00:00 [Musique]
00:16 Célia Potvin, je suis la directrice adjointe des Anges Gardens,
00:20 une structure qui est présente dans le Pas-de-Calais depuis une quinzaine d'années,
00:24 qui est une structure d'éducation populaire autour des questions alimentaires,
00:28 de graines à l'assiette, et qui est adossée à un chantier d'insertion.
00:32 Dans le bassin minier, on est arrivé il y a six ans,
00:36 et on a mis en place un certain nombre de productions
00:41 sur des terrains qu'on a récupérés auprès de bailleurs sociaux, de collectivités,
00:44 ça s'appelle l'archipel nourricier.
00:46 Archipel, parce qu'il y a plein de petits terrains de petite taille.
00:49 Et il se trouve qu'au départ, nos salariés en insertion n'étaient pas assez nombreux
00:53 pour entretenir un certain nombre de ces terrains,
00:56 donc on a décidé de faire des choses avec les habitants dans les QPV.
01:00 Donc on a fait venir les gens pour faire des chantiers coopératifs,
01:03 pour nous aider à entretenir les terrains.
01:06 À côté de ça, on a un tiers-lieu nourricier dans lequel il y a des animations
01:09 sur l'éducation alimentaire, etc.
01:12 On distribue des paniers, et donc à la demande d'un bailleur social
01:16 dans la cité des provinces, on vient distribuer des paniers,
01:20 et on commence à avoir envie de faire des animations avec ces gens-là.
01:23 Et ces gens-là, ils ne viennent pas sur notre place à vivre,
01:27 donc le lieu en dur, le tiers-lieu nourricier,
01:30 pourtant ce n'est pas très très loin.
01:32 Il y a à peine un kilomètre et demi, on pourrait venir à pied,
01:35 on pourrait venir en bus, mais c'est compliqué de sortir de sa cité minière.
01:38 Donc nous, on décide d'aller vers eux, de faire un tiers-lieu hors les murs
01:42 sur un des trois terrains qu'on a dans cette cité des provinces.
01:49 Donc ça permet, on commence à faire des animations cuisine de rue, etc.
01:53 Ça fait venir du monde, ils nous voient dans le quartier faire des choses,
01:56 les enfants viennent goûter, et derrière les parents arrivent, etc.
02:00 Et puis, on se pose la question, ces terrains-là, il faut quand même les entretenir,
02:05 comment on pourrait récompenser les gens qui viennent s'engager à nos côtés
02:08 et nous aider ?
02:10 On a créé la manne, la monnaie d'une autre nature pour de nouveaux échanges,
02:14 qui est un billet, un joli billet.
02:17 Et à chaque fois qu'ils viennent passer deux heures avec nous pour des plantations,
02:21 faire du désherbage, etc., ils vont recevoir de la manne.
02:25 Et cette manne, ils vont l'échanger contre des contreparties.
02:28 Les premières contreparties qu'on a eues, c'était des paniers de légumes.
02:32 Donc on travaillait à nos côtés et on pouvait l'échanger contre des paniers de légumes,
02:36 contre des bouteilles de soupe qu'on produit dans notre chantier d'insertion,
02:39 des pots de confiture, etc.
02:41 Voir des repas dans le tiers-lieu.
02:43 Puis, cette petite communauté, elle a envie d'autres contreparties.
02:52 Donc on les réunit régulièrement, on fait des groupes de discussion.
02:56 Et puis, on fait rentrer dans la boucle des contreparties des commerçants.
03:00 Donc nous, on va échanger la manne qu'ils vont collecter contre des euros.
03:05 Cet argent-là, on va le recevoir des collectivités, par exemple, ou de mécénats,
03:10 pour notre action sociale sur le quartier.
03:14 Donc les premières contreparties qu'il y a eues en commerçant,
03:17 ça a été la friterie du coin, ça a été le florist, etc.
03:20 Peu à peu, aussi, en faisant grandir cette communauté,
03:24 on se rend compte que dans la communauté, il y a des gens qui ont des talents.
03:27 Et on va essayer de mettre en avant ces talents,
03:29 et ces gens-là vont être des dispensateurs de leurs savoirs,
03:32 et eux-mêmes animer des ateliers.
03:35 On a une personne, par exemple, qui anime des visites en forêt,
03:41 où on écoute les oiseaux, parce que c'est son grand plaisir,
03:44 et puis sa connaissance, c'est les oiseaux.
03:46 Donc il est capable de reconnaître le chant des oiseaux,
03:48 de construire des nichoirs, de pouvoir vous expliquer des tas de choses dans les oiseaux.
03:53 Donc, pendant la discussion des adhérents, il sait faire ça,
03:57 on lui dit "ben, t'aurais pas envie de faire un chantier là-dessus,
04:00 enfin une petite animation ?"
04:02 Et les gens, quand ils s'inscrivent à cette animation,
04:04 ils vont lui donner de la manne, et lui-même, avec cette manne,
04:07 il va pouvoir acheter des légumes, les échanger contre un certain nombre de contreparties.
04:13 Au début, on peut se dire que ce sont des petites choses,
04:18 mais on ne se rend pas compte, sauf à interroger les gens,
04:22 de ce que ça recrée comme lien social dans la cité.
04:25 En fait, dans cette cité, vous avez des gens qui sont en accession à la propriété,
04:30 qui sont les communicateurs de la cité, des personnes âgées, des nouveaux arrivants, etc.
04:34 Et les personnes âgées, entre autres, elles disent "ben, il n'y a plus ce lien qu'il y avait dans les cités minières,
04:39 d'entraide, de lien social, etc."
04:42 Et quand elles viennent dans les chantiers COP, ces personnes-là,
04:45 elles ont l'occasion de créer des liens avec les nouveaux arrivants,
04:48 des personnes vers qui elles ne seraient pas allées naturellement,
04:50 parce qu'elles sont différentes d'elles,
04:52 ou plein d'a priori qu'on peut avoir sur les nouveaux arrivants dans un quartier.
04:56 Et donc on a quelques petites mamies qui viennent faire des chantiers COP.
05:00 Alors elles ne sont plus toutes jeunes, elles sont parfois assises pour faire du pralinage,
05:03 d'arbres flottis avant l'implantation,
05:05 mais elles le passent à des enfants, elles passent une après-midi avec des gens.
05:08 Et avec la manne qu'elles ont collectée, en fait, derrière,
05:11 elles se font un petit plaisir, elles viennent par exemple prendre un goûter
05:15 sur notre tiers lieu nourricier, au restaurant,
05:18 et elles se payent un goûter, quelque chose qu'elles ne pourraient pas faire dans la vraie vie.
05:21 Sortir de l'argent pour se payer un goûter, c'est du superflu pour elles.
05:25 Elles ont des toutes petites retraites.
05:27 Autre petit exemple, c'est un adhérent qui est un fleuriste dans les contreparties.
05:32 Pourquoi un fleuriste ? A priori, ce n'est pas nourricier, etc.
05:35 En fait, cette personne-là, elle a pu un jour acheter un bouquet pour la Saint-Valentin,
05:40 chose qu'elle n'avait jamais pu faire,
05:42 puisque un bouquet de fleurs, c'est vraiment du superflu.
05:46 Et là, en rentrant dans ce cercle, elle peut aussi changer des choses dans sa vie,
05:51 pouvoir accéder à des services qu'elle n'est pas capable d'avoir au départ.
05:55 La communauté a grandi, elle a mûri, et maintenant, elle a aussi exprimé des besoins.
06:00 Par exemple, il y a un club de couture, un club de crochet, etc., des choses assez classiques.
06:05 Et on a fait un accompagnement sur les habitants autour du bien-être.
06:10 Et puis, elles ont manifesté l'idée, en fait, nous, c'est bien,
06:14 on a fait un atelier sur le bien-être, mais moi, je ne peux pas me payer de séances esthéticiennes.
06:18 Est-on capable de trouver une esthéticienne pour entrer dans le Système Man ?
06:22 On a trouvé une esthéticienne pour entrer dans le Système Man.
06:25 Nous, on passe derrière lui donner des euros,
06:28 mais ça permet justement, par toute cette boucle vertueuse d'engagement, d'émancipation,
06:34 de pouvoir aussi accéder à autre chose, de grandir autrement.
06:37 Et maintenant, la communauté, on essaye de la pluguer au sein d'un hub à d'autres communautés,
06:42 la communauté de producteurs, la communauté d'acteurs du social, la communauté de distributeurs.
06:47 Et là, le but du jeu, c'est qu'à terme, cette communauté,
06:51 elle soit aussi capable de comprendre le monde dans lequel elle vit,
06:54 d'avoir des choix alimentaires en conscience.
06:57 Donc, on les accompagne à travers des animations.
07:01 On a dans la communauté, par exemple, une dame, en discutant avec elle,
07:04 on se rend compte qu'elle est tout à fait en capacité de mener des ateliers cuisine.
07:09 Elle sait faire des tas de choses sur la conserve domestique.
07:12 Autant la mettre en avant et qu'elle le fasse.
07:14 Et elle, ça la sent en fait de sa posture de personne aidée, en aidant les autres,
07:20 de sa posture de personne accompagnée en personne qui, en sachant.
07:25 Donc, ça crée vraiment une émancipation des gens au sein de ce quartier.
07:30 Deuxième chose, c'est qu'après l'avoir testé en milieu QPV dans le Bassin-Millet,
07:37 on est allé le tester en milieu rural, donc à Auderic, dans la communauté de région d'Auderic,
07:43 donc milieu rural, avec des distances beaucoup plus longues à franchir.
07:48 Est-ce qu'on est en capacité de le faire là-bas ? On a commencé.
07:51 Et là, on a à peu près 250 à 300 adhérents dans la communauté sur l'os Vendin.
07:58 Et sur le littoral, on a déjà une cinquantaine de personnes.
08:03 Et on a déjà des personnes pour qui il y a eu un révélateur de talent.
08:08 Donc, une personne qui fait un atelier vinerie, une autre qui vient de faire un atelier crochée.
08:11 On a des gens qui viennent régulièrement aux ateliers cuisine,
08:14 qui commencent à se dire « moi, je pourrais peut-être entretenir le jardin pédagogique », etc.
08:18 Donc, en fait, on crée des boucles d'émancipation des gens et d'engagement des gens.
08:23 Et ça, ce sont des belles histoires.
08:25 Et petite cerise sur le gâteau, c'est que sur le territoire rural,
08:31 certaines personnes qui viennent pour les chantiers coopératifs, ce ne sont pas des individus,
08:36 ce sont des associations.
08:38 Et donc, on a eu l'AFAPI, qui est un foyer logement pour adultes handicapés,
08:43 qui s'est inscrit à un chantier coopératif.
08:45 Donc, nous, le but du jeu, ce n'était pas de leur faire un chantier coopératif pour eux tous seuls,
08:49 on les a inclus avec d'autres personnes, des habitants du coin.
08:54 Et ça permet à des adultes handicapés de rencontrer des gens comme tout le monde,
08:59 de travailler avec tout le monde, de faire la même chose,
09:02 d'être traités exactement de la même façon.
09:05 Et ils ont eu aussi de la manne.
09:08 De la manne, ça ne sert à rien à quelqu'un qui est dans une structure accompagnée,
09:11 où il a ses repas, etc.
09:13 Si, ça sert, c'est très, très utile.
09:15 En fait, à chaque fin, ils mettent leur manne en commun,
09:18 et ils se sont achetés un repas au restaurant avec la manne.
09:23 Et on a reçu un petit message des parents, nous disant,
09:26 ils ont fait pour une fois, ils ont été traités comme tout le monde,
09:28 ils ont vécu à une expérience comme tout le monde, en passant à la caisse, etc.
09:32 - Vous avez le temps. - Merci.
09:35 Merci.
09:36 Merci.
09:37 ♪ ♪ ♪
09:42 [Musique]
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