00:00 Cette victoire au premier tour est sans précédent pour un parti d'alternance au Sénégal.
00:05 Elle concrétise, je crois, un ras-le-bol des Sénégalais à l'égard de Macky Sall, le président sortant.
00:16 Ces 12 ans de pouvoir et ce que certains ont estimé comme une gouvernance un peu clanique, familiale,
00:26 avec une instrumentalisation de la justice à l'égard de ses principaux opposants.
00:31 Et je crois qu'ils l'ont fait payer cher au candidat, au dauphin de Macky Sall, l'ancien Premier ministre Amadou Ba.
00:37 Bassirou Yamaiefal a fait une campagne courte, parce qu'il était en prison jusque la semaine dernière,
00:42 mais il a réussi à rallier quelques figures du pouvoir de Macky Sall,
00:46 comme Aminata Touré, l'ancienne Premier ministre.
00:48 Il avait le soutien aussi ou l'appui des aînés de la gauche sénégalaise.
00:53 Et il a aussi, en fin de campagne, réussi à avoir l'appui décisif du parti démocratique sénégalais d'Abdoulaye Ouad,
01:02 l'ancien président, et de son fils Karim Ouad, qui préside au destiné de ce parti, aujourd'hui en exil.
01:08 C'est un militant syndicaliste qui a fait sa carrière aux impôts.
01:16 C'est un énarque sénégalais.
01:19 Il a participé à la fondation du PASSEF, un parti souverainiste,
01:23 aux côtés d'Ousmane Sonko, son leader.
01:25 Il ne doit sa participation à la présidentielle qu'au fait que la candidature d'Ousmane Sonko a été rejetée.
01:30 Alors, ils ont fait campagne sur un certain nombre de thèmes.
01:33 La restauration de la bonne gouvernance, la lutte contre l'impunité, la lutte contre la corruption,
01:37 la volonté de redéfinir des relations internationales sur une base d'équité,
01:42 des questions qui concernent la France aussi, comme la coopération monétaire avec la France.
01:47 Est-ce qu'on va garder le Franc CFA ou pas ?
01:49 Le PASSEF considère qu'il faut tout du moins engager une réflexion avec les organisations régionales,
01:55 que ce soit l'Union économique et monétaire ouest-africaine
01:57 ou la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest,
02:00 pour voir si c'est le bon système.
02:01 Est-ce qu'il faut y rester ou pas ? Changer ? Faire évoluer cette relation aussi avec la France ?
02:06 Rien de très spécial sur la coopération militaire avec la France,
02:09 mais à mon avis, cela fera partie des questions qui seront sur la table
02:12 quand le nouveau président prendra ses fonctions le 2 avril prochain.
02:16 On voit bien que Paris est très prudent.
02:18 Le président Macron a félicité le nouveau président pour son élection
02:21 et s'est réjoui de pouvoir collaborer, discuter très vite de ce qu'ils peuvent faire ensemble.
02:26 Parmi les obstacles qui peuvent se dresser sur la route de Diom-Ei-Faï,
02:35 il y a bien sûr la question de la majorité.
02:37 Pour le moment, l'Assemblée nationale est aux mains du pouvoir actuel,
02:41 donc on peut penser qu'il va organiser des législatives anticipées
02:44 pour avoir une majorité à sa main.
02:46 Parmi les autres obstacles qu'il peut rencontrer sur sa route,
02:49 c'est aussi peut-être l'inexpérience de ses troupes.
02:51 C'est un jeune président de 44 ans.
02:54 Même s'il a gravité dans l'administration en travaillant la direction des impôts,
02:57 tous les militants du PASTEF n'ont pas une expérience de la fonction publique peut-être nécessaire.
03:04 On peut penser qu'il va faire un gouvernement d'ouverture,
03:06 qu'il va s'appuyer sur d'anciens ministres ou des personnalités du Parti démocratique sénégalais
03:12 ou ses alliés de gauche pour pouvoir gouverner.
03:14 Et enfin, à mon avis, la dernière grande question,
03:17 c'est comment va fonctionner ce tandem, cet attelage entre Diomaye Faï et Ousmane Sonko,
03:22 qui aura vraiment le leadership sur la politique ?
03:24 L'un est président, mais l'autre lui doit tout.
03:27 On sait très bien que dans les palais africains, même ailleurs dans le monde,
03:30 il y a souvent des jeux de courtisans qui essayent de diviser les personnalités
03:34 qui sont au pouvoir et gouvernent ensemble.
03:36 [Musique]
Commentaires