00:00 Bonjour, je m'appelle Sylvain Augier, je suis journaliste et animateur à la télévision.
00:04 J'ai créé la carte au trésor qui a duré pendant 10 ans avec 4 hélicoptères.
00:08 J'ai filmé toute la France vu du ciel en hélico.
00:11 J'ai volé en avion de chasse, avion d'armes.
00:14 J'ai essayé à peu près tout ce qui va vite, très vite même.
00:17 J'ai fait de la radio, j'ai rencontré beaucoup de gens passionnants.
00:20 J'ai adoré ce métier que je fais maintenant depuis 40 ans,
00:24 avec en plus un livre qui vient de sortir et dont nous allons parler.
00:27 Voilà.
00:29 Un jour, pour une très belle occasion, un anniversaire, le bicentenaire du parachutisme,
00:34 j'ai emmené avec moi Michel Drucker et Jean-Paul Belmondo
00:37 pour sauter à 4500 mètres verticale de la tour Eiffel au-dessus de Paris.
00:41 Belmondo m'a dit à la arrivée que c'était la plus belle cascade qu'il avait faite de sa vie
00:47 et j'en ai un souvenir extraordinaire.
00:48 Belmondo avait demandé à être accompagné par sa copine dans la vie.
00:52 Tout le monde a sauté, elle aussi, sauf qu'elle s'est évanouie à la sortie
00:56 tellement elle a eu peur du vide et elle est restée évanouie.
00:59 Toute la chute libre, les cinq minutes que ça durait,
01:02 ils ont fini par tomber dans un arbre où elle était encore évanouie,
01:05 elle n'a rien vu, voilà.
01:06 Elle a tout raté.
01:07 Dommage.
01:08 J'explique dans le livre que j'ai écrit que je ne voulais pas punir mon corps,
01:12 mais le nourrir.
01:13 C'est ce qui fait que j'ai voulu me confronter à la vitesse,
01:17 aux dangers, aux risques, aux risques mortels d'ailleurs, de certains sports.
01:21 Je faisais tout ça parce que je voulais vivre quelque chose de fort.
01:26 Je suis un anxieux de nature.
01:27 Quand j'étais petit, j'étais anxieux.
01:29 Je voulais combattre la peur par l'affront,
01:34 c'est-à-dire que plus je prenais de risques et plus j'en réchappais.
01:38 Par exemple, la chute libre,
01:39 ça ressemble vraiment à un suicide raté quand on se jette dans l'avion.
01:43 Chaque fois, c'était une victoire, une victoire sur la peur et la mort.
01:47 Le 24 août 88, j'avais 33 ans.
01:49 Je volais dans les Hautes-Pyrénées en parapente.
01:52 Nous étions un petit groupe de 10
01:54 et j'avais pris une aile très performante.
01:56 Et à un moment, un courant d'air chaud a fermé ma voile.
02:00 La voile s'est pliée en deux comme ça.
02:03 Elle est partie en torche et j'ai touché le sol à 80 ou 100 km/h.
02:08 Heureusement, dans de l'herbe et pas des rochers,
02:10 sinon je ne serais pas là pour vous en parler.
02:13 Mais mon pied s'est retrouvé arraché au bout de l'artère
02:16 avec le sang qui coulait comme un tuyau d'arrosage.
02:19 Il n'y avait pas d'autre mot.
02:20 On n'a que 5 litres de sang dans le corps.
02:21 Donc je savais que j'étais condamné à terme si les secours n'arrivaient pas vite.
02:26 Et j'avais l'épaule complètement disloquée.
02:30 J'ai prié, espérant qu'un secours viendrait me chercher.
02:34 Et j'ai eu la chance.
02:36 L'hélicoptère a été appelé à temps.
02:37 J'ai été rapatrié à toute vitesse en hélicoptère en transfusion
02:42 parce que j'avais perdu beaucoup de sang.
02:44 Malheureusement, les complications sont arrivées très vite,
02:47 à savoir la gangrène,
02:48 qui est l'infection de la peau qui monte jusqu'au genou ou presque,
02:53 et à cause de laquelle on doit amputer le membre abîmé.
02:58 L'infection osseuse, on m'a fait plusieurs greffes.
03:01 On m'a monté une espèce d'antenne de télévision sur le pied.
03:07 Et heureusement, je n'ai pas écouté mes chirurgiens
03:09 qui me disaient qu'il valait mieux une bonne prothèse qu'un mauvais pied.
03:13 Moi, je voulais garder mon pied et marcher normalement.
03:16 C'était mon premier vœu.
03:18 J'ai passé six mois à l'hôpital.
03:19 J'ai continué à faire mon émission de radio tous les jours,
03:22 tous les après-midi.
03:23 Chic Planète, qui était un voyage autour de ma chambre
03:26 que je faisais avec un invité à mes pieds,
03:28 qui ne revenait pas d'être dans un hôpital.
03:30 C'était en direct et ça m'a donné beaucoup de force
03:34 pour affronter l'épreuve.
03:35 Tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts
03:37 et je m'en suis rendu compte à cette occasion-là.
03:40 Mon père était maniaco-dépressif et son père était neurasthénique.
03:44 C'est comme ça qu'on disait ça à l'époque.
03:46 Moi, je redoutais de devenir comme eux
03:48 et de finir ma vie dans un hôpital psychiatrique
03:51 avec des électrochocs comme on les soignait à l'époque.
03:54 Aujourd'hui, ça n'est plus le cas.
03:55 On a fait beaucoup de progrès.
03:57 Quand j'étais adolescent, j'avais des moments de doute terrible,
04:00 des moments de baisse de morale non fondée
04:04 qui tenaient à je ne sais quoi.
04:05 Je restais sur mon lit dans le noir
04:08 pendant toute une demi-journée
04:10 alors qu'on m'appelait pour aller jouer en vacances.
04:12 À 35 ans, j'ai vécu une phase maniaque,
04:16 c'est-à-dire d'excitation en arrivant à Guadeloupe
04:20 pour la victoire de Florence Artaud dans la Route du Rhum.
04:23 J'ai passé une semaine sur-excitée
04:25 à louer des petits avions, des catamarans,
04:28 inviter tout le monde à déjeuner,
04:29 dépenser tout ce que j'avais sur ma carte bleue.
04:32 Et quand je suis rentré à Paris,
04:33 j'ai eu un contre-coup, une dépression suicidaire
04:37 qui est le danger de la bipolarité,
04:38 qui est la maladie dont je souffre depuis 20 ans maintenant,
04:43 facilement même plus que ça.
04:44 Quand j'ai été atteint par la dépression suicidaire,
04:47 j'étais vraiment littéralement emprisonné,
04:49 otage de moi-même.
04:51 Je subissais un châtiment que je ne comprenais pas,
04:55 des doutes épouvantables, des angoisses indicibles.
05:00 Il m'a fallu des années pour en guérir
05:03 et pour enfin maintenant, aujourd'hui, depuis peu de temps,
05:07 être capable de vivre heureux, zen,
05:10 et de prendre chaque instant comme il vient,
05:12 comme un cadeau.
05:13 J'ai appris que la vie était un cadeau divin.
05:15 J'ai une foi spirituelle très forte
05:17 qui me vient d'une foi catholique que j'ai perdue.
05:20 Mais j'ai gardé une foi spirituelle
05:21 qui m'a permis de surmonter tous les obstacles de la dépression.
05:25 Le danger de la bipolarité, c'est le suicide.
05:27 Il y a 250 000 tentatives de suicide par an en France
05:31 et 6 000 suicides réussis
05:33 pour les gens qui sont atteints de la bipolarité.
05:36 J'ai fait partie de cela, j'ai fait une tentative de suicide.
05:39 Une seule, mais elle était violente.
05:40 Je me suis mis devant un TGV qui arrivait à 160 km/h,
05:44 c'est très vite, c'est 40 mètres à la seconde.
05:47 Au dernier moment, je me suis reculé
05:49 parce que le cerveau reptilien qui nous fait survivre
05:53 m'a fait reculer et j'avais eu une peur bleue, noire.
05:57 Après avoir fait ça, je n'ai plus jamais tenté quoi que ce soit,
06:00 mais je me suis acheté une corde pour me pendre.
06:02 J'ai commandé un produit aux États-Unis
06:06 qui était, paraît-il, létal, que je n'ai jamais reçu, heureusement.
06:09 J'ai voulu acheter une arme automatique.
06:12 J'ai acheté un tuyau pour me brancher
06:14 sur le poste japon de la voiture de mon fils.
06:17 Je vais vous dire que j'étais vraiment
06:20 atteint par une envie de disparaître.
06:22 Mais tout ça s'est évanoui avec la guérison que je vis aujourd'hui.
06:28 Grâce au psychiatre que j'ai rencontré,
06:30 il ne me viendrait plus à l'idée de tenter quoi que ce soit.
06:33 C'était vraiment un moment où j'étais perdu.
06:35 Ça ne m'empêchait pas de faire mon métier
06:37 et d'afficher un sourire et une bonhomie
06:41 dans les émissions que j'animais.
06:42 Je me cachais de tout le monde.
06:45 Et puis aujourd'hui, j'ose l'avouer,
06:47 pour essayer de rendre service à ceux qui sont bipolaires,
06:50 qui ne savent pas qu'ils le sont ou qui ne se soignent pas.
06:53 D'où l'importance de ce livre que j'ai appelé "Je reviens de loin",
06:57 parce que je ne devrais pas être là à vous le raconter.
07:00 Je devrais être ailleurs, loin de là.
07:02 Mais j'ai voulu dire que c'était possible d'en sortir.
07:06 Il m'arrive quand j'ai un contre-coup de dépression,
07:10 c'est rare maintenant,
07:11 il m'arrive d'appeler l'hôpital psychiatrique
07:14 et d'y faire un séjour d'une semaine
07:16 pour subir de la kétamine,
07:18 qui est un médicament mis au point par les Américains,
07:21 qui est un gaz qui fait planer au-dessus du corps et au-dessus de la tête,
07:27 et qui, mené par une infirmière psychiatrique spécialisée,
07:31 donne une légèreté à l'état d'esprit.
07:34 Et je n'hésite pas à me faire hospitaliser une semaine,
07:38 s'il y a besoin.
07:39 J'ai la chance d'avoir une femme solide, généreuse, ouverte,
07:45 qui ne m'a pas abandonné malgré la difficulté de me suivre,
07:50 qui est en permanence là, qui ne me fait pas de cadeaux.
07:53 Elle me critique, elle m'engueule,
07:56 elle me secoue les fesses, comme elle dit.
08:00 Elle a une valeur folle à mes yeux.
08:02 Elle m'a sauvé d'un danger que je pratiquais à un moment,
08:06 je prenais de la morphine.
08:08 Elle m'a dit "si tu continues, je te quitte".
08:10 J'ai arrêté dans la minute.
08:11 Elle est vraiment indispensable à ma vie.
08:14 Ça fait 33 ans qu'on est mariés, avec deux enfants,
08:17 et elle est vraiment le bonheur incarné.
08:20 Je l'aime comme je ne pensais pas que j'aimerais quelqu'un toute ma vie.
08:24 [Générique]
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