- il y a 2 ans
Aujourd'hui dans "Punchline", édition spéciale consacrée à l'entrée de Missak Manouchian au Panthéon.
Retrouvez "Punchline" sur : http://www.europe1.fr/emissions/punchline
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00:00 [Musique]
00:03 Punchline, 18h-19h, Laurence Ferrari sur CNews et Europe 1.
00:09 [Musique]
00:13 Bonsoir à tous et bonsoir à toutes, bienvenue dans Punchline ce soir sur CNews et sur Europe 1.
00:17 Misak Manouchian, résistant communiste arménien, fait son entrée ce soir au Panthéon.
00:21 Il a donné sa vie en 1944 pour un pays qui n'était pas le sien.
00:25 Il a été fusillé au Mont Valérien il y a 80 ans jour pour jour par les nazis allemands.
00:29 A travers lui, c'est l'esprit de résistance bien sûr qui est célébré, tout particulièrement celui de ses étrangers
00:34 qui se sont engagés dans les rangs des frontières partisans pour défendre un idéal, celui d'une France libre et sans occupation.
00:40 Manouchian a été aussi, il ne faut pas l'oublier, un enfant rescapé du génocide des Arméniens mené par l'Empire Ottoman en 1915.
00:47 L'hommage de la nation sera, je l'espère, une source de réconfort pour les Arméniens de France
00:51 qui vivent en harmonie avec la valeur de la République
00:54 et qui savent à quel point l'Arménie est toujours menacée au quotidien par l'Azerbaïdjan, voisin aux visées belliqueuses.
01:00 Pensez donc aux 600 000 Français d'origine arménienne qui ont fait de la France leur patrie
01:04 tout en préservant leur culture et leurs traditions et qui à aucun moment n'ont tenté de faire de cet événement un acte communautaire.
01:10 La France s'honore à célébrer ses héros et si le cercueil de Manouchian entre ce soir au Panthéon,
01:16 aux côtés de son épouse Méliné, il sera bien accompagné symboliquement
01:20 par la mémoire de ses 22 camarades communistes qui ont payé à ses côtés le prix du sang.
01:25 L'heure ce soir est à la célébration de leur mémoire et du sacrifice ultime qu'ils ont consenti pour notre pays.
01:31 On va en débattre dans Punchline.
01:33 18h-19h sur CNews et Europe 1.
01:36 Punchline, Laurence Ferrari.
01:38 Il est 18h, bienvenue sur Europe 1 et sur CNews.
01:47 D'abord le rappel de l'information des visas saisonniers pour les étrangers ou encore un nouveau projet de loi Egalim.
01:53 Voilà ce qui figure parmi les annonces de Gabriel Attal.
01:56 Ce matin à Matignon, l'objectif de ce point d'étape était de rassurer les agriculteurs à trois jours de l'ouverture du salon à Paris.
02:03 Certains d'entre eux, pas convaincus par ces annonces, continuent de manifester aujourd'hui.
02:07 Des agriculteurs ont notamment envahi le siège de l'actalis à Laval.
02:12 Un homme a été tué par balle près d'un point de deal à Nîmes.
02:16 Le drame s'est produit hier soir vers 21h30 dans un secteur gangréné par le trafic de stupéfiants.
02:22 Son fils de 8 ans se trouvait dans le véhicule visé par les tirs. Il n'a pas été touché.
02:26 La victime était connue pour des faits liés au trafic de drogue.
02:29 Après des décès inattendus, dans les services d'urgence débordés, plusieurs députés et organisations réclament une commission d'enquête parlementaire
02:36 pour répondre à la crise dans les hôpitaux. Pour les professionnels du secteur, la surmortalité liée à l'engorgement du système est avérée.
02:43 Mercredi dernier à Toulouse, un patient s'est suicidé après plusieurs jours passés sur un brancard dans une zone d'attente des urgences.
02:50 Enfin, 138e jour de détention pour les otages détenus par l'organisation terroriste du Hamas dans la bande de Gaza.
02:57 Trois de ces otages sont français. Ils se nomment Ofer, Orion et Oan.
03:01 Nous pensons à ces otages ce soir et à leur famille. Nous demandons une fois de plus leur libération immédiate et sans condition.
03:06 Il est 18h02, nous sommes en direct sur Europe 1 et sur CNews avec Virginie Giraud qui nous a rejoint.
03:12 Bonsoir, historienne, vous travaillez sur Europe 1, notamment. Le plaisir de vous retrouver le samedi et le dimanche à 15h sur Europe 1
03:18 et dans le podcast Au cœur de l'histoire, qui a un vrai succès. Il y a un beau numéro consacré à Missak Manouchior.
03:23 Karim Zérébiélla, ancien député européen. Bonsoir Karim. Julien Drey, ancien député tout court. Bonsoir, bienvenue.
03:29 Vincent Herouette, éditorialiste politique étrangère sur Europe 1. Bonsoir Vincent.
03:33 Geoffroy Lejeune, directeur de la rédaction du GDD. Bonsoir.
03:36 Et Alexandre Devecchio, rédacteur en chef au Figaro.
03:38 On va commencer par cet hommage pour Missak Manouchior au Panthéon.
03:41 Tout de suite, on va rejoindre sur place notre envoyée spéciale, Elodie Huchard avec Solène Blanc.
03:45 Bonsoir à toutes les deux. La cérémonie va commencer dans quelques instants. C'est cela, Elodie.
03:49 Eh bien, Laurence, la cérémonie va débuter d'ici quelques minutes. C'est l'arrivée du président de la République qui fera débuter cette cérémonie
03:56 à partir normalement de 18h30. S'il n'y a pas de retard, il y aura plusieurs temps forts.
04:00 D'abord, Patrick Bruel qui lira la dernière lettre que Missak Manouchior a adressée à son épouse Méliné.
04:05 Et puis ensuite, le cortège va remonter la rue Soufflot pour se rendre ici au Panthéon, porté par des légionnaires.
04:10 Parce qu'il y a cette symbolique importante, nous dit l'Elysée.
04:13 Il rappelle que Missak Manouchior a démontré qu'être français, c'est avant tout une affaire de volonté et de cœur
04:17 et que cela apporte beaucoup au pays. Et puis, tout au long de la rue Soufflot, il y aura plusieurs arrêts pour marquer les étapes de sa vie.
04:23 D'abord, le génocide arménien dont son père a été victime, son arrivée en France, sa carrière de poète
04:28 et puis bien sûr, son entrée dans la résistance. Et puis, quand le cortège arrivera ici, place du Panthéon,
04:33 on pourra voir quelques images qui symbolisent aussi le parcours de Missak Manouchior projeté sur le Panthéon.
04:39 Et puis, autre temps fort, à 19h35, le président de la République qui prononcera son discours.
04:44 Yélodi Uchard et Solène Bouland. Virginie Giraud, pourquoi c'est important de rendre hommage à ce grand résistant communiste ?
04:49 Mais c'est important parce que c'est un homme qui a choisi la France. Avant d'être communiste, il est arménien.
04:54 Il faut savoir, comme vous l'avez dit, qu'il a survécu au génocide. Il a vu son père mourir, les armes à la main, sa mère est morte de famine.
05:00 Il passe son enfance ensuite dans un orphelinat et c'est en tant que jeune adulte qu'il choisit la France.
05:07 Parce que la France, ça le fait rêver. C'est le pays des droits de l'homme. C'est le pays de la liberté, de l'égalité, de la fraternité.
05:12 Et lorsqu'il arrive en France, il commence à travailler comme ouvrier. Et c'est là qu'il commence à fréquenter la CGT d'abord.
05:19 Et la CGT est liée au mouvement communiste et c'est par ce biais qu'il va y entrer.
05:23 Il rentre en politique. Il demande sa naturalisation à deux reprises. C'est ça ? Elle lui est refusée ?
05:27 Elle lui est refusée parce qu'on est dans les années 30, que les démarches sont beaucoup plus difficiles.
05:31 Et pourtant, c'est un homme fondamentalement qui aime la France suffisamment pour suivre des cours à l'université.
05:37 Parce qu'à l'époque, on y entre beaucoup plus facilement en tant qu'auditeur libre.
05:40 Il passe beaucoup de temps à la bibliothèque Sainte-Geneviève. Il écrit lui-même des poèmes. Il fonde des revues.
05:45 S'il était né comme Sartre, il serait devenu un grand intellectuel.
05:50 Julien Dray, qu'est-ce que ça évoque pour vous, cette figure de Misak Manouchian ?
05:54 Ça évoque d'abord le combat internationaliste. Parce que Misak Manouchian, c'est d'abord quelqu'un qui pense à la liberté.
06:02 Il ne pense pas à la nation, il pense à la liberté. Et il est produit de la période la plus terrible de l'Histoire,
06:08 où cette liberté est menacée, où les hommes sont oppressés.
06:11 Et il ne réfléchit pas en fonction d'un territoire national, il réfléchit d'abord en fonction des principes.
06:16 Après, c'est toute une histoire qui a été discutée et qui est encore discutable.
06:21 Parce qu'il fait partie d'un réseau de résistance très particulier, qui s'appelle la "Madeuvre Immigré".
06:26 Qui avait été construit à côté des francs-tireurs et partisans, qui étaient animés par les communistes.
06:32 Et ils se sont battus souvent seuls, et même un peu isolés.
06:36 Et d'ailleurs, il y a des échanges très violents entre le groupe de Manouchian et les FTP,
06:41 parce qu'ils manquent d'armes, parce qu'ils ne sont pas la protection qu'ils voudraient.
06:45 Et ils étaient un peu suspectés, pourquoi ? Parce que dans ce mouvement de résistance, il y avait ce qui dominait, le stalinisme.
06:53 Vous voyez où je veux en venir. Et eux, ils n'étaient pas exactement...
06:57 - Sur cette ligne-là, évidemment. - Voilà.
06:59 Pour l'ancien Trotsky, ce que je suis, vous voyez où je veux en venir.
07:03 - Vincent Herouette, vous n'aimez pas trop ces commémorations, mais c'est important.
07:07 C'est une figure très importante qu'il y a en France.
07:09 - Oui, bien sûr, c'est très important de donner aux Français la fierté et de leur faire mesurer le poids de l'héritage.
07:20 C'est très important, effectivement, et que tout le monde s'y reconnaisse.
07:23 Parce que c'est une curiosité, quand même. La semaine dernière, on se voit le mercredi, ma chère Lauren.
07:28 - Oui, donc il y avait déjà un hommage. - Le mercredi dernier, c'était Badinter.
07:32 - Oui, c'est vrai. - Dans la Badinter, donc Place Vendôme.
07:35 La semaine d'avant, c'était les Français tués en Israël.
07:37 - Exactement. - C'est la Cour des Invalides.
07:39 Et la semaine d'avant, je crois que c'était Simone Veil.
07:42 - Vous en portez déjà un nom ? - Non, non, non.
07:44 - Avant. - Plus ou moins.
07:45 Avant, c'était avant Noël, oui.
07:46 Donc, toutes les semaines, pratiquement, il y a comme ça une très grande cérémonie
07:53 avec la garde républicaine, avec le discours du président, solennel, et chacun est prié.
07:59 C'est une curiosité française, vous savez.
08:01 C'est comme le 14 juillet. On est le seul...
08:03 - Tant mieux, ça fait notre originalité, Vincent. - On est la seule démocratie...
08:06 Non, mais on doit être la seule démocratie au monde à faire défiler les troupes en grand équipage le 14 juillet.
08:13 De la même manière qu'on est les seuls à avoir des sucres en morceaux.
08:15 Ça fait partie des curiosités françaises.
08:17 Faut-il qu'il y ait, j'imagine, au cœur de cette nation, une angoisse sur elle-même,
08:25 une angoisse d'unité, pour se sentir obligé, à intervalles aussi réguliers,
08:32 d'organiser des cérémonies laïques de sanctification d'un personnage ou de l'autre ?
08:37 Bon, ceux que l'on sanctifie aujourd'hui sont ceux qui se sont battus pendant la guerre,
08:42 pour l'essentiel. C'est l'immense majorité des gens qui sont panthéonisés.
08:49 Il faut que la nation soit réunie autour d'eux.
08:51 - Bien sûr. - Donc pas de polémiques.
08:53 Pas de polémiques. C'est pas le soir des polémiques.
08:55 Et puis, gloire au courage, gloire à l'esprit de résistance, gloire aussi à l'esprit de rébellion.
09:00 Et à ces étrangers, qui n'étaient pas français, je crois, le jeune,
09:03 et qui sont venus en France, et qui étaient déjà en France,
09:06 mais qui ont donné leur vie pour notre patrie.
09:09 Ça a du sens, aujourd'hui.
09:11 - Ça a énormément de sens. - Ça a un sens incroyable.
09:13 Ça a énormément de sens, parce que c'est quelque chose qui pouvait passer pour une norme
09:18 il y a quelques temps, et qui ne l'est plus du tout aujourd'hui.
09:20 Donc ça n'existe quasiment plus. Je donnais précédemment l'exemple de la Légion étrangère,
09:24 où il y a encore des gens qui deviennent français par le sang versé.
09:27 Et à l'exception de ce petit archipel au sein de nos institutions,
09:30 je ne connais pas d'endroit où c'est possible.
09:32 Alors il y a évidemment, individuellement, des naturalisations qui se font après un geste héroïque.
09:37 C'est arrivé encore récemment, mais c'est quand même globalement pas vraiment la norme.
09:40 Surtout dans un moment où, si vous voulez, on est confronté à cette...
09:43 On vient d'avoir de longs débats sur la loi immigration,
09:46 et à aucun moment la question de faire aimer le pays, de tester l'amour d'ailleurs de la France,
09:50 n'est rentrée en ligne de compte pour une raison simple,
09:53 c'est qu'en fait, ça n'est pas resté naturel avant, et ça ne l'est plus aujourd'hui.
09:56 Et moins il y a de mœurs, plus on est obligé de faire des lois,
09:59 et en l'occurrence, on ne résout pas cette question-là.
10:01 Alors maintenant, je vais essayer de répondre à l'impératif du moment,
10:05 qui est de ne pas faire de polémique, mais je constate quand même
10:08 que Vincent faisait l'énumération des cérémonies laïques auxquelles on a eu droit récemment.
10:12 On pourrait ajouter il y a quelques temps aussi la panthéonisation de Joséphine Becker.
10:15 Il y a quand même chez Emmanuel Macron, et d'ailleurs chez tous les présidents,
10:19 l'idée que la mémoire, en réalité, est un matériau vivant.
10:23 - Bien entendu. - Et moi, j'ajouterais que c'est un sport de combat.
10:26 C'est-à-dire qu'à chaque fois, il y a une leçon qu'on nous demande de méditer, de comprendre.
10:29 Et en l'occurrence, là, cette fois-ci, on essaye...
10:33 En tout cas, ce qu'il faut qu'on comprenne si on veut être des bons élèves appliqués,
10:35 c'est que premièrement, les communistes étaient des résistants.
10:38 Évidemment, la réalité est bien plus compliquée que ça.
10:41 Et que deuxièmement, si on tire un peu le fil et qu'on caricature un peu le propos général,
10:47 c'est que les étrangers aiment plus la France que les Français, puisque les Français collaboraient.
10:51 - Je n'exagère. - Ce n'est pas du tout ce qui est dit.
10:53 - J'exagère un peu, mais... - Ça fait réagir Virginie Vie.
10:55 - Bien sûr, mais je vais préciser que je ne fais pas de caricature.
10:57 - Il va vous passer la parole. - Mais je sais certain, en tout cas,
10:59 il y a cette volonté d'expliquer ça. Du reste, c'est une des lectures qu'on nous a proposées
11:02 de la Seconde Guerre mondiale. Et donc, je sais juste, sans polémique, de dire,
11:07 attention, c'est un peu plus complexe que ça.
11:10 D'ailleurs, Guillaume Perrault a rappelé dans le Figaro, il y a deux jours, je crois, ou hier,
11:13 dans un très long papier, que notamment, le traitement réservé par les communistes
11:17 au groupe Manouchian était un tout petit peu moins glorieux que celui qui est réservé aujourd'hui.
11:21 - Ça vous a fait réagir, pourquoi ? - Effectivement, il y avait des mouvements
11:24 de résistance qui étaient communistes. Ce n'était pas la majorité, mais ils existaient.
11:27 J'ai consulté la bibliographie historique récente pour pouvoir dire des choses précises.
11:30 Il s'avère que deux mois avant la mort de Jean Moulin, il y a 16 formations de résistance
11:35 qui sont réunies par Jean Moulin. Six d'entre elles sont de gauche, 6 sur 16,
11:40 et seulement une partie de ces six sont communistes.
11:43 Et généralement, les mouvements de résistance communistes ont des ramifications à l'étranger.
11:47 Mais peu importe, parce que, quelque part, vous ne pouvez pas rentrer dans n'importe quel réseau
11:51 de résistance. Vous rentrez là où vous avez vos proches, là où on vient vous chercher.
11:55 Et ce qui compte, c'est que Manouchian est mort pour la France, parce qu'il voulait être français,
11:59 et d'ailleurs, le jour de son procès, devant la presse collaborationniste,
12:03 il aurait dit cette phrase "Vous avez hérité de la nationalité française, nous l'avons mérité".
12:08 Et si ça, ce n'est pas être français, moi je ne sais pas ce que c'est.
12:11 On va faire une toute petite pause, on va continuer ce débat, parce que tout le monde n'a pas parlé
12:14 sur le plateau, on va continuer à évoquer l'entrée au Panthéon de Missach Manouchian.
12:18 On écoutera André Manouchian, pour le coup, qui va lire en musique la lettre que Manouchian
12:24 a écrite à son épouse. À tout de suite sur Europe Insouciante.
12:26 18h16, on se retrouve sur Europe 1 et sur CNews. Dans Punchline, on évoque cette panthéonisation
12:44 ce soir de Missach Manouchian, résistant au communiste arménien, où la cérémonie va se dérouler
12:50 d'ici quelques instants, mais j'aimerais qu'on écoute l'hommage qu'a rendu à Manouchian
12:54 André Manouchian, qui est musicien, que vous connaissez bien. Il a lu en musique la lettre
12:59 que Manouchian a écrite à son épouse Mélinée, juste avant d'être exécutée. Écoutez.
13:03 Ma chère Mélinée, ma petite orpheline bien-aimée, dans quelques heures je ne serai plus de ce monde.
13:10 Nous allons être fusillés cet après-midi à 15h. Cela m'arrive comme un accident dans ma vie,
13:17 je n'y crois pas, mais pourtant je sais que je ne te verrai plus jamais.
13:21 Que puis-je t'écrire ? Tout est confus en moi et bien clair en même temps.
13:26 Je m'étais engagé dans l'armée de libération, en soldat volontaire,
13:31 et je meurs à deux doigts de la victoire et du but.
13:35 Pour cet extrait de la lettre, Karim Zerébi, il dit aussi juste après
13:39 "Au moment de mourir, je me réclame que je n'ai aucune haine contre le peuple allemand."
13:42 Et ça, c'est vraiment d'une hauteur de vue exceptionnelle.
13:45 C'est exceptionnel dans le contexte, c'est quasiment inimaginable de pouvoir dire quelque chose pareil dans ce moment-là.
13:54 Moi j'ai envie de dire qu'il était temps que Manouchia rentre au Panthéon,
14:00 et c'est fondamental que dans le contexte de notre société française,
14:03 on érige en héros des personnages de ce type.
14:08 Tous les enfants de la République ont besoin de savoir que l'amour de la France n'est pas guidé
14:14 par la descendance ou la nationalité, ou la religion,
14:20 que la France n'est pas une nation ethnique.
14:23 Et Manouchian, qui était un étranger, aimait la France plus que certains français.
14:27 Et c'est important aussi de le rappeler, c'est une adhésion à des valeurs universalistes,
14:31 que la France est enviée dans le monde, elle est admirée aussi par les pages lumineuses de son histoire,
14:36 par les valeurs qu'elle incarne, qu'elle porte, et des étrangers comme Manouchian l'ont porté ce message-là.
14:43 Avec force, avec conviction, avec le cœur, avec un patriotisme républicain à la française,
14:49 qui fait défaut aujourd'hui dans notre communauté nationale.
14:52 Or, je pense que dans toutes les écoles, il faut rappeler comment on doit aimer la France,
14:57 pourquoi on aime la France, et que ça n'est pas lié à un prénom, à une origine, à une nationalité,
15:03 à la descendance de ses parents.
15:06 Et je trouve que ça manque aujourd'hui.
15:08 Et donc ces histoires, ces références à l'histoire avec des personnalités qui incarnent,
15:15 référentes, qui rendent fiers aussi des composantes de la société française,
15:19 c'est les Arméniens aujourd'hui qui sont mis à l'honneur quelque part dans cette consécration.
15:27 Ils sont 80 000 à Marseille, Manouchian en 1924 a mis le pied à Marseille.
15:32 Et je trouve que c'est important qu'on ait ces récits. La nation doit avoir ses récits.
15:39 Et on en manque aujourd'hui.
15:41 Le roman national. Julien Dray.
15:43 Non, je voulais juste vous préciser que la dernière phrase "je n'ai pas de haine pour le peuple allemand"
15:47 renvoie à la démarche qu'avait le groupe Manouchian.
15:51 Ils refusaient le mot d'ordre à chacun son boche.
15:54 Ils combattaient les nazis.
15:57 Et ils le disaient comme tel.
15:58 Et c'est d'ailleurs un débat qu'ils ont avec la direction des FTP.
16:01 Parce qu'ils disent "nous on ne combat pas le peuple allemand en général, on combat les nazis".
16:05 Et c'est pour ça qu'ils refusaient.
16:07 Je crois que la phrase ne tombe pas par hasard,
16:09 puisque quelques mois avant il y avait eu un débat très violent entre la direction des FTP et les mois,
16:13 justement sur cette question là.
16:15 Mais dans sa lettre il dit justement, après ces mots,
16:17 qu'il rêve déjà de la fraternité et de la paix en Europe quelque part.
16:20 Il y a déjà en germe dans son esprit l'Europe à venir,
16:23 comme elle le sera pour Simone Veil un peu plus tard.
16:26 Toute la propagande...
16:27 Vincent Herouette.
16:28 Toute la propagande allemande honorant les communistes avant 1941,
16:33 c'est de dire "le travailleur français n'est pas l'ennemi du travailleur allemand".
16:38 Un rejetant sur les forces du capital, la responsabilité de la guerre, les nazis, etc.
16:43 Il faut quand même manier ce genre de concept avec...
16:47 Avec prudence.
16:48 Beaucoup de précaution.
16:49 Alexandre de Véquille, on ne vous a pas entendu parler de Nyssaque-Manouche.
16:51 Non, non, parce que je suis pour le coup assez d'accord avec tous les points de vue qui ont été défendus.
16:55 Je pense qu'effectivement, l'or est au consensus, qu'il faut célébrer les héros de la nation.
17:02 Que cette histoire de Manouchan rappelle aussi que la France n'est pas un droit, d'une certaine manière.
17:10 Il a acquis à tite posthume la nationalité française, mais pas ce qu'il a voulu.
17:15 Il a aimé la France, il a demandé à être naturalisé.
17:19 Donc si la France n'est pas une ethnie, et que c'est aussi l'adhésion à une histoire ou une culture à un certain nombre de valeurs,
17:29 eh bien, voilà, ce n'est pas un droit non plus.
17:32 Et ceux qui demandent à acquérir la nationalité française, le préalable, c'est tout de même d'aimer la France.
17:38 Donc si on peut rappeler ça à cette occasion, c'est une bonne chose.
17:42 Effectivement, je suis d'accord avec Geoffroy Lejeune, il y a des narratifs, mais des narratifs qu'on peut retourner.
17:46 Joséphine Baker, c'était l'idée qu'elle incarnerait la diversité, le multiculturalisme, alors que c'était totalement l'inverse.
17:53 Elle quittait les Etats-Unis et c'était un pur produit de l'assimilation à la française.
17:58 Là, je pense que ceux qui voudraient dire qu'il faut donner la nationalité à tous les étrangers parce que, par essence, ils aimeraient mieux la France,
18:09 non, ce n'est pas vrai.
18:10 Lui, il a fait quelque chose d'extrêmement fort pour la France, puisqu'il a donné sa vie pour la France.
18:15 La France qu'ils aimaient...
18:17 Oui, c'est vrai, ils étaient internationalistes, pareil.
18:20 Non, non, attends 30 secondes.
18:22 La France qu'ils aimaient, pour eux, c'était un symbole de valeur.
18:25 C'était un symbole de valeur, c'était un symbole de liberté, c'était un symbole d'émancipation, c'était la République.
18:32 Et pour eux, c'était très important parce que la plupart d'entre eux avaient été victimes de persécutions dans le pays qui, justement, remettaient en cause ça.
18:39 Donc ce n'était pas simplement les paysages qu'ils aimaient, c'est ce qu'elles représentaient symboliquement...
18:42 Je n'ai pas dit ça, j'ai parlé de valeur...
18:45 C'est ce qu'elles représentaient symboliquement depuis la Révolution française.
18:47 Je ne sais pas exactement ce qu'on lit dans sa lettre de demande de naturalisation, sa première,
18:52 où justement, pour un communiste, en tout cas de ce qu'on en connaît aujourd'hui, il fait acte d'oeuvre de patriotisme.
18:59 Le patriotisme n'est pas contradictoire avec l'internationalité de la nationalité.
19:02 C'est parfaitement contradictoire.
19:03 Non, non, pas du tout. On peut être patriote, défendre son pays, mais c'est la fameuse phrase de Mitterrand sur le nationalisme, que vous connaissez.
19:10 Ah non, non, ça n'a rien à voir.
19:11 Non, non, mais je veux dire, je fais une distinction entre nationalisme et patriotisme.
19:15 Oui, mais...
19:16 Quand on est un bon républicain, on est un patriote.
19:17 Et là, on est en train de parler de nationalisme et d'internationalisme.
19:19 Oui.
19:20 Je ne veux pas, Julien, polémiquer, ce n'est pas l'ambiance, mais je pense justement que c'est plus compliqué que ça dans le cas de Manouchian.
19:26 Mais non, parce que c'est les patriotes qui aimaient une certaine idée de la France.
19:30 Ce n'est pas simplement un territoire qu'ils aimaient.
19:32 L'adhésion qu'ils avaient à l'égard de la France, c'est un pays qui les avait accueillis, qui les avait accueillis, qui les avait intégrés.
19:38 C'était des valeurs, c'était la Déclaration universelle des droits de l'homme.
19:41 C'est ça qu'ils défendaient.
19:42 Oui.
19:43 Mais ils aimaient aussi le pays.
19:45 Parce qu'ils représentaient ça, évidemment.
19:47 Karim, vous voulez...
19:48 Oui, non, mais je suis assez d'accord avec ce que vient de dire Julien Drey.
19:50 C'est une certaine idée de la France qui a tendance parfois à être mise en question aujourd'hui.
19:54 En faisant de l'étranger le bouc émissaire un peu rapide et facile de tous nos problèmes.
19:59 Moi, je crois qu'il faut faire preuve de beaucoup plus de discernement que ça.
20:03 Et c'est d'essentialiser dans la société française, dans le débat public aujourd'hui.
20:07 Manouchian, encore une fois, c'était un étranger qui aimait la France plus que les Français.
20:10 Et ça existe encore aujourd'hui.
20:12 Oui, parce qu'il a été livré quand même aux Allemands par des Français
20:18 qui ne portaient pas et qui n'incarnaient pas cette idée de la France que Julien Drey évoquait.
20:22 Je veux dire, liberté, égalité, fraternité, c'est pas n'importe quoi.
20:25 Ce triptyque-là, il veut dire des choses.
20:27 Il a incarné par sa posture l'idée de la fraternité à la française.
20:33 Je veux dire, Manouchian, vous ne pouvez pas nier ça.
20:35 Je disais tout à l'heure que je caricaturais un peu en disant les propos que certains tenaient à propos de Manouchian.
20:39 Mais en fait, quand j'écoute le carime, c'est pas du tout une caricature.
20:41 C'est exactement ce que tu sais.
20:42 Non, c'est parce que je contredis tes poncifs un peu faciles, habituels, mais que tu ressors même aujourd'hui.
20:49 On peut savoir ce qu'il y a de plus intéressant.
20:52 Je suis désolé, mais je n'ai justement pas utilisé de poncif un peu facile.
20:56 Et surtout, je n'ai pas parlé du fait que les étrangers ne pouvaient pas devenir français.
20:59 Tout à l'heure, tu disais qu'il ne faut pas faire le raccourci en disant que tous les étrangers mériteraient d'avoir une société française.
21:03 Et je t'ai répondu que le débat n'est pas là.
21:06 Parce que tu laisses souvent entendre qu'on leur a trop octroyé aux étrangers.
21:10 Donc, il ne faut pas non plus verser dans une caricature face à une autre caricature.
21:14 Pour avoir une forme d'équilibre.
21:17 Si vous me permettez, ce qu'il faut voir, c'est que l'affaire de la fiche rouge, c'est un échec total pour Vichy.
21:22 Parce qu'il y avait toute une opération de communication qui visait à essayer de dire que la résistance, c'est les immigrés, c'est les étrangers, c'est les juifs.
21:32 Parce que c'était ça le fond de l'affaire.
21:34 Donc, c'est pour ça qu'ils font l'affiche.
21:36 Ils ont prévu une grande...
21:38 L'affiche sur laquelle il y a le visage de tous les hommes.
21:40 Et ils insistent.
21:42 C'est l'effet inverse qui va se produire dans le pays.
21:44 C'est un échec total, cette opération politique.
21:46 Vincent Herbatt, vous vouliez rajouter quelque chose sur ce sujet ?
21:50 Virginie Giraud ?
21:51 Cette affiche, elle est censée stigmatiser le mauvais étranger, celui qui tue des gens, qui fait des attentats terroristes.
21:57 Mais ces attentats terroristes, ils sont tournés vers qui ? Vers les nazis.
22:00 Donc, bien évidemment que cette affiche va starifier ces résistants.
22:03 Le président Macron est en train d'arriver au Panthéon.
22:05 La cérémonie va se dérouler.
22:07 Il va démarrer avec des chants, avec la lecture de la lettre d'adieu de Miss Sacmanouchan,
22:12 adressée à sa femme Méliné, qui sera lue par Patrick Bruel.
22:15 Il y a vraiment des moments, des temps forts dans cette cérémonie.
22:18 Et c'est important, je crois qu'on partage ça avec nos téléspectateurs et nos auditeurs.
22:22 Parce que c'est aussi un pan de notre histoire.
22:24 On a parfois, Alexandre de Vécu, tendance à ne pas regarder notre histoire, à la dénigrer,
22:29 à enlever nos statuts de leur socle, parce qu'on voudrait réviser une partie de notre histoire.
22:36 Oui, et d'ailleurs, pour des jeunes qui auraient du mal à s'intégrer, c'est bien de leur rappeler
22:44 qu'il y a des étrangers qui sont venus en France pour la servir,
22:48 et qui ont même donné leur vie pour elle, parce qu'elle apparaissait enviable.
22:53 Je pense que ça, c'est un récit qui, effectivement, peut nous unir tous.
23:00 Donc, je trouve ça très bien.
23:02 Et d'ailleurs, s'il faut regarder l'histoire dans son ensemble,
23:05 on va parler notamment du rôle joué par les communistes dans la Résistance.
23:10 Mais la Résistance, pour le coup, était un mouvement qui accueillait des gens venus de tous les horizons politiques.
23:16 Et au départ, plutôt des gens venus de l'action française, de la droite.
23:21 Si on prend les critères d'aujourd'hui.
23:25 Donc, effectivement, regardons l'histoire, qui est souvent beaucoup moins manichéenne
23:30 que la manière dont on peut l'instrumentaliser à la lumière du présent.
23:35 Vincent Herouette, vous vouliez évoquer le droit d'inventaire aussi.
23:39 Est-ce qu'il faut faire le droit d'inventaire dans une histoire ?
23:41 Ce n'est pas moi qui le vois, c'est qu'il se fait d'une manière quasi naturelle.
23:45 Le poids des idéologies dominantes est terrible, nous façonne tous.
23:49 On ne regarde pas l'histoire de la Seconde Guerre mondiale aujourd'hui comme on le regardait il y a 30 ans,
23:53 au moment où vous sortiez "Le Chagrin et la Pitié",
23:55 ou il y a 50 ans, au moment où le gaullisme nous renvoyait une image héroïque
24:00 d'un peuple entièrement dressé contre l'occupant.
24:03 Moi, j'en prends pour seul exemple ce qui s'est passé en Loire-Atlantique il y a deux ans,
24:08 à savoir le Conseil Général a débaptisé un lycée à Carquefou,
24:13 qui est une petite ville de la périphérie nantaise,
24:18 qui s'appelle le lycée d'Etienne d'Orve.
24:21 Pourquoi ? Parce qu'on avait découvert que d'Etienne d'Orve était d'accord française avant-guerre.
24:28 Il se trouve que d'Etienne d'Orve a été arrêtée dès 1940,
24:32 c'était un résistant, un officier, il était de la France libre,
24:35 et en 1941, quand il est fusillé par les nazis, par les allemands,
24:40 pas par les français, par les allemands, il faut-il le rappeler,
24:43 quand il est fusillé, à l'époque, les communistes ne sont pas encore entrés en résistance.
24:48 Ils collaborent parfaitement.
24:50 Donc, vous savez, quand même, je trouve que c'était, à mes yeux en tout cas,
24:55 c'est quelque chose de parfaitement honteux que de débaptiser un lycée
24:59 parce qu'il porte le nom d'un résistant, mais qui était de droite, d'action française.
25:06 C'est vraiment n'importe quoi, c'est vraiment très choquant.
25:09 Mais je suis tout à fait d'accord pour m'incliner devant la mémoire de Manoukian,
25:13 qui s'est battu et qui nous a aidé à nous libérer, oui, bien sûr, évidemment.
25:16 On va entendre la musique de la garde républicaine.
25:18 Juste, Julien, j'explique à nos auditeurs ce qui se passe.
25:20 Donc, il y a la musique de la garde républicaine et l'arrivée du président de la République
25:23 qui passe les troupes en revue.
25:25 Alors, faites le débat, mais avec moi.
25:27 Julien Drecq, qu'est-ce que vous voulez dire ?
25:29 Ils ne sont pas dans la résistance, les communistes,
25:31 et ils rentreront dans l'action résistante à partir du moment où
25:34 Hitler attaquera l'URSS et Staline,
25:37 ils ne sont pas non plus des collaborateurs.
25:39 Le seul acte qu'on peut leur reprocher,
25:41 c'est la tentative de faire reparaître l'humanité
25:43 au mois d'août 1940.
25:45 Mais on ne peut pas dire qu'ils sont collaborateurs.
25:47 Il y a déjà des communistes qui sont dans la résistance,
25:49 André Marti, par exemple.
25:51 Oui, il y a des communistes individuellement qui sont dans la résistance.
25:53 - Charles Quillon. - Bien sûr.
25:55 Mais même votre cher Krotsky, effectivement,
25:57 n'est pas satisfait du pacte germano-soviétique.
25:59 Il y a beaucoup de communistes qui n'étaient pas d'accord avec ça.
26:01 Ah, ça, c'est clair qu'il n'était pas satisfait.
26:03 Il était au Mexique, il était pas mal.
26:05 Oui, il s'était trippé en Espagne.
26:07 Voilà, avec donc cet hommage de la Garde nationale.
26:09 Karim, un dernier mot avant qu'on n'en prenne la cérémonie ?
26:11 Non, mais je considère vraiment que le patriotisme
26:13 dépasse les clivages politiques,
26:15 encore une fois,
26:17 les origines,
26:19 les histoires en commun
26:21 des uns et des autres.
26:23 On a des patriotes de droite, de gauche,
26:25 on a des patriotes étrangers,
26:27 français depuis X génération.
26:29 Le patriotisme, c'est la mort de la France,
26:31 c'est la mort de la France.
26:33 Et cette mort de la France ne peut pas être exclusive
26:35 en fonction du parcours des uns ou des autres.
26:37 Vincent Herouette ?
26:39 Non, je regardais l'endroit où on est,
26:41 sur la place du Panthéon,
26:43 vous êtes juste devant le lycée Henri IV,
26:45 derrière, au fond, ce qu'on aperçoit,
26:47 c'est l'ancienne école polytechnique,
26:49 et à droite, vous avez les restes,
26:51 vous avez la très belle
26:53 église Saint-Etienne-du-Mont,
26:55 où reposent, donc,
26:57 les restes de Sainte-Geneviève.
26:59 Vous avez une espèce de France monumentale,
27:01 de France officielle,
27:03 de France glorieuse,
27:05 à ce carrefour,
27:07 qui est assez fascinant.
27:09 Une très bonne union entre la France laïque,
27:11 d'ailleurs, et la France chrétienne.
27:13 Des églises qui cohabitent parfaitement.
27:15 Et, je suis bien intéressée,
27:17 il y a cette bibliothèque Sainte-Geneviève,
27:19 où il allait consulter des livres et étudier,
27:21 et n'oublions pas que la République nous donne
27:23 la possibilité à tous d'avoir accès
27:25 à l'éducation, d'avoir accès à ces temples
27:27 que sont les bibliothèques,
27:29 aujourd'hui aussi les médiathèques,
27:31 et ça, c'est ce qui fait la richesse de notre pays.
27:33 - Un tout petit mot, Virginie Giraud, de ce qui va se passer.
27:35 Le cercueil de M. Manouchan
27:37 va arriver en compagnie du cercueil
27:39 de son épouse Mélinée, parce que,
27:41 évidemment, il n'était pas question de les séparer
27:43 dans la mort. - Ils étaient extrêmement
27:45 amoureux. D'ailleurs, pour la petite anecdote,
27:47 le jour où lui a déclaré son amour, il l'a invitée
27:49 dans un café, il lui dit "je vais te montrer
27:51 les lues de mon cœur", et il lui tend un miroir.
27:53 C'est mignon. Je dis ça pour vous,
27:55 messieurs. - C'est romantique. - Bref.
27:57 Toujours est-il qu'ils étaient fondamentalement
27:59 amoureux, très proches, et d'ailleurs,
28:01 il la charge de faire connaître
28:03 sa mémoire, puisqu'il lui dit de faire publier
28:05 ses poèmes. Ce qui est intéressant avec
28:07 Manouchan, c'est qu'il est soucieux de passer à la
28:09 postérité en tant
28:11 qu'artiste, aussi. Donc, il
28:13 voulait vraiment prendre sa place dans la société française
28:15 et pas que seulement en tant que résistant.
28:17 - Julien Narey,
28:19 une postérité,
28:21 évidemment, largement
28:23 atteinte. - Non, je pense que, oui,
28:25 c'est clair que ce groupe
28:27 fait partie, comme un grand
28:29 moment de la résistance, et doit être
28:31 enseigné comme tel dans nos écoles.
28:33 Mais moi, je pense que c'est important qu'un pays ait un roman.
28:35 Et je pense que ce
28:37 qu'on est en train d'essayer de faire, c'est de reconstruire un roman
28:39 national. Et je crois que
28:41 c'est un pays qui n'a pas de passé,
28:43 n'a pas d'avenir. Et ce pays a un passé,
28:45 et c'est ça qui fait sa forme.
28:47 - Nous sommes au combien d'accord ? - Qui intègre tous ses enfants.
28:49 - D'accord. - Je crois. - Moi, je...
28:51 - J'avoue que j'ai un bon mot. - On est en train de voir
28:53 Emmanuel Macron saluer deux messieurs,
28:55 dont l'un des deux est M. Birenbaum,
28:57 qui est un résistant et qui est
28:59 un communiste aussi, qui est accompagné par son fils Guy Birenbaum,
29:01 qui est un journaliste.
29:03 Et je crois savoir que, pour eux, c'était une émotion
29:05 immense d'être invité aujourd'hui.
29:07 - Effectivement,
29:09 avec cette cérémonie qui va
29:11 démarrer au Panthéon, Virginie Géraud,
29:13 ce couple qui va entrer au Panthéon,
29:15 mais aussi avec eux, je le disais tout à l'heure,
29:17 symboliquement, la mémoire des 22 autres
29:19 qui ont été en partie fusillés
29:21 au Mont-Valérien. - Exactement.
29:23 Toutes ces personnes qui ont été jugées en même temps
29:25 et assassinées, fusillées au Mont-Valérien
29:27 avec Manouchian.
29:29 Ça veut dire que, finalement, avec lui, c'est tout un groupe
29:31 de personnes qu'on fait entrer au Panthéon, d'un point de vue
29:33 symbolique, et c'est en fait tous les étrangers
29:35 qui se sont battus pour la France
29:37 qui entrent au Panthéon aujourd'hui.
29:39 Donc il y a un symbolisme qui est extrêmement fort
29:41 et qui nous aide à faire nation, en disant
29:43 finalement qu'est-ce que c'est, être français ?
29:45 C'est épouser les valeurs de la France.
29:47 - C'est très beau aussi. Ça nous permettait de faire nation
29:49 à la lumière d'une seule cérémonie, Vincent Ayraouet.
29:51 - Oui, ils n'ont pas été
29:53 assassinés, si je puis me permettre, juste un peu.
29:55 - Oui, ils ont été fusillés. Ils ne fusillaient pas
29:57 à 15 années. - Pourquoi ? Parce qu'ils ont été fusillés
29:59 et ils l'avaient bien cherché.
30:01 C'est-à-dire, ce ne sont pas des victimes.
30:03 Ce sont des héros.
30:05 Ce sont des gens qui se sont battus.
30:07 Qui savaient ce qu'ils faisaient.
30:09 Et qui étaient déterminés. Ce ne sont pas des gens
30:11 qui ont été broyés par l'histoire
30:13 sans avoir...
30:15 En étant parfaitement innocents
30:17 et qui vous...
30:19 - Ce sont des combattants.
30:21 - Ce sont des gens qui ont pris
30:23 leurs responsabilités.
30:25 - Ils ont pas sorti une bougie
30:27 pour résister.
30:29 Et les nœuds noircés, si on veut...
30:31 - Avec une remarque.
30:33 - La seule femme du groupe
30:35 n'est pas fusillée.
30:37 Elle va être déportée en Allemagne. Elle va être décapitée.
30:39 Les Allemands ne voulaient pas, symboliquement,
30:41 qu'en France, on sache qu'on fusillait les femmes.
30:43 - Justement, un bon héros
30:45 a baisillé. Quand le maquis de Fongin
30:47 a été arrêté, il y a une femme qui est arrêtée.
30:49 Effectivement, les nazis ne veulent pas
30:51 la fusiller. Sauf que quand elle voit son mari
30:53 qui est fusillé devant elle, elle crache à la figure
30:55 des nazis. Et c'est là qu'elle se fait fusiller.
30:57 - En tout cas, les nazis n'ont pas fait beaucoup de différences
30:59 entre les hommes et les femmes
31:01 dans les camps de concentration, je l'irais.
31:03 - Dans les camps.
31:05 - Ils les ont massacrés de la même façon.
31:07 - C'est une histoire parallèle.
31:09 C'est...
31:11 Vous avez l'histoire de la Shoah.
31:13 Et puis, vous avez l'histoire
31:15 de la Résistance.
31:17 Elles se rejoignent, évidemment.
31:19 Et les crimes,
31:21 les bourreaux sont les mêmes.
31:23 Mais ce sont deux histoires
31:25 distinctes.
31:27 - Sauf que dans le groupe Mamouchou, il y a beaucoup de Juifs
31:29 qui sont aussi aujourd'hui en Résistance
31:31 parce qu'ils savent ce qu'ils sont en train de faire.
31:33 - Tout à fait. - Ils sont en train de faire les nazis
31:35 aux Juifs. - Tout à fait.
31:37 - Et même les enfants, si vous me permettez de dire
31:39 une anecdote familiale, mon beau-père a été
31:41 déporté à 13 ans parce qu'il était proche
31:43 d'un réseau de Résistance
31:45 juive. Il avait 13 ans et au moment où
31:47 le Feldgendarme l'arrête et l'emmène en voiture,
31:49 il lui dit "Ah, tu es proche des communistes ? C'est bien,
31:51 ça va t'aider à survivre avec les nazis."
31:53 Vous voyez la collusion qu'il peut y avoir entre
31:55 ces deux parties. Ce qu'il voulait dire par là, c'est
31:57 que ce sont des idéologies qui broient
31:59 quelque part les gens.
32:01 - Ce qui n'a pas été le cas, en tout cas, de M.
32:03 Manoucheur. Alexandre, c'est avec qui on...
32:05 - On va dire ce que disait Vincent Hervoët
32:07 sur leur statut de héros, de
32:09 personne consciente de
32:11 leur action.
32:13 Joseph Kessel avait appelé la Résistance,
32:15 dans son livre "L'armée des ombres", c'est que
32:17 c'était une armée.
32:19 Ils n'ont pas résisté par
32:21 le politiquement correct ou le
32:23 pacifisme, ils ont
32:25 résisté les armes
32:27 à la main
32:29 et en prenant des risques.
32:31 Personne ne sait
32:33 ce qu'il aurait fait à leur place
32:35 à cette époque-là,
32:37 mais c'est bon de le rappeler que
32:39 parfois, face aux idéologies,
32:41 tout le temps, face aux idéologies
32:43 totalitaires, il ne suffit pas de
32:45 prêcher des bons sentiments.
32:47 Il faut parfois se battre.
32:49 - Vincent Hervoët, on a vu sur
32:51 il y a quelques instants François Hollande, Gabriel Attal,
32:53 Bruno Le Maire, une partie des personnalités,
32:55 Fabien Roussel, évidemment les communistes
32:57 sont présents lors de cette cérémonie.
32:59 - La France officielle.
33:01 - La France officielle ?
33:03 - Oui, la moitié du gouvernement, des anciens
33:05 Premiers Ministres, des syndicalistes,
33:07 des députés, des élus. Vous avez une France
33:09 qui incarne
33:11 l'institution, c'est le pays
33:13 on peut dire que... - Le pays légal.
33:15 - Le pays légal, 5 millions d'influences.
33:17 - Et vous pensez que le pays profond ne le fait pas ?
33:19 - Ah mais si, bien sûr que le pays profond,
33:21 j'espère bien que le pays profond est rassemblé là.
33:23 C'est fait pour, normalement.
33:25 Alors, si on y sème un peu
33:27 de division en commençant à faire
33:29 un inventaire
33:31 à la hache,
33:33 la hache de l'histoire,
33:35 la grande hache de l'histoire,
33:37 si vous commencez à séparer le bon grain
33:39 de l'ivraie... - En disant "quel homme ou
33:41 femme politique n'a pas le droit de venir ?"
33:43 - Elle est l'héritière des bourreaux.
33:45 - On parle de Marine Le Pen, en effet.
33:47 - Oui, et c'est la question qui était posée
33:49 au Président de la République
33:51 dans l'interview qu'il a donnée à l'Humanité,
33:53 où très exactement,
33:55 très précisément,
33:57 on lui demande
33:59 "Est-ce que cette panthéonisation
34:01 a-t-elle un sens si l'héritière politique
34:03 des bourreaux de Manichien
34:05 y participe ?"
34:07 Et évidemment
34:09 que c'est une question qui est...
34:11 Comment dire ?
34:13 Il aurait dû relever ce que cette question avait
34:15 d'indécent. - Et il ne l'a pas.
34:17 - Parce qu'elle n'est pas l'héritière
34:19 politique des nazis,
34:21 en aucun cas.
34:23 Elle a stigmatisé ainsi
34:25 un député qui est quand même
34:27 très choquant. Ensuite,
34:29 c'est ce qu'on se disait tout à l'heure,
34:31 si vous commencez à regarder
34:33 qu'est-ce qu'a été,
34:35 quels sont les hommes de gauche qui se sont compromis
34:37 et sans aller réveiller le fantôme de
34:39 Bousquet, on peut se rappeler
34:41 que M. Laval était radical socialiste,
34:43 que Doriot était au Parti communiste avant la guerre,
34:45 que Déal était aussi,
34:47 que des grands collaborités, et que
34:49 par ailleurs, même
34:51 chez les républicains, même chez les gaullistes,
34:53 le préfet Papon a été ministre
34:55 avant d'être ministre du général de Gaulle,
34:57 le préfet de police, si je me souviens bien.
34:59 Donc l'histoire est
35:01 complexe et donc vous ne pouvez pas comme ça
35:03 vous en servir, surtout
35:05 devant un cercueil, surtout au moment
35:07 où le pays doit se rassembler
35:09 pour se recueillir devant
35:11 le sacrifice d'un type
35:13 comme Manouchiour, vous ne pouvez pas l'instrumentaliser
35:15 comme ça, moi je trouve ça très choquant.
35:17 Je viendrai. - Qu'on fasse.
35:19 Les élus de la République, on les respecte et ils sont invités.
35:21 Mais moi je pense que c'est quand même
35:23 un beau clin d'œil de l'histoire.
35:25 Si elle est là, avec ce nom,
35:27 regarde ce que son père,
35:29 pas elle... - On parle toujours
35:31 de Marine Le Pen. - Le Pen avait 12 ans, si je me souviens bien.
35:33 - Il était pupitre de la nation.
35:35 - Oui, mais c'est lui qui publiait les disques nazis.
35:37 C'est lui qui avait une maison d'édition
35:39 des disques nazis. - Je ne veux pas me faire
35:41 le bloc avec le temps. - Je ne veux pas polémiquer,
35:43 mais c'est ça. Moi je pense que pour
35:45 un certain nombre d'entre nous, c'est aussi un beau symbole.
35:47 - Il n'est pas fausse en règle d'œuvre,
35:49 la fille... - C'est fausse en règle d'œuvre, c'est pour ça
35:51 que je dis que c'est un beau clin d'œil.
35:53 - Il publiait aussi des chants communistes, si on veut être complet.
35:55 - Ben si. - C'est ce que je disais.
35:57 - J'ai regardé l'assistance. Je peux vous citer trois fils
35:59 de Colabo dans l'assistance. - C'est pas parce que vous êtes
36:01 fils de Colabo que vous portez leur respect. - Non, non, mais donc ?
36:03 - Qu'est-ce que vous êtes en train de dire ?
36:05 - Qu'est-ce que ça veut dire, ce que vous venez de dire ?
36:07 - Ce que je veux dire par là, c'est que... - Pardonnez-moi, quand vous dites...
36:09 - Je vous pardonne, mais si vous me laissez
36:11 m'exprimer, si vous me permettez,
36:13 je dis que pour moi, je le vis
36:15 comme un beau clin d'œil de l'histoire,
36:17 que elle soit là, au regard de ce que son père
36:19 a fait dans les années 50
36:21 et de ses amis et des amitiés qu'il avait.
36:23 Voilà. - Virginie Giraud.
36:25 - Sur ce sujet, c'est pas de l'histoire,
36:27 donc effectivement, j'ai pas grand-chose à dire, mais si ce n'est
36:29 que, comme je le disais, aujourd'hui, il faut faire nation
36:31 dans les grands moments de commémoration, donc les portes
36:33 du Panthéon doivent être ouvertes
36:35 à tous ceux qui souhaitent participer
36:37 à cette cérémonie. Je pense tout simplement
36:39 que c'est les valeurs villes républicaines qu'il faut porter.
36:41 - Alors, on va écouter
36:43 la première étape
36:45 musicale, "Un rêve à l'horizon"
36:47 interprétée par Rostam Kachikian
36:49 avec un doudou qui est l'instrument
36:51 de musique, symbole de la musique arménienne.
36:53 - François Roux.
36:55 (Musique)
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38:11 - Le lundi 21 février 1944,
38:13 il est 13 heures.
38:15 Missak Manouchian,
38:17 de sa cellule de freine,
38:19 écrit une lettre à Méliné,
38:21 son épouse.
38:25 (Bruit de pas)
38:27 - Ma chère Méliné,
38:39 ma petite orpheline bien-aimée,
38:41 dans quelques heures,
38:43 je ne serai plus de ce monde.
38:45 On va être fusillés cet après-midi
38:47 à 15 heures.
38:49 Cela m'arrive comme un accident dans ma vie.
38:51 Je n'y crois pas.
38:53 Et pourtant, je sais que je ne te verrai plus jamais.
38:55 Que puis-je t'écrire ?
38:59 Tout est confus en moi et bien clair en même temps.
39:01 Je m'étais engagé dans l'armée de la libération en soldats volontaires
39:05 et je meurs à deux doigts
39:07 de la victoire et du but.
39:09 Bonheur
39:11 à ceux qui vont nous survivre et goûter la douceur
39:13 de la liberté et de la paix de demain.
39:15 Je suis sûr que le peuple français
39:19 et tous les combattants de la liberté
39:21 ont honoré notre mémoire dignement.
39:23 Au moment de mourir,
39:25 je proclame que je n'ai
39:27 aucune haine contre le peuple allemand
39:29 et contre qui que ce soit.
39:31 Chacun aura ce qu'il mérite
39:33 comme châtiment
39:35 et comme récompense.
39:37 Le peuple allemand
39:39 et tous les autres peuples vivront en paix
39:41 et en fraternité après la guerre
39:43 qui ne durera plus longtemps.
39:45 Bonheur à tous.
39:47 J'ai un regret profond
39:49 de ne t'avoir pas rendu heureuse.
39:51 J'aurais bien voulu
39:53 avoir un enfant de toi
39:55 comme tu le voulais toujours.
39:57 Je te prie donc de te marier
39:59 après la guerre, sans faute,
40:01 et d'avoir un enfant pour mon honneur
40:03 et pour accomplir ma dernière volonté.
40:05 Marie-toi avec
40:07 quelqu'un qui puisse te rendre heureuse.
40:09 Tous mes biens et toutes mes affaires
40:11 je les lègue à toi,
40:13 à ta sœur et pour mes neveux.
40:17 Après la guerre,
40:19 tu pourras faire valoir ton droit de pension
40:21 de guerre en tant que ma femme
40:23 car je meurs en soldat régulier de l'armée française
40:25 de la Libération.
40:27 Avec l'aide des amis qui voudront bien m'honorer,
40:29 tu feras éditer mes poèmes
40:31 et mes écrits qui valent d'être lus.
40:33 Tu apporteras mes souvenirs,
40:35 si possible, à mes parents en Arménie.
40:37 Je mourrai avec mes 23 camarades
40:41 tout à l'heure,
40:43 avec le courage et la sérénité d'un homme
40:45 qui a la conscience bien tranquille
40:47 car personnellement,
40:49 je n'ai fait de mal à personne
40:51 et si je l'ai fait, je l'ai fait sans haine.
40:53 Aujourd'hui,
40:57 il y a du soleil et c'est en regardant
40:59 le soleil et la belle nature que j'ai tant aimé
41:01 que je dirai adieu
41:03 à la vie et à vous tous,
41:05 ma bien chère femme
41:07 et mes bien chers amis.
41:13 Je pardonne
41:15 à tous ceux qui m'ont fait du mal
41:17 ou qui ont voulu me faire du mal,
41:19 sauf à celui qui nous a trahis
41:21 pour racheter sa peau
41:23 et ceux qui nous ont vendus.
41:25 Je t'embrasse bien fort,
41:27 ainsi que ta sœur et tous les amis qui me connaissent
41:29 de loin ou de près.
41:31 Je vous serre tous sur mon cœur.
41:33 Adieu, ton ami,
41:35 ton camarade,
41:37 ton mari,
41:39 Manouchian Michel.
41:41 Liané Goethe.
41:43 Post scriptum.
41:45 J'ai 15 000 francs
41:47 dans la valise de la rue de Provence.
41:49 Si tu peux les prendre,
41:51 rends mes dettes et donne le reste
41:53 à Armen.
41:55 Le 21 février 1944,
42:01 avec 21 de ses camarades,
42:03 il est exécuté au Mont Valérien.
42:09 Golda Banschig est envoyée en Allemagne
42:11 pour être guillotinée.
42:13 Le supérieur de MISAC,
42:15 Joseph Eppstein,
42:17 arrêté avec lui,
42:19 est condamné à mort dans un autre procès
42:21 et fusillé, lui aussi,
42:23 au Mont Valérien.
42:25 Celestino Alfonso.
42:33 Mort pour la France.
42:35 Golda Banschig.
42:37 Mort pour la France.
42:39 Joseph Boksov.
42:41 Mort pour la France.
42:43 Georges Kloarek.
42:45 Mort pour la France.
42:47 Rino De La Negra.
42:49 Mort pour la France.
42:51 Thomas Elek.
42:53 Mort pour la France.
42:55 Joseph Eppstein.
42:57 Mort pour la France.
42:59 Maurice Fingerschwag.
43:01 Mort pour la France.
43:03 Spartaco Fontano.
43:05 Mort pour la France.
43:07 Jonas Geduldik.
43:09 Mort pour la France.
43:11 Emmerich Glas.
43:13 Mort pour la France.
43:15 Léon Goldberg.
43:17 Mort pour la France.
43:19 Schlama Gziwak.
43:21 Mort pour la France.
43:23 Stanislas Kubacki.
43:25 Mort pour la France.
43:27 Cesare Luccarini.
43:29 Mort pour la France.
43:31 Misak Manouchian.
43:33 Mort pour la France.
43:35 Armenak Arpen Manoukian.
43:37 Mort pour la France.
43:39 Marcel Raiman.
43:41 Mort pour la France.
43:43 Roger Ruxel.
43:45 Mort pour la France.
43:47 Antoine Salvadori.
43:49 Mort pour la France.
43:51 Willy Shapiro.
43:53 Mort pour la France.
43:55 Amadeo Usseglio.
43:57 Mort pour la France.
43:59 Wolf Waschbrot.
44:01 Mort pour la France.
44:03 Robert Wichitz.
44:05 Mort pour la France.
44:07 La lecture de ces 24 noms, lus par ordre alphabétique, celui de la mention "Mort pour la France" prononcée par les élèves du lycée militaire d'Autain, lycée qui est médaillé de la résistance française, lors de cette cérémonie de panthéonisation de Misak Manouchian.
44:27 C'est un moment très important, Virginie Giraud, c'est bien de vivre.
44:35 C'est un moment extrêmement émouvant, déjà, je me limite pour ne pas pleurer, je pourrais verser ma larme, de voir à quel point effectivement ce genre de célébration peut nous rassembler.
44:47 Et le symbole est d'autant plus fort parce que Manouchian est un apatrite qui avait choisi la France, et là il faut vraiment être de mauvaise foi pour dire qu'on ne se sent pas un morceau de cette grande cérémonie.
44:57 Et puis il y a le sentiment aussi de voir l'épilogue d'une histoire qui s'écrit, puisque comme l'a lu Bruel, il dit "je ne sais pas si les combattants de la liberté sauront honorer notre mémoire dignement".
45:07 Et bien voilà, 80 ans plus tard, nous le faisons, les historiens ont fait leur travail, le travail de mémoire est là, et on peut se féliciter de ce moment d'histoire.
45:15 Ces 24 noms lus par ordre alphabétique, avec cette mention "mort pour la France", ça saisit en réalité, c'est le rappel du sacrifice de ces hommes et de cette femme.
45:27 C'est énorme, parce qu'on aime la France républicaine, c'est énorme.
45:31 Et on a les cercueils qui sont portés par 14 légionnaires de la 13ème demi-brigade de la Légion étrangère, on parlait de la Légion étrangère il y a quelques instants,
45:43 et qui vont être transportés le long de la rue Soufflot pour ensuite pénétrer au Panthéon.
45:51 Et on rappelle donc que Missaque Manouchor est accompagnée de son épouse Mélinée Virginie Giraud.
45:55 Exactement, le grand amour de sa vie, orpheline comme lui, qui avait survécu au génocide arménien,
46:01 il s'était rencontré en France dans le réseau arménien qu'il fréquentait à Paris, et il ne s'était plus quitté une fois qu'ils s'étaient rencontrés,
46:07 ils avaient les mêmes combats politiques, les mêmes combats pour la France, et l'amour de la littérature qu'ils partageaient.
46:13 D'ailleurs Manouchian a traduit du Rimbaud et du Verlaine en arménien pour donner accès aux textes français à ses compatriotes.
46:20 Non loin de la frontière syrienne, que Missaque Manouchian est né le 1er septembre 1906.
46:28 C'est un orphelin du génocide des Arméniens.
46:32 Il est âgé de 9 ans lorsque son père est assassiné par les jeunes turcs,
46:36 et que sa mère, Aïk, meurt de privation et d'épuisement.
46:41 Les massacres, la déportation, puis la famine exterminent plus d'un million d'Arméniens.
46:47 Son frère, Garabed et lui sont recueillis par une famille kurde,
46:51 puis envoyés dans un orphelinat américain au Liban, alors sous mandat français.
46:57 Missaque a 12 ans.
47:00 On lui enseigne la civilisation française, sa littérature, sa langue et son histoire révolutionnaire, mais aussi les lettres arméniennes.
47:09 C'est là que tout jeune, il commence à composer ses premiers vers, tout en apprenant le métier de menuisier.
47:17 En 1924, il a 18 ans, et tout naturellement il choisit de rejoindre Marseille,
47:24 un passeport nansen d'apatrite en poche pour seule richesse,
47:28 avant de se rendre à Paris, la ville lumière, celle des valeurs humanistes
47:33 dont il a été nourri à travers les œuvres des grands auteurs.
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53:51 Voilà c'est sur ce morceau "Ils sont tombés" de Charles Aznavour, chanté par 90 enfants de la chorale de la maîtrise populaire de l'opéra comique
53:59 que l'on va remercier nos auditeurs d'Europe 1. Evidemment ils pourront continuer à suivre dans un instant d'Oran Pinsoir la suite de cette cérémonie de panthéonisation de Misak Manouchian.
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