00:00 Vous êtes sur RTL.
00:02 RTL midi. Agnès Bonfillon, Éric Brunet.
00:07 Le ticket restaurant est-il en train de devenir une arme anti-inflation ?
00:12 Le gouvernement, vous le savez, a décidé de prolonger son utilisation pour acheter des produits alimentaires en supermarché.
00:18 Nous sommes avec Olivier Dauvert. Bonjour Olivier.
00:21 Bonjour.
00:22 On vous connaît bien sur RTL, on vous entend tous les matins à 5h50
00:27 aux côtés de Jérôme Florin et Marina Giraudeau.
00:30 Vous êtes journaliste spécialisée de la grande distribution, Olivier.
00:34 En pleine période d'inflation, effectivement, pour de nombreux ménages,
00:38 les tickets restaurants permettent d'alléger un peu la note en caisse, on est d'accord ?
00:42 Oui, oui, c'est utilisé comme tel, c'est-à-dire que tous les consommateurs
00:46 sont dans une forme de système D aujourd'hui,
00:49 où chacun tente d'optimiser le montant de ses courses, son pouvoir d'achat, les bonnes affaires qu'il fait.
00:55 Et on s'est rendu compte depuis quelques années que le ticket resto,
00:59 ou le titre restaurant pour être précis, était utilisé comme tel.
01:02 Ça veut dire que c'est un allié au moment de payer en caisse des produits
01:08 qui n'étaient pas forcément nécessairement ceux qu'on allait manger le midi même,
01:11 mais ça permettait de faire des économies, tout simplement.
01:14 Et donc c'est aussi pour ça qu'en réalité,
01:16 revenir sur cette faculté qu'on avait donnée à titre exceptionnel pendant quelques temps
01:22 de pouvoir payer plus que des plats cuisinés,
01:24 c'était franchement une erreur politique.
01:26 Et c'est d'ailleurs pour ça que le gouvernement est revenu dessus quasiment dans la journée.
01:30 Oui, parce qu'avant le Covid, je crois, le ticket restaurant,
01:33 c'était pour les restos et pour les plats à cuisiner.
01:37 Quel est le montant autorisé maximum pour ces tickets restaurants ?
01:42 On ne peut pas payer toutes ces courses avec ?
01:45 Non, on ne peut pas dépasser 25 à 30 euros, c'est-à-dire que c'est pour une partie des courses.
01:50 Mais vous savez, quand vous êtes un consommateur qui compte ses courses à l'euro près,
01:54 on considère que la moitié des consommateurs, quand ils font leurs courses,
01:58 ils comptent à 5 euros près, Eric.
02:00 Vous imaginez, 5 euros, quand vous pouvez payer une partie de vos courses,
02:03 même si c'est 20, 25 ou 30 euros avec une aide quelconque,
02:08 vous les utilisez et quand on vous l'enlève, vous considérez que c'est un recul.
02:13 Voilà, c'est ça qui s'est passé cette semaine,
02:15 c'est qu'une partie des consommateurs qui utilisent le titre restaurant
02:19 comme une aide au moment de passer en caisse, l'ont vu comme un recul.
02:23 Et c'est pour ça que politiquement, c'était absolument inentendable.
02:26 Ça ne pouvait pas demeurer ce changement qui devait intervenir en janvier.
02:32 Ça ne pouvait pas tenir, politiquement, ça ne pouvait pas tenir.
02:35 Est-ce qu'on arrive, Olivier, à savoir exactement ce que les gens achètent
02:39 comme produits grâce au titre restaurant ?
02:43 Ce qu'on sait, c'est qu'ils ont acheté de plus en plus des produits
02:46 qu'ils utilisent ensuite à la maison, pas nécessairement pour manger
02:50 sur le temps de ce qu'on va appeler le repas professionnel.
02:52 Et c'est en ce sens que le titre restaurant est devenu quasiment du numéraire.
02:56 C'est devenu un billet supplémentaire dans votre portefeuille.
02:59 Et quand on vous l'enlève, vous dites "mais non, on n'a pas le droit de me l'enlever".
03:02 Donc, on sait que ça est utilisé parce que ça se voit en caisse.
03:05 D'ailleurs, quand vous passez votre temps en magasin comme moi,
03:07 vous voyez très bien que les consommateurs qui achetaient
03:10 et qui réglaient avec des titres restaurant,
03:12 il n'y avait pas que des plats cuisinés sur le tapis de caisse devant vous.
03:15 Vous aviez des morceaux de viande qu'il fallait poêler, qu'il fallait préparer,
03:18 des pâtes qu'il fallait faire cuire.
03:19 Vous imaginez bien que vous ne faites pas ça dans votre bureau.
03:22 Donc oui, c'était utilisé pour les courses du quotidien, pour le repas du quotidien.
03:26 - Alors bon, on a bien compris.
03:28 Donc avant, il fallait l'utiliser pour le restaurant.
03:31 Depuis le Covid, les gens ont pris des habitudes.
03:34 Est-ce que… quel est l'avenir justement ?
03:35 Est-ce que ce ticket restaurant, finalement, va vraiment se transformer en ticket caddie
03:41 avec une liste de produits élargies ou pas ?
03:45 - La probabilité que ça demeure en l'état, elle est quand même forte.
03:48 Parce que quel gouvernement peut revenir sur quelque chose qui est considéré comme un acquis ?
03:52 Parce qu'on en est là, Eric, aujourd'hui.
03:53 Pour ceux qui utilisent le titre restaurant pour alléger la note en caisse,
03:58 c'est un acquis, c'est perçu comme un acquis.
04:01 Et vous savez très bien en France que revenir sur un acquis est quand même très très difficile.
04:04 Alors, il y aurait peut-être une façon de le rendre modifiable de manière assez habile.
04:09 Ça serait par exemple de dire, tous les produits qui sont vertueux,
04:13 alors, soient vertueux pour la nutrition.
04:15 On pourrait imaginer peut-être que les produits qui sont Nutri-Score A ou B
04:19 soient plus éligibles que d'autres.
04:21 On pourrait imaginer, demain, quand il y aura ce qu'on appelle un Eco-Score
04:24 ou un Planet-Score sur les produits, pour faire simple, c'est le Nutri-Score environnemental.
04:28 On pourrait très bien imaginer que ces produits-là soient plus éligibles que d'autres.
04:32 - Vous imaginez la caissière chez Auchan ou chez Carrefour ?
04:38 - Mais ce n'est pas la caissière qui le fera.
04:40 Vous savez, on est quand même à l'ère de la donnée et de l'informatique.
04:43 Vous pouvez très bien considérer que chaque produit sera éligible ou non parce qu'on le sait.
04:48 Je veux dire, Carrefour sait très bien quels produits sont nos TA ou nos TB.
04:52 Donc, ça pourrait être une façon de modifier ce qu'on va appeler l'assiette d'utilisation
04:58 du titre "restaurant" de manière plus acceptable parce qu'on vous dirait pourquoi on le fait,
05:03 mais pas pour revenir sur votre pouvoir d'achat.
05:05 - Juste un petit point, les restaurateurs, le ticket "resto", c'était pour aller au restaurant à l'origine.
05:09 Ils sont en colère, j'imagine, eux, non ?
05:11 - Bien sûr, c'est bien pour ça que le syndicat professionnel des restaurants, en début de semaine,
05:16 il s'est frotté les mains quand ils ont vu que l'utilisation du titre "restaurant" dans les supermarchés
05:21 allait être rendue plus difficile parce que ça veut dire que par déduction,
05:25 on allait de plus en plus les réutiliser dans leurs établissements.
05:28 Donc, en fait, là, vous avez, pour être concret, une guerre de lobbying entre, d'un côté,
05:32 les restaurateurs et, de l'autre, les supermarchés.
05:34 Le titre "restaurant" qui est dépensé en supermarché ne le sera plus dans un restaurant par principe et vice-versa.
05:41 - Merci beaucoup, Olivier Devers, d'avoir été notre invité dans RTL Midi.
05:45 Je rappelle qu'on vous retrouve tous les jours sur notre antenne du lundi au jeudi à 5h50
05:50 dans "Les pourquoi de la consommation" dans RTL Petit Matin. Merci à vous.
05:54 - Dans un instant, RTL Midi, votre vie.
05:59 Vous savez que de plus en plus de Français choisissent l'épargne solidaire pour placer leur argent.
06:04 On vous explique ce que c'est tout de suite après ça.
06:07 Jusqu'à 13h, RTL Midi.
06:09 Agnès Bonfillon et Eric Brunet
06:11 [SILENCE]
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