Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 2 ans
Avec Caty Richard, avocate pénaliste, auteure de "Crimes, délits et vies brisées : plongée au coeur de la justice et de la nature humaine" publié chez Albin Michel.

Retrouvez Bercoff dans tous ses états avec André Bercoff du lundi au vendredi de 12h à 14h sur #SudRadio.

---
Abonnez-vous pour plus de contenus : http://ow.ly/7FZy50G1rry

———————————————————————

▶️ Suivez le direct : https://dai.ly/x8jqxru
Retrouvez nos podcasts et articles : https://www.sudradio.fr/

———————————————————————

Nous suivre sur les réseaux sociaux

▪️ Facebook : https://www.facebook.com/profile.php?id=100063607629498
▪️ Instagram : https://www.instagram.com/sudradioofficiel/
▪️ Twitter : https://twitter.com/SudRadio
▪️ TikTok : https://www.tiktok.com/@sudradio?lang=fr
———————————————————————

☀️ Et pour plus de vidéos de Bercoff dans tous ses états : https://www.youtube.com/playlist?list=PLaXVMKmPLMDQe5oKZlhHutOQlGCq7EVU4

##LE_FACE_A_FACE-2024-02-12##

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00 Sud Radio Bercov, dans tous ses états, le face à face.
00:05 13h02 sur Sud Radio, l'heure pour nous de vous présenter ce face à face.
00:09 Aujourd'hui, Philippe David, vous recevez Cathy Richard, avocate et surtout auteure de ce livre
00:14 "Crime, délit et vie brisée plongée au cœur de la justice et de la nature humaine".
00:18 C'est aux éditions Albain Michel.
00:19 Un livre co-écrit avec Catherine Siguret.
00:22 Cathy Richard, bonjour.
00:24 Bonjour Philippe David.
00:26 Alors, vous êtes avocate, vous avez plaidé dans de nombreuses affaires.
00:29 Parmi celles-ci, parmi les plus sordides, souvent pour les victimes.
00:33 Que ce soit dans l'affaire du violeur de la sambre, Jonathan Daval.
00:36 Et vous commencez votre livre par ces mots.
00:39 C'est un livre passionnant, je le dis.
00:41 "Mon rêve, c'était de faire naître des enfants, à la place j'en enterre."
00:46 Comment décide-t-on de changer de carrière entre gynécologue obstétricienne
00:49 ou sage-femme et avocate pénaliste ?
00:52 J'ai toujours été partagée entre les deux.
00:55 C'est-à-dire que j'adorais les bébés.
00:56 J'avais une passion pour les bébés.
00:59 Mais aussi, j'avais une passion pour d'abord les faits divers
01:02 et puis l'idée du juste, de la justice.
01:05 Et puis, je l'ai réfléchi et puis je me suis dit que je choisissais,
01:09 alors à l'époque, je choisissais d'être juge pour enfants.
01:12 C'est ce que je voulais être, juge pour enfants.
01:14 Et puis, je me souviens qu'en troisième, je m'étais justement dit,
01:18 puisque je ne ferais pas naître des bébés, je vais faire mon stage en maternité.
01:22 Donc en troisième, j'avais fait un stage en maternité
01:26 pour après me dire, ben non, voilà, je sais,
01:28 je vais continuer dans la justice, essayer d'être juge des enfants.
01:32 J'avais une grande idée de ce qu'était un juge des enfants.
01:35 Et puis finalement, non seulement je ne suis pas devenue juge des enfants,
01:38 mais même pas magistrat du tout.
01:40 Et j'ai choisi, enfin ou plutôt l'avocature m'a choisi.
01:43 Alors, vous écrivez, je vous cite,
01:45 "que toute belle affaire criminelle où les affects sont en jeu m'aimante".
01:49 Vous mettez des guillemets au mot "belle".
01:52 Qu'est-ce qu'une belle affaire criminelle ?
01:54 Une affaire qui marque l'opinion publique ?
01:57 En fait, je ne suis rien d'autre qu'une partie de l'opinion publique.
02:01 Donc une affaire qui va me marquer forcément.
02:03 Mais il faut savoir une chose,
02:05 c'est que parfois il y a des affaires qui ne sont pas du tout médiatiques
02:08 et qui pour moi sont des belles affaires.
02:10 D'ailleurs, j'ai dans le cœur et dans le livre,
02:13 j'en parle de plusieurs affaires qui n'ont pas du tout été médiatiques.
02:16 Il y a des affaires médiatiques dans le livre,
02:18 mais il y a aussi des affaires dont personne n'a jamais parlé
02:20 et qui pour autant pour moi sont des belles affaires,
02:22 des affaires qui m'attirent, qui m'aimantent
02:25 parce qu'il y a un contexte humain,
02:27 il y a un contexte...
02:29 Soit il y a quelque chose à chercher,
02:31 soit il y a quelque chose à protéger.
02:33 Il y a quelque chose à faire.
02:34 C'est ce que j'appelle une "belle affaire".
02:36 Alors vous parlez de nombreux procès dans votre livre.
02:38 Je rappelle et je le dis, c'est vraiment un excellent livre.
02:41 Moi, je l'ai dévoré ce week-end.
02:43 Vous parlez de procès plus ou moins médiatisés,
02:45 comme une fille de 13 ans violée par un garçon de 15 à Créteil.
02:49 Le violeur est condamné six ans après à trois mois de prison avec sursis
02:52 et à deux fois 2000 euros au civil.
02:55 Est-ce qu'il y a un problème au niveau de la justice des mineurs ?
02:58 Oui, justement, typiquement, pour moi,
03:01 entre guillemets, pour moi, ça c'était vraiment une belle affaire.
03:03 Pourquoi ? Parce que déjà, il faut savoir que le papa de cette jeune fille
03:07 avait été mon client des années avant
03:10 parce qu'il avait lui-même été victime d'un animateur de "Colonie de vacances".
03:14 Et lui, je l'avais défendu, le papa, 20 ans avant.
03:20 Donc, c'est vrai que quand il m'a appelée en me disant "voilà, ma fille est victime",
03:25 pour moi, c'est ce que j'appelle "une belle affaire".
03:28 C'est-à-dire qu'effectivement, c'était impossible que ça ait lieu sans moi.
03:31 C'était impossible que cette gamine, elle ne soit pas accompagnée par moi.
03:35 C'était impossible que lui aussi, je ne l'accompagne pas,
03:37 que la maman, je ne l'accompagne pas.
03:39 Et puis finalement, effectivement, on s'est retrouvés tellement d'années plus tard.
03:43 Alors parfois, avec les mineurs,
03:45 ça permet de voir aussi comment les mineurs ont évolué.
03:48 Mais c'est tellement d'années plus tard que c'est vrai que ça a moyennement de sens.
03:53 Et puis, moi, je préviens mes clients.
03:56 C'est vrai que mes clients étaient prévenus de ne rien attendre de la peine,
04:00 que la peine était là pour réparer la société,
04:02 que effectivement, ça dépendrait de lui et pas seulement de ce qu'il a fait,
04:07 de ce qu'il était devenu, etc.
04:08 Donc, la peine avait sursis.
04:10 Bon, qu'on ne le renvoie pas en prison ou qu'on ne l'envoie pas en prison,
04:13 mes clients étaient à peu près préparés.
04:17 Mais c'est vrai que de balancer des indemnisations comme ça,
04:22 les hop, 2000 par-ci, 2000 par-là, 2000 pour madame, 2000 pour...
04:25 On a envie de dire "mais vous avez écouté quelque chose ?"
04:28 parce qu'on ne fait pas ça pour l'argent, d'accord ?
04:30 Clairement, moi d'ailleurs, souvent, mes clients me disent
04:32 "mais maître, vous me parlez d'argent, mais moi, je ne veux pas entendre parler d'argent."
04:36 Sauf que c'est la seule chose qui va donner un quantum
04:41 à ce qu'on aura compris de leur peine.
04:43 Donc là, ils ont eu l'impression juste que rien n'était écouté,
04:48 que rien n'était écouté de leur peine,
04:51 rien n'était écouté du fait que lui, derrière, il avait décompensé,
04:54 qu'il était retourné en psychiatrie.
04:57 Rien n'était écouté de tout ça.
04:58 Bon, bien évidemment, l'affaire se poursuit parce que j'en suis pas restée là,
05:02 mais c'est cette...
05:04 Parfois, c'est pas seulement la justice des mineurs d'ailleurs,
05:07 mais parfois, ce qui est de plus en plus difficile à vivre, je trouve,
05:10 parce que ça existe depuis longtemps, c'est une espèce de mépris pour les gens,
05:14 de "oui, bon, c'est bon, on est..."
05:16 "Oui, c'est bon, on vous a entendu, ça y est."
05:18 - Parlons des mineurs.
05:19 Vous écrivez, vous venez d'un milieu populaire,
05:21 "J'ai compris très jeune que l'éducation était le nerf de la guerre
05:24 à l'occasion d'un déménagement,
05:26 quand notre résidence moderne d'abord pimpante en région parisienne
05:29 était devenue la cible des incivilités,
05:32 c'est-à-dire des dégradations rendant la vie en société impossible,
05:35 avec bientôt la violence et personne pour redresser la barre ou s'y opposer."
05:39 Quand le garde...
05:41 La violence des mineurs, c'est uniquement un problème éducatif ou c'est autre chose ?
05:46 - Moi, je trouve que quand même, en grande partie,
05:48 il y a d'abord un problème éducatif.
05:50 Je veux dire, c'est d'abord, quand est-ce qu'un enfant a les premières notions
05:55 de qui est l'autre, de comment respecter l'autre,
05:58 les premières notions du respect même de ses parents ?
06:01 C'est quand même...
06:02 C'est dans ses premières interactions,
06:05 c'est là où on revient sur ce qui me passionne, les bébés,
06:07 dans les premières interactions avec le bébé,
06:10 au fur et à mesure qu'il commence à comprendre qui est l'autre,
06:13 on apprend aussi le respect de l'autre.
06:16 Donc avant tout, il y a quand même la famille.
06:18 L'éducation, elle est avant tout le fait de la famille.
06:21 Après, il y a aussi, bien évidemment, l'école.
06:24 J'ai, il y a peu, donné un cours aux éducateurs,
06:28 enfin, aux formateurs des instituteurs en éducation sexuelle à l'école.
06:34 C'était très intéressant.
06:35 Je ne savais pas que dès la maternelle et la primaire,
06:38 on parlait, entre guillemets, d'éducation sexuelle à l'école.
06:42 Pourquoi pas ?
06:43 Donc, moi je dis, pour moi, c'est beaucoup trop tôt
06:45 pour parler de sexe à proprement parler,
06:48 mais c'est le moment de commencer à dire,
06:50 ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu'ils te fassent.
06:52 Pense à l'autre, mets-toi à la place de l'autre.
06:55 La notion de l'empathie, ça, ça s'acquiert très tôt.
06:59 C'est de l'éducation, oui, c'est de l'éducation.
07:01 Et avec de l'empathie, avec de l'éducation,
07:05 on aura quand même beaucoup de problèmes, au moins, je pense.
07:07 - Cathy Richard. - C'est moi d'alcool.
07:08 Vous avez découvert le métier d'avocat avec un job étudiant
07:13 et vous n'avez pourtant pas été particulièrement charmée par la profession,
07:16 c'est le moins qu'on puisse dire.
07:18 Non, c'est vrai que j'y pensais là parce que
07:22 j'avais, dans ces périodes où je faisais passer les micros
07:25 dans des colloques d'avocats,
07:28 j'étais hôtesse d'accueil, alors je leur donnais les badges,
07:31 les documents, et puis ensuite je passais les micros.
07:34 Et franchement, je n'avais pas du tout une bonne image des avocats,
07:36 je les trouvais tous prétentieux, enfin une grande partie,
07:39 je les trouvais prétentieux.
07:40 Ils ne t'avaient pas dit merci quand ils prenaient un micro.
07:42 - Et puis, alors justement... - Ça, c'est un problème de l'éducation.
07:46 Voilà, exactement.
07:47 Je repensais à ça il y a peu de temps parce qu'à l'époque,
07:49 j'avais porté le manteau de Robert Badinter, le garde,
07:52 le garde arrivait, je m'en souviens.
07:54 Le garde arrive, le garde arrive, et c'était Robert Badinter qui arrivait.
07:58 Et j'ai le souvenir justement, lui, en revanche, d'un homme
08:02 petit par la taille, mais grand par justement l'attention qu'il portait aux autres.
08:07 Il n'était pas du genre à balancer...
08:09 Il avait un petit sourire, un petit regard.
08:12 Ça, c'est important.
08:13 - Alors, vous venez d'un milieu populaire, on le rappelle,
08:16 père cheminot qui ne faisait jamais la grève,
08:18 vous choisissez Ville-Tanneuse comme fac plutôt qu'Assas,
08:21 et comme vous refusez de manifester contre la loi de vacay en 86,
08:25 votre R5 se fait crever les pneus et peindre une croix gammée.
08:28 La tolérance, c'est ça en fac de droit ?
08:31 - Oui, je pense que voilà, après, on est toujours l'opposé de quelqu'un.
08:37 Moi, c'est vrai que je n'allais pas forcément dans le sens
08:39 des étudiants de Ville-Tanneuse qui étaient partis,
08:42 alors là, vraiment, vent debout contre la loi de vacay.
08:45 Alors déjà, moi, ça m'énervait parce que je disais,
08:46 mais qui l'a lue, cette loi ? Mais qui l'a lue ?
08:48 Vous dites que vous êtes con, mais elle dit quoi exactement ?
08:51 Et personne ne savait me répondre.
08:52 Donc déjà, ça ne me plaisait pas beaucoup.
08:54 Ensuite, quand on venait me faire débrayer,
08:57 parce qu'on disait débrayer, j'étais en première année, moi,
08:59 donc le grand amphi, ils avaient besoin du grand amphi
09:02 pour faire les tenues.
09:04 Alors, ils nous faisaient débrayer.
09:06 Mais attends, la grève, c'est un droit,
09:09 mais ce n'est pas un devoir.
09:10 Moi, j'ai le choix, je peux aussi aller en cours.
09:13 Donc, ils m'ont pris un peu de travers surtout, j'avoue.
09:17 Et c'est vrai que j'avais l'exemple de mon père,
09:20 moi, qui ne faisait pas grève, qui disait,
09:23 moi, je fais les trains parce qu'il y a des gens
09:25 qui attendent leur train et je fais les trains.
09:27 Donc, j'ai vu mon père parfois revenir couvert de mousse,
09:32 de mousse d'extincteur ou quelque chose comme ça.
09:35 Et moi, je me disais de toute façon,
09:37 moi, j'estime que c'est pareil.
09:39 J'estime que c'est pareil, que si j'ai envie d'être en cours,
09:42 je suis en cours.
09:43 Si j'ai envie de suivre les cours, je suis les cours.
09:45 Si j'ai envie d'être contre une loi, je me documente.
09:48 Je sais pourquoi je suis contre.
09:50 Je dis des choses et surtout,
09:52 on ne me fait pas faire quelque chose contre mon gré.
09:55 Et je serai là pour défendre ceux qui veulent aussi rester.
09:58 Et donc, c'est vrai qu'on ne peut pas dire
10:00 que la liberté était totale à cet endroit
10:03 comme à beaucoup d'endroits d'ailleurs.
10:05 Pour se faire crever les pneus et peindre une croix à gammer
10:07 sur sa voiture parce qu'on ne fait pas la grève,
10:08 c'est sûr que ce n'est pas du tout excessif comme réaction, Esthébane.
10:10 On va en marquer une.
10:11 Non, mais forcément, quand on ne fait pas,
10:14 à l'époque, c'était les UNEF.
10:16 Moi, je n'étais pas du tout encartée de rien.
10:18 Et si je ne faisais pas la grève avec les UNEF,
10:21 forcément, j'étais un suppôt de l'Uni, de l'extrême droite
10:24 et j'étais une fasciste.
10:25 C'est forcément, c'était dans leur logique, en tout cas.
10:28 Et ce qui a été drôle, d'ailleurs, c'est que des années après,
10:31 quand j'ai quitté la fac de Vitaneuse,
10:33 je suis revenue au moment des inscriptions.
10:36 Je venais dire bonjour à tout le monde.
10:37 Et il y avait des gens, justement, des fameuses UNEF,
10:41 je dis des UNEF, parce qu'à l'époque, il y avait l'UNEFidé, l'UNEFé ça.
10:44 Voilà. Et il y en a un des UNEF qui dit à l'autre,
10:49 tu sais, il n'y en a pas beaucoup, mais elle, pour le coup,
10:52 c'est vrai que c'était une blanche colombe.
10:53 C'était tard, mais ça m'a fait plaisir.
10:56 On se retrouve tout à l'heure.
10:57 On va continuer cette discussion avec Cathy et Richard.
11:00 On continue de parler de justice.
11:02 Et puis vous, vous aurez la parole aussi.
11:03 0 826 300 300.
11:05 Vous nous appelez pour poser vos questions ou pour témoigner.
11:08 À tout de suite sur Sud Radio.
11:09 Sud Radio, votre attention est notre plus belle récompense.
11:13 On a une grande famille sur Sud Radio.
11:15 Et je suis très, très fier d'en faire partie.
11:17 Sud Radio, parlons vrai.
11:22 Ici Sud Radio.
11:24 Les Français parlent au français.
11:28 Je n'aime pas la blanquette de veau.
11:32 Je n'aime pas la blanquette de veau.
11:35 Sud Radio Bercov dans tous ses états.
11:37 C'est notre invité du face à face, Maître Cathy Richard.
11:40 Crimes d'Élise et vies brisées,
11:42 plongées au cœur de la justice et de la nature humaine,
11:45 publié chez Albin Michel.
11:48 On revient avec Maître Cathy Richard.
11:50 Vous étiez de droite et on vous dit qu'un magistrat en droit pénal
11:53 qui veut réussir doit être de gauche.
11:56 Ce n'est pas un peu hallucinant, ça ?
11:58 Oui, un avocat, oui.
11:59 C'est vrai qu'il y a eu toute une période aussi où on disait beaucoup
12:04 oui, il faut être dans les forces de progrès pour être pénaliste.
12:10 Enfin, j'ai un peu tout entendu.
12:11 J'ai aussi entendu que je ne pouvais pas m'installer à Pontoise
12:13 si je n'étais pas pontoisienne de racine.
12:17 J'ai un peu tout entendu.
12:18 Mais c'est vrai aussi qu'il y avait aussi ce côté
12:21 pour être avocat pénaliste, il faut être de gauche.
12:24 Mais en fait, je pense que c'est parce que tout simplement,
12:26 on dit tout le temps que...
12:27 Là, c'était magistrat en droit pénal, carrément.
12:28 Je pense qu'on confond la générosité et la gauche, quoi.
12:31 Enfin, on confond l'humanité et la gauche.
12:34 Je ne sais pas.
12:34 Moi, je pense qu'on peut...
12:36 On peut être...
12:37 Moi, je suis de droite, avec...
12:39 Enfin, d'éducation de droite.
12:41 Je ne suis ni militante ni rien.
12:43 J'avais mes grands-parents qui étaient de droite
12:45 et qui étaient de milieu d'extraction.
12:49 Pas du tout...
12:51 Ma grand-mère, elle a élevé huit enfants
12:53 avec un mari qui était ouvrier.
12:55 Et elle disait, lorsque le gros maigrit, le maigre périt,
12:58 il faut passer la branche sur laquelle on est assise.
13:00 Enfin, voilà.
13:00 Je pense que c'est une question de mentalité, d'éducation,
13:03 mais encore plus que de cœur, quoi.
13:05 Vous avez passé pourtant le concours pour être magistrate,
13:08 mais en vous sabordant.
13:10 Racontez-nous.
13:12 Justement, c'est ce qui me permet
13:15 de me rendre compte qu'en fait,
13:16 on peut tous faire un jour quelque chose
13:19 qui nous dépasse, en fait.
13:20 C'est-à-dire que j'ai passé ce concours,
13:23 je voulais être absolument magistrate,
13:26 plus que tout.
13:27 Comme je disais, je rêvais, moi,
13:29 de prêter serment comme magistrate.
13:33 Il y a des filles qui rêvent d'être en blanc et de se dire
13:35 "Oui, moi, je rêve d'être en blanc et de prêter serment."
13:37 Et puis finalement, j'ai passé les épreuves
13:40 et sur la dernière épreuve,
13:43 je suis sortie avant la fin.
13:44 Je regardais les autres en me disant
13:46 "Oh non, ils ont l'air tellement plus
13:48 d'être des magistrats que moi, non, non."
13:50 Et la dernière épreuve, c'était en plus la note de synthèse,
13:53 qui est quand même l'épreuve technique par définition,
13:55 qui n'est pas du tout une épreuve de connaissance,
13:57 qui est juste une épreuve de technicité.
14:00 Et pour tout dire, j'avais eu des bonnes notes
14:01 dans les trois autres matières.
14:03 Et pour vraiment tout dire,
14:04 quand j'ai passé l'examen d'avocat,
14:06 entre-temps, je m'étais cassé le genou,
14:07 enfin, j'avais été opéré du genou.
14:09 Et pendant la note de synthèse,
14:10 je me suis endormie à l'examen d'avocat.
14:13 Et j'ai eu l'examen d'avocat.
14:14 J'étais beaucoup plus décontractée, en fait.
14:16 On a parlé de votre parcours
14:17 pour devenir une brillante avocate pénaliste.
14:19 Maintenant, on va aller dans le vif du sujet.
14:21 Vous écrivez "On peut tous devenir une victime
14:24 ou un assassin un jour pour une demi-seconde de folie,
14:26 de panique, de rage, de déraison
14:28 liée à une complexité psychique infinie,
14:30 de désespoir, surtout de désespoir."
14:33 On peut tous devenir victime en un quart de seconde,
14:35 mais est-ce qu'on peut tous devenir assassin
14:38 en un quart de seconde ?
14:39 C'est exactement ça, l'idée,
14:41 c'est que c'est exactement...
14:44 Quand on est...
14:47 Moi, je suis catholique
14:49 et je sais que dans les évangiles,
14:50 on dit que Jésus a dit
14:53 "Que celui qui n'a jamais péché
14:54 me jette la première pierre."
14:55 C'est ça.
14:56 Je trouve qu'il y a la même chose,
14:58 ça existe la même chose en chacun de nous.
15:00 C'est-à-dire que moi, ceux qui me disent
15:01 "Oui, mais comment est-ce qu'on peut défendre des méchants ?"
15:03 Je dis "Mais est-ce qu'un jour dans votre vie,
15:05 en votre âme et conscience,
15:07 vous n'avez pas fait quelque chose que vous regrettez,
15:09 que vous n'auriez pas voulu faire ?
15:11 Finalement, vous avez fait presque malgré vous,
15:14 ou dont vous avez honte.
15:15 À partir du moment où vous avez été capable
15:17 de faire une chose dont vous avez honte
15:19 ou que vous n'auriez jamais pensé pouvoir faire,
15:22 comment pouvoir être certain
15:23 que vous ne pourriez pas faire pire autrement, autre chose ?
15:26 C'est une étude d'humilité.
15:29 Il faut être humble avant tout et se dire
15:32 avant d'avoir des grandes idées,
15:34 des péremptoires sur les autres,
15:36 "interrogeons-nous sur nous-mêmes."
15:38 - Alors, vous parlez de votre premier procès d'assise
15:41 et il se prépare en cinq jours.
15:43 Racontez-nous, parce que là c'est vraiment du...
15:45 Il y a le TGV, là c'est le PGV,
15:47 le procès à grande vitesse ou la plaidoirie à grande vitesse.
15:50 - C'est vrai, en fait, quelqu'un sonne à la porte
15:55 et arrive en disant "c'est une jeune femme",
15:58 et elle dit "mon frère a été tué",
16:00 et puis "affaire à le vire la semaine prochaine".
16:03 Et "à le vire la semaine prochaine", comment ça ?
16:06 Et on dit "mais on m'a donné votre nom,
16:09 on m'a dit que vous pourriez m'aider".
16:11 Oui, effectivement, elle venait bien la semaine suivante
16:15 aux assises directement,
16:17 sans passer par la case instruction pour moi.
16:19 Et j'ai donc tout de suite dit à cette jeune femme
16:23 "écoutez, je vais m'occuper de vous".
16:24 J'ai reçu aussi son papa, qui était le papa de la victime.
16:27 J'ai récupéré le dossier très vite.
16:30 J'ai passé énormément de temps avec eux pendant cette semaine-là.
16:33 Et puis ensuite, je me suis retrouvée aux assises avec eux.
16:37 Et c'est pour ça que j'explique aussi qu'en réalité,
16:39 c'est là aussi où j'ai senti ce qu'était un "baby blues"
16:42 avant d'avoir des enfants, j'avais pas encore d'enfants.
16:44 Parce que finalement, c'est vrai que j'avais passé un temps tellement fort,
16:48 tellement intense avec eux,
16:51 que d'un seul coup, quand l'affaire a été terminée,
16:54 ça a été vraiment...
16:57 Je me suis dit "mais comment je vais pouvoir continuer à vivre sans eux ?
17:01 Comment je vais pouvoir continuer à vivre sans le souvenir de leurs frères et filles ?"
17:07 Ça a été très étrange.
17:10 Vous parlez du "shoot d'adrénaline" pour un avocat pénaliste.
17:13 Comment ça se passe le "shoot d'adrénaline" ?
17:15 C'est comme un champion qui rentre sur le terrain de tennis, de foot ou de rugby ?
17:19 Oui, j'ai fait un peu de sport aussi.
17:23 Je pense qu'on est exactement dans la même situation.
17:26 C'est-à-dire que c'est un moment où on s'oublie.
17:28 De toute façon, on n'a plus le temps de penser à soi, à nos petits bobos.
17:33 On est vraiment dans un objectif uniquement.
17:36 Je me souviens aussi que les premières fois,
17:39 mais même si ça peut m'arriver encore,
17:41 j'ai le cœur qui bat tellement fort quand je vais plaider un dossier qui me tient à cœur.
17:45 Pas seulement aux assises, parfois c'est dans des petites juridictions,
17:48 mais ça me tient à cœur.
17:49 Je sais que le message va être difficile à faire passer.
17:52 Parfois, j'ai tellement de stress,
17:55 je regarde ma robe parce que j'ai l'impression qu'on voit mon cœur battre sous ma robe,
17:59 que la robe doit se soulever.
18:00 Vous écrivez qu'il y a des délinquants sympas.
18:05 Bien sûr !
18:06 Mais bien sûr qu'il y a des délinquants sympas !
18:10 Justement, c'est ça.
18:11 Déjà, il y a ceux qui sont conduits au crime ou au délit par des circonstances
18:17 qui font que c'est ceux que j'appelle "les auteurs victimes".
18:20 Je pense notamment à la maman que j'avais défendue
18:25 qui avait tué sa fille en fin de vie, qui souffrait énormément.
18:31 Il y a des gens qu'on a envie de défendre,
18:33 mais même tout le monde dans la vie,
18:35 il y a des gens qu'on a envie de défendre, on a envie de parler pour eux.
18:38 Et puis, il faut reconnaître aussi qu'il y a des familles
18:41 que je connais depuis longtemps.
18:43 Quand j'étais jeune, j'ai défendu certains au titre d'aide juridictionnelle,
18:49 au titre de la commission d'office,
18:50 puis je les connais depuis longtemps.
18:52 Ils sont attachants.
18:53 L'autre fois, j'avais encore la...
18:56 Par exemple, dans la grande famille des Manouches, des Gitans,
18:59 j'ai très peu, mais très très très peu de clients en Manouches ou Gitans,
19:03 mais il y a quelques familles qui m'appellent tout le temps
19:06 quand je dis "il y a un problème, il y a un problème".
19:09 Bon, c'est pas non plus des familles de délinquants d'habitude, etc.
19:14 Mais ils sont plutôt attachants.
19:17 C'est vrai qu'ils ont une façon de penser de ça.
19:20 Moi, j'y suis plutôt attachée.
19:22 Cathy Richard, vous écrivez que vous aimez faire rire vos clients.
19:26 Ça ne doit pas être facile pour une avocate pénaliste.
19:29 Est-ce que vous pouvez nous raconter un grand éclat de rire dans votre carrière ?
19:33 Je peux vous raconter un des éclats de rire
19:35 qui avait le plus marqué mes collaboratrices,
19:38 puisque j'étais en rendez-vous avec deux filles
19:44 dont la mère, qui avait elle-même retrouvé leur mère dans son réfrigérateur à elle,
19:50 est coupée en morceaux.
19:51 Et dont en réalité, à l'origine de la mort de cette femme,
19:55 il y avait leur petite sœur et l'amant de la petite sœur.
19:58 Voilà, donc c'est quand même, le dossier était vraiment particulièrement,
20:02 particulièrement difficile.
20:04 Et je ne sais plus sur quoi je les ai fait rire,
20:07 mais c'est vrai que les collaboratrices à côté,
20:11 qui savaient quel était le rendez-vous,
20:13 qui connaissaient le dossier, etc.,
20:15 quand elles nous ont entendu rire,
20:17 quand on est sorti du rendez-vous, elles m'ont dit
20:19 "Mais comment t'as réussi à les faire rire ?"
20:21 Ben oui, c'est vrai que...
20:22 Voilà, parce que de toute façon,
20:24 on connaît toujours quelqu'un qui rit pendant un enterrement,
20:26 parce que de rire, c'est comme de manger, ça détend.
20:28 Mais est-ce que pour vous, vous dites "j'enterre des enfants",
20:30 est-ce que pour vous,
20:31 je connais quelques médecins anesthésistes réanimateurs
20:34 qui ont fait du SAMU, et souvent c'est des bons vivants,
20:36 est-ce que pour vous, ce n'est pas une manière d'évacuer ce que vous voyez,
20:39 comme ceux qui sont sur la route et qui arrivent,
20:41 et que les personnes sont décédées ou qui ne peuvent rien faire ?
20:44 Ce n'est pas une manière d'évacuer ?
20:45 - Alors, c'est jamais au moment même,
20:49 c'est-à-dire qu'en réalité, on va rire d'autres choses,
20:52 on ne rit pas forcément de ça, je veux dire,
20:54 c'est ça qui est un peu... - C'est à postériori.
20:55 - Mais voilà, ou à postériori, ou...
20:58 On détend, je veux dire, c'est comme...
21:00 Je vous dis vraiment, pour moi, c'est comme de manger.
21:02 Pour moi, dans un enterrement, je n'en envisage pas,
21:05 je dis dans mes dernières volontés, notez-le tous,
21:07 il faut qu'il y ait du rose et il faut que j'arrive en retard,
21:09 sinon on ne croira jamais que je suis dans la boîte.
21:11 Et puis, il faut qu'on mange, quoi, je veux dire,
21:13 ça détend, ça dénoue, c'est bien,
21:16 et là, vous parliez de bon vivant, c'est vrai que ça va avec, exactement.
21:19 Donc, un rire, sourire de quelque chose, revoir de la lumière,
21:25 ce n'est pas parce que tout est triste, que tout est sombre,
21:28 qu'il n'y a pas de temps en temps un tout petit peu de lumière,
21:30 et justement, j'allais dire, plus tout est sombre,
21:33 plus tout est terrible,
21:35 plus il faut souffler sur une petite étincelle de vie.
21:39 - Merci, Catherine Richard, on continue dans quelques instants, Estéban.
21:42 - Oui, avec vous, 0826 300 300 pour poser toutes vos questions,
21:45 et on continue cette discussion passionnante.
21:47 A tout de suite sur Sud Radio.
21:48 - Sud Radio, Bercov dans tous ses états.
21:54 Philippe Davy.
21:56 - Ici Sud Radio.
22:00 Les Français parlent au français.
22:04 Les carottes sont cuites.
22:08 Les carottes sont cuites.
22:09 Sud Radio, Bercov dans tous ses états.
22:12 - Et on a le plaisir d'avoir en notre compagnie,
22:14 Maître Cathy Richard, auteure de ce livre "Crime, délits et vies brisées,
22:18 plongée au cœur de la justice et de la nature humaine",
22:20 publié chez Albin Michel, un livre écrit avec Catherine Siguret.
22:24 Vous parlez, comme vous défendez beaucoup de victimes, Cathy Richard,
22:28 de soulager leurs douleurs.
22:29 Peut-on vraiment y arriver ?
22:31 - On ne peut pas l'effacer.
22:35 Il n'est pas question de mentir.
22:38 De toute façon, le parcours judiciaire,
22:40 c'est un parcours auquel ils sont confrontés.
22:43 Donc l'idée, ce n'est pas de soulager leur douleur
22:45 de la perte d'un être cher, par exemple,
22:47 mais de les soulager dans le parcours judiciaire
22:52 qu'ils vont devoir vivre de toute façon.
22:54 Et là, je ne ment pas.
22:57 Je ne dis pas que ça ne va pas faire mal.
22:59 Je ne dis pas qu'après, tout ira bien.
23:01 Je dis simplement qu'il faut passer par là.
23:03 Je vais être là pour vous. Je vais être là pour vous aider.
23:06 Vous pourrez vous appuyer sur moi.
23:08 Et tout ça, ça les fera des cicatrices.
23:13 C'est certain.
23:14 Mais vous ne serez pas forcément toujours aussi à vivre
23:17 que vous l'êtes aujourd'hui.
23:18 - Vous écrivez quand la douleur rend agressif.
23:23 Est-ce qu'on s'identifie à la victime ou aux victimes
23:27 quand on est, souvent comme vous, avocate de parti civil ?
23:31 - Parfois, j'avoue qu'on ne fait plus une symbole.
23:36 Donc, quand les gens sont en colère, en colère après tout,
23:40 parfois, ça nous retombe aussi sur nous.
23:42 Il faut savoir faire le moment.
23:45 Il faut savoir se rendre compte que la colère des gens,
23:48 elle n'est pas forcément dirigée vers moi en particulier.
23:51 Souvent, j'essaye de faire avec, je leur explique gentiment
23:57 que je ne suis pas un punching ball, que j'entends leur colère.
24:01 Mais voilà qu'on va essayer de travailler intelligemment
24:05 et d'avancer intelligemment.
24:07 Parfois, j'ai moins de patience.
24:08 Ça m'arrive une ou deux fois d'être moi-même fatiguée,
24:11 de dire "oh, tout doux, là, on s'arrête.
24:13 Moi, je ne peux pas, je ne peux pas,
24:15 on ne peut pas parler intelligemment
24:18 si c'est pour sortir sur moi toute votre colère.
24:21 J'entends votre colère,
24:23 mais on va essayer de réfléchir à ce qu'on peut faire.
24:26 Il y a des choses qu'on ne peut pas faire
24:28 et puis il restera des choses qu'on peut faire.
24:29 Donc, on va réfléchir à ce qu'on peut faire ensemble.
24:31 Mais c'est vrai que la colère, la colère,
24:34 enfin plutôt la peine, la souffrance,
24:36 elle prend mille facettes.
24:38 Et dans ces mille facettes,
24:39 il y a des gens qui s'effondrent et qu'il faut soutenir.
24:43 Il y a des gens qui se mettent dans une colère noire
24:45 et qu'il va falloir calmer.
24:46 Et tout ça, c'est pour les aider à avancer sur ce parcours
24:49 qui est le parcours judiciaire.
24:50 Le camp des auteurs, quand il y a quelque chose à comprendre,
24:53 c'est le titre d'un chapitre.
24:55 Est-ce qu'on comprend toujours le mobile
24:57 ou le comportement d'un criminel ?
24:58 Et puis pour utiliser l'antienne latine,
25:00 est-ce qu'on résout souvent des enquêtes par isfécite,
25:03 qui protestent à qui profite le crime ?
25:05 Non, à qui profite.
25:08 J'aime pas "à qui profite le crime"
25:10 parce que derrière le "à qui profite le crime",
25:12 il y a l'idée du profit.
25:13 Et justement, c'est ce que je dis,
25:16 c'est un peu souvent mes limites, moi,
25:19 c'est de défendre des gens qui ont fait juste des choses par profit,
25:22 simplement par profit,
25:24 quand il n'y a vraiment aucune dimension humaine
25:26 derrière intéressante.
25:28 Ensuite, en revanche,
25:30 bien sûr qu'il y a toujours une raison
25:33 et comprendre, c'est important.
25:35 Et ce que je dis surtout,
25:37 c'est que pour que je défende un auteur,
25:39 il faut que quelque chose en lui me touche,
25:42 m'interpelle,
25:43 que j'ai justement envie de faire comprendre quelque chose en lui
25:47 ou parfois, ça peut être aussi ta mère,
25:49 parfois, parce que je me dis,
25:51 mais cette femme, elle a tout fait bien,
25:54 comment ça se fait ?
25:55 Où les choses sont parties à l'envers ?
25:58 Pourquoi c'est parti comme ça ?
25:59 Et c'est vrai qu'on dit que juger, c'est comprendre.
26:02 Voilà, ça, ce n'est pas de moi, c'est de Pierre Bray,
26:04 président de la Cour de cassation.
26:05 Juger, c'est comprendre.
26:07 Eh bien, défendre, c'est aider à comprendre.
26:11 - Alors, vous écrivez en défense,
26:14 sans étiquette, mais pas sans éthique.
26:16 L'éthique, ça existe.
26:18 Pour un avocat, tiens, je vais vous poser une question.
26:20 Est-ce que mentir pour faire acquitter un client,
26:22 c'est éthique, sujet de philosophie ?
26:23 Vous avez quatre heures.
26:24 - Eh bien, je n'ai pas besoin de quatre heures.
26:26 Mentir pour faire acquitter un client,
26:28 parce qu'il ne reste même pas une demi-heure d'émission.
26:30 - Non, mais mentir.
26:32 Et puis, de toute façon, vous pouvez lire.
26:34 Après, vous pouvez lire mon livre,
26:35 ça vous prendra peut-être quatre heures.
26:37 Et j'explique ça encore mieux,
26:39 puisque bien évidemment, c'est une des questions
26:40 qu'on m'a le plus souvent posées.
26:41 Oui, mais comment vous pouvez défendre des coupables,
26:44 des gens qui, en sachant qu'ils l'ont fait ?
26:47 Alors déjà, la première chose, c'est que
26:48 si moi, je sais qu'ils l'ont fait,
26:50 les juges aussi, en général.
26:51 Et il y a souvent beaucoup de crimes qui sont reconnus.
26:55 D'accord ?
26:55 Donc, il ne s'agit pas de venir dire,
26:58 c'est un innocent et devenir innocent des gens.
27:00 Défendre quelqu'un, ce n'est pas l'innocenté.
27:03 Forcément, c'est dans l'esprit des gens.
27:06 L'avocat, c'est bizarre.
27:08 D'ailleurs, il y a eu un glissement,
27:09 parce qu'avant, l'avocat, c'était celui qui défendait
27:11 la veuve ou l'herpelin.
27:12 Donc, c'était très bien.
27:13 Et puis, d'un seul coup, c'est devenu,
27:15 l'avocat, c'est devenu celui qui défend les pas beaux,
27:20 enfin, qui aide les méchants à s'en sortir.
27:22 Et on est passé dans une extrême
27:25 qui ne vaut rien non plus,
27:27 parce que ce n'est pas ça.
27:28 L'idée, c'est de s'interroger et de faire en sorte
27:31 que l'auteur soit jugé en ayant été compris
27:35 et en ayant la notion de ce qu'il est compris lui aussi.
27:38 Parce que, comme je dis, que ce soit pour les auteurs
27:40 ou les victimes, le procès, c'est le premier jour
27:42 du reste de leur vie.
27:43 Donc, il y a vraiment une importance capitale
27:47 à ce que la personne soit comprise.
27:49 Et mentir,
27:51 mentir pour faire acquitter quelqu'un, entre guillemets,
27:54 c'est un jeu extrêmement dangereux,
27:56 comme d'ailleurs les gens pensent aussi qu'on dicte
27:58 aux clients leurs réponses.
28:00 Oh là là là là !
28:01 Il n'y a pas de plus gros terroir à faire que ça,
28:03 parce que bien évidemment, si on commence à leur dire
28:05 ce qu'il faut dire et pas dire, ça va être une catastrophe.
28:06 Donc, en fait, c'est plutôt une évolution à faire avec eux,
28:10 c'est-à-dire leur expliquer,
28:11 eux-mêmes les éclairer sur ce qu'il y a dans le dossier,
28:14 essayer de leur faire comprendre les choses,
28:16 qu'eux-mêmes comprennent, qu'eux-mêmes évoluent aussi.
28:19 Parce que parfois, il faut qu'ils évoluent sur le terrain
28:21 de la vérité, qu'ils soient auteurs ou victimes.
28:24 Et ensuite, faire un gros mensonge aux assistes
28:27 pour essayer d'acquitter quelqu'un.
28:28 En plus de ça, s'il est acquitté,
28:33 bon, je veux dire, mais comment on est sûr ?
28:36 Et s'il n'est pas acquitté, alors après, il va vous dire
28:38 "mais vous avez menti, maître !"
28:40 Non, ce n'est pas mon style de défense, en tout cas.
28:43 Certains disent que les avocats aiment les affaires médiatiques.
28:46 Alors vous, vous avez fait l'affaire notamment
28:48 des victimes du violeur de la Sambre,
28:49 Barbe Bleue de Lessonne, Jonathan Daval,
28:52 le curé crucifié, etc.
28:54 Et vous écrivez que des fourniraits ou des Dutroux,
28:56 qui eux, alors là, défraient la chronique,
28:58 ne vous intéressent pas.
28:59 Pourquoi ? Parce que là, vous ne pouvez pas avoir
29:01 la moindre empathie pour ce type de personnage ?
29:05 Oui, là, je n'arrive pas à trouver l'accroche.
29:09 Ils sont rares, mais il y a des gens avec qui
29:11 on n'arrive vraiment pas à trouver l'accroche.
29:13 Comment est-ce qu'on peut trouver la partielle du mal ?
29:19 Ils sont tellement rares, vraiment, il faut le dire.
29:23 Malheureusement, comme les gens quand ils disent
29:25 des pédophiles, pour certains,
29:28 quelqu'un qui poursuit pour faire de la pédophilie,
29:30 à une époque, c'était forcément un Dutroux.
29:32 Mais il y a tellement de styles de gens
29:34 qui sont des pédocriminels,
29:35 parce que je n'aime pas le mot pédophile,
29:37 qui sont des pédocriminels.
29:38 Voilà, on ne peut pas mettre les gens dans des cases.
29:42 Mais en revanche, c'est vrai que quand j'ai l'impression
29:45 qu'il n'y a rien à sauver, je ne vois pas bien
29:47 l'intérêt du travail.
29:48 Quant aux dossiers médiatiques,
29:53 ça aussi, j'en parle dans mon livre,
29:54 un dossier médiatique, ça sert à quoi ?
29:57 Souvent, il va être intéressant,
30:00 justement, il va intéresser parce qu'il est intéressant.
30:04 En soi, c'est ce que j'expliquais au début de cette émission.
30:07 En soi, pour moi, c'est une belle affaire,
30:08 parce que forcément, il intéresse les médias,
30:10 mais il m'intéresse aussi.
30:11 Mais en revanche, pour être dans les médias,
30:14 souvent, j'ai été invitée pour parler de dossiers
30:16 qui ne sont pas les miens, je refuse systématiquement.
30:19 Vu à la télé, ce n'est pas...
30:21 Ce n'est pas votre tasse de thé.
30:22 C'est un bien.
30:23 Est-ce qu'il y a des cas désespérants ?
30:26 Des cas désespérants ?
30:31 Des clients qui me désespèrent, ça arrive ?
30:34 C'est ça, oui.
30:35 Des clients qui me désespèrent, ça arrive.
30:38 En général, on ne reste pas tellement
30:42 avocat et client longtemps, en réalité,
30:44 parce qu'on se rend compte assez vite
30:46 qu'on n'est pas d'accord sur le système de défense.
30:49 Donc, c'est quand même une osmose, un avocat et un client.
30:53 On se rend compte qu'on dit au client,
30:55 "Écoutez, non, là, vous voulez que je dise ça,
30:57 mais non, moi, ça ne me convient pas.
30:59 Je pense que de toute façon, et souvent d'ailleurs,
31:01 ce n'est pas seulement que ça ne me convient pas à moi,
31:03 c'est que de toute façon, vous allez dans le mur
31:05 avec ce système de défense, monsieur.
31:06 Vous allez aller dans le mur.
31:08 Moi, je vous le déconseille.
31:10 Et puis bon, après, on se met d'accord ou on ne se met pas d'accord.
31:13 Si on ne se met pas d'accord,
31:14 la plupart du temps, c'est eux qui changent d'avocat
31:17 ou c'est moi qui leur dis,
31:19 "Non, mais arrête là."
31:20 Et ça m'est arrivé plusieurs fois de dire,
31:22 "Non, là, on ne va pas."
31:24 Non, parce que je ne dirai jamais ce que vous voulez que je dise.
31:26 Donc, soit vous acceptez que je dise autre chose,
31:29 ce qui est déjà arrivé aussi,
31:31 soit vous acceptez que je dise autre chose.
31:34 C'est-à-dire que j'entends que vous,
31:35 vous n'êtes pas en mesure de reconnaître les faits
31:37 ou de dire telle chose ou de demander pardon.
31:39 Mais vous acceptez que je le demande à votre place,
31:41 soit sinon, vous allez avec quelqu'un d'autre que moi.
31:44 Quelle est la position la plus facile ou la plus difficile ?
31:47 Défense ou Parti civil ?
31:49 Il n'y a pas de position facile ou difficile.
31:52 C'est, par exemple, ça, c'est ce qui m'énerve
31:54 quand je crois des confrères qui me voient avec mes valises
31:56 et qui me disent, "Ah, tu vas aux Assises ?
31:57 Alors, Parti civil ou en Défense du Parti civil ?
32:00 Oh, ben, ça va alors."
32:01 Je dis, "Non, ça ne va pas. Bien sûr que non, ça ne va pas."
32:03 D'abord, la position, elle est difficile ou facile
32:08 en fonction du dossier, en fonction du client.
32:11 Voilà, c'est d'abord ça.
32:13 Ce n'est pas parce qu'on est en Défense ou en Parti civil,
32:15 les confrères qui disent ou les gens qui pensent
32:18 qu'être Parti civil, donc de côté des victimes, c'est facile.
32:23 C'est des gens qui ne le feront pas,
32:25 qui ne savent pas ce que c'est.
32:26 Parce que, comme je le disais, pour les victimes aussi,
32:29 c'est le premier jour du reste de leur vie.
32:31 Pour les victimes aussi, c'est important d'avoir été entendu.
32:34 Pour les victimes aussi, c'est important que les juges
32:37 aient pris leurs décisions en les ayant compris,
32:40 en ayant pris la mesure de ce qu'ils ont souffert,
32:43 en ayant pris la mesure de qui a été tué.
32:45 Tout ça, c'est d'une importance capitale.
32:49 Et il y a un enjeu là-dedans.
32:51 Il y a un enjeu derrière.
32:52 Et cet enjeu, il est au moins aussi important
32:55 que lorsque je suis aux côtés d'une personne en Défense
32:58 qui reconnaît des faits et pour lesquels il va falloir
33:00 qu'ils soient jugés en ayant le sentiment
33:04 d'avoir été compris aussi dans sa démarche.
33:06 Pour moi, ce n'est pas une question d'être en Défense
33:09 ou en Parti civil qui est facile ou difficile,
33:11 c'est une question de dossier, une question de client,
33:14 une question d'être humain.
33:15 - Alors vous avez parlé justement de ce cas qui était désespérant,
33:18 on en a parlé il y a quelques minutes.
33:20 Est-ce qu'il y a toujours une souffrance chez les coupables
33:23 où certains n'en ont rien à faire de ce qu'ils ont fait ?
33:25 - C'est là où typiquement quelqu'un qui n'en a rien à faire,
33:29 avec moi, ça ne va pas durer longtemps.
33:32 Ce n'est pas possible.
33:33 Parce que quand on parle de coupable,
33:36 on parle de quelqu'un qui est coupable et qui reconnaît les faits,
33:39 qui est accablé par des faits et puis qui dit
33:41 "bon, voilà, sur des violents, elle était bien contente".
33:46 Non, c'est-à-dire que rapidement, moi je lui dis
33:50 "attendez, pour que vous vous présentiez devant vos juges
33:53 d'une façon normale, honnête,
33:56 que vous soyez entendu en Défense, monsieur, il faut évoluer".
33:59 Donc s'il n'évolue pas,
34:01 est-ce qu'il sent qu'il n'est pas capable d'évoluer
34:03 dans le sens de l'empathie,
34:04 dans le sens de comprendre ce qu'il a fait ?
34:07 C'est comme exactement, pour le coup on va reparler d'enfant,
34:09 c'est comme avec un enfant, quand il fait une bêtise,
34:11 s'il vous dit "ouais, c'est bon, on a envie de le punir plus"
34:14 que s'il vous dit "ah, j'ai compris, c'est grave ce que j'ai fait", etc.
34:18 Forcément, les juges, avec les prévenus ou les accusés,
34:23 c'est exactement pareil.
34:24 Moi, il semble avoir compris et puis on a envie de le punir.
34:27 On va marquer une dernière petite pause dans cette émission.
34:29 Nous sommes ensemble jusqu'à 14h avec Cathy Richard
34:32 et avec vous, puisque vous aurez la parole après la pub 0826 300 300.
34:36 À tout de suite.
34:37 [Musique]
34:39 Sud Radio, Bercov dans tous ses états.
34:42 Philippe David.
34:44 [Musique]
34:46 Ici Sud Radio.
34:48 [Musique]
34:50 Les Français parlent au français.
34:52 [Musique]
34:53 Je n'aime pas la blanquette de veau.
34:56 [Musique]
34:56 Je n'aime pas la blanquette de veau.
34:59 [Musique]
34:59 Sud Radio, Bercov dans tous ses états.
35:01 13h44 sur Sud Radio, on est toujours avec l'avocate Cathy Richard
35:05 qui vient nous voir pour ce nouveau livre "Crime, délit et vibriser
35:09 plongé au cœur de la justice et de la nature humaine".
35:11 Et on accueille Philippe qui nous appelle depuis quand ?
35:14 Bonjour mon cher Philippe.
35:15 Bonjour Philippe.
35:16 Bonjour Philippe, bonjour Maître Kadhi.
35:19 Je voulais apporter juste un témoignage.
35:22 Vous parliez de la classe quand vous étiez hôtesse,
35:25 pour ceux qui étaient avocats.
35:28 Moi, j'avais ma fille à l'époque en faction au 36e des Orfèvres
35:33 qui a osé demander la pièce d'identité,
35:40 puisque c'est obligatoire, à M. Yannick Dupond-Moretti
35:44 et qui s'est presque, on va dire,
35:48 il a pris ça un peu comme de haut,
35:52 il l'a toisée, mais vous ne me reconnaissez pas.
35:55 C'est pour la petite note.
35:58 D'ailleurs, je pense que vous ne regretterez surtout pas
36:04 de vous être lancé comme magistrate,
36:07 parce que je déplore, comme beaucoup de Français,
36:10 un syndicat de la magistrature politisé à gauche
36:15 avec le mur des cons.
36:17 Là, vous êtes dans votre élément, vous le vivez
36:20 et continuez comme ça, faites du bon boulot.
36:23 Mais là, le problème aurait été très compliqué pour vous d'être magistrate.
36:27 On va faire réagir Cathy Richard.
36:29 Alors, il y a une petite coupure.
36:30 Je ne sais pas, Cathy, il témoignait que sa fille au 36e
36:32 des Orfèvres a été prise de très haut par un avocat
36:35 devenu garde des Sceaux, Eric Dupond-Moretti.
36:37 C'est pour dire ce que vous aviez vécu quand vous étiez hôtesse.
36:40 Et il pose la question, vous n'avez pas fait magistrate
36:43 de la politisation de la magistrature.
36:45 Est-ce qu'elle est politisée ou pas ?
36:47 Parce qu'il parle du mur des cons.
36:48 Et là, on peut dire que c'est politisé.
36:51 Oui, franchement, je vais vous dire une chose.
36:54 Je vais essayer d'être dans ma logique.
36:59 Pour moi, ce n'est pas un problème de gauche ou de droite.
37:01 Pour moi, c'est un problème d'arrogance et d'absence de tolérance,
37:08 de respect de l'autre.
37:10 Donc, ce n'est pas une question de couleur politique.
37:13 Mais il s'avère que, par exemple,
37:15 vous voyez, l'École nationale de la magistrature
37:17 vient de faire une campagne de promotion.
37:20 Alors, c'est écrit "Vous êtes l'avenir de la justice" dessus.
37:25 Sur leur campagne de promotion, on voit des jeunes.
37:28 Il y a écrit "Vous êtes l'avenir de la justice,
37:30 intégrée à l'École de la magistrature".
37:31 Eh bien, je trouve que c'est scandaleux
37:33 parce que, pour moi, ce n'est pas l'avenir de la justice.
37:35 Vous allez être au service de la justice.
37:36 Vous allez être au service des gens, pour la justice.
37:39 Mais vous n'allez pas être l'avenir de la justice.
37:42 Vous n'incarnez pas la justice.
37:44 La justice, elle est rendue au nom du peuple français.
37:47 Donc, c'est ça qui me pose plus de problèmes encore
37:49 que les opinions politiques des uns et des autres.
37:53 C'est les mentalités qui me posent problème.
37:56 - Merci beaucoup.
37:57 - C'est l'arrogance et l'absence d'humanité.
38:00 Et il faut que je dise quand même pour les magistrats
38:04 qu'ils vivent aussi dans des...
38:06 Enfin, leurs conditions de travail sont de plus en plus compliquées,
38:08 de plus en plus inhumaines,
38:10 ce qui les rend sans doute aussi de plus en plus inhumains.
38:12 Et qu'il y a bien évidemment des exceptions.
38:14 Dieu merci.
38:15 - On remercie Philippe pour sa question
38:16 et on accueille Marc De Bézier.
38:18 Bonjour Marc.
38:18 - Oui, bonjour à tous.
38:23 Voilà, moi j'ai eu affaire à la justice.
38:27 Alors, heureusement pour des choses a priori mineures
38:31 comme le juge des affaires familiales et le juge des enfants,
38:35 où là c'était beaucoup plus grave parce que c'était par rapport à ma fille.
38:38 Et moi ce que j'ai déploré,
38:40 c'est le fait que l'avocat finalement
38:45 soit un procédurier plus un conseil.
38:48 Moi j'ai eu très peu d'écoute de la part de mon avocat,
38:50 alors que bon, je pense que je posais des questions judicieuses qui allaient bien.
38:54 Et j'ai plus trouvé la réponse auprès, par exemple,
38:57 des conseillers juridiques des départements,
38:59 puisque ça je le dis pour information à vos auditeurs,
39:02 il y a des conseillers juridiques au sein des...
39:04 Enfin, qui sont salariés des départements,
39:07 et auprès de qui j'ai eu beaucoup d'écoute.
39:09 Et d'ailleurs ce qui m'a toujours choqué,
39:11 c'est le terme de "client" entre un avocat et le citoyen,
39:16 parce que nous on met beaucoup de choses en jeu dans ces moments-là,
39:21 et la relation client-fournisseur-prestataire, comme vous voulez,
39:26 ça m'a toujours choqué.
39:27 Pour un médecin on parle de patient, la patientelle,
39:30 je ne comprends pas pourquoi on parle de clientelle vis-à-vis d'un avocat,
39:32 même si on est un client de l'avocat,
39:34 mais pour autant ça me choque,
39:35 parce que les choses qui sont en jeu,
39:37 en général elles sont très importantes.
39:40 La parole est à maître Cathy Richard pour vous répondre.
39:43 Cher monsieur, j'ai été la première choquée
39:45 quand on m'a expliqué que j'étais collectrice d'impôts
39:48 et qu'il fallait que j'envoie de la TVA,
39:50 enfin bon bref, pour moi j'étais aussi au service des gens.
39:53 Je pense très sincèrement que c'est une question de personnes et de personnalités.
39:59 Vous êtes tombé sur des bons conseillers au sein de la mairie ou du département,
40:05 vous auriez pu aussi tomber sur quelqu'un qui ne vous écoute pas,
40:08 vous êtes tombé sur un avocat où vous avez eu l'impression qu'il ne vous écoutait pas,
40:11 vous auriez pu tomber sur un avocat qui mette l'humain en premier chef
40:15 et au premier plan.
40:16 Justement c'est les deux matières,
40:18 quand je vous entends dire que c'est moins important les affaires familiales,
40:22 ce sont les deux matières que je garde,
40:24 les affaires familiales et le pénal,
40:25 parce que l'humain est au centre de ces deux matières.
40:28 Et en revanche, j'ai le souvenir d'une collaboratrice
40:31 qui avait commencé à mon cabinet,
40:33 qui venait d'un cabinet parisien,
40:35 et elle écrit à un client,
40:37 et je relis parce que je relis toujours,
40:39 je lui dis "mais je ne comprends rien à cette lettre-là,
40:42 il y a 10 kilomètres de long,
40:45 on ne comprend rien à ce que tu écris".
40:46 Elle me dit "ah bah oui, mon ancien patron,
40:47 il ne voulait pas que les clients comprennent".
40:49 Je lui dis "ah mais non, non, non, c'est pas du tout ça ici,
40:51 ici l'idée c'est qu'ils comprennent justement".
40:55 Alors après je pense qu'il ne faut pas,
40:57 là encore on ne peut pas forcément mettre les gens dans des cases,
41:00 comme je le disais, il y a des avocats
41:02 qui ne sont pas forcément une bonne publicité
41:07 parce qu'ils seraient dans leur tour d'ivoire,
41:10 comme il y a des macherecs qui sont dans leur tour d'ivoire.
41:12 Pour moi vraiment le principal défaut,
41:14 c'est l'absence de proximité et d'humanité.
41:16 Quand on est proche et humain, on s'en fout.
41:18 La façon dont vous vous appelez, ce n'est pas vraiment grave.
41:21 Il y a des clients qui m'appellent Cathy,
41:24 je veux dire, il y a des clients,
41:27 et parce que c'est ça, je ne vais pas dire des patients,
41:29 il y a des clients qui me donnent toujours de leurs nouvelles
41:33 des dizaines d'années après la fin de leur affaire.
41:37 Pour moi, ils sont plus que mes clients bien évidemment.
41:41 Merci beaucoup Marc De Bézier.
41:42 Cathy Richard, vous avez plaidé dans des affaires très médiatiques,
41:45 vous en parlez dans votre livre,
41:46 "Le violeur de l'Assemble",
41:47 "Jonathan Daval", "Le barbe bleue de Lesson".
41:50 Quels souvenirs vous restent-ils de ces affaires hyper médiatisées ?
41:54 Je ne peux pas dire quels souvenirs me restent de ces affaires.
41:59 C'est comme quand on me dit "Quelle est l'affaire qui vous a le plus marquée ?"
42:01 Je réponds toujours "J'ai trois enfants",
42:03 c'est comme si on me demandait lequel j'aime le plus.
42:05 De chaque affaire, je garde des souvenirs différents.
42:09 Ça fait l'objet d'un livre qui est déjà assez épais
42:14 et ça pourrait faire l'objet d'un deuxième, d'un troisième.
42:17 Parce qu'effectivement, à chaque affaire, à chaque personne rencontrée,
42:21 c'est une nouvelle histoire,
42:23 c'est de nouveaux obstacles,
42:25 mais c'est aussi de nouveaux beaux moments.
42:27 Et voilà, pas spécialement,
42:31 je ne le dis pas plus si elles sont médiatiques que si elles ne le sont pas.
42:34 Le dernier chapitre de votre livre,
42:36 je le remontre encore pour ceux qui le regardent sur YouTube
42:39 ou sur Sud Radio, s'appelle "Incontournable média".
42:43 Est-ce qu'il joue un rôle dans les affaires qui sont les plus médiatisées ?
42:47 On pense à une affaire 40 ans après,
42:49 ça fera 40 ans en octobre, qui n'a pas eu de solution.
42:52 On ne connaît pas la vérité, l'affaire du petit Grégory.
42:54 Alors, bien évidemment, là on est dans une affaire
42:59 pour laquelle il y a...
43:02 C'est l'extrême, l'affaire du petit Grégory.
43:04 Après, les médias, vous savez,
43:08 c'est comme n'importe quel outil.
43:10 C'est-à-dire qu'il y a des bons côtés, des mauvais côtés.
43:13 C'est-à-dire qu'il y a aussi des...
43:15 Moi, j'ai l'affaire de la disparition de Cécile Valin.
43:17 Cécile, elle a disparu, elle avait 17 ans en 1997 à Saint-Jean-de-Maurienne.
43:22 C'est aussi sans doute grâce aux médias que cette affaire,
43:24 elle n'est pas enterrée aujourd'hui
43:26 et que peut-être elle va bientôt connaître un rebondissement.
43:29 Et puis, voyez, là, c'est aussi utile les médias
43:34 pour justement faire comprendre aussi aux gens
43:37 ce qui se passe dans le milieu judiciaire.
43:38 Comme je disais, la justice, elle est rendue au nom du peuple français,
43:41 mais souvent, on a l'impression qu'elle est enfermée dans des palais de justice.
43:48 C'est pour ça que je serais aussi, mais c'est pour un autre débat,
43:51 pour qu'on puisse accéder de façon maintenant médiatique
43:57 à tous les dossiers, à toutes les audiences,
44:00 que la porte soit ouverte virtuellement.
44:03 Que la porte des salles d'audience soit ouverte virtuellement.
44:06 Mais bon, bref, je pense que les médias sont comme tout.
44:10 C'est-à-dire qu'il faut en prendre le bon et en laisser le mauvais
44:13 ou essayer de lutter contre le mauvais.
44:15 Comme je dis, quand on veut me faire parler de dossiers qui ne sont pas à moi,
44:18 parce qu'on fait des kilomètres de long sur tel acteur connu
44:22 qui conduisait sous l'empire de stupéfiants,
44:26 bon, voilà, il y a un moment, c'est vrai qu'en tournant,
44:30 après, toute la question aussi, elle est de l'utilité aussi des médias communs.
44:35 Vous savez, MeToo, c'était aux États-Unis il y a dix ans.
44:38 En France, on se rend compte que là, la parole commence à se libérer.
44:41 Pourtant, on croyait qu'elle se libérait en même temps que MeToo.
44:43 Mais en fait, comme toujours, il a fallu dix ans pour que ça arrive chez nous.
44:47 Mais les médias, ça peut avoir aussi une utilité
44:50 parce que ça peut libérer la parole.
44:52 Mais bon, est-ce que ça libère la parole ou est-ce que ça crée...
44:56 Vraiment, la question est trop complexe pour y répondre en quelques mots.
44:59 Est-ce que vous avez déjà plaidé une affaire
45:01 dans laquelle vous avez vu, vous, une erreur judiciaire ?
45:04 Ah oui, oui, oui.
45:07 Je suis absolument persuadée d'avoir déjà vu des erreurs judiciaires.
45:12 Oui, bien sûr.
45:14 C'est difficile, mais oui.
45:17 Mais je parle même parfois, on peut dire, de petites affaires.
45:22 Je me souviens d'avoir plaidé pour un petit jeune il y a des années de ça.
45:26 J'étais vraiment toute jeune avocate
45:28 et je plaidais devant le tribunal correctionnel
45:31 pour un petit jeune qui s'était retrouvé là
45:33 pour avoir arraché un sac à main ou un truc comme ça.
45:36 Et on avait dit que c'était lui
45:37 parce qu'il avait un survêtement avec une bande blanche.
45:40 Et je me souviens être allée à l'audience
45:41 avec un survêtement avec une bande blanche.
45:43 On me disait "Regardez, moi aussi j'en ai un et qui n'en a pas ?"
45:47 Et le tribunal l'a déclaré coupable.
45:49 J'avais croisé ensuite le président en backstage, j'allais dire.
45:55 Je l'avais croisé dans les couloirs
45:57 et je lui avais dit ce que je pensais de ce jugement pour moi.
46:01 Et c'était impossible qu'il soit condamné ce garçon.
46:03 Et vous savez le pire du pire,
46:05 c'est que parfois sur des erreurs judiciaires
46:08 quand les choses se passent vraiment mal,
46:10 les clients ne veulent pas faire appel
46:11 parce qu'ils ont encore plus peur.
46:13 Ils préfèrent en terminer.
46:14 Ils ne veulent plus entendre parler de rien.
46:17 Ils ne font pas appel, ils veulent en finir.
46:19 Ils n'ont plus confiance dans la justice.
46:20 - Allez, il nous reste une minute.
46:22 Il y a des rituels en audience comme les champions.
46:24 Certains rituels de mettre leurs chaussures gauche avant la chaussure droite.
46:27 Quels sont vos rituels, Cathy Richard ?
46:29 Pour finir par une question clin d'œil.
46:31 - Alors moi, j'ai mes stabilos, j'ai mes couleurs.
46:34 Vraiment, j'ai plein de couleurs.
46:36 J'ai plein de feux de toutes les couleurs.
46:38 J'ai absolument besoin de pouvoir surligner mes côtes aussi de toutes les couleurs.
46:43 Et puis j'ai mes chocolats.
46:45 Forcément, j'ai souvent des chocolats.
46:47 J'ai besoin de chocolat avec moi.
46:49 Comme je disais, ça remonte le moral.
46:51 C'est bon pour tout.
46:52 Et ça fait partie de mes rituels avec aussi mes foulards
46:55 ou mes rabats qui sont différents.
46:57 Je n'ai pas forcément le même rabat blanc que tout le monde.
46:59 J'ai aussi des rabats avec de la dentelle
47:01 que je laisse choisir à mes clients parfois.
47:03 J'ai plusieurs petits rituels.
47:05 - Et tous vos confrères et consœurs ont plus ou moins des mêmes rituels pareils ?
47:09 - Pas les mêmes.
47:10 Et puis, je pense qu'on a tous les nôtres.
47:12 Enfin, je ne sais pas.
47:13 Je n'ai pas vraiment échangé là-dessus.
47:15 Bon, quand j'ai mes stabilos et mes chocolats,
47:17 je peux vous dire qu'ils les empruntent.
47:19 - Écoutez, les deux sont utiles,
47:20 mais peut-être que les chocolats sont un peu plus agréables que les stabilos.
47:23 Merci beaucoup, maître Cathy Richard,
47:25 auteur de "Crime, délit et vie brisée",
47:27 "Plonger au cœur de la justice et de la nature humaine".
47:30 Un livre où on va vraiment au cœur de la justice
47:32 et on parle d'affaires très médiatiques,
47:33 mais pas que, vraiment un livre à lire.
47:35 Merci à vous.
47:36 - Merci beaucoup, Cathy Richard d'avoir été avec nous.
47:38 On va se retrouver demain sur ce radio.
47:40 Philippe David, vous êtes là demain ?
47:41 - Absolument.
47:42 - Comme Fabien Galtier, on ne change pas la compo.
47:43 - On ne change pas la compo,
47:45 mais bon, là, il n'y aura pas de vidéo pour voir si les Écossais ont aplati ou pas la dernière minute.
47:49 - Et on parlera d'intelligence artificielle demain.
47:52 Bon, enfin, ça va.
47:52 Merci à tous de nous avoir écoutés.
47:54 Tout de suite, c'est Brigitte Lai sur Sud Radio.
47:57 À demain.
47:57 Sud Radio. Parlons vrai. Parlons vrai. Sud Radio. Parlons vrai. Bon.
Commentaires

Recommandations