00:00 Il est 6h19, bonjour Marc Duguin.
00:10 Bonjour.
00:11 Marc Duguin, vous publiez aujourd'hui votre dernier roman « Tsunami » chez Albin Michel.
00:15 Comment le résumer sans divulgager l'ensemble ? C'est un peu compliqué.
00:19 C'est l'histoire d'un jeune président insomniac élu par hasard, milliardaire avant
00:23 d'être président, où les difficultés vont s'amonceler au fil des jours.
00:26 Ça commence par un projet de loi autour du réchauffement climatique, destiné à
00:30 responsabiliser les citoyens avec le concours du numérique.
00:34 Et ça, ça suscite la colère de nombreux Français.
00:37 Alors voilà Marc Duguin qui n'est pas sans susciter un écho à une certaine actualité.
00:41 Et on va y venir.
00:42 Mais d'abord, moi c'est un roman que vous avez écrit à la première personne, celui
00:47 qui s'adresse au lecteur et le président.
00:49 Et dès le début, il fait un aveu.
00:52 Ce livre existe pour retrouver l'homme que ma fonction ne me permet plus d'être.
00:56 Je sais parfaitement mentir.
00:57 Oui, parce qu'en fait, ce que j'ai voulu faire, c'était vraiment la chronique à
01:04 la première personne.
01:05 Vous l'avez dit, parce que je trouve que c'est beaucoup plus intéressant.
01:07 Et même moi, pour écrire, je suis plus à l'aise quand j'écris à la première
01:11 personne, quand je me mets à la place.
01:12 J'avais fait un livre comme ça sur un tuant en série aux Etats-Unis et je m'étais
01:17 mis à sa place.
01:18 J'avais vécu dans les endroits où il était.
01:20 Et je trouve que c'est beaucoup plus fort.
01:22 Et là, effectivement, on a un président à la première personne qui parle de sa vie
01:28 avec beaucoup de sincérité, ce qui est assez rare pour un président, pendant trois semaines.
01:34 C'est vraiment trois semaines de sa vie pendant lesquelles il propose un changement
01:40 majeur qui est qu'en fait, le bilan carbone individuel de chaque Français soit pris en
01:48 compte et donne lieu soit à des récompenses fiscales, soit à des pénalités fiscales.
01:53 Et ce texte qui pense tout à fait...
01:57 En fait, c'est l'idée qu'on n'y arrivera pas sur le plan écologique avec les entreprises.
02:05 De toute façon, on sait très bien que les entreprises, pour la plupart, font du greenwashing.
02:08 Elles vous disent "oui, oui, on est formidable sur le plan carbone parce qu'on a planté
02:12 trois arbres à l'autre bout de la planète".
02:14 Et donc, il se dit "je vais passer par la demande plutôt que d'être par l'offre".
02:18 Mais à ce moment-là, évidemment, ça pose des problèmes parce qu'on n'est pas préparé
02:24 à ce que d'un coup, on ait devant nous notre bilan carbone individuel.
02:28 Moi, j'ai fait le mien, par exemple, il n'y a pas longtemps, avec mon fils.
02:31 On a des surprises quand même.
02:33 Et donc, voilà, c'est parti de ça.
02:35 Et évidemment, après, ça dégénère.
02:38 - Ça dégénère.
02:39 On lui dit dès le départ "on n'aura pas la majorité au Parlement, on sera même lâché
02:43 par les députés de notre camp".
02:44 Et il dit ceci "ça ne se fera pas sans heurts, mais tant pis".
02:48 Et il parle aussi des Français qui sont bouillonnants, mais ils refroidissent plus vite qu'on ne
02:53 le pense.
02:54 Moi, je me suis dit en lisant le livre, j'ai dit "mais quand est-ce que vous l'avez écrit ?".
02:57 Parce que ça fait penser quand même, il y a un côté prémonitoire.
02:59 - J'ai écrit il y a un an.
03:01 - Il y a un an ?
03:02 - J'ai écrit il y a un an.
03:03 Vous savez, les livres, le temps, d'abord, moi, je prends beaucoup de temps entre le
03:08 moment où j'écris et ensuite le moment où je publie.
03:10 Et je l'ai écrit, je l'ai écrit il y a un an.
03:12 Alors oui, il se trouve qu'il est un peu prémonitoire.
03:14 J'étais assez évidemment étonné.
03:16 - Vous avez été surpris ou pas ?
03:18 - Je n'ai pas vraiment été surpris parce que je le sentais.
03:21 Pourquoi j'ai fait ce livre ?
03:22 C'est parce que c'est un livre, j'avais très envie de parler de la démocratie française
03:28 aujourd'hui et de la question de la représentativité et de la menace qui pèse sur nos démocraties
03:34 à un moment où on a quand même des régimes totalitaires qui sont déjà en place depuis
03:39 un moment, mais qui commencent à prendre une vigueur particulière.
03:42 Et je trouve que tout ça concordait au moment où j'ai écrit.
03:46 C'était vraiment l'idée.
03:47 C'était de parler de cette démocratie un peu fatiguée qui est la nôtre, qui en même
03:51 temps est extrêmement précieuse.
03:53 - Mais en même temps, tout le monde en prend pour son grade.
03:55 Les réseaux, les gars, femmes qui l'ont aidé à être élu, les médias pour qui il faut
04:03 faire quelque chose de spectaculaire si on veut être suivi.
04:05 Parce que dans l'histoire, il faut le dire aussi, il y a une députée de son camp qui
04:09 va être tuée par une personne déséquilibrée, mais qui va dire aux enquêteurs pour être
04:13 spectaculaire, il faut être vu.
04:15 Tout le monde en prend pour son grade dans votre moment.
04:18 - Oui, parce qu'en fait, on est tous responsables de l'état de notre démocratie.
04:24 On ne peut pas uniquement...
04:25 C'est vrai que le problème qu'il y a aujourd'hui, en ce moment, c'est le fait d'avoir un président
04:35 qui n'est pas totalement légitime puisqu'il a été élu finalement avec 20% des voix.
04:42 Et la Ve République prévoyait qu'il élargisse ensuite.
04:47 C'est-à-dire, c'est ça l'idée de la Ve République.
04:48 Au premier tour, vous avez 20%, c'est un cinquième des voix.
04:52 Puis ensuite, vous élargissez.
04:53 Il n'a pas élargi.
04:54 Et il pense qu'il a la majorité avec 20%.
04:58 C'est ça son problème aujourd'hui.
04:59 Et c'est tout ça que j'essaye de mettre un peu en musique.
05:03 C'est-à-dire la sous-représentativité de notre système.
05:07 Parce qu'en plus, ce n'est pas forcément notre constitution qui n'est pas bonne.
05:10 C'est ce qu'elle est devenue.
05:12 Au départ, président au-dessus des partis, président qui regarde à long terme.
05:17 Et là, aujourd'hui, on a quelqu'un qui agit quasiment comme un secrétaire d'État.
05:21 Donc, ça n'a plus de sens.
05:23 Et c'est tout ça que j'ai voulu mettre en musique parce que c'est...
05:26 Bon, évidemment, c'est très politique.
05:28 - C'est très politique.
05:30 Votre personnage le dit quelque part, qu'il est un peu hors sol.
05:33 Il ne connaît pas les Français.
05:34 Il trouve les riches vulgaires.
05:36 Et les Français, ils ne comprennent pas leur esthétique, comme il dit.
05:39 Donc, il est hors sol.
05:43 Et en même temps, on lui trouve une forme d'empathie.
05:45 C'est assez étrange à lire parce qu'il lui arrive une quantité de...
05:50 Tous les jours, c'est une prise de décision.
05:51 Tous les jours, voire toutes les heures.
05:54 Et en même temps, on a une forme d'empathie pour ce personnage qui se livre.
05:58 - Oui, parce qu'être empathique, c'est se mettre à la place d'eux.
06:04 Et moi, je me suis mis à la place de...
06:06 Qu'est-ce que c'est pour un individu de représenter 70 millions de personnes?
06:11 C'est un peu dingue déjà, quand même.
06:14 Si on y réfléchit deux minutes, nous, 70 millions de Français,
06:20 tous nos problèmes et toutes nos envies, nos angoisses remontent sur un seul individu.
06:26 Et ça n'a pas vraiment de sens, en fait.
06:28 C'est ça que je veux dire aussi.
06:29 C'est-à-dire que cette espèce de démocratie pyramidale qu'on a,
06:34 qui fait qu'un homme, particulièrement en France,
06:37 parce que la fonction est quand même très héritée aussi de la monarchie,
06:43 ça n'a plus de sens quand on part ailleurs.
06:46 On a des moyens comme Internet de s'exprimer tout le temps.
06:49 On a les moyens technologiques de la démocratie directe aujourd'hui.
06:51 Si on voulait voter sur les retraites directement, on pourrait le faire
06:57 sans même faire un référendum.
06:58 On pourrait avoir un terminal sécurisé et voter et dire non, sur les retraites, ça ne passe pas.
07:05 Donc, en fait, on a un système qui est très archaïque,
07:09 qui avait des qualités, mais qui a été complètement dévoyé.
07:12 Et on a une technologie qui nous permet de nous exprimer en permanence et en masse.
07:17 Et tout ça, en fait, ne fonctionne pas aujourd'hui.
07:20 Tous les personnages dans votre livre, les conseillers, tous ont un nom, un prénom.
07:25 Lui, il apparaît une seule fois.
07:27 Alors moi, je l'ai noté à la page 80.
07:29 Il s'appelle Alexandre.
07:32 En fait, c'est assez marrant de l'anonymiser.
07:35 Je l'anonymise parce qu'en fait, en plus, il est à la première personne.
07:38 Donc, comme il parle lui-même, il ne se nomme pas.
07:41 C'est lui qui raconte toute l'histoire.
07:44 Et c'est quand même une fable, ce que j'ai fait.
07:47 C'est peut-être une fable voltairienne faite par un adepte de Rousseau,
07:52 mais ça reste une fable.
07:53 Et donc, c'est vraiment un personnage qui est arrivé là par calcul,
08:03 comme l'a fait d'ailleurs Emmanuel Macron.
08:05 C'est à dire, il est très intelligent.
08:07 Il a réussi à convaincre les personnes âgées de voter pour lui pour des raisons liées à son passé technologique.
08:14 Il a réussi à ramener les jeunes avec la rémunération des données aux urnes,
08:20 ce qui était assez improbable, puisque aujourd'hui, les jeunes sont de plus en plus loin des urnes.
08:25 Et donc, il est là et en même temps, il n'a pas vraiment réfléchi à pourquoi il est là.
08:31 C'est à dire que c'est toujours la même chose.
08:32 C'est que c'est le problème de...
08:34 C'est d'ailleurs pour moi le grand problème d'Emmanuel Macron, c'est le problème de la conviction.
08:39 Qu'est ce qu'on a comme conviction ?
08:41 Et le problème de...
08:43 Alors moi, je suis beaucoup l'écologie, étant très en faveur de l'écologie.
08:48 Et je me suis rendu compte depuis le début que sur l'écologie,
08:53 Emmanuel Macron n'avait pas de conviction.
08:56 Je ne sais même pas s'il en a encore maintenant.
08:57 Il est pris par les faits.
08:59 Donc c'est pour ça qu'on a autant de problèmes.
09:00 C'est qu'en fait, ayant des dirigeants qui n'ont pas de conviction,
09:04 on règle les problèmes quand c'est trop tard.
09:06 C'est à dire quand ça devient dramatique.
09:07 Et c'est tout l'enjeu de ce roman qui s'appelle donc "Tsunami".
09:10 Il sort aujourd'hui chez Albin Michel.
09:12 Merci Marc Duguin d'avoir venu nous présenter.
09:14 Vous étiez l'invité du 5/7.
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