00:00L'invité éco, Isabelle Raymond.
00:04Bonsoir à toutes et à tous, c'est un des leaders mondiaux du secteur des assurances.
00:09AXA, dont je reçois ce soir le patron, Thomas Buberle, bonsoir.
00:13Bonsoir Isabelle.
00:14Vous êtes le directeur général d'AXA, merci d'avoir choisi France Info.
00:17Vous êtes suisse, vous êtes allemand, vous êtes français.
00:20Vous vous sentez plutôt de quelle nationalité en ce moment ?
00:23Nationalité européenne.
00:25Mais vous allez voter ?
00:27Bien sûr, je vais voter en France, ça va être la première chose que je vais faire dimanche matin à 8h.
00:32Si vous aviez un message à faire passer comme patron du CAC 40 cette fois-ci ?
00:37C'est le message sur la responsabilité.
00:40Cette vote dépend de nous et j'appelle à tout le monde de voter.
00:45Et quelqu'un qui ne vote pas, c'est un signe de manque de responsabilité civile.
00:51D'accord.
00:52Votre métier, ce sont les assurances.
00:55Aujourd'hui, le risque climatique est l'un des principaux risques pour les assureurs en France.
01:00Vous comptez 7 millions de clients.
01:02Le coût des sinistres climatiques a atteint 6,5 milliards d'euros en France en 2023.
01:07Comment, à votre avis, se profite 2024 ?
01:10Est-ce que ça va vous coûter encore plus cher ?
01:12Alors si on prend le passé, la réponse doit être oui.
01:16Parce que certainement si je regarde l'année 2023, ça a coûté 40% de plus que les derniers 10 ans.
01:24Après, ce n'est pas l'année la plus chère.
01:27C'est ça.
01:28Mais s'il se traîne, se continue, on doit dire oui.
01:31Mais on est un peu tôt dans l'année parce que la deuxième partie de l'année est beaucoup plus intense
01:36en termes des événements climatiques que la première partie.
01:40On a vu la partie la moins grave.
01:43C'est pourquoi c'est difficile à dire.
01:44Parmi les risques, quels sont ceux qui coûtent le plus cher quand on regarde les risques climatiques ?
01:49Est-ce que c'est les tempêtes, les inondations, les maisons fissurées ou tout cela à la fois ?
01:53Tout ça coûte très cher et certainement ça coûte cher parce qu'on ne s'est jamais attendu à ce niveau de risque.
02:02Parce que c'est ce qu'on voit certainement que les grands événements, les grands ouragans,
02:07dans le temps, ça coûte quelquefois moins cher.
02:10Parce que ce n'est pas assuré ?
02:12Non, parce que la prévention que les États, les entreprises, les particuliers ont installées aide et marche.
02:20Néanmoins, on a beaucoup de nouveaux événements.
02:23Les inondations, la sécheresse, les feux, ils apparaissent où on ne pense pas qu'ils apparaissent.
02:30C'est pourquoi la prévention est difficile et c'est ce coup-là qui fait la facture lourde.
02:36Est-ce que c'est propre à la France ou est-ce que finalement vous observez ces phénomènes
02:42et le fait qu'ils soient de plus en plus difficiles à prévoir partout dans le monde ?
02:46Je rappelle que vous êtes présent dans une cinquantaine de pays.
02:49Alors malheureusement, on voit ces phénomènes partout.
02:53Si c'est en Chine, aux États-Unis, en Europe, partout.
02:56Il est clair que le mécanisme pour traiter ces défis est très différent.
03:03Et là, je pense qu'on peut clairement dire que la France a trouvé un mécanisme
03:08qui est un mélange privé-public, qui marche très bien
03:13et qui aide aussi à adoucir cette loudeur des charges par les sinistres.
03:19Avec les primes qu'on appelle 4 Nats, de catastrophe naturelle,
03:23effectivement c'est un système un petit peu particulier, public-privé.
03:27On a vu que l'État avait prévu d'augmenter la prime 4 Nats en 2025.
03:33Avec concrètement quelle répercussion sur les tarifs des assurances, Thomas Buberle ?
03:39Il est clair que si on veut que l'assurance marche
03:43et on veut que l'assurance reste un outil de confiance,
03:47il faut que la facture marche.
03:49Ça veut dire que si les sinistres augmentent, il faut aussi que les primes suivent.
03:53Et c'est ça la réaction que vous décrivez.
03:57Ça va mécaniquement augmenter ?
04:00Oui bien sûr, parce qu'on a une sinistralité qui est beaucoup plus élevée.
04:04Et c'est pourquoi le sujet de prévention est tellement important.
04:08Juste pour terminer sur la question des tarifs,
04:11est-ce qu'on peut avoir un ordre d'idée de la fourchette
04:14de l'augmentation qui est prévue l'année prochaine ?
04:17Ce n'est pas encore clair, parce qu'il faut voir exactement quels sont les coûts.
04:21Si je vous dis que 40% de plus en 2023 vis-à-vis des derniers 10 ans,
04:28ça ne va jamais être de cet ordre-là.
04:31Mais il faut se préparer à une augmentation significative.
04:37Pour les particuliers comme pour les entreprises.
04:40Mais ça ne reflète que le risque augmenté.
04:43Effectivement.
04:44Vous avez commencé à le dire, le plus important c'est la prévention.
04:48Quelle est votre part de responsabilité ?
04:51Qu'est-ce que vous vous mettez en œuvre pour déployer la prévention
04:54et ne pas en arriver à devoir payer des assurances de plus en plus chères ?
04:59La bonne nouvelle, on voit clairement que la prévention marche.
05:03Et prévention ça veut dire quoi ?
05:05Si on veut construire une nouvelle usine, il faut la construire dans un endroit
05:09qui est moins en danger.
05:11Si on reconstruit, il faut reconstruire avec des méthodes plus durables qu'avant.
05:16Il y a plein de sujets qu'on peut faire pour éviter les prochains sinistres.
05:20Et comment est-ce que vous, vous favorisez ?
05:22Alors exactement, c'est ce qu'on va faire.
05:24En gros, vous n'assurez pas si ça ne remplit pas un cahier d'échanges ?
05:27Non, il faut vraiment...
05:29Notre politique est, on veut aider.
05:31Et je pense aussi que la prévention va prendre une partie plus importante
05:35dans la question de la couverture d'assurance.
05:38Alors qu'est-ce que ça veut dire exactement ?
05:40Et quelle est votre responsabilité à vous ?
05:42Parce que ça peut être aussi le boulot des pouvoirs publics,
05:44pas forcément des assurances.
05:46Non, mais on a un intérêt, parce qu'encore une fois,
05:48nous sommes tous là pour protéger l'assurabilité du risque.
05:52Parce que sinon, vous-même, vous n'êtes pas assuré.
05:54Il y a toute la question des réassureurs.
05:56Personne n'a l'intérêt que un risque n'est plus assurable.
06:00Parce qu'on va tomber quand même dans une fracture sociale que personne ne veut.
06:05Et c'est pourquoi tout le monde, les états, les assureurs,
06:08les particuliers, les entreprises, ont un intérêt à se protéger
06:11et à faire plus de prévention.
06:13Alors qu'est-ce que ça veut dire ?
06:15Oui, comme je vous l'ai dit, ça veut dire qu'il faut construire différemment.
06:18Pas en zone inondable, pas avec les mêmes matériaux.
06:21Il faut réfléchir, par exemple,
06:23au changement des cycles de plantation pour éviter la sécheresse.
06:27Il faut éviter aussi d'utiliser les opportunités des nouvelles technologies
06:33par les images satellites, par les capteurs,
06:37pour comprendre ce qu'on a, quel type de risque de feu.
06:41Il y a plein de méthodes et on voit aujourd'hui
06:44que les entreprises veulent de plus en plus utiliser ça.
06:48On a créé une entreprise au sein d'AXA qui s'appelle AXA Climate.
06:52Je pense qu'il y a deux ou trois ans,
06:55un collaborateur, aujourd'hui plus de 200 climatistes,
06:59scientifiques de climat, qui consultent et aident les entreprises pour s'adapter.
07:06Donc c'est un nouveau marché pour vous ?
07:08Oui, mais il y en a beaucoup, beaucoup de demandes.
07:11Et donc c'est quelque chose qui marche,
07:13et c'est quelque chose qui n'existait pas il y a quelques années,
07:15qui peut permettre de réduire la facture pour les particuliers
07:18et pour les entreprises.
07:19Et continuer l'assurabilité de ces risques.
07:21Merci beaucoup Thomas Buber, directeur général d'AXA.
07:24Vous étiez l'invité éco de France Info ce soir.
07:27Merci.
Commentaires