00:00 Vous êtes sur RTL.
00:02 Julia Sellier, Marion Calais et Cyprien Sini.
00:07 RTL bonsoir jusqu'à 20h.
00:09 Et RTL bonsoir à 18h40. La suite avec notre invité maintenant. C'était il y a 60 ans, jour pour jour, John Fitzgerald Kennedy
00:17 était assassiné à Dallas.
00:19 Bonjour mesdames et messieurs, excusez-moi je suis essoufflé mais il y a 10 ou 15 minutes une chose tragique de ce que nous savons pour
00:26 le moment est arrivé à Dallas.
00:28 Des coups de feu tirés à Dallas au Texas contre la voiture du président Kennedy, le président Kennedy qui s'est effondré grièvement
00:35 blessé à la tête. De Dallas se flash le président Kennedy est mort à 13h.
00:40 Notre invité ce soir est l'un des tout premiers journalistes français à avoir couvert la mort du président américain.
00:50 C'est un ancien patron ici à RTL, un amoureux des Etats-Unis. Bonsoir Philippe Labreau.
00:54 Bonsoir.
00:54 Merci d'être avec nous pour vous accueillir notre spécialiste littérature. Bernard Lehu nous a rejoint. Bonsoir Bernard.
00:59 Bonsoir. Et oui Philippe Labreau, vos écrits américains sont rassemblés pour la première fois chez Gallimard dans la collection
01:06 Coarto. Plus de, voilà c'est un joli pavé, plus de 1000 pages, des textes journalistiques, un remarquable
01:13 carnet biographique et vos cinq livres
01:16 inspirés par l'Amérique.
01:18 Notamment on a tiré sur le président. On a tiré sur le président cette phrase que vous entendez sur un campus du Connecticut
01:26 alors que vous êtes en reportage à l'époque pour 5 colonnes à la une. Elle vous
01:30 saisit cette phrase il y a 60 ans. Elle me saisit tellement que je laisse tomber
01:35 l'entretien que j'avais avec un prof de lettre français pour un document
01:39 sur 5 colonnes à la une. Je laisse tomber l'équipe de 5 colonnes à la une. Ils m'en ont voulu assez longtemps.
01:43 Je prends leur voiture, ils m'en ont encore plus voulu.
01:47 Fou encore à New York après avoir téléphoné à mon journal François, auxquels j'appartenais plus que 5 colonnes,
01:52 et qui m'ont dit tu laisses tomber la télé c'est un mensuel, tu pars. Et je me suis retrouvé le samedi matin
01:58 à Dallas par le premier avion. J'ai jamais volé dans un avion aussi silencieux.
02:03 Tout le monde était là avec les journaux, avec la une, Kennedy has been shot, President shot. Et arrivé là-bas
02:08 je raconte toujours ça, je monte dans un taxi pour aller très vite au commissariat de police où aux autres étaient emprisonnés
02:15 et le conducteur
02:17 typique texan, des roues flaquettes, le Stetson sur la tête et des
02:21 bottes à talons biseautés, je lui dis quelle tragédie quand même non ? Et il me répond "It was about time"
02:27 ce qui veut dire il était grand temps.
02:30 - A Dallas vous vous retrouvez au milieu de 300 journalistes américains, vous apercevez d'ailleurs la fenêtre du QG de la police
02:36 Lee Harvey Oswald arrêtée pour le meurtre de JFK. Et puis vous allez vous retrouver à quelques mètres de Oswald lorsqu'il est
02:41 escorté en dehors du QG. Et là vous dites qu'il avait un air de Ryan Gosling dans le film Drive.
02:46 - Oui, enfin il était moins beau.
02:49 Il avait aussi pris quelques coups dans la salle de cinéma où les policiers avaient réussi à le récupérer.
02:57 Mais c'est pas tellement ça qui m'a frappé. D'abord j'avais le même âge que lui, c'était un gamin, il avait 24 ans.
03:03 C'était cette espèce de petit rictus
03:05 à la lèvre gauche comme ça qui était sui... mon intuition me faisait croire que c'était
03:11 d'un homme qui se disait "j'en sais plus que vous tous, je suis en ce moment l'homme le plus important du monde".
03:17 Et c'est ça qu'il voulait. Quelques temps auparavant il avait dit à sa femme Marina, avec qui il s'entendait très mal,
03:22 "tu verras un jour je serai l'homme le plus célèbre du monde, je ferai quelque chose qui fera
03:26 bousculer et basculer le monde".
03:28 - Alors Philippe Labraud, depuis 60 ans vous cherchez à savoir, à comprendre qui a tué Kennedy, surtout pourquoi les complotistes depuis 60 ans
03:37 en font leur choux gras. Pour vous il n'y a aucun doute, Oswald est bien le meurtrier.
03:43 - Oui, encore que,
03:44 encore une fois j'attends la preuve du contraire. Voilà c'est ça ma phrase, c'est la preuve du contraire. J'ai des
03:50 notions, je ne suis pas le seul, il y a beaucoup d'historiens américains
03:54 très connus, Robert Dallek, Robert Caro,
03:57 William Manchester qui ont écrit des livres entiers, des volumes entiers, qui disent la même chose. Ça s'appelle la tragédie sans raison.
04:03 Pour moi c'est un concours de circonstances comme il en arrive une fois tous les mille ans.
04:07 Mais je crois que c'est lié à Oswald et pas seulement. Les faits sont là.
04:11 Il a ses emprunts sur le fusil, il quitte en courant l'immeuble, il va chez lui, qu'est ce qu'il fait ? Il prend un pistolet.
04:19 Bon, c'est pas innocent. Il court, il va vers la station
04:22 d'autobus qui amène au Mexique parce qu'il essaie de fuir le Mexique. Et là sur son chemin il y a un flic,
04:29 une patrouille, qui avait déjà le signalement du suspect, qui l'arrête pour contrôler son identité, le fameux JD Tippett.
04:35 Qu'est ce qu'il fait ? Il sort son pistolet, il lui file quatre balles dans le thorax.
04:39 Donc il est complètement innocent.
04:42 Oswald sera lui-même tué deux jours plus tard par un dénommé
04:45 Jack Ruby, patron de boîte de nuit, bien connu de la pègre locale, dont on sait qu'il a eu des contacts avec des mafieux de Chicago.
04:52 Alors évidemment ce Ruby a rendu l'affaire JFK mystérieuse et unique.
04:55 Vous l'aviez rencontré quelques heures avant son passage à l'acte, il vous avait même donné sa carte de visite, il allait voir les journalistes.
05:01 Oui, je l'avais rencontré la veille.
05:02 On était tous les journalistes, on se reconnaît entre nous, et lui il n'avait pas du tout l'air d'un journaliste.
05:08 Il avait son petit chapeau de mafieux, les cheveux gominés, une énorme bagouze à la main gauche.
05:12 Il se baladait autour de nous, et je disais "mais qu'est ce que cet homme fait là ?"
05:15 Et les flics nous disaient "oh bah c'est Jack Ruby, c'est un copain, il est là".
05:18 Il connaissait toute la police, il entrait et il sortait comme il voulait, parce que c'était en moulin, on rentrait comme on voulait en se commissariat de police.
05:27 Et puis là il m'entend parler avec un copain, il entend mon accent français, donc il me dit "ah vous êtes français ?"
05:32 Je lui dis "oui" il me dit "ah la France, folle berger !"
05:35 C'était sa seule vision de la France, c'était les folles bergers.
05:39 Il faut dire que lui-même dirigeait une boîte de nuit, un bar de nuit.
05:42 Un bar de sceptique.
05:43 Donc j'ai noté tout ça, j'ai fait un papier sur lui.
05:46 Deux mois plus tard, c'est là où c'est la preuve que la commission Warren travaillait,
05:49 je reçois un coup de fil de l'ambassade des Etats-Unis à Paris pour me dire "il y a deux agents du FBI qui arrivent de Washington pour vous interroger".
05:56 Parce qu'on avait lu le papier que j'avais écrit sur ma rencontre avec Ruby,
06:01 et je disais "bon peut-être que Ruby lui a dit des choses dont on a besoin pour la commission".
06:05 Alors Kennedy a changé votre vie, on peut le dire, il vous a propulsé sur le devant de la scène comme journaliste,
06:11 l'Amérique a épousé votre existence, ou inversement, je ne sais pas, c'est une partie de votre paysage intérieur.
06:17 Écrivez-vous, vous y partez, c'est ce qu'on retrouve dans ce livre Coarto, vous y partez à 17 ans,
06:23 qu'est-ce qui vous pousse là-bas Philippe Lambrou ?
06:26 - 18 ans, je fais partie d'une génération qui a vu arriver à la libération d'une autre culture.
06:32 Des films, des livres, des chansons, des accessoires, des uniformes, des jeeps, du chewing-gum, tout ça, tout ce qu'on appelle le soft power.
06:43 Le pouvoir doux qui n'est pas si doux que ça, c'est un pouvoir envahissant, parce qu'ils ont envahi nos cultures, la culture américaine.
06:50 Et donc moi ça m'a passionné, et puis j'ai toujours été habité par la curiosité, j'ai toujours eu envie de voyager.
06:55 Et j'étais curieux de cette Amérique, j'avais lu quelques livres de Jack Landon, de Cooper, de Sherwood,
07:02 et je me suis dit, il y a une prairie là-bas, j'ai envie d'y aller.
07:04 Donc la chance arrive, un jour en classe, au lycée, on nous dit qu'il y a une bourse d'échange,
07:10 on peut être candidat, je suis candidat, je lève la main, blablabla, et je vais là-bas.
07:14 Et j'arrive à 18 ans, sur un campus de Virginie, c'est glagaçon, au milieu des années 50, pur c'est glagaçon.
07:21 Et sans avoir aucune adresse, aucun nom, sinon deux noms de gens que mes parents avaient hébergés pendant la guerre.
07:30 L'un à New York, l'autre à Los Angeles.
07:32 Et comme l'université ouvrait en septembre, je suis parti en juillet, j'ai fait le stop à travers tous les Etats-Unis,
07:39 aller et retour, pour apprendre un pays.
07:41 On apprend tellement mieux en stop, malheureusement on ne peut plus le faire aujourd'hui.
07:44 - Alors de cette jeunesse aux Etats-Unis, vous tirez deux romans qu'on retrouve là, toujours dans ce volume,
07:50 "L'étudiant étranger", "Un été dans l'Ouest".
07:52 Diriez-vous que cette expérience américaine a finalement forgé l'homme que vous êtes aujourd'hui ?
07:59 - En grande partie, cela dit, je suis comme tout le monde.
08:02 Moi j'ai été forgé par Balzac, Stendhal, Flaubert, Maupassant et quelques autres, et Zola.
08:07 Et d'ailleurs les écrivains américains le disent tous.
08:09 Pour eux, les exemples, c'est les grands français du 19e siècle.
08:14 Donc ma culture, au départ, est française.
08:16 Mais il est vrai que j'ai été imprégné d'une culture américaine,
08:19 j'y suis resté deux ans sans parler un mot de français pendant deux ans,
08:22 et que j'ai reçu des leçons de journalisme, de littérature,
08:26 qui m'ont permis, d'ailleurs quand je suis rentré en France,
08:28 d'être un petit peu en avance sur ma génération.
08:30 - Et des leçons de style aussi, parce que vous vous habillez à l'américaine,
08:35 à votre retour avec ces fameuses bottes à talons biseautées que vous évoquiez tout à l'heure,
08:40 la chevalière de votre université Lexington.
08:43 - Oui, je m'en souviens toujours.
08:44 - Il paraît que vous ne vous en séparez jamais, et c'est donc encore le cas aujourd'hui.
08:49 - Oui, les bottes à talons, quand je suis arrivé dans les locaux de François
08:52 pour essayer d'être candidat à rentrer dans ce journal mythique,
08:55 parce que je n'y suis pas rentré tout de suite,
08:57 ils m'ont regardé en disant "écoutez monsieur, habillez-vous comme les autres,
08:59 et revenez quand vous aurez fait votre service militaire".
09:03 Parce qu'il y avait ça aussi à l'époque, il fallait d'abord faire le service militaire.
09:06 - Et vous l'avez fait en partie en Algérie, est-ce qu'il y a d'autres aussi un livre ?
09:10 - Oui, "Les femmes à l'état".
09:11 - Philippe Labreau, vous vous êtes souvent demandé ce que le monde serait devenu
09:14 si Kennedy n'était pas mort, parce que c'est un tournant historique dans les années 60.
09:19 - Oui, le chronique c'est passionnant.
09:21 Qu'est-ce qu'il serait passé si ?
09:23 D'abord, il aurait été réélu, bien évidemment.
09:25 Il était en train de devenir un grand président,
09:28 il commençait à vraiment apprendre, à comprendre,
09:30 et il avait lancé 3-4 choses importantes,
09:32 n'oubliez pas que c'est lui qui envoie les Américains sur la lune,
09:35 c'est lui qui prend la décision,
09:36 et il dit "c'est très difficile et impossible, et c'est pour ça qu'on va le faire".
09:39 C'est ça qui m'a toujours plu dans sa personnalité.
09:41 Donc il aurait été réélu.
09:43 C'est pas évident qu'il aurait augmenté la présence des troupes américaines au Vietnam,
09:47 on ne sait pas, il se méfiait beaucoup des militaires,
09:50 alors que Johnson a été complètement pris en main par les militaires.
09:53 En tout cas, il aurait ouvert encore plus les portes de la paix,
09:57 parce que c'était la fin de la guerre froide,
09:58 après la crise des missiles à Cuba.
10:01 Donc il avait devant lui toutes sortes de grands projets,
10:03 c'était un homme en devenir.
10:06 Et c'est ça qui est d'ailleurs troublant,
10:08 et qui nous a tous frappés et émus,
10:10 c'est la mort d'un espoir.
10:12 - On se quitte avec un petit cadeau, Philippe Labraud,
10:15 "Mon Amérique à moi", de Johnny,
10:16 parce que vous avez écrit les paroles de la chanson.
10:18 - Merci.
10:19 - Mon Amérique à moi
10:23 Et mon Amérique à moi
10:29 - Johnny dans l'office, David sera notre grand invité de la deuxième heure,
10:32 dans à peine quelques minutes.
10:34 Donc merci beaucoup Philippe Labraud d'avoir été avec nous ce soir,
10:37 sur votre radio RTL, 60 ans après la mort de Kennedy,
10:40 et alors que vos écrits américains viennent de sortir en librairie.
10:43 Merci beaucoup, et on invite tous les auditeurs
10:45 à se plonger dans l'excellent et tout frais podcast Focus,
10:48 "Kennedy, grand mystère ou grand malentendu",
10:50 c'est signé Quentin Darmand, c'est absolument passionnant,
10:52 c'est sur RTL.fr et l'appli RTL.
10:55 Merci Philippe Labraud, RTL.
10:56 Bonsoir, continue dans une poignée de secondes avec le grand match des Infos pour briller.
10:59 RTL Bonsoir
11:01 Sois.
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