00:00 La course technologique s'est accélérée depuis l'agenda de Lisbonne.
00:16 Lancée en 2000, ça fait 24 ans, l'Union européenne court derrière les États-Unis
00:21 et elle s'est vue même rattrapée par la Chine, qui, non contente d'être devenue
00:25 l'usine du monde, a fortement accéléré son insertion dans les productions de
00:29 hautes technologies, que ce soit les énergies vertes, les énergies renouvelables,
00:34 l'économie de plateforme, la microélectronique, l'intelligence artificielle.
00:39 Et de leur côté, les Américains, ils ont continué de capitaliser sur leur avance
00:43 dans l'économie numérique et comme le modèle productif de cette économie
00:47 donne une énorme prime aux premiers entrants, l'avance américaine s'est transformée
00:52 en domination. C'est vrai notamment dans les infrastructures de cloud,
00:57 les plateformes de réseau, la production de semi-conducteurs et donc la course
01:02 s'accélère pour deux raisons, le caractère cumulatif de l'avance technologique
01:06 et l'entrée de nouveaux acteurs. Il apparaît pourtant nécessaire que
01:11 l'Union européenne figure sur ce podium. C'est une question de niveau de vie,
01:16 de croissance, mais aussi un impératif politique, car la maîtrise technologique
01:21 confère un poids politique et d'influence de l'ordre économique et géopolitique mondial.
01:26 Mais il se trouve que la position de l'Union européenne dans cette course
01:30 s'est indéniablement affaiblie au cours des 20 dernières années.
01:34 L'Union européenne a encore une spécialisation productive qui est ancrée
01:38 dans le XXe siècle, énergie, acier, automobiles, pharmacie, banque finance,
01:44 chimie, agriculture et elle est plus tardivement entrée dans la spécialisation
01:50 du XXIe siècle autour de l'économie numérique, celle de la microélectronique,
01:55 des activités de plateforme ou des technologies computationnelles.
02:00 Or ce sont ces secteurs qui ont été le lieu des innovations de rupture
02:04 de ces 40 dernières années. Et de plus, les vieux secteurs européens
02:08 sont bousculés par des ruptures technologiques comme l'automobile,
02:12 par l'électrification, le spatial, par le modèle SpaceX, la pharmacie,
02:16 par les biotech ou encore l'énergie par les renouvelables.
02:19 L'Europe est donc doublement bousculée. Sa dépense en recherche et développement
02:24 se monte à 352 milliards d'euros en 2022. C'est énorme mais c'est seulement
02:30 2,22% du PIB de l'Europe. C'est moins que le Japon, la Corée du Sud ou les Etats-Unis.
02:36 Et dans le classement des 2500 premiers plus grands investisseurs en recherche
02:40 et développement, la présence des entreprises européennes recule
02:44 au bénéfice des entreprises chinoises. De même, en nombre de brevets déposés,
02:49 les Etats-Unis, l'Allemagne, le Japon, la Chine et la République de Corée
02:52 sont les premiers pays. Et on voit que les demandes de brevets en provenance
02:57 de la Chine ont plus que doublé depuis 2018. Et même quand on se concentre
03:01 sur les brevets liés à l'innovation de rupture, Chine et Etats-Unis
03:06 dominent les classements. Et l'Union européenne ne maintient son niveau
03:09 dans ces classements que grâce aux entreprises allemandes.
03:11 Ce qui veut dire que l'innovation est un comportement très inéquitablement
03:14 réparti en Europe. L'Union européenne a pourtant les moyens de rester dans la course.
03:20 Les entreprises européennes sont présentes dans tous les segments
03:22 des activités technologiques de pointe. Le nucléaire, les énergies renouvelables,
03:27 la fibre optique, le spatial, l'aéronautique, les biotech, les supercalculateurs,
03:31 les semi-conducteurs, mais aussi l'intelligence artificielle.
03:34 Les entreprises européennes y dominent rarement, mais elles y sont.
03:38 Par ailleurs, l'Union européenne concentre aussi un potentiel de chercheurs
03:42 considérable que seule la Chine égale aujourd'hui en nombre.
03:45 Elle est aussi à la pointe de la régulation numérique et de bien d'autres régulations
03:49 également. Elle défend une politique de la concurrence très protectrice des petits acteurs.
03:54 Et puis, elle dispose d'un marché de plus de 400 millions de consommateurs
03:58 au niveau de revenus et d'éducation élevés.
04:01 Donc, il y a en matière, il y a la possibilité de relever le défi de ce rattrapage.
04:07 Mais il faudra pour cela contrer le sous-investissement privé dans la recherche et l'innovation.
04:12 Et c'est la seule voie de rattrapage. Et la difficulté réside dans ce que cet objectif
04:17 est en partie hors d'atteinte d'une seule et unique politique publique.
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