00:00 Le face-à-face avec Jérôme Gage a laissé une cicatrice à Olivier Dussopt,
00:04 qui par ailleurs n'aime pas les socialistes de salon,
00:08 qui l'ont toujours méprisé, lui le petit tard-échois
00:11 qui se décrit comme un socialiste de campagne.
00:14 Macron est gentil, il a invité un dîner confidentiel pour le consoler
00:19 quand il était cité dans un scandale relatif à des sous-sons de favoritisme.
00:24 *Générique*
00:28 - Salut Théo ! - Salut Emile, ça va ? Et toi ?
00:32 - Très bien, très bien. Apparemment, tu as un truc à me dire.
00:36 - Une cuve innette pour toi. - Ouais, je t'écoute.
00:39 - Alors, à qui m'a fait penser durant ce week-end
00:42 le premier couplet d'une célèbre chanson française que je vais te faire écouter ?
00:47 *Musique*
00:56 - Ben on a reconnu évidemment, Brassens et la mauvaise réputation.
00:59 Alors on imagine que tu veux peut-être nous parler d'un contemporain anarchiste,
01:02 je ne sais pas, ou un anticonformiste libertaire ?
01:05 - Non, ce terme me fait penser en ce moment à Olivier Dussopt,
01:08 le ministre du travail d'Emmanuel Macron.
01:12 - Alors mais comment ça ? Parce que ce n'est pas la même chose.
01:14 - J'ai parlé juste du premier couplet de la mauvaise réputation
01:17 et pas de toute la chanson parce que c'est vrai qu'Olivier Dussopt
01:20 ne peut pas dire qu'il ne fait pourtant de tort à personne
01:24 en menant la réforme des retraites façon Macron-Borne.
01:27 Une réforme dont ne veut pas une large majorité, une très large majorité de Français.
01:33 Mais je pense qu'en matière de mauvaise réputation, en ce moment, il a la médaille d'or.
01:39 Et justement, hier, comme pour redorer son image,
01:41 le quotidien Le Monde a publié un portrait assez surréaliste
01:46 qui le fait passer soit pour une victime, soit pour un héros.
01:49 - C'est vrai que le titre de ce portrait est assez parlant,
01:52 c'est Olivier Dussopt l'écorché de la réforme des retraites.
01:56 C'est un angle d'attaque pour le mot particulier Théo.
01:58 - Oui parce que dès le départ, il est présenté sinon comme une victime,
02:01 comme je le disais, du moins comme quelqu'un qui a souffert
02:04 et qui mérite peut-être un peu, n'est-ce pas, notre compassion.
02:08 Si on suit la trappe des deux journalistes qui ont rédigé ce portrait,
02:12 on aurait presque envie de prendre Olivier Dussopt dans nos bras
02:16 parce que finalement, c'est un homme qui défend une vraie loi de régression sociale,
02:20 c'est un homme qui a trahi ses convictions passées,
02:22 qui explique en gros que c'est parce qu'il a mûri, que c'est normal.
02:27 C'est aussi un homme qui, pour défendre son projet de loi,
02:29 a eu recours aux mensonges, à la manipulation et à la dissimulation,
02:34 mais au fond, il a souffert.
02:36 J'ai eu envie de te faire écouter et de faire écouter à celles et ceux qui nous regardent
02:40 des extraits de cet article qui utilise de nombreux procédés
02:44 qui visent à nous mettre dans la peau d'Olivier Dussopt,
02:47 qui visent à nous faire partager son point de vue, à regarder les choses avec ses yeux.
02:52 On commence par l'accroche du papier, c'est-à-dire les premières phrases.
02:56 Il est minuit passé.
02:58 Olivier Dussopt reste seul, figé, dans un hémicycle soudain, silencieux.
03:04 Les députés se sont retirés après 73 heures et demie de joute et d'empoignade
03:08 autour de la réforme des retraites.
03:11 Dans la nuit du vendredi 17 au samedi 18 février, le ministre du Travail,
03:15 encore sonné par la violence des débats, respire un grand coup.
03:19 « Tu as fini ton voyage en enfer », le félicite Agnès Firmin-Lebaudot,
03:23 ministre chargée des Professions de Santé, en lui massant les cervicales.
03:28 Alors, la ministre Agnès Firmin-Lebaudot est pharmacienne de profession,
03:32 mais elle a peut-être raté une carrière de kiné.
03:35 Revenons quand même sur cette expression « un voyage en enfer ».
03:39 En gros, Olivier Dussopt s'est fait torturer par des démons pendant une vingtaine de jours
03:43 et maintenant c'est terminé.
03:45 Ouf ! Mais terminé pourquoi ?
03:47 Parce qu'au final, quoi qu'il en soit, il pourra toujours utiliser
03:51 des mécanismes institutionnels pour imposer une loi dont il n'aura pas su justifier l'utilité
03:57 et qui n'aura au fond pas été endossée par la Chambre Basse du Parlement,
04:01 c'est-à-dire l'Assemblée Nationale.
04:03 Mais poursuivons notre lecture.
04:06 Un périple aux allures de douloureux marathons,
04:09 dont l'ancien socialiste, voix éteinte, tisane aux bancs et écharpe serrée autour du cou
04:14 comme une minerve, a parcouru les derniers mètres
04:16 en peinant à déplier ses jambes pour donner la réplique.
04:20 « Une laryngite, c'est pire que la France insoumise », lâche-t-il pour décontracter l'atmosphère.
04:27 - Ah là là, la blague du siècle, on est mort de rire.
04:30 La France insoumise est certes une maladie, mais moins grave qu'une laryngite
04:35 qui vous enlève votre voix et vos moyens.
04:37 Comme on a pu s'en rendre compte jeudi dernier.
04:39 Et là, je ne résiste pas à la tentation de passer ce petit magnéto d'un moment devenu mythique.
04:46 - Mesdames et messieurs les députés insoumis, vous m'avez insulté 15 jours.
04:50 Vous chantez, mais vous m'avez insulté.
04:53 Personne n'a craqué, personne n'a craqué.
04:55 Et nous sommes là devant vous pour la réforme.
04:59 Dans le portrait qu'il brosse d'Olivier Dussopt,
05:01 le monde revient sur les insultes en question dont il parle,
05:04 notamment celles du député Aurélien Saint-Aoul,
05:07 qualifiant d'assassin le porteur d'une loi
05:10 qui rallonge l'âge légal de départ à la retraite de deux ans
05:13 et qui est vu par beaucoup comme une sorte d'impôt sur la vie.
05:17 Ce jour-là, le ministre a quitté l'hémicycle,
05:22 donnant de rage un coup de pied dans une porte.
05:24 L'épisode a soudé la Macronie.
05:26 Et au-delà, jusqu'à cette scène renversante de la vie parlementaire,
05:30 Marine Le Pen, debout, applaudie par les députés de la majorité,
05:34 alors qu'elle venait de faire lever son groupe en soutien aux ministres malmenés.
05:38 Un peu plus tard, Olivier Dussopt croise la représentante de l'extrême droite
05:42 dans un couloir.
05:43 « Merci pour vos mots », lui dit-il.
05:45 « C'est normal », répond-elle du tac au tac.
05:47 Elle a été bien plus républicaine que beaucoup d'autres dans ce moment-là,
05:51 justifie l'ancien socialiste auprès du monde,
05:54 en ciblant une partie de la gauche.
05:57 Vous l'avez constaté, sans transition,
06:00 on passe des méchants insoumis à la gentille et républicaine Marine Le Pen.
06:05 Puis on repasse de Marine Le Pen au très très très vilain Jean-Luc Mélenchon,
06:11 l'abominable homme des calanques.
06:13 Dans son viseur, les troupes de Jean-Luc Mélenchon,
06:19 qu'il perçoit comme des prédateurs, flairant l'odeur du sang.
06:22 Il se compare à un animal blessé, avec en mémoire le conseil de son beau-père,
06:27 chasseur de lièvres et de sangliers, de ne pas tuer une bête à moitié.
06:31 « Lui n'est pas un lapin », prévient-il.
06:34 « Ce n'est pas parce que j'ai une petite voix que je n'ai pas de caractère.
06:37 On n'est pas obligé de surjouer le virilisme absolu pour être costaud »,
06:40 revendique l'ancien maire d'Anneau-Nez, en Ardèche,
06:43 décrit par ses amis comme un « duro-mal ».
06:46 Voilà, tenez-vous-le pour dit.
06:50 En dessous de cette apparence de petite nature affonne et contrariée,
06:55 notre ministre du Travail est un mâle alpha.
06:59 Le monde multiplie à ce sujet les infos exclusives dans le style « on arrête tout et on crie waouh ».
07:06 Olivier, à 44 ans, met ce lève à 5h15,
07:10 puis sans transition se lance dans un cycle de 50 pompes et de 50 abdos avant 6h30.
07:18 Messieurs et dames les véganes, souffrez,
07:21 mais notre super héros de la loi scélérate suit un régime hyper-protéiné à base de steak tartare.
07:28 C'est un homme !
07:29 Au point où à son sujet, sa collègue Agnès Pannier-Runacher
07:33 ose enfiler les métaphores karnassières, si on peut dire.
07:38 En gros, c'est un dur à cuire, l'Olivier.
07:41 Il sait se farcir des réunions de 5h pour attendrir la viande.
07:45 Alors, Jémy, je ne sais pas s'il a de l'upès, c'est du lard ou du cochon,
07:49 mais ses députés n'ont pas été si attendris que cela après 20 jours de cuisson.
07:55 C'est énorme. Alors, je ne sais pas si je suis une mauvaise langue moi aussi,
07:58 mais ce portrait tel que tu le présente, tel qu'on le voit,
08:00 ça semble très people et loin des journalistes en fait.
08:03 Très people. People chic peut-être, mais people quand même.
08:05 Oui, on passe de considérations psychologisantes à une espèce de chronique mondaine.
08:10 Le face-à-face avec Jérôme Gage a laissé une cicatrice à Olivier Dussopt,
08:15 qui par ailleurs n'aime pas les socialistes de salon,
08:18 qui l'ont toujours méprisé, lui le petit tard des choix,
08:22 qui se décrit comme un socialiste de campagne.
08:25 Macron est gentil. Il a invité un dîner confidentiel pour le consoler
08:29 quand il était cité dans un scandale relatif à des soupçons de favoritisme.
08:34 Les gens de droite sont cools, ils lui ont dit plein de choses gentilles, etc.
08:40 Bref, tout ça vient nourrir, on peut le comprendre,
08:42 une narration qu'on peut qualifier, qui alimente une forme de perception d'un journalisme de cour.
08:48 On l'a beaucoup lu sur les réseaux sociaux ces derniers jours.
08:50 Oui, et ça nous amène à poser des questions de fond.
08:53 C'est quoi le journalisme politique ?
08:55 À quoi sert le journalisme politique ?
08:57 Est-ce qu'il est d'abord une sorte de narration romancée,
09:00 des coulisses de l'univers des puissants,
09:02 une sorte de récit de destin, de prouesse, de performance,
09:06 à l'image peut-être du journalisme sportif ?
09:09 Ou alors un récit qui place en son cœur les enjeux de la vie réelle,
09:13 la vie de celles et ceux qui sont impactés par les décisions des politiques,
09:17 par les décisions politiques.
09:19 Je pense que ce débat, il est important,
09:21 il est important si nous ne voulons pas perdre totalement notre crédibilité.
09:25 Merci beaucoup Théophile pour cet éclairage, on se retrouve bientôt.
09:29 [Sous-titres réalisés par la communauté d'Amara.org]
09:35 [Visite www.amara.org/journalisme]
09:41 Merci à tous !
Commentaires