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00:09 L'Europe a-t-elle perdu la guerre technologique ?
00:11 C'est une thèse qui résiste à peu d'arguments tant le retard européen est massif dans toutes les technologies fondamentales qui façonnent le XXIe siècle.
00:21 IA, semi-conducteurs, 5G, informatique quantique, biotechnologie et énergie verte.
00:28 Dès que l'on aborde ces domaines sur leur versant offre et non sur celui des usages, l'UE joue en seconde division,
00:36 dépassée par la guerre des titans sino-américaine qui surplombe la compétition mondiale.
00:43 Les chiffres parlent d'eux-mêmes.
00:44 Les indicateurs les plus synthétiques sont sans appel, signalant un gap technologique qui se creuse année après année avec ses principaux concurrents occidentaux ou asiatiques.
00:55 Il y a d'abord la R&D où l'Europe est aujourd'hui à la traîne des États-Unis mais aussi de la Chine, sans parler du Japon ou de la Corée en termes d'intensité de l'effort.
01:06 Avec aujourd'hui un rapport de 1 à 5 entre la masse de R&D investie annuellement dans la tech entre l'UE et les États-Unis.
01:16 Il y a ensuite les données portant sur le capital humain,
01:19 où même en matière de diplôme l'Europe accuse un retard persistant avec les États-Unis et les pays développés d'Asie.
01:27 Cela est vrai lorsque l'on scrute la population de plus de 25 ans dans son ensemble,
01:32 où l'Europe pâtit de son retard à l'allumage en termes de démocratisation de l'enseignement supérieur.
01:38 Mais cela reste vrai pour les plus jeunes générations.
01:41 Même la Chine est en paste de la surpasser,
01:44 la part d'entrée en études supérieures des plus jeunes ayant doublé en 10 ans, passant de 30% en 2012 à 60% en 2022.
01:54 À cela s'ajoute un degré de vieillissement de la main-d'œuvre qui n'est pas de bonne augure en termes de capacité à innover ou d'adopter les nouvelles technologies et process.
02:04 L'Europe sera bientôt rejointe par la Chine en la matière.
02:08 Mais les États-Unis profitent d'une pyramide des âges durablement avantageuse.
02:13 Et c'est peut-être aussi pour cela que l'Europe, utilisatrice massive des nouvelles technologies,
02:18 ne parvient pas à les convertir en gains de productivité contrairement à ce que l'on observe outre-Atlantique.
02:25 Et si l'on se tourne maintenant vers le financement, même constat perdant,
02:29 les États-Unis continuent, année après année, à écraser l'Europe en termes d'échelle de leurs investissements dans le capital risque,
02:37 à tous les stades de développement, démultipliant les chances de décollage et de croissance de leurs viviers de start-up.
02:44 Le pays écrase sans surprise aujourd'hui le classement d'hélicorne dans le monde.
02:49 Si l'on resserre maintenant l'analyse sur les innovations génériques, le bilan est plus saisissant encore.
02:54 Concernant le numérique, l'UE est sur le banc de touche, ne parvenant à occuper que des segments de niche.
03:02 La partie se joue entre GAFAM américain et BATX chinois, Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi, qui opèrent une partition du monde.
03:12 Et ces géants sont aussi les poids lourds de l'investissement R&D en tech dans le monde,
03:17 bénéficiant maintenant d'un avantage cumulatif et de valorisation qui leur permettent de faire main basse sur toutes les start-up à haut potentiel,
03:25 y compris lorsqu'elles naissent en Europe.
03:28 Et dans le prolongement de cette domination, sans partage, les États-Unis et dans une moindre mesure la Chine mènent aujourd'hui la danse en matière d'IA,
03:37 les géants du numérique faisant la cueillette des start-up à haut potentiel.
03:40 Là aussi, les données du capital risk témoignent d'une hégémonie qui marginalise une fois de plus l'Europe dans la course à l'innovation.
03:49 Le cumul de ces données sur 12 ans permet de saisir l'ampleur du retard à l'allumage qui ne laisse plus de chance au rattrapage.
03:58 Le constat est malheureusement le même lorsque l'on se tourne vers la transition climatique et notamment les énergies vertes.
04:05 En dépit des faits d'annonce, l'Europe a pris un retard considérable concernant les batteries et le photovoltaïque.
04:12 Elle se bat maintenant à armes inégales avec la Chine, qui dispose de multiples atouts en amont de la chaîne,
04:19 notamment concernant l'extraction et des faits d'échelle qui écrasent la concurrence.
04:24 Et ayant perdu la main sur les technologies génériques, l'UE se voit de plus en plus réduite à jouer en défense,
04:30 sur tous les segments sur lesquels elle avait su se bâtir un avantage.
04:34 Automobiles, équipements, pharmacies, chimie, aérospatial, aéronautique.
04:39 Les raisons profondes de ce décrochage sont connues.
04:42 Fragmentation des marchés et du tissu productif.
04:45 Absence de stratégie cohérente pour rivaliser avec les leaders mondiaux.
04:50 Défaut de commandites centralisées, coordonnées et volontaristes, stimulant les entreprises locales.
04:57 De cofinancements publics-privés ambitieux au plan communautaire, etc.
05:02 L'UE paye aujourd'hui très cher d'avoir désinvesti la politique industrielle, lui préférant les slogans sans substance.
05:10 Et ce fiasco devient la seule source d'espoir.
05:13 Laminée, elle n'a d'autre choix que de réformer en profondeur son logiciel et de jouer le rattrapage,
05:21 en s'appuyant sur plus de protectionnisme et de volontarisme public.
05:26 (Générique)
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