00:00C'était notre dernière petite virgule sonore, Tiffany.
00:03Oui, c'était sublime.
00:04Et alors, quand vous avez vu le titre « Vivre sous terre », vous avez pensé à quoi ?
00:08C'est une très bonne question.
00:10Je me suis dit que j'avais parlé de quelque chose que je connaissais bien moi,
00:12c'est-à-dire la vie sous la terre à Paris.
00:15Moi, je suis une fille du bitume, je ne connais pas les vaches, les champs, les jolies fleurs,
00:18je ne connais pas la verdure et la douceur, et non, je suis née à Paname,
00:21là où ça grouille, mais pas d'insectes, de gens et de rats.
00:25De gens essentiellement fâchés et de rats.
00:29Détendus.
00:30Sous la terre, à Paris, il y a des carrières, des catacombes, des caves,
00:33peut-être même des bunkers et de temps en temps aussi mon amour propre.
00:37Mais moi, mon chouchou, ma queue du mickey, c'est le pays des merveilles.
00:41Mettons une petite robe légère telle Alice et descendons ensemble dans le terrier du lapin
00:45au pays merveilleux du métropolitain.
00:49Sauf que le lapin, il s'appelle Serge.
00:51Il n'est pas blanc, il est rose et il n'est pas en retard, il se coince les doigts
00:55dans les portes.
00:56Aïe !
00:57Ni une ni deux, on suit Serge, on s'engouffre.
00:59On est happé dans les profondeurs.
01:02Obscurité, lumière au néon, publicité criarde.
01:05Mélange d'odeur, de sous-sol, de pneus grillés et d'humidité.
01:09Merveille.
01:10Il suffit juste d'un pass navigo.
01:13Au doux son du bip, quand le tourniquet ne se coince pas
01:17et que la porte cassée s'ouvre presque entièrement,
01:20vous pouvez enfin pénétrer son royaume.
01:22On rapetisse sans champignons, parce qu'on n'a pas le choix, coincés en sandwich entre un parfum trop capiteux
01:28et les sels de Jean-Michel qui pue.
01:30Cet univers est rempli de chapeliers fous qui parlent tout seuls, de gens qui font la chenille, d'autres qui
01:36fument des pipes qui font rire,
01:37des reines de cœur et de la nuit et des chats au rictus flippants parce que terrés de peur tout
01:43au fond d'une caisse.
01:45Dans les wagons, un thermostat doux de 8000 degrés.
01:48Les barres horizontales sont trop hautes, les verticales hors d'atteinte.
01:52Contorsion, maîtrise de l'équilibre.
01:54On est entre une partie de twister et une séance de yoga bikram gratuite.
01:58Et c'est cher, le yoga bikram.
02:00Alors on en profite pour éliminer les toxines de la veille et travailler son périnée.
02:04On fait feu de tout bois, on n'a pas le temps, on est parisiens.
02:07Coup de frein, toutes les quilles tombent, strike.
02:10Le métro, ça devrait être un sport olympique.
02:14C'est un mix d'apnée, évidemment, d'exercice, de méditation face aux anontes incessantes de colis suspects
02:20et de parcours entre les sacs à dos, poussettes, coups de coude, valises et accordéonistes qui massacrent Edith Piaf.
02:26La vie, pas en rose du tout.
02:28Pas comme Serge, notre lapin qui nous conduit à la dernière épreuve, le final boss, la ligne 13.
02:35Elle aurait aussi bien pu s'appeler 666.
02:38La 13, c'est pas une ligne, c'est un parcours initiatique à la vie.
02:41Si tu survis passer la station La Fourche, tu survivras à n'importe quoi.
02:45T'es Alice au pays de Rambo.
02:48Le métro, tu peux y croiser n'importe qui, ta banquière, ton boulanger, ta meilleure pote et même ton ex.
02:52Des gens bourrés qui rentrent de soirée en même temps que ceux qui partent travailler.
02:56Ah, le lapin ! Attends, mais attends Serge !
02:59Et soudain, venue de nulle part, une musique enivrante.
03:03Apprendre à aimer de Florent Pagny.
03:05Choix intéressant, dans le métro, il fallait oser.
03:08Effectivement, apprendre à aimer, c'est ce vers quoi il faudrait tendre.
03:11Mais enfin, c'est pas facile Florent.
03:12Les gens dans le métro, ils sont pas pires ou pas mieux qu'ailleurs.
03:15Ils sont juste concentrés.
03:16C'est comme les tomates.
03:18En concentré, ça te rend liquide avec des grumeaux.
03:21J'ai vu des gens pleurer, des gens rire, du rap roumain, le sosie de Michael Jackson, des sumos et
03:26même une sirène.
03:27Des gens à moitié nus ou des gens en combi de ski, avec des skis.
03:31Des gens s'insultaient ou se déclaraient leur amour et des gens se roulaient des pelles.
03:35Et puis, on perd de vue Serge comme un vieil ami du lycée.
03:38Il est temps, il faut ressortir à la surface, revenir à la réalité.
03:42Moi, le métro, je l'aime parce que c'est le bordel et le bordel, c'est la vie, c
03:45'est joyeux.
03:46Et puis, la vie, ça sent les dessous de bras.
03:49Il ne nous reste plus qu'à méditer sur ce dernier mantra.
03:51Ne mets pas tes mains sur les portes, tu risques de te faire penser très fort.
03:56Allez, désolé pour la gêne occasionnée.