00:00 Les enfants réussissent-ils mieux que leurs parents ?
00:13 Cette interrogation classique des analyses sur la mobilité sociale se double d'une autre quand il s'agit des enfants démigrés.
00:20 Font-ils mieux ou moins bien que les natifs ?
00:24 Ces deux questions se posent avec d'autant plus d'acuité que la France compte plus de descendants démigrés que d'immigrés.
00:30 En 2021, 11,2% de la population française, soit 7,3 millions de personnes, sont des descendants d'immigrés de deuxième génération.
00:40 Né en France, ils n'ont pas connu eux-mêmes l'immigration, mais au moins un de leurs parents est lui-même immigré.
00:46 Il faut ajouter les descendants d'immigrés de troisième génération, c'est-à-dire de personnes ayant au moins un grand-parent immigré.
00:53 Ce qui fait grimper le chiffre global à 12,5 millions de personnes environ, soit près d'un habitant sur cinq en France.
01:00 Le projet migratoire, visant souvent à améliorer son propre sort ainsi que celui de ses descendants,
01:06 des trajectoires scolaires donnent des premières informations sur l'ascension sociale des descendants démigrés.
01:12 Le principal enseignement est la forte élévation du niveau de diplôme des personnes concernées dès la deuxième génération.
01:19 33% des enfants démigrés ont un diplôme du supérieur, tandis que 5% seulement de leurs parents ont atteint un tel niveau.
01:26 Cela signifie que l'on passe d'un rapport de 1 à 20 à 1 à 3.
01:31 C'est certes encore éloigné des performances des natifs qui comptabilisent 43% de diplômés du supérieur.
01:37 Mais dès la troisième génération, l'écart s'est totalement comblé vis-à-vis des autochtones.
01:41 Bref, deux générations suffisent pour effacer les inégalités de niveau.
01:47 Et pour cause, les parents immigrés ont consenti des sacrifices, pris des risques,
01:52 et attendent de leurs enfants qu'ils passent en retour les efforts nécessaires pour s'élever dans la société,
01:58 la réussite scolaire faisant figure de tremplin indispensable.
02:01 À l'inverse, les parents d'origine française des milieux les moins favorisés ont parfois eu un parcours scolaire difficile
02:07 et ne font pas beaucoup d'espoir sur les chances de réussite de leurs enfants.
02:11 D'ailleurs, le taux de mobilité éducative, bien compris comme étant la progression effectuée depuis la génération précédente,
02:18 montre que ce sont les enfants d'immigrés qui parcourent la distance la plus importante.
02:23 Près des trois quarts obtiennent un niveau supérieur à celui de leurs parents, contre un peu plus de 55% pour les natifs.
02:29 Avec cette précision toutefois, les parents immigrés ont un niveau scolaire initial moins élevé.
02:35 Cette vision générale masque toutefois les trajectoires scolaires qui apparaissent 1) comme genrées
02:40 et 2) très différenciées selon les origines géographiques.
02:44 Les filles, d'où que viennent leurs parents, ont d'abord un taux de réussite scolaire nettement supérieur à celui des garçons.
02:51 Le taux de bachelière se situe entre 22 et 4 points au-dessus de celui du taux de bachelier,
02:57 l'écart étant très marqué pour les filles d'immigrés d'Afrique subsaharienne et du Maghreb.
03:02 Autre point saillant, le taux de réussite au baccalauréat pour une classe d'âge varie de 89% pour les enfants d'immigrés asiatiques.
03:09 C'est plus que pour les natifs, pour descendre à 70% environ pour les élèves d'origine turque ou maghrébine.
03:16 Ces chiffres bruts ne restituent toutefois pas totalement la réalité de la réussite scolaire des enfants d'immigrés.
03:23 Selon que leurs parents soient immigrés ou non, les enfants ne vivent pas dans les mêmes milieux sociaux et ne sont donc pas égaux face à l'école.
03:30 En gommant cet effet et en prenant pour point de référence la réussite des garçons au baccalauréat dont les parents sont nés en France,
03:37 les jeunes hommes de parents nés en Afrique subsaharienne ont 1,4 fois plus de chances de réussite,
03:43 ceux d'origine maghrébine 1,4 jusqu'à 5 fois pour ceux d'origine asiatique.
03:48 Et les écarts se creusent plus encore par rapport aux filles.
03:51 Bref, toutes choses égales par ailleurs et les descendants d'immigrés réussissent mieux.
03:57 L'analyse par filière nuance un peu le propos avec une surreprésentation de certaines origines dans les séries de bac professionnel,
04:04 mais cela ne modifie pas le constat global.
04:06 Cette ascension scolaire se retrouve en partie dans l'ascension sociale de la deuxième génération.
04:12 Si les descendants d'immigrés viennent en moyenne des milieux plus modestes,
04:16 la mobilité sociale entre générations est plus fréquente pour eux que pour les personnes sans ascendance migratoire,
04:22 notamment pour ceux et celles dont les deux parents sont immigrés.
04:26 Et à une fine, leur situation est plus proche de celle des personnes sans lien avec l'immigration que de celle des immigrés.
04:33 Taux d'activité plus élevés que leurs parents, structure d'emploi voisine des natifs permettent d'assurer une certaine convergence
04:39 des conditions de vie entre descendants d'immigrés et population autochtone.
04:43 Deux témoins.
04:44 D'abord, le niveau de vie médian des descendants d'immigrés.
04:47 A 19 970 euros, il est supérieur de 17% à celui des immigrés tout en restant inférieur de 13% à celui des personnes sans ascendance migratoire.
04:57 Ensuite, le taux de pauvreté de la deuxième génération se situe à mi-chemin entre celui des immigrés et des natifs.
05:03 Les inégalités sociales ne disparaissent donc pas totalement.
05:07 Mais une chose est sûre, c'est par la mobilité éducative que vient l'ascension sociale des descendants d'immigrés.
05:14 [Musique]
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