00:00 Alors je vous présente deux acteurs, je sais pas si vous les connaissez d'ailleurs,
00:04 deux acteurs réunis pour le film Maison de Retraite 2.
00:07 Jean Reno, c'est la personne à droite.
00:09 Bonjour, c'est moi.
00:10 C'est mon premier film.
00:13 Jean Reno, c'est celui qui a les lunettes.
00:15 C'est mon metteur en scène qui est là.
00:16 Vous avez une gueule de cinéma, si c'est votre premier film, vous avez vraiment une gueule de cinéma.
00:20 Merci beaucoup, ça m'encourage.
00:22 Merci d'être là tous les deux, c'est un bonheur de vous recevoir pour parler de ce film.
00:27 Ravi d'être chez vous.
00:30 Maison de Retraite 2, on va en parler dans un instant, mais d'abord vous le savez, la tradition ici,
00:33 c'est de commencer par des petits sons pour mieux vous connaître.
00:36 Voici le premier, vous allez reconnaître la voix d'un certain Luc Besson.
00:40 Une conversation avec ce grand bavard qui est Jean Reno, ça ressemble à quoi ?
00:45 - Il est où ? - Quoi Jean ? Qu'est-ce qu'il y a ?
00:51 Non, je l'ai vu là, je le mange là.
00:55 - T'as bu Jean ou pas ? - Pas du tout, je bois pas du tout.
01:00 Ça ressemble à ça.
01:02 Imitation de Jean Reno par Luc Besson, c'est pas mal, franchement.
01:05 Est-ce que vous validez Kéradas ?
01:07 Je ne te prends pas comme imitateur Luc.
01:09 Si tu nous écoutes, je vais te dire que t'es mauvais comme imitateur Luc.
01:14 C'est pas ça du tout.
01:16 Est-ce qu'il a ce côté un petit peu bougon comme ça, Jean Reno ?
01:19 Non, vraiment pas.
01:21 En tout cas pas avec moi, je sais pas, peut-être qu'avec Luc il a une relation différente.
01:25 Mais moi j'ai toujours trouvé très, au contraire, très concis, très direct.
01:29 J'adore les gens qui ne passent pas par quatre chemins, c'est vraiment le cas de Jean.
01:32 Et moi sur le plateau de tournage, parfois il me disait, tu vois ça c'est étrange, je pense qu'il faut plutôt faire ça.
01:39 Et je lui disais, ouais mais laisse-le dire sa réplique, de toute façon on fera ce qu'il faut au montage.
01:42 Et il me dit, ouais mais note-le quand même, tu sais, parce que ça c'est bizarre pour le rythme.
01:45 Fin de la phrase, fin de la démonstration.
01:47 Il n'y a pas de négociation possible.
01:49 Mais si, il ne te l'impose pas.
01:52 Mais c'est quand même quelqu'un qui a un peu de cinéma, qui connaît un peu le rythme des films.
01:57 Et comme c'est un film choral, c'est-à-dire qu'il y a beaucoup de comédiens qui prennent la parole dans différentes scènes,
02:01 je pense qu'il sentait parfois des trucs de rythme.
02:03 Et comme il est le patriarche de cette nouvelle maison de retraite dont on va parler,
02:09 forcément c'est lui qui guide souvent les débats avec les différents comédiens.
02:14 Donc quand il y en a un qui se sent pousser des ailes et qui rajoute un truc,
02:17 plutôt que lui dire frontal ce qui pourrait vexer, rajoute pas ce truc-là.
02:20 Il venait me voir moi avec le réalisateur Claudie Dijunior,
02:23 il nous disait "ce truc-là c'est un peu étrange, on est d'accord".
02:25 Je disais "oui tu as raison Jean, c'est étrange, on l'enlèvera, c'est bon".
02:28 Et il repart.
02:30 - Et pour reparler de Luc Besson, votre aventure avec lui a commencé il y a plus de 40 ans Jean Reno,
02:35 avec un premier court-métrage en 1981, l'avant-dernier.
02:39 Et puis le premier long-métrage de Luc Besson aussi, "Le Dernier Combat", sorti en 83.
02:44 Comment vous vous êtes rencontrés tous les deux, ça a été quoi la rencontre ?
02:47 - Sur un casting, je faisais un casting avec un copain à moi,
02:51 comédien aussi, enfin prétendument, tout petit.
02:56 Et on jouait sur la différence, on allait au casting ensemble.
02:59 Et d'ailleurs c'est celui qui est caché dans le coffre,
03:02 qui va chercher de l'eau dans "Le Dernier Combat".
03:05 - D'accord. - Que l'on libère pour aller chercher de l'eau.
03:08 - C'est ça, Bidas au Grande Manœuvre ? - C'est ça, Bidas au Grande Manœuvre,
03:10 il est premier assistant.
03:12 - Donc Luc Besson vous voit, c'est ça, il était premier assistant ?
03:15 - Plus tard, il m'a dit quand il est rentré, j'ai vu Enzo.
03:18 - Du Grand Bleu ? Il a tout de suite su que c'était vous.
03:21 - Ah en 81, le Grand Bleu était déjà écrit ?
03:23 - Il avait déjà beaucoup dans sa tête de ce qu'il voulait faire.
03:28 Et moi j'étais un peu fatigué de ça,
03:32 de ces rencontres casting qui ne mènent nulle part,
03:35 parce que je m'étais pris des porcs dans la gueule.
03:37 - Vous avez beaucoup galéré, on ne s'en rend pas compte aujourd'hui,
03:40 mais Jean Reno a beaucoup galéré.
03:42 - C'est difficile à croire et à imaginer, mais oui, forcément.
03:45 - Mais si tu veux, avant de rencontrer quelqu'un qui te regarde,
03:48 avec une possibilité de faire quelque chose avec toi,
03:51 je faisais la remarque, c'est le signe des poissons.
03:55 Didier Flamand, avec qui j'ai commencé au théâtre,
03:58 est un poisson, pour moi d'eau douce.
04:02 Et Luc est un poisson, aussi, d'eau de mer.
04:06 Et les deux ont été les deux boosts,
04:08 les deux qui se sont dit "Tiens, celui-là, ça devrait aller".
04:11 - Et Thomas-Yves est poisson, c'est un poisson pané.
04:14 - Je vais réfléchir à quel type de poisson.
04:17 - T'as entendu ? Tu ressembles à un poisson pané.
04:19 - Allez, extrait suivant, écoutez ça.
04:21 - Kevin, interrogation d'histoire, je prise.
04:26 Que pouvez-vous me dire sur Trotski ?
04:29 - Trotski, tu le skis, je sais pas.
04:34 - Kev Adams, qui était encore au lycée à cette époque,
04:38 quand vous faisiez ce sketch à l'ado,
04:40 on peut pas dire que vous avez vraiment galéré, pour le coup ?
04:43 - Non, c'est une autre forme.
04:45 J'ai rêvé de faire ce métier depuis très très jeune,
04:48 aussi longtemps que je me rappelle, je rêve de faire ce métier.
04:51 Je pense que j'ai commencé les castings aux alentours de 6-7 ans,
04:54 et c'est vers l'âge de 17 ans que je me suis dit
04:57 "Ce métier est une nécessité, je pourrais rien faire d'autre",
04:59 contrairement à ce que mes parents voulaient,
05:01 car ils considéraient que ce n'était pas un métier.
05:03 Et donc j'ai commencé à écrire mes propres sketchs,
05:05 mais c'est vrai que j'écoute toujours ça avec beaucoup de nostalgie,
05:07 parce que c'est un sketch que j'ai dû écrire
05:09 entre deux cahiers d'histoire, vraiment.
05:12 - Et qui vous a vraiment fait connaître.
05:15 Un sketch dans lequel vous parliez de MSN Messenger,
05:17 c'est dire comme c'est vieux maintenant.
05:19 - Avec les Ouïses.
05:21 - Merci pour ce sacre coup de peine que je prends dans la tronche.
05:23 Non mais c'est vrai, c'est vrai.
05:25 - Allez, un dernier petit extrait.
05:27 - Léon, tu fais quoi comme métier ?
05:30 - Nettoyeur.
05:32 - Tu veux dire t'es tueur ?
05:34 - Ouais.
05:36 - Cool.
05:38 - Cool.
05:40 Léon, c'est le rôle de votre vie, Jean Renoir ?
05:42 - Non, on ne peut pas dire ça.
05:44 - Non ? - Non.
05:46 - Vous diriez quoi ?
05:48 - C'est un placard, il n'y en a pas ici,
05:50 mais c'est un placard dans lequel tu mets les vêtements du personnage,
05:52 mais il faut les enlever.
05:54 - Ouais.
05:56 - Et remettre après le suivant.
05:58 - Hum.
06:00 - Tu fiches quelque chose que tu penses extraordinaire dans ta tête,
06:02 et tu perds,
06:04 tu perds un peu plus.
06:06 Le meilleur moment pour un acteur,
06:08 c'est quand il sort du conservatoire,
06:10 ou quand il a envie de commencer,
06:12 quand il commence à chercher du travail.
06:14 Il est prêt à tout, il est ouvert à tout.
06:16 Tu lui donnerais un comptable,
06:18 il veut faire un comptable, un amoureux,
06:20 il saute par la fenêtre, tu vois ce que je veux dire ?
06:22 - Ouais, bien sûr.
06:24 - Ce moment-là, c'est le plus précieux,
06:26 parce qu'il n'est pas vicié par les autres,
06:28 par son expérience,
06:30 et par lui-même, il n'est pas vicié encore.
06:32 Parce qu'après, tu commences à savoir,
06:34 tu sais que la caméra tourne par là,
06:36 donc tu vas te pencher la tête,
06:38 alors que le personnage est de l'autre côté,
06:40 pour que la caméra te voit mieux, etc.
06:42 Des petites choses qui te,
06:44 tu vois, qui vont te faire
06:46 perdre de ton honnêteté.
06:48 Et ça, si tu me dis ça, c'est comme si
06:50 tu me coupes un pied.
06:52 Je ne suis pas là, tu me coupes un pied.
06:54 - D'accord, donc il faut rester avec une certaine fraîcheur,
06:56 c'est ce que vous nous dites. - Complètement, et même candeur,
06:58 et même ce que tu veux. - Moi, j'ai été très étonné
07:00 de à quel point ce film a traversé
07:02 les frontières. - Aux Etats-Unis,
07:04 ça passe tous les semaines à la télé.
07:06 - Je ne savais pas, vraiment, j'ai passé du temps à Los Angeles
07:08 il y a quelques années, et j'adorais demander aux Américains
07:10 "Est-ce que vous connaissez un film français ?"
07:12 - Ils sentent Amélie aussi.
07:14 - Amélie Poulain beaucoup, et Léon, quoi.
07:16 Je trouve ça dingue. - C'est énorme. Et d'ailleurs, il y a un petit clin d'œil
07:18 à Léon dans Maisons de retraite 2. On va parler de ce film dans un instant.
07:24 On se retrouve dans deux minutes sur Orpah, à tout de suite.
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