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00:02 RTL
00:06 Les trois questions du petit matin.
00:08 Comment venir à bout du trafic de drogue à Marseille ?
00:10 La question se pose depuis des années, des années que les plans antidrogue s'empilent dans la deuxième ville de France
00:16 et pourtant le nombre d'assassinats a doublé l'an dernier par rapport à 2022,
00:20 50 morts dans des règlements de compte et aujourd'hui les magistrats réclament un plan Marshall,
00:25 ils l'ont dit au Sénat dans le cadre d'une commission d'enquête sur le narcotrafic en France,
00:30 commission dont vous êtes le rapporteur Etienne Blanc, sénateur LR Duron, bonjour.
00:36 Oui bonjour.
00:37 Merci d'être avec nous ce matin sur RTL.
00:39 Les magistrats du tribunal judiciaire de Marseille qui se sont exprimés devant vous
00:44 ont tous eu l'air dépassés, sans moyens et sans autorité face aux trafiquants.
00:51 Est-ce que c'est l'impression aussi que vous avez eue ?
00:53 Non, on ne peut pas dire dépassés, sans moyens, sans autorité, le système judiciaire fonctionne.
01:02 En revanche, ce qui est vrai c'est que ces moyens ne sont sans doute plus à la hauteur du phénomène
01:09 et le phénomène, comme vous l'avez parfaitement indiqué, s'est aggravé sur l'année 2023,
01:16 notamment au regard du nombre d'homicides qui faisait la suite à une année 2022
01:21 qui elle-même n'était pas mauvaise.
01:23 Donc le travail que nous faisons au Sénat, il est tout simple,
01:26 c'est d'essayer de comprendre si les moyens qui sont mis en œuvre à Marseille,
01:31 mais aussi sur l'ensemble de la France, sont à la hauteur de l'enjeu.
01:35 On a une évolution considérable du trafic de drogue,
01:39 on a une évolution considérable du produit du narcotrafic,
01:43 ce sont des sommes absolument gigantesques
01:46 et ces sommes, elles servent à corrompre, elles servent à la violence,
01:51 elles sont évidemment blanchies, donc c'est actuellement ce que nous recherchons.
01:56 Et pourtant Gérald Darmanin, le ministre de l'Intérieur qui était en visite à Marseille début janvier,
02:01 a vanté de bons résultats des forces de police et de gendarmerie sur place
02:06 en disant qu'il y avait au moins 40% de points de deal connus des autorités
02:12 qui avaient été supprimés à Marseille.
02:14 Alors nous sommes actuellement dans une période où ce mouvement est en cours,
02:20 c'est-à-dire on est en cours à Marseille de destruction de ces points de deal.
02:25 - Non mais il y a plus de morts !
02:26 - Et c'est ce que nous observons.
02:27 Alors, on ne peut pas dire cela...
02:29 - Il y a plus de morts, il y a de plus en plus d'argent...
02:31 - Nous sommes sur le moment de la bascule, c'est-à-dire qu'il y a une politique qui a été mise en place,
02:36 une sorte de politique place nette, comme l'annonçait le président de la République,
02:41 avec des points de deal qui ont disparu.
02:43 Alors ensuite c'est de dire qu'est-ce qu'ils sont devenus ?
02:45 Est-ce qu'ils ont rejoint d'autres points de deal ? Est-ce qu'ils ont rouvert d'autres points de deal ?
02:49 C'est tout cela que nous observons actuellement.
02:51 Mais c'est vrai qu'on est dans une période où une nouvelle politique a été mise en œuvre,
02:57 avec des moyens nouveaux, avec une nouvelle compagnie de CRS, etc.
03:00 Et évidemment, tout cela...
03:03 - Non mais ça ne règle rien, Etienne Blanc, ça ne règle rien.
03:05 - Pour l'instant, on commence à connaître les premiers effets positifs
03:11 de cette destruction des points de deal.
03:14 - En tout cas, les magistrats que vous avez eus face à vous dans la commission,
03:18 réclament un plan Marshall. Ce serait quoi ce plan Marshall ?
03:22 Qu'est-ce qu'il faudrait faire qui n'a pas encore été fait ?
03:25 - Alors, nous avons de plus en plus de dossiers,
03:28 l'institution judiciaire a de la peine à les traiter.
03:31 La masse des dossiers de poursuites est absolument considérable.
03:36 L'autre sujet qui a été révélé par les magistrats, c'est l'importance de ces dossiers.
03:41 On a des dossiers de plus en plus conséquents, de plus en plus denses,
03:44 dans lesquels il y a de plus en plus d'inculpés, il y a de plus en plus d'affaires,
03:47 il y a de plus en plus de quantités de drogue, il y a de plus en plus d'argent.
03:50 Et le troisième souci de ces magistrats, c'est évidemment la prison,
03:56 parce qu'on a compris aujourd'hui qu'en prison,
03:59 nous avons des narcotraficants qui continuent leur trafic
04:02 et qui peuvent même commanditer des crimes depuis leur cellule.
04:07 - Les têtes de réseau agissent de la cellule.
04:12 - Exactement. Alors comme je vous l'ai dit il y a quelques instants,
04:15 le gouvernement est en pleine campagne de destruction de ses points de ville sur Marseille.
04:20 Quelles seront les conséquences sur tout cela ?
04:22 Et il faudra encore quelques mois pour en apprécier les conséquences.
04:28 Est-ce que réellement il y a une diminution du trafic ?
04:32 Moi, je m'exprime à titre personnel,
04:35 je pense que quand on détruit un point de ville, il y a un report sur un autre point de ville.
04:39 - C'est ça, c'est une hydre, on coupe une tête, il en repousse une autre.
04:41 - C'est exactement ça.
04:42 On est dans une hydre, face à une hydre,
04:47 et les magistrats nous ont dit qu'on a besoin de plus de moyens.
04:52 Vous savez, les enquêtes sont extrêmement difficiles,
04:55 parce que ce sont souvent des enquêtes internationales.
04:59 Les systèmes qui sont mis en œuvre par les nachieux et par les narcotraficants
05:03 pour blanchir, pour cacher, sont de plus en plus complexes.
05:07 L'utilisation par exemple de cryptomonnaies,
05:10 tous les systèmes de blanchiment, la blockchain est aujourd'hui un des outils
05:15 extrêmement complexes qu'utilisent les narcotraficants.
05:18 On est dans une guerre, on est dans une course.
05:21 Il faut maintenant aller plus vite que les narcotraficants.
05:25 C'est ça que nous disent les magistrats, ils disent "faites attention".
05:28 Tout ça, il y a un autre sujet.
05:29 - Rapidement pour finir, Etienne Blanc.
05:32 - Rapidement sur ce qui se passe en Équateur.
05:36 Évidemment, la France n'en est pas là.
05:39 Mais il y a un certain nombre de signes qui sont inquiétants.
05:41 Les violences, l'importance de ces violences,
05:44 les masses d'argent et puis la corruption.
05:48 La corruption qui est partout.
05:49 Il y a de plus en plus d'affaires, on le voit dans nos services publics,
05:53 chez les docteurs, dans les douanes, dans les services administratifs.
05:57 - Le constat, il est là, vous l'avez dressé.
05:59 Maintenant, il faudra voir les moyens qui seront mis en œuvre.
06:02 Merci beaucoup. - C'est exactement ça, merci.
06:04 - Etienne Blanc, sénateur LR du Rhône,
06:06 rapporteur de cette commission d'enquête contre le narco-trafique.
06:09 Merci beaucoup. Bonne journée.
06:11 Retrouvez cette interview sur RTL.fr
06:14 [SILENCE]
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