00:00 Je verrai toujours vos visages, c'est le nouveau long métrage de Jeannery dont on avait adoré Pupille.
00:05 Une découverte pour beaucoup de gens parce que c'est un film qui est sur la justice restaurative.
00:09 La justice restaurative, c'est un sport de combat.
00:16 Je m'appelle Nassim, j'ai 29 ans.
00:19 Vous pourriez nous expliquer un peu comment vous avez entendu parler de la justice restaurative ?
00:23 C'est des victimes qui rencontrent des détenus.
00:25 Oui, c'est ça.
00:28 Ce que vous proposez à ces gens, c'est l'inverse de ce que tout le monde leur a toujours proposé.
00:32 On ne parle pas à leur place, on ne suggère rien.
00:35 On écoute, on accueille inconditionnellement.
00:39 La justice restaurative, qu'est-ce que c'est ?
00:41 C'est la justice qui intervient après la peine prononcée au tribunal.
00:45 C'est un processus qui permet aux victimes de se reconstruire
00:49 et aux coupables, reconnus comme tels par la justice lors de procès,
00:53 de mieux comprendre leurs actes.
00:56 Dans le film, il y a deux histoires.
00:58 Il y a une histoire individuelle, qui est le cas d'une jeune femme
01:02 qui a été victime d'inceste de la part de son demi-frère quand elle était adolescente.
01:06 La deuxième histoire, elle est collective.
01:09 C'est un atelier de parole en prison de trois victimes et trois coupables.
01:15 En trois minutes, on a saisi un peu les enjeux, savoir écouter, savoir la fermer,
01:19 laisser les gens exister d'un côté comme de l'autre,
01:23 être le facilitateur, celui qui fera venir la parole et qui organisera le dialogue.
01:28 Ça, c'est franchement bien posé.
01:29 J'ai été agressée dans le supermarché dans lequel je travaillais il y a cinq ans.
01:32 Je suis là pour vous dire ce qui se passe pour les victimes quand vous commettez ce genre de choses.
01:35 J'ai 25 ans et j'ai braqué une supérité.
01:38 J'ai passé toute ma vie dans le monde des stupéfiants.
01:40 Ça fait 25 ans que je fais des allers-retours entre la prison et l'extérieur.
01:43 Je ne suis plus comme avant.
01:45 Ma vie n'est plus comme avant.
01:47 Et si je résume, avant, elle était mieux.
01:49 Jeanne-Héry, qui a voulu vraiment embrasser le sujet dans toute sa diversité,
01:55 en a fait peut-être un petit peu trop.
01:56 À certains moments, on sent vraiment qu'il faut vraiment expliquer bien tout comme il faut.
02:01 Ça manque un petit peu d'imagination là-dedans.
02:05 On voudrait que Jeanne-Héry soit moins passionnée par son sujet et plus passionnée par le cinéma.
02:09 Elle a été formée elle-même à la justice restaurative
02:13 et je dirais que c'est presque un peu le problème,
02:14 parce que du coup, elle a envie d'en montrer tous les aspects.
02:17 C'est à la fois intéressant et c'est à la fois un cadre très circonscrit
02:21 dont on ne va pas beaucoup sortir et qui peut finir par être un petit peu répétitif.
02:25 Moi, je trouve que la partie sur les braqueurs et les braqués
02:30 et la grande réconciliation autour du cake à la banane,
02:33 je trouve qu'au bout d'un moment, on est quand même un peu beaucoup dans la redite.
02:37 Quand vous parlez de peur, vous voulez dire quoi exactement ?
02:40 Quand vous attaquez quelqu'un, il n'y a pas qu'une victime.
02:43 Il y a d'autres victimes derrière.
02:44 Il y a des familles, des couples, des enfants.
02:47 On met des petites claques, c'est pour impressionner.
02:49 On met des claques, c'est des coups.
02:50 C'est vrai que la réconciliation finale dans le récit choral fait que c'est vraiment trop parfait.
02:55 Tous ces formateurs, ils sont très bien.
02:57 Jusque dans leur doute, ils sont parfaits.
02:59 Il y a vraiment une dimension un peu trop idéaliste.
03:02 C'est presque les bisounours.
03:03 C'est-à-dire qu'il y a, même si l'histoire du frère et de la soeur incestueuse,
03:08 c'est plus complexe que ce que l'on pouvait craindre.
03:10 J'avais peur d'un truc qui serait le pardon obligatoire,
03:13 notamment dans l'histoire de l'inceste.
03:15 J'avais peur que le film nous emmène vers une grande scène de réconciliation
03:18 qui donnera un petit peu envie de brûler le cinéma.
03:20 Et pas du tout, on échappe à ça.
03:22 Tout dépasse d'une intensité égale, on va dire.
03:25 Donc, il y a des moments très forts,
03:27 notamment parce que Jeanne Héry est une formidable directrice d'acteurs.
03:30 On sent bien que c'est ça qu'elle aime.
03:32 Les dialogues sont au cordeau.
03:34 Moi, il y en a deux pour moi qui vraiment surclassent tout le monde.
03:38 Il y a Élodie Bouchès, qu'on est hyper content de retrouver.
03:42 Et puis, Adèle Exarcho-Poulos,
03:45 qui est vraiment dans une belle période de sa carrière
03:47 et qui joue comme ça ce personnage torturé, sombre
03:50 et en même temps bagarreuse.
03:53 Ils sont tous vraiment remarquables.
03:55 Gilles Lelouch, qui quand même nous surprend agréablement de film en film,
03:58 dans un rôle d'homme plutôt costaud
04:01 et en fait vraiment traumatisé par ce qui lui est arrivé.
04:03 Il le fait avec beaucoup, beaucoup de justesse.
04:05 Peut-être que ces rôles-là,
04:07 il aurait fallu les donner à des acteurs moins stars.
04:09 Je verrai toujours vos visages de Jeanne Héry.
04:11 C'est honnêtement bien.
04:13 Je verrai toujours vos visages de Jeanne Héry.
04:15 C'est bien.
04:16 ♪ Piano ♪
04:18 [Musique]
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