00:00 Vous êtes sur RTL.
00:02 RTL midi. Agnès Bonfillon, Éric Brunet.
00:07 Il est 12h09, le garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti vient d'entrer dans le studio. Bonjour monsieur le ministre.
00:14 Bonjour. Bonjour. Et merci d'avoir choisi RTL. Nous avons beaucoup de questions d'actualité à vous poser.
00:19 Mais avant cela, le procureur général de la Cour de cassation Rémi Heitz a annoncé hier qu'il ne formerait pas
00:26 de pourvoi après le jugement de la Cour de justice de la République. Vous êtes donc définitivement
00:31 relaxé. Est-ce que c'est un soulagement ? Vous redoutiez un pourvoi ? Dans votre tête vous vous étiez préparé à tous les scénarios ?
00:37 Je suis innocenté. Voilà tout ce que j'ai à dire. Je ne ferai pas d'autres commentaires que celui-là.
00:45 On n'a pas toujours été très respectueux de ma présomption d'innocence.
00:49 Et j'espère qu'on le sera davantage de l'autorité de la chose jugée.
00:53 Vous allez garder des cicatrices quand même de cet événement judiciaire qui n'est pas anodin dans votre vie. Je vous ai répondu.
01:00 Venons-en à l'actualité monsieur le ministre. Cette attaque terroriste forcément samedi soir tout près de la tour Eiffel.
01:06 Aujourd'hui la justice a-t-elle les moyens nécessaires pour empêcher un passage à l'acte comme celui-ci ?
01:13 Empêcher...
01:18 J'ai envie de vous dire la preuve que non puisque malheureusement notre pays est une nouvelle fois en deuil. Vous savez j'étais hier à Bruxelles
01:25 avec tous mes homologues européens. Tous les pays européens ont malheureusement connu le terrorisme.
01:32 Ce qu'il faut c'est que nous ne renoncions jamais et que nous mettions en place
01:41 tout ce qui est susceptible de faire
01:48 éradiquer ce terrorisme.
01:50 Et dans cette période qui est une période de deuil, de peur
01:55 et la peur évidemment
01:58 contamine nos esprits à tous.
02:00 Moi je voudrais rappeler si vous le permettez ce que nous avons fait depuis quelques années parce qu'on n'est pas resté inerte.
02:07 Sur la question du terrorisme ? Oui bien sûr depuis qu'Emmanuel Macron a été élu
02:15 on a créé le parquet national antiterroriste
02:18 dont on souligne l'efficacité.
02:21 On a renforcé
02:24 le renseignement pénitentiaire.
02:27 On a considérablement renforcé les effectifs de police, les effectifs d'enquêteurs,
02:33 de magistrats, on a créé des quartiers d'évaluation de la radicalisation,
02:38 des quartiers de prise en charge de la radicalisation.
02:42 On a pris un certain nombre de mesures législatives. Je veux dire quelque chose on n'arrête jamais parce que ça nous oblige
02:48 bien sûr.
02:50 Et ça ne suffit pas. La preuve. Mais madame je pense que nul ne peut dire sérieusement
02:58 que
03:01 il n'y a pas un risque terroriste.
03:03 Il est, nous le savons, majeur dans notre pays et quand je converse avec
03:08 mes différents homologues ils font le constat et au fond vendre l'idée
03:12 que l'on pourrait totalement éradiquer le terrorisme qui parfois surgit de nulle part. Il faut aussi le dire.
03:20 Ce serait faire des promesses que personne ne peut en réalité tenir. Mais voyez-vous après cette
03:27 cet épisode absolument dramatique où un jeune ressortissant
03:32 allemand a été tué dans des conditions ignobles, on s'est mis immédiatement au travail.
03:37 Chaque affaire est une affaire particulière et il faut en tirer quelque chose.
03:41 L'évaluation du risque notamment.
03:45 Est-ce que la justice arrive bien ? A-t-elle encore là aussi les moyens de bien évaluer le risque ? Hier le ministre de l'intérieur
03:52 Gérald Darmanin déclarait qu'en 2020 les policiers
03:55 voulaient effectuer une visite au domicile de l'assaillant et là le juge des libertés leur avait dit "ben non".
04:01 Alors est-ce que c'est une stricte application de la loi et le magistrat est dans son bon droit ou est-ce une erreur d'appréciation ?
04:07 Alors ce n'est pas au garde des Sceaux de dire s'il s'agit d'une erreur d'appréciation.
04:12 Il ne peut pas le faire, il ne peut pas commenter une décision de justice mais il faut rappeler que à cette époque
04:18 l'individu en question faisait l'objet d'une surveillance. Il était dans le cadre d'un sursis
04:23 mis à l'épreuve qui lui avait été imposé. Donc il était surveillé
04:26 judiciairement.
04:31 L'ancien avocat, le ministre que vous êtes, l'homme, ne s'interroge pas sur des phénomènes sociétaux qui finalement nous dépassent un peu.
04:39 Je pense notamment à cette guerre au Proche-Orient qui pourrait induire des comportements de nature
04:45 terroriste sur notre sol national, ici chez nous, dans notre douce et chère République.
04:50 Finalement on peut déployer beaucoup de choses sur le plan de la justice, sur le plan de
04:54 la police mais au fond on est un peu dépassé par des vagues qui sont
05:00 j'ai envie de dire transnationales.
05:02 Ce n'est pas désespérant ça quand on mène l'action publique et qu'on se rend compte qu'il y a des événements comme ça exogènes extérieurs à notre
05:09 pays qui viennent
05:11 face auxquels on se sent quand même un tout petit peu impuissant.
05:14 Non mais vous avez raison en ce sens que nous ne vivons pas sur une île et que naturellement
05:20 ce qui se passe
05:23 en Israël, ce qui s'est passé en Israël, ce qui se passe à Gaza peut avoir
05:28 sur un certain nombre d'esprits faibles une certaine influence.
05:31 Mais pour autant, pour autant moi je ne veux pas me résoudre au fatalisme. Vous savez je suis arrivé en juillet 2020
05:39 immédiatement j'ai porté un texte qui avait été préparé par
05:43 Yael Brombivet qui à l'époque était président de la commission des lois de l'assemblée nationale.
05:47 Ce texte a été pour partie
05:50 censuré par le conseil constitutionnel parce que monsieur Brunet,
05:55 vous le rappelez souvent, nous vivons dans un état de droit. Qu'est ce qu'on a fait ? On ne s'est pas résigné. On a immédiatement
06:01 immédiatement repris le travail pour présenter un autre texte, la loi Silt du 30 juillet 2021 et on a
06:11 respectueux de la décision du conseil constitutionnel
06:15 évolué pour permettre un suivi judiciaire plus long de ceux qui ont purgé leur peine, les terroristes en question
06:23 ou les assimiler pour ne pas qu'ils soient laissés dans la nature. Et donc il y a des mesures de suivi
06:30 administratif et des mesures de suivi judiciaire. Nous les avons mis en place.
06:35 - Monsieur le ministre Gérald Darmanin parle de ratage, de raté psychiatrique. Est-ce que vous employez le même mot, le même terme ?
06:44 - Écoutez ce que l'on sait c'est qu'il y avait une injonction
06:49 thérapeutique. Ce que l'on sait c'est que l'intéressé a cessé de prendre ses médicaments.
06:54 Et ce que je veux vous dire c'est que lorsque l'on a fait ce constat, parce que d'abord il faut débriefer pour connaître les différents éléments,
07:02 eh bien nous mettons en place une réflexion et elle sera rapide
07:06 mais elle sera conforme à nos règles pour qu'il y ait un suivi administratif
07:11 pour que l'on puisse suivre ceux qui ont une injonction
07:16 thérapeutique. Et non seulement il faut permettre à l'administration de prendre ses mesures
07:21 mais il faut ensuite veiller à leur exécution parce que quelqu'un qui est dehors
07:25 c'est pas simple de s'assurer qu'il prend ses médicaments évidemment.
07:29 - Je vais évoquer
07:31 Crépol avec vous.
07:32 Les journalistes du Parisien ont publié un travail, une enquête ce matin. Ils ont pris connaissance
07:37 du détail de l'enquête de gendarmerie ou d'une partie de l'enquête de gendarmerie qui a été effectuée à Crépol et à Romand-sur-Isère.
07:44 Et selon le Parisien, neuf témoins sur les 104 qui ont été
07:48 auditionnés disent clairement avoir entendu des propos hostiles aux blancs. C'est la polémique qu'on a vu fleurir ces derniers jours.
07:55 Et bien évidemment il y a beaucoup d'émoi dans la société française parce qu'on n'a pas retenu semble-t-il ce motif raciste.
08:03 Qu'est-ce que vous pourriez dire là-dessus ?
08:06 - Il faut que la justice fasse son travail.
08:09 Que le temps médiatique... Alors je sais que c'est difficile parce que
08:14 évidemment on a la trouille.
08:16 Parce qu'il y a un sentiment délétère qui se répand bien sûr.
08:20 Mais le temps médiatique, ça n'est pas le temps
08:24 politique et ça n'est pas le temps judiciaire.
08:27 Il faut entendre les témoins.
08:30 Voilà, vous l'évoquez. Ça prend du temps, ils sont plus d'une centaine.
08:33 - Avec ces déclarations monsieur le ministre que nos confrères du Parisien ont pu se
08:40 procurer, est-ce que vous êtes en mesure de nous dire que effectivement, contrairement à ce qu'il était affirmé dans les premiers jours, il ne s'agissait absolument pas d'une expédition
08:48 punitive ?
08:50 - Madame, c'est à la justice de le dire et je veux insister là-dessus. En toute indépendance,
08:56 les auditeurs qui nous écoutent doivent savoir que l'époque où le garde des Sceaux décroche son téléphone pour dire
09:02 "faites ci, faites ça" est révolu et c'est très bien comme ça.
09:06 Et si nous revenions à cette époque, c'est de dire que si l'exécutif, au fond,
09:11 dirigeait la justice, ce qui se fait dans certains pays, en Russie c'est comme ça que ça se passe,
09:16 il n'y a plus de juge libre, mais il n'y a plus de journaliste libre non plus.
09:19 Alors on n'est plus dans une démocratie, on a basculé dans le totalitarisme.
09:22 Laissons la justice faire son travail. Moi, à la place qui est la mienne,
09:26 je veux évidemment modifier la législation quand il nous manque des choses, conformément à nos règles et à la constitution.
09:34 Je veux donner à la justice davantage de moyens, je veux ouvrir des places de prison supplémentaires,
09:39 ça c'est mon boulot.
09:42 - Mais ça veut dire qu'il y a eu un emballement alors tout autour de cette affaire, que c'est un petit peu
09:45 l'emballement placé sous le coup de l'émotion, on l'a bien vu.
09:48 - Et d'ailleurs nous en sommes les témoins dans les auditeurs en la parole ici sur RTL,
09:53 beaucoup de français et de françaises se posent la question. Oui, mais la justice dans cette affaire
09:59 dissimule les véritables prénoms des auteurs de ces troubles, de ces agressions.
10:04 - Oui, j'ai même entendu que c'était le ministre qui avait demandé au procureur de dissimuler les noms.
10:09 Ben ça n'est pas vrai.
10:11 Les prénoms en l'occurrence d'ailleurs. Mais ça n'est pas vrai. Et puis je vais vous dire, il y a toujours une phase ensuite
10:17 où la justice, quand elle a fini son travail,
10:19 donne à voir ce qu'elle a fait.
10:21 Et c'est à ce moment là, naturellement, que les uns et les autres, on peut regarder ce qui s'est passé.
10:25 Mais il ne faut surtout pas aller trop vite.
10:28 - En attendant, il y a les rassemblements que l'on a vus de l'ultra droite.
10:32 - Vous savez madame, je crois que la peur dont je parle,
10:37 bien sûr légitime, génère des "y'a qu'à, faut qu'on, faudrait, y'avait qu'à".
10:43 Et le "y'a qu'à, faut qu'on, faudrait, y'avait qu'à", dans une démocratie, ça ne marche pas.
10:49 Il faut qu'on soit très attentif. On est le pays des lumières, il ne faut pas qu'on devienne le pays des ténèbres.
10:54 Que l'on aille trop vite, il faut beaucoup travailler, et je pense que nous le faisons.
10:59 Gérald Darmanin et moi,
11:01 bien sûr qu'on aimerait que ce monde soit parfait, qu'on est contre la guerre, le cancer et bien sûr le terrorisme.
11:08 Et qu'on fait tout ce que l'on peut, et qu'on met toute notre énergie et toute notre fermeté pour éradiquer
11:14 ce phénomène absolument insupportable.
11:17 En même temps,
11:20 je le dis, il faut qu'on respecte les règles qui sont les nôtres. On parle souvent, voyez-vous, de chocs civilisationnels.
11:26 On entend par là un certain nombre de choses, moi, qui me chagrinent, mais il ne faut pas qu'on passe de la démocratie
11:33 vers quelque chose qui serait l'inconnu et qui serait illusoire.
11:38 Est-ce que, selon vous, une dernière question, monsieur le ministre, il y a deux France face à face ? Est-ce que déclarait la mère de Romain Surizer, il y a quelques jours ?
11:46 Non, bien sûr que non.
11:50 Il faut que ce qui nous unit soit plus fort que ce qui nous sépare, voyez-vous.
11:55 C'est la raison pour laquelle, moi, de temps en temps, je pousse un coup de gueule. Vous savez de quoi je parle, monsieur Brunet, vous êtes
12:02 capable du fait, également, pour dire "faisons très attention".
12:06 Nous avons besoin de concorde, nous avons besoin d'unité.
12:11 Certains plantent autour des événements comme des vautours,
12:17 plongent sur ces événements pour dire "il faudrait, il n'y a qu'à", j'ai entendu un certain nombre de choses extraordinaires.
12:23 J'ai entendu qu'il fallait mettre en place une perpétuité réelle.
12:27 Elle existe.
12:30 J'ai entendu qu'il fallait mettre en place une rétention
12:33 de sûreté contre les terroristes. Elle existe.
12:35 C'est l'extrême droite, ce sont les propositions de l'extrême droite.
12:37 Elle existe depuis 2010 et récemment, voyez-vous...
12:40 - Alors c'est le gros sujet des peines prononcées et des peines appliquées. Alors ça, c'est vraiment un reproche que l'on entend très souvent
12:48 dans notre émission qui est adressée à la justice.
12:51 - J'ai le temps d'expliquer ça ou pas du tout ?
12:54 - Allez-y.
12:55 - Quelqu'un est condamné à une peine ferme et mandat de dépôt, on exécute tout de suite, d'accord ? Dans la seconde.
13:02 Quelqu'un est condamné à une peine aménageable.
13:04 Et d'ailleurs, de ce point de vue, nous avons été beaucoup plus sévères que ce qui existait autrefois, puisque
13:10 aujourd'hui, on peut aménager en dessous d'un an. C'était autrefois deux ans.
13:15 Vous étiez condamné à deux ans, vous pouviez ne pas aller en détention. Bon. Mais pour aménager, il faut réunir le SPIP,
13:21 il faut réunir le juge d'application des peines. SPIP, c'est le service pénitentiaire d'insertion de probation.
13:27 Le JAP, c'est le juge d'application des peines. Et ces peines qui ne sont pas immédiatement exécutées
13:32 ne sont pas des peines dormantes, il faut le temps de les exécuter.
13:36 Donc quand certains disent "les peines ne sont pas exécutées", vous savez quel est le taux d'exécution des peines en France ?
13:42 C'est 98%. C'est un des taux les plus élevés d'Europe. Et à l'envie, on répète ce mensonge,
13:49 mais il faut le temps que le JAP, que le SPIP, je peux maintenant utiliser les acronymes, se réunissent et fassent le job.
13:56 Pendant ce temps-là, bien sûr qu'il n'y a pas d'exécution, mais c'est au fond normal. On s'assure
14:01 de ce que
14:03 le condamné à un hébergement, de ce qu'il a à travailler. Ça prend un peu de temps, il y a une enquête sociale.
14:08 Mais ça, ce n'est pas des peines qui ont été oubliées, abandonnées. Ce sont des peines qui sont en cours d'exécution.
14:14 Et ce n'est pas du tout la même chose. - Pardon, encore une question. L'actualité est très dense, Monsieur le ministre, désolé.
14:21 Une interdiction à vie de stade, est-ce que ça vous semble ?
14:24 - Pardon, je n'ai pas entendu.
14:26 - L'interdiction de stade à vie pour les supporters violents, on a encore eu des cases...
14:30 - Vous l'avez évoqué devant les parlementaires, vous avez été auditionné sur les défaillances des fédérations sportives, et vous l'avez évoqué cette
14:36 interdiction à vie de stade qui n'existe dans nul autre pays au monde.
14:41 - Bah écoutez,
14:44 ça se réfléchit, effectivement. Vous me dites que je l'ai évoqué comme si j'étais pris en défaut.
14:49 Mais moi je pense qu'un type qui va dans un stade pour proférer des insultes
14:55 racistes,
14:58 pour exercer des violences, se pose vraiment la question de ce qu'il a à faire dans un stade. Le stade c'est quoi ? C'est le sport,
15:05 le dépassement de soi, un truc collectif, c'est la joie, c'est quelque chose de formidable.
15:09 Excusez-moi, mais la question se pose. - Je rappelle qu'un supporter du FC Nantes est mort ce week-end près de la Beaujoie.
15:15 - Merci, merci beaucoup. - Merci infiniment, Monsieur le ministre. Merci Eric Dupond-Moretti d'être venu dans RTL
15:21 Midi. Dans un instant, on reprend le cours de cette émission, évidemment, avec RTL Votre Vie. A tout de suite.
15:28 Eric Brunet et Agnès Bonfillon
15:30 RTL Midi
15:34 [SILENCE]
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