00:00 Ariane Etrante, une comédienne sans le sou, sans rôle, sans grand espoir,
00:04 qui vit en coloc avec sa meilleure amie avocate,
00:06 est accusée d'avoir tué un producteur trop entreprenant.
00:10 Elle est accusée et elle s'accuse.
00:12 Et au bout du crime, il y a le succès, l'argent, la gloire.
00:16 Séduite, abandonnée, enceinte, vous avez des excuses.
00:24 Verdict, 5 ans de prison.
00:26 5 ans, c'est mieux que tout à l'heure, mais c'est encore beaucoup.
00:28 Il y a préméditation, mademoiselle.
00:30 L'intention de tuer est évidente.
00:32 Parce que ma cliente est venue avec son revolver.
00:34 Absolument, maître Mollion.
00:35 C'est l'adaptation d'une pièce de théâtre des années 30
00:38 et on est vraiment dans la veine théâtrale de François Ouzon,
00:41 c'est-à-dire on est chez l'auteur de Huit Femmes,
00:44 chez l'auteur de Potiche,
00:46 dans cette veine comme ça, amusante, ripollinée, ultra glamour.
00:51 Le risque du théâtre de boulevard aussi, c'est d'accentuer la théâtralité.
00:54 Alors Ouzon est expert en la matière,
00:56 mais c'est vrai que le début du film, il faut quand même un bon quart d'heure
00:59 à s'habituer à cette diction un petit peu particulière.
01:02 Parce que vraiment, Ouzon assume vraiment le fait que ça vienne d'une pièce de théâtre.
01:06 Il essaie pas du tout de le gommer.
01:08 Et donc les actrices et l'acteur au début, dans la première scène,
01:11 qui est Franck Delapersone, joue beaucoup là-dessus.
01:13 Il y a bien un petit ventre mou un moment au trois quarts du film,
01:16 parce que c'est aussi, j'allais dire, le risque d'adapter du théâtre de boulevard,
01:22 d'adapter du Vau-de-Ville, c'est le côté mécanique finalement de l'affaire.
01:25 C'est-à-dire qu'on s'amuse follement,
01:28 pas forcément non plus bouleversé par ce qui se joue à l'écran.
01:31 Mais n'est-il pas possible, en 1935, de mener sa carrière, sa vie de femme, en toute égalité ?
01:38 Ta vie me sent si différente à présent.
01:46 Décidément, ton crime fait des miracles.
01:48 Comme souvent avec Ouzon, on part du théâtre,
01:50 d'un théâtre ouvertement rétro, ouvertement vintage.
01:52 Il appuie beaucoup là-dessus.
01:54 D'ailleurs, dans les décors, dans la mise en scène,
01:55 mais c'est pour parler de tout à fait autre chose,
01:57 et en l'occurrence, de parler d'aujourd'hui.
01:59 En fait, il fait de cette pièce peut-être un petit peu misogyne sur les bords,
02:04 un film qui se veut, qui revendique un féminisme très contemporain.
02:08 C'est une histoire d'un meurtre d'un producteur libidineux.
02:11 Évidemment, on pense forcément à Harvey Weinstein.
02:15 Et il y a une espèce d'empowerment des deux jeunes femmes,
02:19 la jeune actrice et la jeune avocate,
02:21 qui vont se serrer les coudes pour aller vers une certaine émancipation féminine
02:25 et de servir d'exemple à la société française tout entière.
02:28 Ce qui est très joli dans mon crime,
02:30 c'est qu'elles sont super amies, super intimes.
02:33 Elles vivent ensemble, elles partagent le même lit,
02:35 elles partagent le même tribunal.
02:38 Et que cette sororité revendiquée par le film,
02:42 c'est le côté très moderne,
02:43 par ailleurs apporté par les deux interprètes,
02:45 Rebecca Marder et Nadia Tereskevic,
02:47 qui sont pétaradantes, virevoltantes, très drôles,
02:50 belles comme des cœurs,
02:51 enfin voilà, et qui apportent une vraie modernité dans ce qu'elles jouent.
02:55 Après, sur le côté #MeToo et sur ce qu'il en dit,
02:58 c'est là où on voit qu'Ozon, qui n'est pas né de la dernière pluie,
03:01 est quand même un petit malin,
03:02 parce que c'est à la fois un film
03:06 qui se revendique ouvertement féministe,
03:07 il y a toute une tirade au tribunal sur
03:10 "on est dans les années 30, il serait quand même un petit peu temps d'arriver à l'égalité".
03:13 Disons qu'il est suffisamment prudent
03:15 pour qu'on ne sache pas exactement ce qu'il pense de #MeToo.
03:17 Est-ce qu'il fait partie de ces metteurs en scène, de ces artistes français,
03:20 il y en a certains, qui trouvent que #MeToo c'est très bien,
03:23 mais il y a quand même des excès,
03:24 mais ça va quand même un petit peu trop loin.
03:26 C'est l'habileté de François Ozon,
03:27 qui est vraiment, comme l'a dit Marie, un gros malin,
03:30 qui peut être même un petit peu pervers parfois.
03:32 Et là, vraiment, le côté très malin de la chose,
03:35 c'est effectivement de dire que, dans ce film-là en tout cas,
03:38 les femmes s'en sortent par la manipulation, de certaine manière.
03:41 Il y a du mensonge, il y a de la ruse,
03:42 il y a une vraie manipulation générale de l'opinion publique.
03:45 Donc voilà, c'est #MeToo, mais avec certains bémols.
03:48 C'est ce qui fait d'ailleurs l'intérêt du film.
03:51 On ne va pas en dire beaucoup sur le personnage d'Isabelle Huppert,
04:09 sinon pour dire que le personnage joue beaucoup
04:12 avec l'image publique d'Isabelle Huppert, actrice.
04:15 De jouer avec autant d'auto-dérision et autant de panache ce rôle-là,
04:20 c'est vraiment à mettre au crédit de la grande Zaza Huppert.
04:22 Mon crime, un divertissement de haut de volée,
04:24 très malin, un peu pervers parfois, ça mérite un très bien.
04:28 Mon crime, c'est drôle comme tout,
04:30 ça ne va pas changer votre vie non plus, c'est un vrai bon bien.
04:33 *musique*
Commentaires