00:00 Je me réfugie chez moi.
00:01 Première chose que je fais, c'est j'appelle la police.
00:03 Après, il y a toute la police judiciaire qui est arrivée chez moi.
00:06 Ça a duré au moins une heure et demie, deux heures.
00:10 Et après, on est allé au commissariat.
00:12 La police, entre-temps, m'indique que cet agresseur a violé une fille
00:18 à un kilomètre de chez moi, une heure avant moi.
00:22 Qu'ils étaient déjà en train de le chercher.
00:24 Pendant que j'étais en train de faire ma déposition, du coup,
00:27 il l'avait retrouvé en fait, il était en train de se promener, tout simplement,
00:30 sur les Champs-Elysées, normal.
00:32 Du coup, quand j'apprends que la police vient de l'arrêter
00:36 et qu'en plus de ça, il avait violé une autre fille avant moi, je me dis...
00:41 Ah oui, OK.
00:44 Il est complètement fou.
00:46 Quand les policiers l'arrêtent,
00:48 il m'indique qu'il est sous octef,
00:50 donc une octef, c'est une obligation de quitter le territoire.
00:55 Et en plus, qu'il était sous octef depuis 2021.
00:58 En fait, savoir que cet individu était sous octef,
01:02 ça fait un peu froid dans le dos.
01:04 En fait, on se dit que cette personne n'aurait pas dû être là,
01:06 donc il n'aurait pas dû, justement, me violer et violer l'autre personne juste avant moi.
01:11 J'ai parlé avec l'autre fille.
01:12 En fait, quand on est arrivé au commissariat, du coup, nos regards se sont croisés.
01:15 On s'est fait "Ah, OK.
01:19 C'est toi, oui, c'est toi."
01:20 Et puis après, bon, bien sûr, de fil en aiguille,
01:23 je pense qu'il faut se soutenir et du coup, on a pris des cafés ensemble.
01:27 Dans le malheur, en fait, il y a quand même une certaine forme de réconfort
01:30 de se dire qu'on n'est pas seule avec cet agresseur.
01:32 J'ai beaucoup de haine en tout cas contre cette personne parce que,
01:36 forcément, au-delà de ces 30 minutes, il y a eu énormément de conséquences derrière.
01:41 Et c'est pas qu'il a pourri nos vies,
01:45 mais c'est très compliqué de se reconstruire derrière en tout cas.
01:49 Du coup, depuis le 11 novembre, déjà, ça va mieux.
01:52 Mais en fait, la reconstruction, elle n'est pas linéaire.
01:57 C'est un énorme problème parce qu'il y a beaucoup de moments où tout peut très bien aller
02:02 et d'autres moments où ça ne va vraiment pas.
02:04 Et c'est des périodes plus ou moins variables,
02:06 donc c'est assez compliqué dans la vie de tous les jours.
02:09 Forcément, je ne peux plus prendre les transports en commun.
02:12 Je ne peux pas prendre de beurre.
02:13 Je suis obligée de prendre des taxis parce que c'est plus sécurisé.
02:17 Sortir toute seule dehors, dans la rue, c'est assez compliqué aussi.
02:22 Sortir en boîte, n'en parlons pas.
02:25 Prendre des cafés avec des amis, oui c'est possible,
02:27 mais souvent j'ai beaucoup de moments d'absence aussi,
02:29 où pas forcément je repense à ce qui se passe,
02:31 mais j'ai du mal à me concentrer.
02:34 Et d'autant plus que ça empiète beaucoup sur mon travail.
02:36 Aujourd'hui, j'ai repris mon travail en mi-temps thérapeutique,
02:41 mais je le sens que je suis beaucoup moins efficace.
02:43 Et en plus, je suis en période d'essai, donc c'est compliqué.
02:48 Je pense qu'aujourd'hui, je suis encore dissociée.
02:50 J'ai des phases de dissociation et de réappropriation de mon corps,
02:54 c'est assez particulier.
02:56 En tout cas, j'ai essayé de commencer à faire des traitements
03:00 avec les psychologues, une thérapie un peu spécialisée,
03:03 qui s'appelle le MDR,
03:06 justement pour permettre d'enlever tous les traumas.
03:10 Sauf que je pense que c'est encore un peu trop tôt,
03:14 parce que justement, je suis trop dissociée.
03:16 Au moment du viol, j'avais un copain,
03:17 mais soit ça a renforcé les relations, soit ça a justement les détruit.
03:22 Et à ce moment-là, je pense que c'est très compliqué
03:25 pour une personne d'être totalement présente
03:27 quand il se passe ce genre de choses.
03:28 Et en tout cas, aujourd'hui, on n'est plus ensemble.
03:30 Je ne sais pas si c'est lié à ça, mais ça a accéléré la chose.
03:33 Mais du coup, je suis toujours dans cet appartement
03:35 et c'est aussi une volonté de vouloir rester.
03:39 Parce que même si tous les jours, c'est très compliqué
03:41 de passer dans ce hall d'entrée et à chaque fois se remémorer cette scène,
03:45 moi ce que je veux, ce n'est pas donner raison justement à cet agresseur
03:48 du fait qu'il a en tout cas essayé de détruire ma vie,
03:51 mais en tout cas, il ne va pas la détruire complètement.
03:54 En tout cas, aujourd'hui, ce que je souhaite de la part de la justice,
03:58 il y a vraiment trois points.
03:59 Dans un premier temps, pouvoir déclencher un fonds
04:02 qui permette en tout cas d'aider les femmes
04:04 qui sont victimes de ce genre d'agression,
04:05 pour les aider à avoir un vrai suivi psychologique en tout cas.
04:09 Je pense, le second point, que la justice soit vraiment bien faite,
04:13 que la peine soit vraiment bien exécutée et aussi,
04:16 une de mes questions, c'est pourquoi le procès ne sera que dans environ deux ans ?
04:24 Ce qui est très long et ce qui permet en fait,
04:26 pas de pouvoir se reconstruire à 100%.
04:28 Parce que tant qu'il n'y a pas le procès,
04:29 on ne peut pas se reconstruire et passer à autre chose,
04:31 c'est très compliqué.
04:33 Et le troisième point, c'est également,
04:35 pourquoi le QTF n'avait pas été appliqué
04:38 alors qu'en plus de ça, il avait fait de la prison avant ?
04:40 Déjà, il était sorti au mois de février
04:43 et en fait, il recommence au mois de novembre.
04:45 Le pire, c'est qu'il soit vraiment expulsé de France
04:48 et pas jugé et qu'il rentre dans son pays et qu'il n'y ait pas de procès.
04:52 Je n'aurais jamais cru qu'un viol c'était possible en plein milieu d'après-midi
04:55 et d'autant plus que pour moi, la définition de viol,
04:58 c'était vraiment pénétration anale et vaginale
05:01 et pas forcément fellation, parce qu'en soi, il n'y a eu que fellation.
05:06 Mais ce n'est pas quelque chose à minimiser et justement,
05:08 pour moi, un viol, je l'ai appris après,
05:11 c'est toute pénétration, que ce soit fellation, vaginale ou anale.
05:17 C'est vrai qu'en tant que femme, quand on se sent violée,
05:21 je pense que le rapport avec son corps est assez compliqué,
05:23 j'ai jamais eu forcément de problème avec mon corps,
05:26 mais c'est vrai que juste le fait de se dire qu'on s'est fait souiller,
05:33 pour retrouver confiance en soi, en tout cas, c'est assez compliqué
05:35 parce qu'en fait, c'est juste quelque chose qu'on ne désirait pas.
05:39 C'est quelque chose de non consenti, malheureusement.
05:41 Mon rapport, en tout cas, aujourd'hui avec l'homme est très compliqué et très biaisé.
05:45 Ce ne sera pas tout de suite que je vais pouvoir retomber amoureuse de quelqu'un.
05:49 Physiquement, je ne peux pas du tout regarder un garçon.
05:52 Avoir un rapport physique avec un garçon, ce n'est pas possible.
05:56 T'as peur que ça dure ?
05:58 Salut !
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