00:00 sur beaucoup de collègues, bien sûr, c'est très pesant,
00:02 et j'ai envie de dire, le sujet est très large,
00:05 ça va sur le nombre de fonctionnaires de police blessés,
00:09 je l'ai déjà dit sur votre antenne,
00:10 nous en avons 10 000 policiers par an qui sont blessés,
00:13 c'est-à-dire 28 policiers blessés en service par jour,
00:15 je crois qu'il y en a autant chez les gendarmes.
00:17 Alors ça, c'est un premier constat,
00:18 donc c'est quand même quelque chose qui est difficile pour nous.
00:21 Vous avez aussi ce qu'on appelle cette insécurité juridique.
00:25 Quand on parle d'insécurité juridique,
00:27 c'est que systématiquement, on est présumé,
00:31 on va dire dans les propos, coupable.
00:33 Alors c'est bien, je viens d'entendre,
00:35 de lire les propos de Manuel Valls,
00:38 sauf que quand il était ministre de l'Intérieur,
00:41 il a condamné mes collègues de la BAC Nord
00:43 avant même qu'il y ait des procédures qui soient entamées,
00:46 et à la sortie, on a eu des non-lieux et quelques sursis.
00:49 Donc vous voyez, ce sont des climats qui sont très difficiles
00:52 parce qu'on est pris aussi dans un étau politique,
00:54 et dans cet étau, je reviens sur l'insécurité juridique,
00:58 vous avez des policiers qui ont perdu la vie
01:00 parce qu'ils ont eu peur, dans les cas de légitime défense,
01:03 d'utiliser leur arme, par exemple.
01:05 Vous voyez, donc c'est assez compliqué,
01:06 et à la sortie, lorsqu'il y a des soi-disant violences policières,
01:10 encore faut-il qu'elles soient démontrées,
01:13 maintenant, on n'est pas là pour cautionner des policiers violents,
01:16 mais quand on parle de violences policières,
01:18 ça veut dire qu'on met, et qu'on pointe du doigt, l'institution.
01:21 Imaginez un seul instant qu'on parle de 5, 6 cas de pédophilie
01:25 dans l'enseignement, et on remet en cause l'Éducation nationale,
01:30 et tous les enseignants qui souffrent d'ailleurs au quotidien.
01:32 Vous voyez, c'est ce qui est très difficile,
01:34 c'est-à-dire que si tous les jours on disait
01:35 "Attention, les policiers tuent",
01:37 mais attention, les enseignants violent,
01:40 vous imaginez un petit peu la pression
01:42 que ça peut mettre sur l'épaule des professionnels,
01:45 j'ai pris l'exemple des enseignants,
01:47 mais ça peut être d'autres professions,
01:49 et puis l'exemple qu'on donne à des enfants de 8, 10 ans,
01:53 "Attention, mon garçon, tu as 8 ans,
01:54 "mais sache que la police tue."
01:55 Est-ce que vous imaginez un petit peu
01:57 comme c'est dur à entendre dans nos rangs,
02:00 alors que nous sommes pères, mères de famille,
02:02 et que nous exerçons notre métier au sein du service public,
02:05 justement pour défendre les victimes ?
02:06 C'est ce qui est quand même très compliqué,
02:08 et alors je ne vous dis pas, bien sûr,
02:11 toutes les procédures qui sont lourdes à gérer,
02:13 parce qu'on condamne, on commente, on explique,
02:16 avant même qu'on ait lu une procédure,
02:18 avant même qu'on connaisse exactement
02:20 la situation que nous vivons sur le terrain.
02:22 Et la situation que nous avons vécue ces derniers temps
02:24 sur le terrain, c'était une situation
02:26 au-delà de l'insécurité juridique,
02:27 il y a eu une insécurité physique.
02:30 On s'est pris des pères réels,
02:33 on a des policiers qui ont manqué de pères dans la vie,
02:35 on a eu des centaines de policiers blessés dans nos rangs
02:37 lors des dernières émeutes, et on condamne.
02:40 Alors quand je dis "on", je fais la part des choses.
02:43 Je sais bien que vous avez un électorat aujourd'hui
02:45 qui se sert justement de ce malaise sociétal
02:48 pour pointer du doigt la police
02:49 et pour se faire un petit peu le gras sur notre dos.
02:52 C'est un petit peu regrettable, mais ça ne passe pas,
02:53 parce que la population sait qu'on souffre.
02:56 Elle le sait, puisqu'elle nous soutient à 75-78 % des cas.
03:00 Donc voilà ce qu'est... J'ai essayé de vous résumer un petit peu
03:03 ce qui peut être vécu dans nos rangs, moralement.
03:06 C'est très compliqué, parce que vraiment,
03:07 on se lève le matin pour donner un sens à notre métier,
03:10 certainement pas pour blesser ou tuer,
03:12 et c'est ce qui est dur à entendre.
03:14 (Générique)
03:17 [Sous-titres réalisés para la communauté d'Amara.org]
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