00:00 Bonjour Céline Vidal-Court, votre invité média est l'auteur du nouveau numéro de
00:03 Complément d'Enquête ce soir sur France 2, un portrait de l'homme le plus influent
00:08 de la République après le Président, le très discret Secrétaire Général de l'Élysée,
00:13 Alexis Collère.
00:14 Bonjour Thomas Lelon.
00:15 Passionnante enquête sur cet homme de 50 ans, considéré comme le double d'Emmanuel
00:18 Macron, celui sans qui le chef de l'État ne prend aucune décision.
00:21 Est-ce finalement lui, Alexis Collère, qui gouverne la France ?
00:24 Alors évidemment, les nominations, les décisions c'est Emmanuel Macron qui tranche, c'est
00:29 Elisabeth Borne et les ministres, mais c'est vrai qu'il a un pouvoir un petit peu de l'ombre,
00:32 Alexis Collère.
00:33 Il influe, il a l'écoute du Président, il a l'oreille du Président.
00:36 Tout passe par lui.
00:37 Beaucoup de choses passent par lui, les nominations, les décisions, les discours, les orientations
00:40 générales.
00:41 Il est très écouté par le Président de la République et ça c'est assez rare en
00:43 fait dans l'histoire de la Ve République.
00:45 Les secrétaires généraux ont souvent eu une influence importante.
00:48 Claude Guéant par exemple est très influent.
00:50 Alexis Collère, on m'a raconté que c'était le secrétaire général le plus puissant de
00:54 la Ve République.
00:55 La réforme des retraites, l'âge de départ à 65 ans, c'est la volonté d'Alexis Collère.
01:00 L'utilisation du 49.3, c'est lui aussi à votre avis ?
01:02 Je pense qu'il est effectivement aussi derrière l'utilisation du 49.3.
01:06 Je crois que c'est quelque chose qu'il a mis en avant.
01:08 Vous avez interrogé des proches d'Alexis Collère et d'autres moins proches mais qui
01:12 l'ont côtoyé.
01:13 On écoute dans l'ordre François de Rugy qui fut ministre de l'écologie, Gabriel
01:16 Attal et le conseiller culture d'Emmanuel Macron, Jean-Marc Dumonté.
01:19 Je devais voir le Président tête à tête.
01:22 J'arrive dans son bureau, on s'assoit, on commence à discuter et au bout de 5 ou 10
01:26 minutes, Alexis Collère arrive et se joint à la discussion.
01:30 C'est vrai que peut-être certains en auraient pris ombrage en disant "mais je ne comprends
01:33 pas, on avait dit que c'était un tête à tête".
01:36 Moi, ça ne m'a pas gêné parce qu'Alexis Collère est peut-être parfois plus clair,
01:40 plus direct que le Président de la République lui-même.
01:43 Est-ce qu'il est possible de voir le Président de la République sans Alexis Collère ?
01:46 Oui, ça existe.
01:47 Mais c'est rare ?
01:48 C'est plus rare, oui.
01:49 C'est lui qui va jusqu'à fixer des éléments de langage ?
01:51 En tout cas, c'est lui qui est capable de vous restituer le message politique qu'on
01:59 veut passer sur un sujet.
02:00 Qui compte vraiment aux yeux du Président de la République ?
02:04 Il y a deux personnes.
02:05 Il y a Alexis Collère et il y a Brigitte Macron.
02:09 Alexis Collère, qui est cité en premier ? Il y a une rivalité entre lui et Brigitte
02:13 Macron ?
02:14 C'est ce qui se dit.
02:15 On parle de l'aile-madame à l'Elysée avec Brigitte Macron.
02:17 Officiellement, tout le monde s'entend très bien.
02:19 Je crois qu'effectivement, il y a une rivalité.
02:21 Par exemple, sur le choix de la Première Ministre, je crois que Brigitte Macron était
02:24 plutôt favorable au choix de Catherine Vautrin, qui était le choix initial d'Emmanuel Macron.
02:27 Et qu'Alexis Collère a mobilisé des relais au sein de la Macronie pour que finalement,
02:31 ce soit Elisabeth Badman qui soit nommée Première Ministre.
02:33 C'est un homme qui donne très très peu d'interviews.
02:35 Vous n'y êtes pas arrivé non plus ?
02:37 Ça a été un peu compliqué.
02:38 J'ai essayé.
02:39 J'ai envoyé des messages, j'ai appelé.
02:43 J'ai eu des contacts avec le service de communication de l'Elysée.
02:46 Pas d'interview.
02:47 En revanche, au bout d'un moment, il y a deux semaines, on a été reçu par Alexis
02:52 Collère.
02:53 Notre grande surprise d'ailleurs.
02:54 On a été reçu pendant 45 minutes.
02:55 Ce n'était pas d'interview filmée.
02:56 C'était du off.
02:57 Mais c'était quand même un entretien très intéressant pour nous, évidemment.
03:00 Ces détracteurs vous parlent sous couvert d'anonymat.
03:04 Comment vous l'expliquez ? Ils risquent la disgrâce s'ils parlent publiquement ?
03:07 Bien sûr.
03:08 On nous raconte même face caméra qu'il faut être radoubé par Alexis Collère pour
03:12 exister en Macronie.
03:13 Et ces détracteurs ont encore très peur de lui.
03:15 Alexis Collère, c'est quelqu'un qui est craint par une partie, hommes politiques,
03:20 femmes politiques, parce qu'il a une influence réelle.
03:23 Donc effectivement, il est compliqué de trouver des gens qui sont au pouvoir ou qui
03:26 l'ont été, qui puissent nous parler assez franchement d'Alexis Collère.
03:29 Il était le directeur de cabinet d'Emmanuel Macron quand il était à Bercy, alors qu'il
03:33 se connaissait à peine.
03:34 Pourquoi l'a-t-il choisi ?
03:35 Quand il est nommé ministre de l'économie en 2014, Emmanuel Macron, ça se fait un
03:39 peu rapidement.
03:40 Il lui-même est surpris de cette nomination.
03:41 Et il n'a même pas le temps de trouver quelqu'un au poste stratégique de directeur
03:45 de cabinet.
03:46 Et finalement, il écoute Jean-Pierre Jouyet, qui nous l'a raconté d'ailleurs, pour
03:49 choisir Alexis Collère.
03:50 Il se connaissait vaguement quand même.
03:51 Évidemment à Bercy, en tant qu'haut fonctionnaire.
03:55 Emmanuel Macron aussi était un conseiller de l'ombre à l'époque.
03:57 On s'en souvient peu aujourd'hui, mais c'est le cas.
03:59 Et il a écouté Jean-Pierre Jouyet.
04:01 Et je crois qu'il y a eu une espèce de coup de fou de professionnel.
04:04 Ça s'est bien passé.
04:05 En tout cas, le courant est bien passé.
04:07 Vous apportez de nouveaux éléments dans l'affaire MSC, pour laquelle Alexis Collère
04:12 est mis en examen pour prise illégale d'intérêt.
04:14 La justice enquête sur ses liens avec l'armateur, qu'il aurait favorisé quand il travaillait
04:18 au ministère des Finances.
04:20 Les patrons de cette multinationale sont ses cousins.
04:22 Quelle révélation faites-vous dans le complément d'enquête ?
04:24 C'est vrai que cette affaire a déjà été documentée, notamment par Mediapart, qui
04:29 a sorti l'affaire Collère.
04:30 Nous, c'est vrai qu'on va un peu plus dans le détail sur certains points, notamment
04:33 sur des séjours qui ont été effectués par la famille Collère sur un yacht qui appartient
04:38 au Aponte, donc les patrons d'MSC.
04:40 Et pour raconter ça, je me suis procuré des échanges de mails entre Alexis Collère
04:46 et sa femme, qui raconte un petit peu le contexte de ses séjours sur des yachts en
04:51 Méditerranée, notamment en Croatie.
04:52 Qui montre qu'ils sont plus proches qu'Alexis Collère a bien voulu dire.
04:58 Oui, effectivement.
04:59 C'est vrai qu'Alexis Collère parle de liens au cinquième degré, parle d'une proximité
05:03 toute relative.
05:04 Moi, j'ai des cousins que j'aime beaucoup, mais je ne pars pas en vacances avec eux.
05:07 C'est vrai que là, je crois qu'il y a une proximité qu'il a peut-être essayé
05:11 de dissimuler.
05:12 Il y a des séjours, il y a des contacts réguliers.
05:14 Et puis aussi l'embauche chez MSC d'Alexis Collère en 2016 pendant la campagne d'Emmanuel
05:19 Macron.
05:20 Sept mois quand même en tant que directeur financier de la branche croisière.
05:23 Et Alexis Collère, finalement, se serait bien occupé du dossier MSC quand c'était
05:27 à Bercy ?
05:28 Alors, il ne s'en est pas occupé.
05:30 Ce n'était pas son dossier.
05:32 C'était Julien Normandie à l'époque qui s'en est occupé.
05:34 En revanche, il ne s'est pas complètement déporté.
05:37 Mais attention, quand on se déporte, soit on ne se déporte pas du tout, soit on se
05:39 déporte complètement.
05:40 Là, il a reçu.
05:41 Il y a un entre-deux.
05:42 Il y a un entre-deux qui, évidemment, c'est ce qui attire l'attention des juges aujourd'hui.
05:46 Il a reçu des mails, il a reçu des notes ministérielles.
05:48 Il a parfois donné son avis.
05:49 Il n'a pas participé à des réunions en tant que tel.
05:52 Mais il a été au minima tenu au courant de certains dossiers.
05:55 Et à l'époque, c'était un dossier extrêmement stratégique, MSC.
05:58 Ce n'est pas une affaire d'État à ce stade, mais ça pourrait le devenir.
06:01 Je crois que ça pourrait le devenir.
06:03 Je ne suis pas juge ni procureur, mais il me semble qu'il y a un petit peu tous des
06:06 ingrédients.
06:07 Il y a des milliards parce qu'il y a des garanties de financement par l'État des
06:10 navires, des paquebots MSC.
06:11 Il y a des décisions extrêmement importantes qui ont été prises à l'époque où Alexis
06:15 Collère était directeur de cabinet d'Emmanuel Macron à Bercy.
06:18 Et effectivement, il y a eu deux nouvelles mises en examen de ces supérieurs hiérarchiques
06:23 sur une période antérieure, quand il était fonctionnaire à Bercy.
06:27 Je crois qu'effectivement, c'est une affaire qui embarrasse beaucoup l'Élysée en tout cas.
06:30 - Emmanuel Macron lui a tout de même renouvelé sa confiance.
06:32 A votre micro.
06:33 - A mon micro.
06:34 Il l'avait fait auparavant par une lettre transmise à une autre personnelle, transmise
06:37 à Alexis Collère, qu'il avait lui-même retransmise à la justice.
06:39 Et c'est vrai que j'ai rencontré Emmanuel Macron à l'occasion du Salon d'agriculture.
06:43 Je lui ai posé la question et il m'a assuré toute la confiance qu'il avait vis-à-vis
06:47 d'Alexis Collère.
06:48 - Merci beaucoup d'être venu tout à le long.
06:50 - Merci.
06:51 - Alexis Collère, l'homme de l'ombre du président que vous avez co-réalisé avec
06:53 Soigne Thiebaud et Pierre-Louis Devey ce soir, 23h dans le complément d'Enquête sur France 2.
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