00:00Je vivais complètement enfermé en fait, le diogène il vit dans le noir.
00:05Quand je devais aller aux toilettes, pour rejoindre mes toilettes,
00:08il y avait 50 centimètres de hauteur de détritus et autres objets.
00:15Je m'appelle Sébastien, j'ai 44 ans, j'habite en région parisienne
00:19et il y a à peu près une bonne dizaine d'années, j'ai été touché par le syndrome de diogène.
00:25Ça s'est installé assez insidieusement suite à la perte de mon entreprise
00:30et c'est que 5 à 7 ans plus tard que je découvrirai que c'est vraiment une maladie,
00:35que ça porte un nom et que c'est pas tout simplement du laissé-aller.
00:39Je travaillais sur les marchés, je voyais entre 100 à 200 clients par jour,
00:44j'avais mes fournisseurs, je voyais tout le temps du monde,
00:48je vivais en colocation avec mon meilleur ami
00:51et quasiment en un mois et demi, deux mois de temps,
00:55je me retrouve déjà à l'hôtel pendant un mois,
00:59suite à la perte de mon permis, je me rapproche de mon entreprise,
01:04ensuite je décide de la vendre quand j'apprends que j'ai 8 mois de retrait de permis
01:09et là je me retrouve dans un petit studio isolé complètement en Seine-et-Marne
01:15et du coup je me retrouve tout seul, mais alors vraiment seul dans ce petit studio.
01:20Je suis sûr que je vais rebondir, que je vais retrouver un travail en tant que manager
01:25dans la grande distribution, ils n'accepteront pas ma candidature
01:29parce qu'on me dit que je pourrais pas accepter les ordres
01:32et du coup là je m'enfonce tout seul, c'est la descente aux enfers.
01:39Quand j'ai eu besoin d'une oreille attentive,
01:42moi qui avais toujours été l'oreille attentive des autres et de tous les gens qui m'entouraient,
01:47le jour où moi j'ai eu besoin d'une oreille, je ne l'ai pas eu
01:50et j'ai ressenti ça comme une trahison et plus envie de refaire confiance.
01:57Et donc à partir de là, les objets vont remplacer les personnes qui m'entouraient
02:03et petit à petit je remplis cet appartement sans m'en rendre compte.
02:07Je ne gagne plus 4000, 3000, 4000, 5000 euros par mois,
02:11je n'ai même pas le droit au RSA, je suis complètement isolé,
02:15je vais au resto du cœur, je vois des objets dans la rue et je ramasse
02:21en leur me disant qu'ils auront une utilité plus tard.
02:26Mais je ne m'aperçois pas que je n'ai qu'un studio
02:29et que tous ces objets vont très vite, très vite perturber le cours de ma vie.
02:33Je me suis retrouvé en intérim à décharger des camions,
02:36je suis reparti du bas de l'échelle, je rentrais chez moi,
02:39j'étais prostré en position fétale à cause de mon mal de dos
02:45et du coup une première poubelle pleine qui déborde
02:48et puis après je n'ai rien à faire, ce n'est pas grave,
02:53ça tombe à côté de la poubelle et puis ça continue comme ça des jours et des jours
02:57et puis après c'est le sol qui commence à se remplir,
03:00c'est d'abord la table basse, après c'est sous la table basse,
03:04après ça monte au-dessus de la table basse et après ça vous bouffe tout le salon.
03:09Mon salon a été rongé par les objets, bouffé complètement par les objets
03:14qui ont réussi à atteindre la moitié de mon lit, un lit double.
03:17Ça va très très vite en fait, la descente aux enfers a été très très rapide.
03:21Chez moi j'ai quand même gardé mon hygiène corporelle pendant quelques années
03:26et puis il y a un moment où pas de mission d'intérim, rien,
03:30là il y a eu un laisser-aller complet.
03:32Il y a eu un laisser-aller complet, je pouvais rester plusieurs semaines
03:36sans boucher, sans sortir, j'étais devenu un sale, j'étais victime de ça.
03:42Alors c'est lié à la dépression, il y a eu une dépression sévère,
03:45il y a eu de l'alcoolisme, j'ai soigné l'alcoolisme,
03:49n'empêche que ça a continué quand même.
03:51Tout en soignant la dépression, j'allais voir des psychologues, des psychiatres, rien n'a fait.
03:56Je ne voulais pas que mes voisins soient au courant,
03:58il était hors de question que mes voisins soient informés.
04:01Ça peut être dénoncé à la mairie, ça peut être dénoncé aux assistantes sociales
04:09et ça peut aller très rapidement jusqu'à l'expulsion.
04:12Mon propriétaire m'a demandé une fois de faire visiter l'appartement
04:16parce qu'il avait pour projet de vendre.
04:19J'ai dû feindre d'être à l'hôpital.
04:22Donc là j'étais devenu menteur, manipulateur et ce qui ne me ressemble pas du tout.
04:28Je cherchais vraiment une solution personnalisée, une solution douce, rapide.
04:37La solution de l'associatif me paraît évidente.
04:41Donc je tape tout simplement, une fois que j'avais identifié sur les moteurs de recherche,
04:49je vois accumulation compulsive, ça s'appelle syndrome de diogène.
04:54Je cherche syndrome de diogène, association, association, syndrome de diogène.
04:58Je ne trouve rien. Un an, deux ans et au bout de la troisième année, un jour ça marche.
05:03C'était pour moi la seule solution puisque les entreprises ne me proposaient pas une solution adaptée
05:09qui puisse me convenir d'agir en toute discrétion, que mes voisins ne soient pas au courant,
05:14d'agir dans un budget que j'avais et qui était quand même hyper restreint,
05:20d'agir dans la bienveillance sans tout jeter.
05:23Et là, je tombe sur Diogène Asso, A2SO. J'appelle.
05:30Il me propose un rendez-vous directement à mon domicile.
05:33Quelques jours plus tard, à 9 heures, j'accepte.
05:37Je me dis de toute façon que je n'ai rien à perdre, j'accepte.
05:40Je me force, mais je le laisse rentrer chez moi.
05:43Il atteint le bout de mon salon et là, j'entends, oui, c'est bien le syndrome de diogène.
05:49Et là, c'est dix ans derrière moi qui se sont écroulés
05:52parce qu'aucun psychiatre que j'avais pu voir, aucun psychologue,
05:56pourtant je leur avais ramené des photos,
05:58c'était toujours marqué sur mon dossier médical, syndrome de diogène selon les dires du patient.
06:03Donc, je n'étais moi-même pas sûr d'être atteint de ce syndrome.
06:08Et là, lui me dit, c'est le syndrome de diogène.
06:11Je connais, ne vous inquiétez pas, je vais vous aider à sortir de là.
06:14Et là, tout ce qu'il me propose est trop idéal pour moi.
06:19Il aura fallu trois mois pour moi de réflexion, le revoir une deuxième fois.
06:23Et tout ce qui a été dit a été fait.
06:27Et au-delà de mes espérances, M. Ludovsky, le président de l'association,
06:31m'a apporté des solutions clés en main pour la suite.
06:36Certaines, je m'y suis mis en place au début, une femme de ménage.
06:42Ça, c'était essentiel dans le rétablissement,
06:46de faire venir du monde régulièrement, de voir du monde régulièrement
06:51et de garder cet appartement propre, un respect pour les autres,
06:55avant le respect pour moi.
06:57Parce que le respect pour moi, je l'avais perdu depuis bien longtemps.
07:01Avec le recul, aujourd'hui, je souhaite de tout cœur que cette maladie,
07:06cette pathologie, soit reconnue par les autorités publiques,
07:11soit mise en avant et qu'elle ne soit plus jugée comme la maladie de la honte
07:15ou comme le syndrome de la honte.
07:18Parce que moi, j'ai perdu dix ans de ma vie quasiment avant de trouver l'association.
07:21C'est pour ça que j'ai créé un groupe Facebook.
07:23C'est pour ça que je témoigne aujourd'hui.
07:26Si ça peut aider une personne, deux personnes, cinq personnes,
07:29voilà, j'aurais pas perdu mon temps.
07:32Aujourd'hui, dix ans, dix, douze ans après avoir tout perdu,
07:37je me reconstruis du déchargement de conteneurs de là où je suis reparti,
07:42donc de zéro, dans la logistique.
07:45Aujourd'hui, j'ai un poste de chariste pour une entreprise de médicaments mondiale.
07:52Et donc, tout va très, très bien.
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