00:00 C'est l'invité d'En Arrête Pas l'écho et la PDG du groupe Suez.
00:03 Bonjour et bienvenue Sabrina Soussan.
00:04 Bonjour Alexandra Bensay.
00:06 Suez, séparée de Veolia, on s'en souvient ça fait deux ans.
00:10 En février ça a été une bagarre.
00:12 Alors aujourd'hui Suez était présente dans 40 pays.
00:15 Vous êtes en France, vous desservez plus de 10 millions de personnes en eau potable,
00:21 pas loin de 18 millions d'habitants auprès desquels vous collectez les déchets.
00:25 Vous venez d'entendre avec nous le reportage, on est à deux semaines de cette date butoir
00:29 pour trier les biodéchets et il y a seulement un Français sur trois qui a une solution.
00:34 Est-ce que vous êtes d'accord pour dire que c'est un rendez-vous manqué ?
00:37 Non, moi je ne dirais pas que c'est un rendez-vous manqué parce qu'il se passe des choses.
00:41 Nous d'ailleurs on est le leader français dans la collecte des déchets.
00:45 On a commencé il y a deux ans, deux ans et demi avec certaines métropoles, par exemple
00:50 à Strasbourg, Le Grand Lyon, d'autres grandes villes, Marseille, Bordeaux.
00:55 Et on a donc commencé à collecter ces biodéchets, à fournir des solutions, mais aussi à les
01:02 accompagner, parce que dans le reportage on parlait beaucoup de sensibilisation, à accompagner
01:07 cette sensibilisation.
01:08 Et à J-100 justement de cette échéance du 1er janvier, nous avons écrit à toutes
01:14 les collectivités en leur proposant notre support, notre retour d'expérience sur ces
01:20 deux ans et demi de travail avec certaines métropoles.
01:22 C'est un peu la question, il y en a combien qui vous ont répondu ? Si on a seulement
01:25 un français sur trois qui a une solution ?
01:27 Je pense qu'il faut, quand quelque chose se met en place un 1er janvier, certains anticipent,
01:34 commencent deux ans, deux ans et demi avant, tout le monde ne le fait pas.
01:36 Et ça ne peut pas être quelque chose qui se fait en off, de zéro à un.
01:41 Donc ça va être une transition progressive je pense, et il faut accompagner cette transition.
01:45 Et vous vous pensez qu'on y sera quand ?
01:47 Je ne sais pas, mais je pense qu'on va y être dans deux, trois ans je pense.
01:52 Parce que les Autrichiens, il y a 80% des Autrichiens qui ont une solution, c'est ça ?
01:57 Alors moi j'ai vécu en Allemagne très longtemps, donc je peux bien vous en parler,
02:00 et aussi de l'aspect sensibilisation.
02:01 Moi je suis arrivée en Allemagne, il y avait toutes ces poubelles, le compost, etc.
02:05 Et je me suis dit "oh là là, oh là là".
02:07 Et après, vous voyez, vous avez votre poubelle ménagère, vous voulez réduire cette taille,
02:14 et puis en plus elle est limitée.
02:15 Donc ça vous oblige quelque peu à trier vos biodéchets.
02:20 Donc toutes les épluchures de légumes qui prennent beaucoup de place, vous les mettez
02:23 dans votre poubelle de biodéchets.
02:25 Et ça marche très bien.
02:27 Et après c'est normal.
02:28 Après vous le faites, c'est normal.
02:30 Donc en fait c'est pour ça qu'il faut un petit peu de temps de transition.
02:32 Mais Sabrina Soussan, vous vous dites, il y a peut-être un sujet de sensibilisation.
02:36 Ce qu'on voit c'est quand même que les Français sont très en retard par rapport
02:40 à leurs voisins européens.
02:41 On n'arrive pas à réduire globalement au-delà des biodéchets notre volume de déchets.
02:45 Ça stagne depuis 10 ans alors que les voisins le font baisser.
02:50 Est-ce qu'on a un problème de politique publique ? Est-ce qu'on a un problème d'argent ?
02:53 Est-ce que c'est culturel ? Sur quoi on bute ?
02:55 Alors je vais vous donner, moi je suis optimiste et positive, je vais vous donner des exemples
03:01 concrets où on travaille de plus en plus sur des contrats de performance.
03:05 Sur la collecte des déchets.
03:07 C'est quoi un contrat de performance ? Nous sommes rémunérés à la baisse du volume
03:11 des déchets.
03:12 Parce que sinon nous sommes rémunérés au volume.
03:15 Ça c'est un changement commercial.
03:17 D'habitude les entreprises qui font des déchets, elles sont rémunérées au volume.
03:22 Et là les communes maintenant elles vous rémunèrent pour dire "Aidez-nous".
03:25 On a des objectifs de réduction.
03:27 Donc c'est avec encore une fois de la sensibilisation.
03:30 On fait du porte-à-porte, on distribue des kits, on explique.
03:33 Et on a des solutions digitales, par exemple, parce qu'on ne peut améliorer que ce qu'on
03:38 mesure.
03:39 Vous faites des poubelles connectées ?
03:40 On fait des poubelles connectées.
03:41 Vous avez le poids de la poubelle.
03:43 Vous pouvez suivre sur une application, sur votre téléphone, comment le poids de votre
03:48 poubelle va évoluer.
03:49 Donc vers le bas.
03:50 Et vous allez trier mieux.
03:52 Et trier mieux, c'est valoriser mieux.
03:54 Parce qu'on sait très bien que le recyclage c'est aussi très très important et ça
03:58 va nous aider à réduire notre empreinte carbone.
04:00 On va en parler, mais je n'ai pas de réponse à ma question.
04:03 Vous dites "Moi je suis une entreprise, j'ai des solutions".
04:05 Et en même temps on voit que ça stagne.
04:08 Est-ce que vous avez une explication ? Pourquoi est-ce qu'on n'est pas meilleur ? Pourquoi
04:10 est-ce que les Français n'y arrivent plus sur les déchets ?
04:13 Je pense qu'il faut que tout ça se mette en place.
04:16 Il faut que les réglementations soient mises en place.
04:19 Le biodéchet ça arrive.
04:20 Et soit appliqué.
04:21 Et les collectivités, je pense, veulent aller de plus en plus vers ce chemin.
04:28 Parce que sinon on n'aurait pas autant de contrats de performance.
04:30 Aujourd'hui on a 4-5 contrats de performance.
04:33 On en a un au Grand Montauban, qui a commencé il y a un an.
04:35 En un an, on a réussi à réduire de 7% le volume des ordures ménagères.
04:40 C'est pas mal.
04:41 Les collectivités parlent quand même pas mal d'argent.
04:43 On l'a entendu dans le reportage.
04:45 Est-ce que cette collecte des biodéchets, ça va faire augmenter la taxe d'ordure ménagère ?
04:51 Ce n'est pas vous qui décidez, mais que vous disent les collectivités ?
04:53 Je sais que vous allez me dire ça, mais que vous disent les collectivités ?
04:55 Vous savez ce que je vais vous dire, ce n'est pas nous qui décidons.
04:58 Par contre, ce qu'il faut c'est valoriser.
05:00 Et là, on a aussi des solutions.
05:04 Ces biodéchets, il faut les valoriser.
05:05 Vous les valorisez comment ?
05:07 Soit avec du compostage, donc le retour au sol, soit avec du biogaz.
05:11 Et le biogaz, ça a une valeur.
05:13 C'est-à-dire que les déchets partent en méthanisant ?
05:15 Mais vous voyez ma question, il y a quand même quelque chose sur l'écologie punitive.
05:23 C'est-à-dire, je fais ces efforts et ça va peut-être me coûter un peu plus de taxe d'ordure ménagère.
05:27 Est-ce que le citoyen peut se dire, en tant que contribuable, je vais y gagner ?
05:31 Peut-être sur ma facture de gaz ?
05:34 Est-ce qu'il y a un intérêt économique à la vertu ?
05:37 Oui, il y a un intérêt économique à la vertu.
05:40 Et vous parlez du citoyen, il y a eu récemment un sondage sur le sujet des déchets.
05:47 Et 7 Français sur 10 disent qu'ils sont conscients qu'il faut réduire le volume des déchets.
05:53 Et je crois que c'était à peu près le même pourcentage qui parlait du tri des biodéchets
05:58 et que c'était important et bien sûr vertueux.
06:00 Donc je pense qu'il y a une prise de conscience.
06:02 C'est comme sur le sujet eau.
06:04 On a une prise de conscience quand on est dans une période de crise.
06:09 Et du coup, on va agir.
06:11 Et moi, j'y crois fermement.
06:13 Je suis encore une fois optimiste parce que les solutions sont là et on voit qu'elles s'appliquent.
06:17 Parce que si cette prise de conscience n'était pas là, vous n'auriez pas toutes ces collectivités
06:23 qui font beaucoup d'efforts pour ces contrats de performance.
06:26 Mais quand vous dites que c'est valorisé en biomethane, c'est-à-dire que ça va quoi ?
06:31 Ça nous donne plus de souveraineté ? Ça fait baisser notre facture ?
06:35 Alors le biogaz, c'est de la souveraineté.
06:37 D'ailleurs, on estime que d'ici 2030, la production de biogaz va pouvoir remplacer
06:43 la moitié du gaz qui venait de Russie avant la crise ukrainienne.
06:48 Avec les biodéchets, mais aussi les déchets de l'eau, donc les bouts de station d'épuration,
06:53 qui sont aussi des déchets, et qu'on transforme en biogaz.
06:57 Donc c'est quand même un chiffre intéressant, la moitié du gaz qui venait de Russie.
07:02 En revanche, vous n'avez pas dit ce que vous disent les collectivités sur la taxe d'ordure ménagère ?
07:06 Elles disent qu'elles vont l'augmenter ? Est-ce que ça va coûter ?
07:09 Franchement, vous êtes le leader des déchets, on est à 15 jours de l'échéance,
07:13 est-ce que voilà, il y a un coût ? Est-ce que ça va être répercuté ?
07:17 L'ADEME donnait un chiffre entre 7 et 20 euros de plus.
07:20 Qu'est-ce qu'on dit aux contribuables, aux auditeurs ?
07:22 On dit aux auditeurs qu'il faut continuer à trier, à diminuer son volume d'ordure ménagère et son volume de poubelle.
07:31 Et là, les taxes, si vous avez moins de volume, les taxes seront moins élevées également.
07:35 Alors, dans le secteur de l'eau, justement, les citoyens français ont entendu l'appel à la sobriété,
07:41 ils font baisser les volumes, et pourtant, là c'est les entreprises comme vous qui nous le disent,
07:46 c'est aussi le Conseil économique, social et environnemental,
07:49 malgré la baisse des volumes, le prix de l'eau va augmenter.
07:52 Sabrina Soussan, comment est-ce qu'on explique ça ?
07:54 Est-ce que c'est inéluctable ?
07:57 - Vous n'avez que des questions intéressantes pour moi aujourd'hui.
08:00 - Ah ben, vous vous êtes invitée parce que vous êtes une spécialiste de l'eau et des déchets !
08:05 - Je plaisante.
08:06 Donc, je vais commencer par expliquer que l'eau, derrière, quand vous avez de l'eau au robinet, il y a un coût derrière.
08:15 C'est quoi ce coût ?
08:16 Vous pompez l'eau, il faut pomper l'eau de la ressource, il faut la traiter cette eau,
08:20 donc il y a des usines de traitement d'eau potable,
08:23 d'ailleurs Suez a construit des milliers d'usines,
08:26 donc plus de 10 000 usines d'eau potable ou d'assainissement dans le monde, plus de 10 000,
08:31 donc il y a cette usine d'eau potable, de traitement,
08:35 et après il faut distribuer l'eau, distribuer l'eau par des canalisations, d'ailleurs ça demande beaucoup d'énergie,
08:40 elle arrive chez vous à votre robinet, et après, cette eau, il faut l'évacuer,
08:44 donc il y a tout l'assainissement et le traitement, parce que l'eau,
08:49 les eaux grises, il faut les traiter avant de les remettre dans le milieu naturel.
08:52 Donc tout ça, c'est un coût.
08:54 Et donc, pourquoi la hausse des prix est inéluctable ? Est-ce que c'est vrai ?
08:58 Pour l'eau, il y a besoin d'investissement, et on sait très bien aussi que,
09:02 les effets du changement climatique, vous en avez parlé, donc il y a de moins en moins de ressources,
09:07 et cette ressource, quand vous avez de moins en moins de ressources, il y a un sujet de qualité également,
09:11 parce qu'il y a plus de concentration de polluants quand vous avez moins d'eau.
09:14 Donc il faut traiter ce sujet de quantité et de qualité, il faut faire des investissements.
09:19 On sait en France, on parle souvent du sujet fuite, 20% de l'eau dans les canalisations part dans des fuites,
09:26 parce qu'il y a des investissements qui n'ont pas été faits, on a d'ailleurs des solutions digitales pour ça.
09:31 Donc tout ça, ça demande de plus en plus d'investissement sur ce sujet quantité-qualité,
09:36 et si vous voulez me faire dire que le prix de l'eau va baisser,
09:41 je vais vous dire, non, le prix de l'eau ne va pas baisser.
09:43 Par contre, le prix de l'eau, ce sont les collectivités qui le fixent, ce ne sont pas des entreprises comme nous.
09:48 C'est le sujet collectivité.
09:50 - Vous avez raison, ce ne sont pas des entreprises comme vous, mais il y a un marché.
09:55 Et le prix de l'eau, si je vous dis que ce sont les consommateurs qui paient pour le coût de cette dépollution
10:00 que vous avez bien expliqué qui explose, et pas les pollueurs, est-ce que j'ai raison ?
10:05 - Je dirais à moitié, parce qu'en fait c'est sûrement un mélange des deux.
10:12 Mais il faut vraiment travailler sur ce sujet qualité, si on vient au sujet qualité,
10:17 parce qu'il y a de plus en plus, vous avez les micropolluants, vous avez les polluants persistants,
10:21 vous savez tout ce qu'il y a dedans. - Les polluants éternels.
10:22 - Les polluants éternels. Nous, on fait des recherches, d'ailleurs on a 1000 chercheurs chez Suez,
10:27 on n'est pas une entreprise que de service, on est également une entreprise de tech.
10:30 On a 1000 chercheurs, et ces chercheurs travaillent justement sur identifier ces polluants,
10:34 et comment les traiter, et ça aussi ça a un coût.
10:37 - Et vous mettez beaucoup d'argent dans la recherche et développement en effet chez Suez.
10:41 Juste une question, parce que le temps file, vous êtes de retour de la COP28 Sabrina Soussan,
10:46 et c'est aussi pour ça que vous êtes là ce matin.
10:49 Vous avez entendu le débat de la semaine, certains disent que c'est une catastrophe cet accord,
10:53 d'autres disent que c'est un accord historique parce qu'on a enfin nommé les fossiles.
10:57 Bon vous, vous étiez côté entreprise, pas côté Etat, mais vous revenez avec quel sentiment ?
11:00 - Moi j'ai un sentiment positif, pourquoi ? Parce que c'est la première fois qu'on parle de transition,
11:05 et de sortie des énergies fossiles, c'est la première fois.
11:09 Donc ça c'est une grande avancée à mon avis.
11:11 Après on parle aussi d'augmenter les énergies renouvelables, de les tripler d'ici 2030.
11:17 Donc là encore une fois ce sont des solutions que l'on a, qui existent,
11:21 par la production de chaleur avec les déchets, vous savez les incinérateurs, ça produit de la chaleur.
11:27 On est chauffé avec les réseaux de chaleur qui viennent des incinérateurs à Paris, dans d'autres villes en France.
11:33 Ça produit également du biogaz, on en a parlé.
11:36 On peut décarboner les industries.
11:39 Comment ? Avec les encombrants, vous faites du combustible, vous broyez tout ça, vous faites du combustible,
11:45 et vous pouvez par exemple alimenter des cimenteries, ou alimenter, on a un projet en Meurthe et Moselle,
11:50 on va alimenter en chaleur un industriel qui se chauffait avant au charbon.
11:54 Donc vous décrivez un cercle vertueux, et ce que vous dites c'est que la COP28, il y a eu une prise de conscience.
11:58 Vous êtes optimiste ?
12:00 Je suis optimiste, il y a eu une prise de conscience, et nous on est là, on a des solutions, et il faut maintenant agir.
12:06 Donc ça c'est très important, c'est cette action.
12:08 Sabrina Soussan, la PDG de Suez, merci d'avoir accepté l'invitation d'En Arrête Pas L'Écho.
12:13 Merci Alexandra.
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