hérault
08:45d'être revenu ce matin et bon courage pour la fin des vendanges.
08:47– Merci.
08:48– Et des vendanges, on en parle dans l'info d'ici.
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