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00:02 RTL.
00:05 Matin.
00:07 Week-end.
00:09 Stéphane Carpentier.
00:12 Ce sont pas loin de 12 millions d'élèves qui vont donc retrouver demain le chemin des classes de la première année de maternelle où ça va sans doute
00:18 beaucoup pleurer. À la terminale où les ados vont grimacer, les bureaux, les tableaux, tout est prêt pour une nouvelle année.
00:24 Mais la question du moment c'est de savoir dans quel état d'esprit comment va l'école dans notre pays.
00:29 Et il faut bien avouer que si on ouvre les livres publiés ces jours-ci par les professeurs, on a de quoi s'inquiéter.
00:34 Ils parlent de l'ex plus beau métier du monde où qualifient les classes de grande garderie.
00:40 Eve Vaguerland est l'invitée de RTL Matin. Bonjour à vous.
00:43 Bonjour.
00:44 Vous enseignez en Ile-de-France depuis presque dix ans. Maintenant vous avez publié au printemps dernier aux éditions L'Artilleur
00:48 "Un prof ne devrait pas dire ça"
00:51 180 pages qui se lisent très très vite. Chose vue et chose tue dans l'éducation nationale.
00:56 J'ai lu par exemple "En France aujourd'hui, chacun sait que l'école est malade". Elle est vraiment malade notre école ?
01:03 Oui et tout le monde a conscience du fait qu'il y a un problème. Le problème de la chute du niveau des élèves.
01:09 Du coup vous diriez quoi ? Qu'ils sont moyens, mauvais, de plus en plus nuls ?
01:12 Un peu par provocation envers la bienveillance institutionnelle, je dis les élèves sont de plus en plus nuls dans mon livre.
01:19 Mais il y a aussi ce problème terrible de discipline qui ruine le quotidien des professeurs.
01:24 Et qui fait qu'on arrive plus à recruter d'enseignants. On ne démissionne pas parce qu'il nous manque 300 euros par mois.
01:30 On démissionne parce que c'est devenu impossible de faire cours dans certaines classes.
01:33 Je voudrais qu'on reprenne les choses dans l'ordre. Le niveau des élèves de nos enfants en gros.
01:38 A l'école aujourd'hui on apprend quoi ? Moins bien, il y a moins d'exigences, il faudrait rétablir l'autorité du savoir. C'est quoi le problème ?
01:44 Oui alors en fait on a tellement de mal à instaurer le cadre qui permet la transmission des savoirs
01:52 qu'on est bien au-delà maintenant d'un problème de connaissance chez les élèves.
01:56 On a un problème d'apprentissage qui est aussi dû en fait à des méthodes qui veulent que l'élève découvre le savoir par lui-même.
02:03 C'est aussi un refus de l'autorité de l'enseignant et de l'autorité du savoir.
02:07 Donc ces méthodes font que les élèves par exemple, on ne leur fait pas rien à prendre par cœur à l'école primaire.
02:13 Et il y a des problèmes de raisonnement, de logique, des problèmes de langage et des consignes de base en classe.
02:19 Par exemple, je suis professeur de français, je veux leur faire faire un exercice qui consiste à relever les adjectifs dans un texte.
02:26 J'ai une bonne part de mes élèves qui ne comprennent pas cette consigne.
02:29 Il faut que je leur explique que ça veut dire qu'il faut trouver les adjectifs dans le texte et les marquer dans son cahier.
02:33 Relever les adjectifs, ils ne comprennent pas.
02:35 C'est-à-dire qu'on les chouchoute aujourd'hui ?
02:36 Oui, on leur mâche le travail systématiquement, il n'y a pas d'exigence.
02:40 Mais effectivement pour les élèves, c'est difficile de se mobiliser en l'absence d'enjeu.
02:46 C'est-à-dire qu'ils passent d'un niveau à l'autre, quoi qu'ils fassent.
02:48 Ils peuvent avoir un mauvais comportement, ne pas travailler, ils passeront quand même dans le niveau suivant puisqu'il n'y a plus de redoublement.
02:54 Sauf à la demande des parents ou de l'élève.
02:56 Il n'y a pas de sanctions concrètement dans une classe aujourd'hui ?
02:58 On a détruit toute l'échelle de sanctions pratiquement.
03:01 C'est-à-dire que là, en cette pré-rentrée, je suis certaine qu'il y a encore des tas de chefs d'établissement qui ont mis la pression aux enseignants
03:08 en leur expliquant qu'ils ne devaient pas exclure les élèves de classe,
03:11 que s'ils voulaient mettre des heures de col, il fallait qu'ils les organisent et qu'ils les surveillent eux-mêmes.
03:15 On en est là, en fait.
03:17 Donc, dans beaucoup d'établissements, il n'y a même plus de salle de permanence avec un surveillant pour surveiller.
03:23 Et les exclusions, il n'y a pas d'exclusion réelle puisque les élèves qui sont exclus sont toujours replacés dans un autre établissement.
03:29 Ça, il faut que les gens le sachent.
03:30 Avec des élèves qui ont parfois été exclus 4-5 fois,
03:34 donc des élèves ultra-violents qui sont souvent de petits délinquants
03:36 et qui sont dans les classes de nos enfants
03:38 et qu'on n'exclue pas, qui ne relèvent plus du système scolaire,
03:41 pour moi, ils devraient être réellement exclus.
03:43 - Voilà, vous décrivez des choses vues quand vous parlez de "choses tues", ça veut dire quoi ?
03:47 C'est-à-dire qu'on ne prend pas assez la parole dans votre milieu, à vous, pour se défendre, en fait, quelque part ?
03:51 - Alors, c'est vrai que là, la rentrée actuelle donne un peu l'impression de l'inverse
03:54 parce qu'on a effectivement pas mal de collègues qui quand même font le constat de manière sans détour.
04:01 Mais dans les établissements scolaires, notamment au niveau des conseils de classe,
04:06 il y a vraiment une pression, une omerta, il y a aussi une idéologie dominante de gauche.
04:13 Maintenant, tout le monde fait le constat, mais en fait, les solutions qu'il faudrait apporter,
04:17 c'est-à-dire faire des classes de niveau, faire de la sélection, remettre de l'exigence,
04:20 refaire des programmes axés sur les savoirs,
04:23 ça, malheureusement, il y a beaucoup de collègues qui sont incapables de s'en revendiquer par idéologie
04:28 parce qu'ils estiment que les classes de niveau, par exemple, c'est mal.
04:31 - Il y a quelque chose que vous mettez beaucoup en avant dans ces 180 pages,
04:34 c'est la violence au sein des établissements scolaires.
04:36 Cette violence, elle existe entre les gamins, parce que c'est le quotidien des gamins aujourd'hui.
04:39 Elle se traduit comment ?
04:41 - C'est des coups permanents, c'est le seul mode de jeu, en fait.
04:44 C'est une agressivité verbale aussi permanente,
04:46 avec des expressions ultra agressives qui sont dans toutes les phrases.
04:53 Et c'est vrai qu'à la rentrée, le gouvernement s'est beaucoup focalisé sur la question du harcèlement scolaire,
04:58 qui n'est qu'une part des violences scolaires.
05:01 Alors, certes, c'est bien de déplacer les harceleurs plutôt que l'élève harcelé,
05:04 ça paraît du bon sens, c'était l'inverse jusqu'à présent.
05:08 Mais j'attends de voir, comme toute l'échelle de sanctions a été supprimée,
05:12 qu'est-ce qu'on fait pour la masse des autres violences scolaires,
05:14 pour les gamins qui prennent des coups tous les jours,
05:16 qui se font pousser dans les escaliers,
05:18 et tous ces actes pour lesquels il n'y a pratiquement rien.
05:21 - Vous avez un statut particulier dans le monde de l'éducation nationale,
05:24 c'est-à-dire que vous êtes une remplaçante, c'est ça ?
05:26 Qu'on vous appelle quand il y a besoin ?
05:28 Mais il y a toujours besoin dans ce monde-là, non ?
05:30 - C'est ça. Alors, en fait, le statut de TZR,
05:32 on est un compte agent de quelques dizaines de milliers dans l'éducation nationale,
05:35 ça veut dire titulaire sur zone de remplacement,
05:37 donc nous sommes des titulaires sur concours,
05:39 certifiés ou agrégés, comme n'importe quel autre prof,
05:42 donc nous ne sommes pas des contractuels,
05:44 et nous venons, en fait, boucher les trous quand il y a,
05:46 par exemple, des allègements de services, des temps partiels, etc.
05:49 Donc, très souvent, ce sont des remplacements à l'année,
05:51 par contre, on change d'établissement tous les ans.
05:53 Je suis persuadée que nous sommes des centaines, des milliers,
05:55 à l'heure actuelle, à ne pas avoir d'affectation,
05:57 c'est mon cas, personnellement.
05:59 Je ne sais pas où je travaille à la rentrée,
06:01 je rentre la veille pour le lendemain,
06:03 alors que j'ai un enfant à faire garder,
06:05 la rentrée c'est demain, je ne sais pas où je travaille,
06:07 parce que le rectorat a une gestion calamiteuse des choses,
06:11 en fait, ils font les affectations des profs,
06:15 sans bien connaître les besoins des établissements,
06:17 les besoins réels des établissements,
06:19 en termes d'heures et de services.
06:21 Un prof ne devrait pas dire ça,
06:23 vous l'avez dit ce matin sur RTL,
06:25 chose eue, chose tue dans l'éducation nationale,
06:27 merci d'avoir partagé tout ça avec les auditeurs,
06:29 on souhaite une bonne rentrée à tous les enseignants de notre pays,
06:31 et aux 12 millions d'élèves dans ce contexte-là.
06:33 C'est à lire aux éditions L'Artilleur,
06:35 merci beaucoup Eve Vagarland.
06:37 Merci.
06:39 [SILENCE]
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