00:00 Chacun de ces points représente une bombe.
00:04 Une bombe à retardement.
00:07 Au moins 420, réparties dans une cinquantaine de pays.
00:11 Charbon, pétrole, gaz, gaz et huile de schiste.
00:16 Des projets massifs d'extraction de combustibles fossiles déjà en
00:21 cours ou sur le point d'être lancés.
00:23 Cette étude de 2022 les a répertoriés et les a baptisés "bombe carbone".
00:29 Ou "bombe climatique".
00:31 Le Monde et un collectif de médias internationaux ont eu accès,
00:52 en exclusivité, à des données fusionnées et analysées par les
00:56 ONG Eclercy et Data for Good. Elles permettent de montrer l'ampleur
01:02 des bombes carbone en développement et le détail de la constellation
01:06 d'acteurs impliqués dans ces projets.
01:09 Alors, qui sont les responsables ?
01:13 Et à quel point la situation est grave ?
01:18 Revenons quelques années en arrière.
01:25 Paris, décembre 2015.
01:28 Les pays du monde entier se mettent d'accord pour limiter le réchauffement
01:32 climatique à 1,5 degré.
01:34 L'accord de Paris pour le climat est accepté.
01:38 Mais pour rester sous cette limite, la quantité maximum d'émissions
01:44 supplémentaires dans l'atmosphère à ne pas dépasser se situe entre
01:49 400 et 500 gigatonnes d'équivalent CO2.
01:53 Autrement dit, entre 400 et 500 milliards de tonnes de gaz à effet de serre.
01:58 C'est notre budget carbone.
02:02 Une fois atteint, l'humanité ne devra plus émettre de gaz à effet de serre
02:07 du tout.
02:08 Sauf que, sept ans plus tard, en 2022, cette étude dévoile l'ampleur
02:16 des projets de l'industrie fossile encore en cours.
02:20 Dans ce travail, Kiel-Kuner répertorie les sites d'extraction dont les
02:37 émissions à venir sont estimées à plus d'un milliard de tonnes
02:41 d'équivalent CO2.
02:42 Une partie est encore intacte, une autre est déjà en cours
02:47 d'exploitation.
02:49 Au total, 420 sites qui représentent chacun entre 1 et 28 milliards
02:55 de tonnes d'équivalent CO2.
02:57 À l'inverse, si ces sites sont entièrement exploités, ils émettront
03:19 en tout près de 1 200 milliards de tonnes d'équivalent CO2.
03:22 C'est presque trois fois plus que le budget carbone fixé par l'accord
03:28 de Paris.
03:29 La limite pour rester sous les 1,5 degré serait largement franchie,
03:34 uniquement à cause de ces 420 projets.
03:38 La question maintenant, c'est, pouvons-nous identifier qui pose
03:46 ces bombes ?
03:49 Ces données collectées et analysées par des chercheurs et des ONG
03:52 nous révèlent plusieurs choses.
03:54 D'abord, les pays qui cumulent le plus d'émissions potentielles liées
03:59 à des bombes carbone sur leur territoire.
04:01 Chine, États-Unis, Russie, Arabie saoudite, Australie.
04:07 Par exemple, en Amérique du Nord, c'est principalement
04:09 à cause des fossiles fossiles inconventionnels,
04:12 le fracking et les sables de terre au Canada.
04:15 En Asie, et en particulier en Chine, c'est tout à cause du carbone.
04:19 En Russie, c'est un mélange.
04:21 En Australie, c'est principalement un problème du carbone.
04:24 Si on s'intéresse aux entreprises, en tête de celles impliquées
04:29 dans le plus grand nombre de ces projets, la chinoise China Energy
04:33 Investment Corp, avec 41 sites, l'entreprise française Total,
04:39 avec 22 sites et 18 pour la saoudienne Saudi Aramco.
04:45 Enfin, on peut voir d'où vient l'argent qui finance ces entreprises.
04:52 Dans le top 10, quatre banques chinoises, deux américaines,
04:57 deux japonaises et aussi deux françaises,
05:00 la BNP Paribas et le Crédit Agricole.
05:04 Il n'y a aucune réglementation qui interdit certains financements
05:08 à certains types d'entreprises dans le secteur énergétique.
05:11 Lucie Pinson milite pour le désinvestissement des énergies fossiles.
05:15 Aujourd'hui, nos grandes banques, nos grandes sociétés d'investissement
05:19 ou d'assurance ont toute la liberté pour continuer de financer
05:23 des entreprises actives dans le secteur du pétrole, du gaz, du charbon.
05:30 Entreprises, pays hautes, banques, mais aussi les assurances.
05:35 C'est une constellation d'acteurs qui permet à ces projets de voir le jour.
05:40 Pour mieux comprendre, regardons un site en détail,
05:44 le plus émetteur de tous.
05:46 Le Permian de la Huerta, il regorge de pétrole et gaz de schiste,
05:55 à cheval sur le Texas et le Nouveau-Mexique.
05:59 Une centaine d'entreprises sont déjà actives sur ce site de 220 000 km².
06:04 Chevron, ConocoPhillips, EOG Resources, Occidental Petroleum et ExxonMobil
06:13 détiennent les cinq plus grosses licences
06:15 et opèrent d'ailleurs d'autres bombes carbone un peu partout dans le monde.
06:20 Pourtant, chacune de ces entreprises affirme œuvrer pour la durabilité
06:26 et un futur sans émissions carbone.
06:29 Certaines mettent volontiers en avant les technologies de capture carbone
06:33 qu'elles développent.
06:34 C'est un argument qui, bien entendu, contribue à nourrir le narratif
06:38 que ces entreprises pourraient faire partie de la solution
06:40 et qu'il est justifié de maintenir des services financiers en leur faveur.
06:47 Du côté des banques, l'argent continue effectivement d'affluer
06:54 et alimente indirectement les bombes carbone
06:57 comme celle du Permian de la Weyrtheit.
06:59 Indirectement, car dans la majorité des cas,
07:03 les banques prêtent de l'argent aux entreprises,
07:06 mais pas pour un projet spécifique.
07:08 Même si certaines banques disent s'engager à ne plus financer
07:12 de projets d'extraction d'énergie fossile,
07:14 elles continuent de financer des entreprises qui développent ces projets.
07:19 Autre acteur décisif, l'assureur.
07:23 Sans lui, ces projets ne peuvent pas aller de l'avant.
07:27 Pour les assureurs, c'est vraiment une boîte noire.
07:28 Nous avons accès à des parcelles d'informations
07:30 dans certains pays, sous certaines juridictions,
07:33 mais c'est globalement extrêmement opaque.
07:36 Face aux coûts que pourraient représenter
07:38 les conséquences du changement climatique,
07:40 plusieurs compagnies d'assurance se sont engagées
07:43 à ne plus financer les projets d'extraction fossile,
07:46 mais beaucoup d'autres continuent de le faire.
07:49 Et puis, il y a le rôle des États qui autorisent ces projets.
07:57 L'Amérique est à la courte d'un délai technologique
07:59 qui nous permettra de vivre nos vies moins dépendamment de l'huile.
08:02 Je travaillerai avec mes collègues à la G20
08:04 pour phaser les subventions fossiles
08:06 pour mieux résoudre notre défi climatique.
08:09 Je veux l'air le plus propre sur Terre.
08:12 Personne ne peut dénoncer l'impact de la crise climatique.
08:15 Regardez-y.
08:16 En parallèle de ces discours,
08:19 la ruée vers les pétroles et gaz de schiste
08:22 n'a pas diminué au cours des 15 dernières années.
08:26 Même le secrétaire des Nations unies le martèle haut et fort.
08:31 Mais face à la constellation d'acteurs
08:41 qui permet à ces projets de voir le jour,
08:43 les instances internationales avancent à petits pas.
08:47 C'est à Glasgow, en 2021,
08:50 que seule une diminution progressive du charbon
08:54 apparaît dans le texte.
08:56 À la grande déception du président de la COP26.
09:00 Au moment où nous publions cette vidéo,
09:15 l'industrie pétrolière et gazière
09:17 est donc toujours absente des traités.
09:21 Ironiquement, en 2023,
09:24 la COP28 est présidée par sultan Ahmed al-Jaber.
09:27 Il est le PDG de la principale compagnie pétrolière
09:31 des Émirats arabes unis,
09:32 qui exploite trois bombes carbones
09:36 au large de la péninsule arabique.
09:39 Sous-titrage ST' 501
09:41 ...
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