00:00 Et si j'avais eu derrière des complications après la prise de médicaments,
00:03 j'aurais dû repartir avec une hémorragie,
00:07 repartir à Chartres, soit à 50 minutes de chez moi.
00:11 Je vais vous raconter une petite histoire un peu tragique
00:22 qui nous est arrivée à mon conjoint et moi le 21 juin dernier.
00:25 On a quitté la région Île-de-France
00:28 pour revenir dans mon perche natale.
00:30 On a appris il y a à peu près deux semaines et demie que j'étais enceinte.
00:34 Donc avec cette grande joie, c'était une grossesse voulue.
00:37 On a fait une première échographie avec une sage-femme
00:41 qui a 20 minutes de chez nous, donc de nos gens, qui est à La Loupe.
00:45 C'était une volonté, c'est une amie d'enfance.
00:47 Donc on est partis à La Loupe pour une première échographie,
00:50 donc au tout début, qu'on a su par le test quand j'étais enceinte.
00:54 Donc on y est allé avec beaucoup de joie, beaucoup d'amour
00:57 et là, on arrive, on parle pendant une demi-heure
01:00 de tous les petits faits divers,
01:02 des petits soucis qu'il peut y avoir en milieu rural pour les femmes,
01:06 donc de l'accompagnement s'il y a des pathologies ou des fausses couches.
01:10 Et il s'avère que là, on fait l'échographie et qu'on se rend compte
01:15 que le rythme cardiaque du fœtus s'est arrêté.
01:18 Donc vous imaginez bien que c'était très dur.
01:20 Des cris, des pleurs, on en veut la terre entière.
01:24 Et là, j'apprends du coup par ma super sage-femme
01:28 que je dois partir faire une deuxième écho de contrôle
01:31 aux urgences gynécologiques, donc à 50 minutes de chez moi.
01:35 Et là, je me dis, mais j'ai une chance inouïe, j'ai une voiture,
01:38 j'ai mon conjoint qui a le permis,
01:40 parce qu'on n'a pas forcément envie de conduire derrière,
01:41 quand on apprend ça,
01:42 et que j'ai une famille qui m'a soutenue.
01:45 Et j'ai surtout eu des accompagnants,
01:47 parce que j'avais cette volonté d'avoir une grossesse un peu atypique
01:51 avec mes énergéticiennes, ma natureau, un ostéo.
01:55 Ces personnes-là ont été très présentes.
01:58 C'est vrai qu'elles m'ont beaucoup accompagnée,
01:59 psychologiquement et physiquement, en travaillant à distance,
02:02 donc ça m'a beaucoup aidée.
02:04 Et donc on est partis, on est arrivés aux urgences gynéco,
02:08 on a attendu 2h40 pour en plus avoir juste une écho qui te confirme
02:12 et juste derrière, deux médicaments,
02:16 une ordonnance pour du paracétamol,
02:19 et te dire que, écographie dans 10 jours.
02:22 Donc avec aucune information de ce qui allait se passer,
02:24 si il y a eu une émoragie ou autre, en fait strictement rien.
02:27 Déjà, grosse journée, très compliquée.
02:31 Et c'est là que je me suis dit,
02:32 mais elles font comment les femmes ici ?
02:34 Celles qui n'ont pas le permis, celles qui n'ont pas de voiture,
02:37 celles qui ne sont pas à nos gens le retrou,
02:39 parce que moi je suis dans la capitale du Perche,
02:41 il y a le train, donc j'aurais pu le prendre.
02:44 Mais encore une fois, tout ça, c'est à notre charge.
02:46 C'est à la charge des couples.
02:48 Et j'ai la chance d'avoir un mari aussi, qui est présent.
02:50 Et je me suis dit, mais ce n'est pas tout le monde qui a cette chance-là.
02:54 Et qu'il y a un vrai problème d'infrastructure.
02:57 Et qu'effectivement, il y a des sages-femmes ici,
02:59 on n'a pas de maternité, mais il y a un centre périnatale,
03:02 il y a deux sages-femmes, il y en a deux autres en libéral,
03:04 mais dès qu'on parle de pathologie ou de fausse couche,
03:06 on doit de toute façon, de fait, partir.
03:09 Et si j'avais eu derrière des complications
03:11 après la prise de médicaments,
03:13 j'aurais dû repartir avec une hémorragie,
03:17 repartir à Chartres, soit à 50 minutes de chez moi.
03:21 Et encore une fois, si je n'avais pas de voiture, comment j'aurais fait ?
03:25 Je pense à toutes ces femmes qui sont...
03:28 Et ces hommes, parce qu'il y a des hommes qui sont concernés,
03:30 mais comment elles font ?
03:32 Donc je pousse un coup de gueule, parce qu'on oublie, en fait.
03:35 Stop, accompagnez-les, accompagnez-nous, en fait.
03:40 Aidez-nous à nous sentir bien, on donne la vie.
03:44 Et effectivement, on a le choix de l'arrêter par un avortement,
03:49 de la poursuivre par un accouchement,
03:51 mais encore une fois, il y a des fléaux.
03:53 Et on en parle dans les médias, ici, dans les journaux,
03:56 on va parler des fêtes d'hiver,
03:57 on retrouve des fœtus dans les poubelles,
04:00 on entend parler des jeunes qui secouent leur bébé, qui...
04:05 Mais stop, en fait.
04:07 C'est parce qu'il n'y a pas de structure pour les accompagner, ces femmes-là.
04:10 Et que si elles sont juste à côté, dans une petite commune,
04:14 où il n'y a pas encore moins d'infrastructures qu'ici,
04:17 pas de centre périnatale, comment ça se passe ?
04:20 Pour ces femmes.
04:22 Des maisons des femmes, ça n'existe pas, ici.
04:25 Il y en a une pour tout l'Eure-et-Loire,
04:28 avec dix femmes qui peuvent être accueillies, tout de même, on en est là.
04:31 J'ai cette chance d'être forte,
04:32 j'ai cette chance d'avoir des accompagnantes qui sont merveilleuses,
04:36 que je remercie, une sage-femme incroyable.
04:39 Mais tout le monde n'a pas cette chance-là.
04:41 Donc, tout le monde a le droit d'avoir un accompagnement.
04:46 Toutes les femmes devraient pouvoir être accompagnées,
04:50 dans leur maternité, dans ces moments très difficiles,
04:53 parce que je peux m'imaginer le retour à la maison pour certaines.
04:57 Qui peut être très dur si elles sont seules, si elles n'ont pas de famille,
05:00 si elles n'ont pas cette chance d'avoir des accompagnants
05:02 qui sont proches d'elles.
05:05 Comment elles font ?
05:06 Je vous remercie d'écouter ça,
05:07 parce que pour moi, ça me tient à cœur.
05:09 Mais les politiques, s'il vous plaît,
05:11 je vous en prie, reconnaissez la femme.
05:12 N'oubliez pas, surtout, que vous avez été dans le ventre de votre maman
05:17 et que la femme donne la vie aussi,
05:19 et que c'est important de le reconnaître.
05:22 Merci.
05:23 Sous-titrage ST' 501
05:25 [Musique]
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