00:00 J'étais en voiture avec une amie, mon téléphone sonne, j'y réponds,
00:03 je conduis, elle me dit "C'est la télévision japonaise",
00:05 j'lui dis "Arrête tes conneries".
00:06 Et puis c'est le grand amour avec les Japonais.
00:08 Les artisans.
00:20 Le bouchon de Muriel.
00:23 Cuisine lyonnaise et traditionnelle.
00:30 Bienvenue.
00:31 Pour la famille de mon père, ma mère c'était une traînée,
00:34 une salope, tout ce qu'on veut.
00:35 Et pour l'autre côté, mon père il pensait qu'aux copains,
00:38 à boire, à faire la fête, et c'était la faute à lui aussi.
00:42 C'était impossible que ça marche leur affaire.
00:47 Vous êtes né ailleurs.
00:51 Je suis né ailleurs, oui.
00:52 Vous êtes né quand ?
00:53 Il y a 67 ans, le 11 septembre 55.
00:57 Mon père était artisan plombier,
01:00 et ma mère elle a été étranglée quand j'avais 2 ans,
01:03 donc je ne l'ai pas connue.
01:05 C'est un crime passionnel, c'est le cousin de mon père qui l'a tué.
01:09 Maintenant on dirait un féminicide, mais c'est un crime passionnel.
01:13 Je suis partie de chez mes parents à 15 ans,
01:18 je suis arrivée à Paris en stop au quartier Latin,
01:21 j'ai rencontré des gens aussi paumés que moi,
01:23 et en trainant dans le métro,
01:25 j'étais avec une pote, on a rencontré des gens qui faisaient des pipoquettes,
01:30 on a essayé, voilà, c'est commencé.
01:34 Et moi la première fois que je me suis fait arrêter,
01:37 j'étais à la limite à 15 ans, fier.
01:39 J'alloquais des orfaits, vous vous rendez compte ?
01:42 Je grimpais en grade, quoi.
01:43 Toujours, entre 6 mois et 1 an, le plus que j'ai pris c'est 18 mois.
01:47 En tout j'ai fait 8 ans.
01:49 De toute façon j'ai toujours été bonne joueuse,
01:51 et de temps en temps il faut payer.
01:54 Je vous dis avec du recul, je pense que la prison m'a sauvé la vie,
01:57 parce que j'avais jamais eu de cadre,
01:59 ma famille me laissait faire ce que je voulais,
02:02 ils ne s'occupaient pas de moi,
02:03 et là je retrouvais presque la maison, quoi.
02:06 En 1976 ils m'ont arrêtée, j'avais rien fait ce jour-là,
02:10 et il était hors question que je paye pour quelque chose que je n'avais pas fait.
02:14 J'ai mangé des fourchettes, des couteaux,
02:17 je leur ai fait le cirque.
02:20 Vous avez mangé les fourchettes ?
02:22 Ah oui, deux fois.
02:24 En premier j'ai essayé de faire la grève de la faim, ça n'a pas marché.
02:27 Après je m'étais taillée les bras, ça ne marchait pas,
02:29 et un jour j'ai eu l'idée d'avoir les fourchettes.
02:31 Et j'ai dit, tous les mois, je le fais,
02:33 parce que je ne voulais pas être en prison, j'avais rien fait.
02:36 Et après les médias s'en sont occupés,
02:39 poussés au suicide par l'administration pénitentiaire et tout,
02:42 et le 29 janvier on m'a mis dehors.
02:44 J'étais la première femme à mettre une annonce d'ami B,
02:48 plus de 200 personnes m'ont écrit,
02:51 donc là-dedans il y avait 27 prisonniers,
02:53 et dans les 27 il y en avait un qui était en haute sécurité,
02:56 qui faisait 20 ans en prison.
02:59 Je continue à lui écrire et après on s'est mariés.
03:02 Après il y a un ami à lui qui m'a réceptionnée à Lyon,
03:05 et qui m'a dit, tu vas loger chez ma femme.
03:08 Et sa femme elle se prostituait,
03:10 donc elle m'a hébergée, j'ai vu qu'elle gagnait plein de fric,
03:14 et je me suis dit, c'est pas con ce truc-là.
03:18 Et quand on arrive sur le marché de l'emploi,
03:20 48 heures avec un CV VR, j'ai pas de calife.
03:23 Ce truc-là a été fermé depuis 18 mois,
03:26 et il valait vraiment pas cher.
03:28 J'ai dit allez en avant, comme j'ai mis de cuisiner, c'est bien.
03:31 Un jeudi soir j'étais en voiture avec une amie,
03:33 mon téléphone sonne, j'ai dit réponds,
03:35 je conduis, elle me dit c'est la télévision japonaise,
03:37 j'ai dit arrête tes conneries, accroche.
03:39 Les japonais faisaient une émission mondiale sur les bistrots,
03:42 ils en prenaient deux par coups,
03:44 et le vendredi matin j'arrive, ils sont venus manger à midi,
03:47 à la fin du repas ils ont dit c'est ici,
03:49 et le lundi il y a NHK, la télévision nationale,
03:51 qui a débarqué pendant une semaine.
03:53 Et puis c'est le grand amour avec les japonais.
03:55 Quand j'entends les gens me dire,
03:57 oh c'est bien, vous en êtes sorti,
03:59 je dis je me suis sorti de rien du tout.
04:01 Reconnaître que je m'en suis sorti,
04:03 ça serait renier mes autres vies,
04:05 renier mes amis, ma mentalité, mes principes.
04:07 J'adore faire un manger, j'adore mes clients,
04:10 mais c'est une forme d'enfermement.
04:12 Comme je dis, j'ai pris perpétue ici.
04:14 J'ai commencé à travailler à 48 ans,
04:16 on doit avoir 42 annuités je crois.
04:19 Voilà, 90 ans c'est bon.
04:21 Mais je me console en disant que j'ai commencé par la retraite.
04:25 Et j'ai bien fait parce que ce que j'ai pu faire
04:29 dans les périodes où j'ai eu de l'argent,
04:31 c'est pas maintenant que je pourrais le faire.
04:33 Je cours moins vite,
04:35 je cours moins vite,
04:37 et j'ai moins d'atouts à mettre en évidence au point d'une rue,
04:40 donc je compte à ne rien rester là.
04:43 Sous-titres réalisés par la communauté d'Amara.org
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04:56 [Bruit de l'eau qui s'écoule]
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