00:02Avec vous Etienne Gernel, directeur du Point. Etienne, le bon score, le très bon score de l'AFD qui a
00:07récolté 44% des voix hier en Allemagne aux élections régionales n'est pas une bonne nouvelle pour vous et
00:13vous allez nous montrer pourquoi.
00:15Oui c'est un énorme risque à court, à moyen et à long terme. Le premier risque à très court
00:19terme, c'est la déstabilisation du chancelier Friedrich Merz et même sa possible chute.
00:25Alors ça rendrait extrêmement difficile l'avancée de compromis au niveau européen et notamment un accord sur le budget à
00:32long terme de l'Union Européenne.
00:33Rappelons que c'est un budget sur 7 ans. Or si aucun accord n'est trouvé d'ici décembre, le
00:39cycle des élections en France, en Italie et en Pologne pourrait retarder le processus d'un an.
00:45Nous n'aurions de budget que fin 2027. Ce qui retarderait d'un an les versements prévus, notamment dans le
00:52domaine des nouvelles technologies et dans l'IA par exemple.
00:55Et y compris donc pour des entreprises françaises. C'est un risque économique concret.
00:59On rappelle que là ce n'était qu'une élection régionale en Saxe-Alpes. Si, comme certains le disent, l
01:04'AFD prenait le pouvoir au niveau national cette fois ?
01:07Alors ça c'est le risque à moyen terme et ce serait évidemment un choc considérable, ahurissant.
01:13L'AFD est un parti d'une extrême droite très extrême.
01:17En 2024 par exemple, la révélation d'un projet interne d'expulsion massive d'étrangers, y compris en situation régulière,
01:23et même de citoyens allemands d'origine étrangère, avait déclenché un tollé poussant par exemple Marine Le Pen et Jordan
01:30Bardella
01:31à prendre leur distance avec l'AFD et à ne plus céger avec elle au Parlement européen.
01:37Sans compter évidemment que l'AFD prône une réduction de la place de l'enseignement de l'histoire du nazisme,
01:43dont il ne nie pas les crimes, mais au profit de périodes plus glorieuses, ils disent, moins de Hitler, plus
01:48de Bismarck.
01:49Et évidemment le tout sur fond de complaisance assumée envers Vladimir Poutine,
01:55lui-même un adversaire résolu de la démocratie libérale.
01:57Et puis sans compter aussi que le corollaire de cette poutinophilie serait l'arrêt du soutien à l'Ukraine
02:03qui fragiliserait notre défense à l'Est.
02:06Et à long terme, Étienne ?
02:07A long terme, il y a un risque pour l'Union Européenne.
02:10Et pour l'euro, l'AFD est ouvertement anti-euro.
02:13Le parti est même né de cela en 2013 par opposition aux aides à la Grèce.
02:19Il est pour la fracturation de la zone euro en zone monétaire homogène,
02:23qu'on prenait une zone au nord pour les pays sérieux et une autre au sud pour les cigales,
02:29dont évidemment la France.
02:30Alors c'est un risque à long terme parce que si dans le système parlementaire allemand,
02:35même si l'AFD s'installait à la chancellerie, il faudrait une vraie majorité pour prendre ce genre de décision.
02:41Mais il est certain que pour la France, ce serait une catastrophe, un cataclysme.
02:45Si aujourd'hui nous empruntons si peu cher et de manière un peu insouciante, il faut bien le dire,
02:50et depuis 25 ans, c'est parce que nous sommes dans l'euro
02:53et donc parce que nous bénéficions, entre autres, de la garantie allemande.
02:58Si l'euro s'effondrait et était fracturé, le mur de la dette, on rentrerait dedans immédiatement,
03:04ce serait un désarcer.
03:05C'est la leçon d'ailleurs à méditer pour la France de ce qui se passe en Allemagne.
03:09Et elle nous vient de Goethe.
03:11Nul n'est plus esclave que celui qui se croit libre sans l'être.
03:15Etienne Gernel.
03:16On va...
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