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00:05 Les trois questions du petit matin. L'état français doit-il indemniser les homosexuels condamnés pour leur homosexualité
00:12 avant
00:14 1982 ? Votre proposition de loi est débattue aujourd'hui au Sénat. Bonjour Hussein Bourgi.
00:19 Bonjour. Sénateur socialiste de Leraux, merci d'être avec nous ce matin sur RTL. Qu'est-ce que vous demandez exactement
00:27 aujourd'hui ? Qu'on paye pour une ancienne loi vichiste, parce que c'est le régime de Vichy qui avait recriminalisé l'homosexualité ?
00:34 Effectivement, en France en 1791, au lendemain de la révolution française,
00:38 l'homosexualité avait été dépénalisée dans le code napoléonien. Il a fallu attendre août 1942 pour que Philippe Pétain
00:47 recriminalise, repénalise l'homosexualité en France. Et il a fallu ensuite attendre
00:52 1860 pour qu'un député de Moselle, Paul Mirguet, fasse voter un amendement considérant l'homosexualité comme un fléau social.
01:00 En raison de ces deux textes, les homosexuels, plusieurs dizaines de milliers, ont été inquiétés entre 1942 et
01:07 1982, faisant l'objet de poursuites
01:10 policières, de condamnations judiciaires, mais surtout de grandes difficultés dans la vie sociale,
01:16 puisqu'effectivement la publicité autour des condamnations conduisait à perdre son emploi, à être révoqué de l'affliction publique.
01:22 Et donc, c'est ces faits-là qui ont été pendant très longtemps occultés ou qui ont été oubliés,
01:28 que nous proposons tout simplement de reconnaître, de recompte la responsabilité de la République française dans ses
01:34 politiques publiques qui ont détruit des vies, parce que ces peines étaient infamantes,
01:39 et puis tout simplement de réparer ces préjudices qui a été infligés à des
01:44 milliers de personnes, des dizaines de milliers de personnes en France, comme l'Allemagne, l'Espagne et très récemment l'Autriche.
01:50 - Donc, reconnaître et réparer.
01:52 Reconnaître d'abord, ça veut dire quoi ? Ça veut dire officiellement demander pardon ? C'est symbolique, hein ?
01:56 - Pas nécessairement demander pardon, mais reconnaître les torts de la France, parce que vous savez demander pardon à des personnes qui sont déjà décédées
02:02 aujourd'hui, parce que l'essentiel de ces personnes sont malheureusement décédées, l'âge étant...
02:07 il en reste quelques centaines en vie, et ces personnes sont au crépuscule de leur vie, et ont vécu tout au long de ces
02:15 décennies avec cette peine que je dis, que je qualifie d'infamante.
02:19 C'est les témoignages que nous avons reçus tout simplement pour leur dire que la France reconnaît les erreurs qu'elle a pu
02:24 commettre à leur endroit. Donc, il y a le volet reconnaissance, et ensuite un volet réparation, parce que ces personnes ont été condamnées à l'époque à des sommes
02:33 particulièrement lourdes, particulièrement conséquentes, et donc l'idée étant de leur attribuer une
02:38 réparation forfaitaire de 10 000 euros pour chaque condamnation, et 150 euros par jour de prison.
02:44 - Vous avez dit il n'y a plus beaucoup de personnes qui sont encore en vie, qui ont vécu ces condamnations.
02:49 Je rappelle ce chiffre, il y a 60 000 personnes, entre 42 et 82, qui ont été condamnées en France.
02:56 - Absolument.
02:58 Finalement, c'était moins les sommes auxquelles ils étaient condamnés, et les peines de prison qui duraient autour de trois à six mois,
03:05 c'était surtout la médiatisation de ces procès, la divulgation des noms des personnes, qui finalement les condamnaient à une
03:13 forme de mort sociale, puisqu'effectivement beaucoup d'employeurs licenciés du jour au lendemain à leurs salariés,
03:19 parce qu'effectivement, ils avaient peur pour l'image, pour l'honorabilité, pour la notoriété
03:25 de l'entreprise, de l'administration, et des personnes ont été contraintes à des exils intérieurs,
03:30 c'est-à-dire à quitter leur ville, leur département, leur région, pour espérer trouver un emploi, finalement, et se reconstruire.
03:37 - Dernière question, Hussein Bourji, quel est le sens de faire ça aujourd'hui ? Est-ce que ce n'est pas un peu tard ?
03:42 - C'est toujours un peu tard de faire ce genre de loi, mais vous savez, quand vous avez des personnes qui vivent avec cette souffrance,
03:48 d'avoir le sentiment
03:51 d'être victime d'une injustice,
03:54 d'avoir été condamné en raison de son identité, de ce qu'on est, ce qui relève de l'intime, ce qui relève de
04:01 la personnalité intrinsèque de chacun,
04:04 finalement, il vaut mieux voter cette loi maintenant, comme l'a fait l'Espagne, le Canada, le Royaume-Uni,
04:09 la Suède ou l'Autriche,
04:12 plutôt que de le faire dans quelques années, quand tout le monde sera mort. Quand les gens sont morts et qu'on vote ce genre de loi,
04:17 c'est davantage pour que les vivants se donnent bonne conscience. Donc, je préfère plutôt
04:21 qu'on le fasse du vivant de celles et ceux qui sont encore en vie aujourd'hui, même s'ils sont très âgés.
04:27 Voilà, tout ça pour clore cette parenthèse douloureuse et peu glorieuse de l'histoire de notre pays.
04:31 - Et le débat s'ouvre aujourd'hui donc au Sénat. Merci beaucoup Hussein Bourji, sénateur socialiste de l'Hérault.
04:37 !
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