- il y a 4 semaines
Depuis juillet 2025, les habitants de 13 villages des Ardennes ne peuvent plus boire l'eau qui coule de leur robinet. Une décision prise par la préfecture car des analyses ont montré des niveaux de PFAS bien au-delà des normes autorisées dans les sources qui alimentent ces communes.
Les PFAS (pour per et polyfluoroalkylées) sont des molécules chimiques que l'on retrouve dans de nombreux produits du quotidien (poêles, vêtements, produits de beauté), des polluants éternels" qui seraient cancérigènes. Nous avons suivi le combat de deux élus, eux-mêmes contaminés : Annick Dufils , maire de Malandry et Etienne Malcuit, maire de la Ferté-sur- Chiers. Un duo de choc qui se bat pour leurs villages, pour que la vérité soit faite et que l'Etat leur vienne en aide.
Un reportage de Céline Crespy, Marion Devauchelle et Bertrand Martineau.
"En immersion", le nouveau magazine de reportage de la rédaction de LCP s'intéresse aux grands dossiers d'actualité qui font débat à l'Assemblée national et dans la vie quotidienne des Français, qu'ils concernent la santé, la sécurité, l'emploi, le grand âge ou les combats politiques. À travers des reportages au plus près des hommes et des femmes qui vivent et façonnent ces enjeux - qu'ils soient simples citoyens, personnels soignants, entrepreneurs, ou élus - « En immersion » donne du sens à l'actualité législative, politique, économique et sociale.
Pour prolonger la réflexion, certains numéros donneront lieu à un débat en prime, le vendredi soir à 21h, afin d'approfondir les questions soulevées par le reportage.
"En immersion" : au plus près de la vie des français.
Les PFAS (pour per et polyfluoroalkylées) sont des molécules chimiques que l'on retrouve dans de nombreux produits du quotidien (poêles, vêtements, produits de beauté), des polluants éternels" qui seraient cancérigènes. Nous avons suivi le combat de deux élus, eux-mêmes contaminés : Annick Dufils , maire de Malandry et Etienne Malcuit, maire de la Ferté-sur- Chiers. Un duo de choc qui se bat pour leurs villages, pour que la vérité soit faite et que l'Etat leur vienne en aide.
Un reportage de Céline Crespy, Marion Devauchelle et Bertrand Martineau.
"En immersion", le nouveau magazine de reportage de la rédaction de LCP s'intéresse aux grands dossiers d'actualité qui font débat à l'Assemblée national et dans la vie quotidienne des Français, qu'ils concernent la santé, la sécurité, l'emploi, le grand âge ou les combats politiques. À travers des reportages au plus près des hommes et des femmes qui vivent et façonnent ces enjeux - qu'ils soient simples citoyens, personnels soignants, entrepreneurs, ou élus - « En immersion » donne du sens à l'actualité législative, politique, économique et sociale.
Pour prolonger la réflexion, certains numéros donneront lieu à un débat en prime, le vendredi soir à 21h, afin d'approfondir les questions soulevées par le reportage.
"En immersion" : au plus près de la vie des français.
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NewsTranscription
00:01Générique
00:07...
00:15Bienvenue dans En Immersion, votre rendez-vous magazine sur LCP,
00:20au plus près des préoccupations des Français.
00:22Dans ce numéro, direction les Ardennes,
00:24où une dizaine de communes connaissent des restrictions sur l'usage de l'eau
00:28en cause, une contamination au Pifas, ces polluants éternels.
00:33Entre inquiétude et colère, nous avons suivi habitants et élus de ces communes.
00:39Pifas, un poison dans l'eau, c'est un reportage de Céline Crespi,
00:43Marion Devauchelle et Vabillon.
00:45Montage, Bertrand Martineau.
00:50Ah oui, maintenant, on a le pièce.
00:52...
00:57Oui, là, j'en ai deux, quatre, cinq, six, sept.
01:01Donc, je suis allée en chercher hier soir.
01:03J'ai repris huit packs d'eau.
01:04On fait six jours, quoi, avec huit packs d'eau.
01:08Depuis l'été dernier, Aurore Thiebaud, comme tous les habitants de Malandrie,
01:12ne peut plus consommer l'eau du robinet.
01:15Les services de l'État ont été clairs.
01:18Les recommandations de l'ARS, c'est juste qu'on n'a plus le droit de la boire.
01:21On peut quand même, normalement, l'utiliser pour faire le café et tout le bazar,
01:26mais nous, on ne préfère pas.
01:28Des Pifas, ces polluants éternels,
01:31ont été retrouvés à haute dose dans les sources de la commune.
01:35Ces molécules, utilisées depuis les années 60 dans beaucoup d'objets de notre quotidien,
01:41sont cancérigènes.
01:45Alors, toute la famille est inquiète.
01:49Nous, ça fait 17 ans qu'on habite ici,
01:51donc ça fait 17 ans qu'on boit de l'eau du robinet,
01:53mais ça fait combien d'années que l'eau est polluée ?
01:55On ne sait pas, donc...
01:59On verra bien.
02:00On ne sait pas à quoi nous attendre plus tard,
02:03parce qu'on pourrait avoir des maladies, je ne sais pas,
02:06peut-être avec l'eau.
02:08Pour Aurore, l'eau est devenue une obsession.
02:12Tu les rinceras, j'adore.
02:14Une véritable source d'angoisse.
02:22Dans 13 villages ruraux, loin des sites industriels,
02:26c'est l'histoire de 3000 habitants des Ardennes
02:29qui découvrent en juillet dernier
02:31que l'eau du robinet est infestée aux Pifas.
02:35L'eau, c'est la vie.
02:36On l'a polluée pour des centaines d'années.
02:40Et ça, c'est quelque chose qui est inadmissible.
02:42C'est l'histoire de journalistes d'investigation
02:45qui vont faire de nouvelles révélations
02:48encore plus alarmantes.
02:51Normalement, à ce stade de la soirée,
02:52vous vous posez une question
02:53et c'est qui est responsable de cette pollution ?
02:58C'est l'histoire d'un État démuni
03:00face à ce qui pourrait être un nouveau scandale sanitaire.
03:03Il est probable qu'on soit au début
03:05de certaines découvertes sur les Pifas.
03:08C'est vrai que c'est un dossier compliqué, en fait.
03:10Non, sans blague.
03:12C'est surtout l'histoire d'un duo de chocs.
03:15Deux petits élus révoltés
03:17et eux-mêmes contaminés.
03:20Annick Dufis a, dans le sang,
03:22plus de six fois les doses de Pifas
03:24considérées comme dangereuses.
03:27Étienne Malcuy est lui aussi
03:29bien au-dessus des limites acceptables.
03:34Voyage dans les Ardennes
03:36où l'eau est malade.
03:39En immersion auprès d'élus
03:41qui se battent,
03:42pour eux et pour leur village,
03:44victimes de polluances éternelles.
03:58Dans les Ardennes,
03:59tout près de la frontière belge,
04:01les cicatrices de deux guerres mondiales
04:04sont encore présentes.
04:06Ici,
04:07les gens ont souffert
04:09et mené des combats.
04:11Le nouveau champ de bataille,
04:13d'Annick et Étienne,
04:15est en pleine nature.
04:17Au milieu de 300 hectares de bois.
04:19Il y a pourtant des gens
04:20qui vont au beau champ de début.
04:23Voici le captage de sources d'eau
04:26qui ont été déclarées polluées.
04:32C'est une galerie drainante
04:34de 21 mètres de long.
04:36Il y a sept sources
04:37qui arrivent perpendiculièrement
04:39à la galerie
04:39pour alimenter
04:41la commune de Malandry
04:43et les communes de Blany et Linné
04:46à qui on vend de l'eau.
04:49Cette pollution-là
04:50vient du plateau d'Olysie.
04:53C'est comme ça
04:54qu'on a fait le rapprochement
04:55avec les pifaces
04:56qu'on avait dans l'eau.
04:59Le lieu de dire,
05:00c'est les sept fontaines.
05:01Les sept fontaines.
05:02Où on a eu
05:03des épandages de boue.
05:05Ce sont donc
05:07des épandages de boue
05:08qui sont responsables
05:09de la pollution.
05:12Des boues
05:12pleines de pifaces
05:14produites
05:15à 20 km de là.
05:18Dans cette papeterie,
05:19à l'arrêt depuis 2 ans.
05:22Cette usine
05:24a utilisé
05:25durant des dizaines
05:26d'années
05:26des pifaces
05:27pour rendre
05:28les papiers
05:29imperméables.
05:34Aujourd'hui,
05:36Annick et Étienne
05:37jouent les enquêteurs
05:38et nous emmènent
05:40sur le plateau
05:41d'Olysie.
05:4260 hectares
05:43de culture,
05:44mais pas seulement.
05:48C'est l'eau là,
05:49c'est la source
05:50qui alimente
05:50le captage de vie
05:52que tu vois passer là.
05:56Donc à un moment,
05:57elle est superficielle
05:58puis après,
05:58elle rentre dans la terre
06:00avant d'être captée.
06:03Donc on est bien
06:04au milieu des cultures.
06:05Et dans ces champs,
06:07des sortes de roches.
06:11Regarde,
06:12regarde le gros bout là.
06:13Tous ces petits poids blancs là.
06:14Ah là, regarde un peu.
06:16Ah, je suis sidérée.
06:18Et voilà,
06:18ça c'est des bouts de papettes.
06:20Regarde.
06:21Étienne parle de papettes
06:23pour nommer la papeterie.
06:24Mais c'est pas des cailloux ?
06:25Ça c'est un caillou,
06:26ça c'est de la bouts de papettes.
06:28D'accord.
06:29Étienne,
06:30à l'origine,
06:31c'était pas semi-liquide,
06:34mais ça faisait 30-35%
06:36de matière sèche.
06:37Mais avec le temps,
06:38ça se déshydrate.
06:39Oui,
06:39et ça se ablomère
06:40et ça devient dur.
06:41Ça devient dur comme ça.
06:44Et pour cause,
06:45au milieu des années 90,
06:47les bouts de la papeterie
06:49ont commencé à être épandus
06:50tout à fait librement.
06:52Ce n'est qu'après 2016
06:54que l'État décide
06:55de réglementer
06:56ces rejets dans la nature.
06:58Étienne,
06:59l'agriculteur,
07:00s'en souvient bien.
07:02fin des années 18-19,
07:04il a commencé
07:05à avoir des plans d'épandage.
07:06Alors il fallait avoir
07:07de la superficie
07:08et puis il fallait...
07:10Il s'était réglementé
07:12à 30 tonnes hectares
07:13tous les 3 ans.
07:15La chambre d'agriculture
07:16était-elle chargée
07:18d'organiser les épandages.
07:20On ne connaissait pas
07:21dans ces années-là
07:22la toxicité des bouts.
07:24Alors les agriculteurs,
07:25ils pensaient mettre de l'engrais
07:26pour fertiliser leur champ.
07:28Le monde agricole,
07:29à cette époque-là,
07:29servait de dépotoir.
07:31Oui, à la papeterie.
07:33De la papeterie
07:34pour les terres
07:34sur leurs terres agricoles.
07:36Annick et Étienne
07:37sont scandalisés
07:39car ils ont appris
07:41que dès 2011,
07:42avant l'organisation
07:43des plans d'épandage
07:44par l'État,
07:46un rapport
07:46de l'Agence nationale
07:48de sécurité sanitaire,
07:49l'ANSES,
07:50soulignait déjà...
07:52Les déchets solides
07:54produits par les industries
07:56synthétisant
07:56ou utilisant des pifaces
07:58constituent une source
07:59de contamination
08:00potentiellement importante.
08:06Alors,
08:07pourquoi a-t-on
08:08continué à épandre
08:09des bouts ?
08:11Qu'en dit l'État
08:12aujourd'hui ?
08:15Son représentant,
08:17le préfet
08:18Christian Chassin,
08:19a été nommé
08:20au début
08:21de la crise de l'eau
08:22dans les Ardennes,
08:23à l'été 2025.
08:26il a beaucoup hésité
08:28avant de nous recevoir
08:30car dans ce dossier,
08:32il se sent un peu
08:33démuni.
08:38Est-ce que vous pensez
08:39que l'État,
08:40à un moment,
08:41n'a pas pris en compte
08:42ce problème des pifaces ?
08:44En organisant
08:45les plans d'épandage ?
08:46Oui,
08:47ça,
08:50franchement,
08:51je n'en sais rien.
08:53Ce sujet-là,
08:54je n'avais jamais entendu
08:54parler de pifaces
08:55avant le mois de juillet 2025,
08:56comme la plupart des gens.
08:58D'ailleurs,
08:58en fait,
08:59oui,
08:59l'ANSES a fait
08:59ces études-là.
09:01Vous savez,
09:01les épandages
09:02de boue industriel
09:02de la papeterie,
09:04ils ont commencé
09:04bien avant 2011.
09:06Moi,
09:06j'ai pris d'ailleurs
09:07en septembre dernier
09:08un arrêté
09:09interdisant
09:10l'épandage de boue
09:12dans les aires
09:13d'alimentation
09:13de captage.
09:15Boue industrielle,
09:16boue sortant
09:17de méthaniseurs,
09:18s'agissant des boues
09:19des sols
09:20qui sont déjà contaminés.
09:24ma voie,
09:26je ne sais pas.
09:29Cette crise de l'eau
09:30est révélatrice
09:31des frictions
09:32entre l'État
09:33et les communes rurales.
09:38Amal Andrie,
09:40PC de la mairie,
09:42Annick Dufis,
09:43là,
09:43tout est bien en place,
09:45est aux manettes.
09:48Je crois que j'ai entendu
09:49de la boue.
09:50On va vous faire ici.
09:52Oui.
09:53Il faut être polyvalente.
09:55Polyvalente,
09:56elle l'est.
09:57C'est elle,
09:58en tant que maire,
09:59qui gère l'eau
09:59de la commune.
10:00Alors,
10:01quand la pollution
10:02a été découverte,
10:04Annick a reçu
10:05un courrier
10:05de la préfecture
10:07aux injonctions
10:08contradictoires.
10:09Et elle n'a pas su
10:11comment réagir.
10:12Donc,
10:12au-dessus,
10:13on nous dit
10:13considérant
10:14qu'il n'y a pas de solution
10:15et en dessous,
10:16on nous dit
10:17vous devez,
10:17dans les plus brefs délais,
10:18fournir un plan technique
10:20pour remettre l'eau
10:21en conformité.
10:23C'est l'arrêté
10:24du 10 juillet 2025.
10:26C'est celui
10:26qu'on a reçu
10:27tout au début,
10:29il y a huit mois,
10:30pratiquement,
10:31maintenant.
10:31C'est celui-là
10:33qui nous a laissé
10:34vraiment sidérer
10:35quand on l'a reçu.
10:36On l'a reçu
10:38tous les collègues
10:39impactés
10:39à peu près
10:40en même temps.
10:41Au départ,
10:41c'est de la sidération.
10:42La colère,
10:43elle est venue après.
10:45Le bureau d'Annick
10:46est devenu
10:47une sorte
10:48de QG
10:48de la révolte.
10:50Les élus
10:51trouvent tout aberrant.
10:53Exemple,
10:54quand Annick
10:54a demandé
10:55une analyse
10:56à l'Agence régionale
10:57de santé.
10:58On a demandé
10:58à l'ARS.
10:59Il a fallu faire intervenir
11:01la sénatrice,
11:01le député.
11:02Ils ne voulaient pas
11:03se déplacer.
11:03Ils ne voulaient pas
11:04analyser les sources.
11:06Non,
11:06ce n'est pas
11:06dans le protocole.
11:08Que des conneries.
11:09Et finalement,
11:10qu'est-ce qui a été
11:10analysé alors ?
11:11Il y en a 5
11:12qui ont été analysées.
11:14Les 5 sont polluées.
11:15Donc,
11:16comme elles sont
11:16analysées séparément,
11:17en plus,
11:18on nous compte
11:185 analyses.
11:21Et à chaque fois,
11:22c'est au frais
11:22de la commune ?
11:24De devancer les problèmes,
11:25on essaie
11:25de les ignorer.
11:27Maintenant,
11:28à nous d'être intelligents
11:29et de savoir avancer.
11:31D'autres villages
11:33espèrent que
11:34des solutions techniques
11:35vont régler le problème.
11:38À recours,
11:39le maire,
11:40Frédéric Latour,
11:42a fait intervenir
11:43Veolia.
11:45Et ce jour-là,
11:46il se rend sur le chantier
11:47auprès de son employé communal.
11:50Est-ce que tu sais
11:51quand est-ce qu'ils sont venus
11:52les derniers ?
11:53Le truc de forage.
11:56Parce que la dernière fois
11:56qu'ils sont venus,
11:57c'était mardi.
11:58La dernière fois qu'ils sont venus,
11:59c'était mardi.
12:01Veolia lui propose
12:02d'installer
12:03une station
12:03avec des filtres
12:04à charbon actifs.
12:06Une cuve
12:07à plus de 350 000 euros
12:09hors taxes.
12:11Mais le maire
12:12n'est pas content.
12:13Déjà là,
12:14ça va prendre
12:155 à 7 semaines de plus
12:17et ça va me coûter
12:18du pognon
12:18s'il faut mettre
12:19des pieux.
12:20Je ne sais pas quoi.
12:22Oui, c'est des pieux.
12:23Car pour la commune,
12:24le temps,
12:25c'est de l'argent.
12:27Plus le temps passe,
12:29plus ça nous coûte cher.
12:30Puisqu'on doit fournir
12:32aux habitants
12:33de l'eau potable encore.
12:34Tant qu'on n'est pas relié
12:35à cette station,
12:36on doit fournir
12:37de l'eau potable
12:38à nos habitants
12:39et ça nous coûte
12:395 000 euros par mois.
12:41La station
12:42est certes subventionnée
12:44par l'État.
12:44Mais le coût
12:45des études du sol
12:47est à la charge du village.
12:49Et ça,
12:50Frédéric l'a bien compris.
12:51Donc ça nous coûte
12:526 000 euros en gros
12:53pour l'instant en plus.
12:54Qui ne sont pas du tout
12:55subventionnés.
12:56Donc il va falloir déjà
12:57sortir cet argent-là.
12:58Donc c'est ça,
12:59plus ça,
12:59plus ça,
12:59plus ça.
13:00Comme d'habitude,
13:00on fait n'importe quoi
13:01et après il faut payer
13:02les pots cassés.
13:03Et ceux qui payent
13:03les pots cassés,
13:04bien souvent,
13:04c'est la base.
13:06Parce que c'est subventionné,
13:07mais les subventions,
13:09c'est nos impôts.
13:10C'est une directive européenne
13:11qui nous dit que
13:12depuis le 12 janvier,
13:14on doit prélever
13:15sur l'eau potable
13:15les pifaces,
13:16etc.
13:17faire des prélèvements
13:17et des analyses.
13:19Mais ça fait très longtemps
13:20qu'aux Etats-Unis c'est fait.
13:21Ça fait très longtemps
13:22qu'au Canada c'est fait.
13:23Ça fait très longtemps
13:24qu'en Allemagne c'est fait.
13:25En Wallonie, en Belgique
13:26et à la frontière c'est fait.
13:28Et nous,
13:29on découvre.
13:34D'autant
13:35que les mauvaises nouvelles
13:37vont s'enchaîner.
13:39Ce jour-là,
13:40à la Ferté-sur-Chière,
13:41de nouvelles révélations
13:43vont aggraver
13:43l'inquiétude des habitants.
13:45Cette fois,
13:46il n'est pas question
13:47non seulement
13:48de pollution de l'eau
13:49mais aussi
13:50de pollution de la terre.
13:52Étienne et Annick
13:53ont organisé
13:54une réunion publique
13:55sur l'épiface
13:56avec un invité de taille,
13:58le professeur
13:59Sébastien Sauvé,
14:01l'un des éminents
14:02spécialistes mondiaux
14:03de ces polluants.
14:04Tout droit,
14:06arrivés du Canada.
14:09Pour l'avoir vu ailleurs,
14:11souvent,
14:11il y a
14:12une municipalité,
14:14les maires
14:15qui ont de la difficulté
14:16à faire valoir
14:16leur point de vue.
14:17Les citoyens
14:18servent de se faire entendre
14:20puis les autorités publiques,
14:21la santé publique,
14:22ont presque toujours
14:23le même réflexe
14:24de minimiser l'enjeu,
14:26de dire que ce n'est pas
14:26trop grave
14:27et donc,
14:28ils ont besoin d'aide.
14:29Et donc,
14:30j'apporte plus d'informations,
14:32plus de données
14:32pour essayer d'aider.
14:36Et ça,
14:37on vous en remercie
14:38beaucoup,
14:38professeur.
14:39On vous attendait.
14:41Ce scientifique
14:42a analysé
14:43des prélèvements
14:44de la terre
14:45des communes
14:46alentours.
14:46Pas par hasard.
14:48À la demande
14:49de ces deux journalistes
14:50d'investigation,
14:52membres de
14:52Disclose
14:53et France 3,
14:54Nicolas Kossik
14:55et Émilie Rosso
14:56enquêtent
14:57sur les Ardennes
14:58et la région lyonnaise
14:59depuis un an.
15:04En fait,
15:05ce qu'on voulait
15:05quand même,
15:06c'est qu'avant
15:07la réunion,
15:09Annick et Étienne
15:10ne découvrent pas
15:11les résultats
15:13au tableau.
15:14Sur en tout cas
15:15les parcelles
15:16où on sait
15:17qu'il y a eu
15:17des pondages
15:18qui ont été prélevés,
15:19on a des taux
15:21dans les sols
15:22qui sont,
15:22je vous laisse
15:23les qualifier,
15:25les taux dans les sols
15:26dans les terres agricoles
15:28qui ont reçu
15:28les seuls endroits
15:29où j'avais vu
15:30des niveaux aussi élevés,
15:31c'est sur des sites
15:32d'incendies industriels,
15:35des aéroports
15:36avec des exercices
15:37de pompiers
15:38et des bases militaires.
15:40On est dans des niveaux
15:41de contamination industrielle.
15:43C'est-à-dire
15:44qu'on est,
15:45pour que vous ayez une idée,
15:46on est au-dessus
15:48même
15:48de ce qu'on a pu
15:50prélever
15:50à côté de l'usine Arkema
15:51près de Lyon
15:52où il y a un producteur
15:54de pichasse.
15:57Les élus
15:57n'en croient pas
15:58leurs oreilles.
15:59Et ce n'est pas tout.
16:01Ils vont réaliser
16:02que dans tous
16:03ces pifaces,
16:04certains sont plus
16:05inquiétants
16:05que d'autres,
16:07les pifos notamment.
16:10L'autre information
16:11un peu inquiétante
16:12qu'on a sur les sols,
16:14c'est que la molécule
16:15majoritaire,
16:16c'est aussi
16:17le pifos,
16:19qui est donc
16:19une molécule
16:20extrêmement persistante
16:21et cancérogène
16:23probable.
16:24Et donc celle-là
16:24qu'on retrouve
16:25dans les pifos anciennes,
16:26on la retrouve
16:27massivement
16:27dans les sols.
16:29Pour vous citer
16:31une autre chercheuse
16:32qu'on a eue
16:33au téléphone,
16:34Aurélia Michaud,
16:35elle nous disait
16:35que ces concentrations
16:37dans les sols
16:38sont entre 20 et 200 fois
16:39supérieures
16:40à ce qu'on peut voir
16:41ailleurs dans les sols
16:42agricoles.
16:42En France ?
16:43En France.
16:46C'est énorme.
16:47Moi je tombe de haut
16:48déjà,
16:48je me doutais bien
16:49qu'il y avait
16:49de la pollution
16:50dans les sols
16:51mais pas à un niveau
16:52comme ça,
16:52moi je pense,
16:53j'essaye de réfléchir
16:53dans ma petite tête
16:54les conséquences,
16:55les conséquences demain.
16:57Et donc ?
16:58J'ai eu pas belle.
17:01Etienne,
17:01le paysan s'inquiète
17:03pour la santé des siens,
17:05pour le monde agricole aussi.
17:08Il s'agit désormais
17:10d'annoncer
17:10la réalité des faits
17:11aux habitants
17:12qui se massent
17:13dans la salle communale.
17:15On se sert
17:17car ici
17:18tout le monde
17:18est inquiet.
17:21Il y a beaucoup
17:23de PFAS,
17:24beaucoup plus
17:24que ce qu'on voudrait voir.
17:26Dans des sols agricoles,
17:28je n'ai pas vu
17:28des concentrations
17:29comme ça.
17:31Ensuite,
17:32vient une ingénieure
17:33chimiste
17:33et pharmacienne
17:34qui va répondre
17:35à la question essentielle.
17:39Donc,
17:40sur la partie
17:41impact sur la santé,
17:43on a des impacts
17:44sur la thyroïde,
17:45on a des impacts
17:46sur le foie,
17:47des impacts aussi
17:47sur le niveau
17:48de cholestérol.
17:50Le PFOA et le PFOS
17:52sont reconnus
17:52cancérogènes,
17:53notamment sur le rein
17:54et le testicule.
17:56Et il y a également
17:57des impacts
17:58sur l'enfant à naître
17:59avec un plus petit
18:00poids de naissance,
18:01un impact sur le système
18:02immunitaire aussi
18:03des enfants
18:03qui vont moins réagir
18:04au vaccin.
18:05sur ce qui se passe.
18:06Dans la salle,
18:07les questions fusent.
18:09Je voulais vous demander,
18:11vous avez dit
18:11que par semaine,
18:12on pouvait absorber
18:14une certaine quantité
18:15de PFAS.
18:17Quelle quantité
18:17l'organisme arrive
18:18à évacuer ?
18:19Selon le type
18:20de PFAS,
18:21ça prend entre
18:24un an
18:25et sept ans
18:26pour éliminer
18:27la moitié.
18:28Notre sous-préfète
18:29à la dernière réunion
18:30qui s'est passée
18:31à Cherocourt
18:31nous a affirmé
18:32que c'était
18:33le principe de précaution
18:35était bien appliqué
18:36en interdisant
18:37la consommation
18:38de l'eau en boisson.
18:40Mais le reste,
18:41c'est possible.
18:42Alors les habitants,
18:43ils voudraient savoir
18:43effectivement
18:44si on peut se laver les dents,
18:45s'il y a des risques
18:46pour les bébés.
18:47Tout ce qu'on cuisine
18:48qui va intégrer l'eau,
18:49donc si on fait de la soupe,
18:50si on fait du riz,
18:51si on fait des pâtes,
18:52il faut l'éviter.
18:54Mais le message,
18:55pour faire la vaisselle,
18:56pour prendre la douche,
18:57là, je ne suis vraiment
18:59pas inquiet,
18:59je n'ai pas d'inquiétude.
19:01Dans le public,
19:03Anne Abraham
19:03est particulièrement attentive.
19:06Avec son mari,
19:08il se sent en première ligne
19:09parmi les victimes
19:11de cette pollution.
19:13C'est nos pauvres petits élus
19:14sur les petites communes
19:15qui essayent de se démener,
19:16mais plus haut,
19:18il n'y a rien qui se fait.
19:20Après, oui,
19:21voir l'ampleur des dégâts.
19:26Nous les retrouvons
19:27chez eux le lendemain.
19:29Belges,
19:30Anne et Sébastien Abraham
19:32ont changé de vie
19:33il y a trois ans
19:34en achetant cette ferme
19:35dans les Ardennes.
19:36Leur projet,
19:37vivre dans la nature
19:39et cultiver des produits sains,
19:41sans pesticides.
19:43Ici, c'est toutes les parties
19:44qu'on a cultivées
19:45depuis trois ans,
19:46depuis qu'on est arrivés
19:47sur l'exploitation.
19:49Mais aujourd'hui,
19:51tout est à l'arrêt.
19:54C'est de la désolation
19:57quand on voit
19:58qu'il y avait encore
19:59des poivrons sur les pieds
20:00et qu'on n'a pas récoltés,
20:01des aubergines.
20:05Il y a quelques mois,
20:06à la demande de l'État,
20:07des prélèvements
20:08ont été réalisés
20:09sur leurs légumes.
20:11Et quand les résultats
20:12sont tombés...
20:15C'est nos fameuses blettes,
20:18qui dépassent le taux
20:20de limite européen
20:21et pour lesquelles
20:23on a une interdiction
20:23de commercialisation
20:25parce que potentiellement
20:27dangereuse pour la santé.
20:31Carottes, navets, choux,
20:33la moitié de leur production
20:35s'avère finalement contaminée.
20:39Les betteraves affichent même
20:41un taux de PFOA,
20:42le plus cancérigène
20:44des pifaces,
20:45240 fois au-dessus
20:47du seuil d'alerte.
20:53C'était un choc.
20:55Là, on a fermé définitivement
20:57notre entreprise.
21:00On est arrivé ici en 2023
21:02et que les épandages,
21:04ce n'est pas nous
21:05qui avons décidé
21:05de les pratiquer.
21:07Ça a été fait
21:07par l'ancien propriétaire.
21:09Donc nous, ici,
21:11on est vraiment victimes
21:12de ce qui s'est passé avant.
21:14Ce n'est pas la chambre
21:15d'agriculture
21:16qui a autorisé,
21:17c'est la préfecture.
21:19Et donc,
21:21ce n'est pas les agriculteurs
21:22qui sont responsables.
21:24Si on ne les prévient pas
21:25que ce sont des produits
21:26potentiellement pollués,
21:27ils ne l'auraient pas fait.
21:28Je ne pense pas,
21:30je ne souhaite pas
21:31qu'il y ait quelqu'un
21:32qui l'aurait fait consciemment.
21:35Tout le monde ici
21:37connaît l'histoire
21:37du couple Abraham
21:40et redoute
21:41que ce soit pareil,
21:43ailleurs.
21:44Et si toutes les cultures
21:46étaient contaminées ?
21:48Dans une zone rurale
21:49comme les Ardennes,
21:51le dixième département
21:53le plus pauvre de France,
21:55ce serait une catastrophe
21:56économique.
21:58La chambre d'agriculture
21:59n'a pas trouvé le temps
22:01de nous recevoir.
22:03Et même le préfet
22:05mesure ce que pourrait être
22:06pour le département
22:08l'ampleur des dégâts.
22:11J'imagine que le monde agricole
22:12doit être un peu crispé.
22:15Oui.
22:16Oui, c'est des discussions
22:18qui ont lieu en ce moment
22:19pour faire un état
22:21de lieu précis
22:22de la contamination des sols
22:26et voir quels impacts
22:28cela peut avoir
22:29sur les productions agricoles,
22:31quelle que soit leur nature,
22:33maraîchère,
22:34grande culture,
22:35élevage,
22:35le lait,
22:36pour que l'on voit
22:37quel est l'impact réel.
22:41Sachant que les analyses
22:42que nous avons faites
22:43jusqu'à présent
22:44ne nous montrent pas
22:45que tous ces produits-là
22:47sont contaminés.
22:48Donc pour l'instant,
22:49c'est encore à l'étude.
22:55A force de remuer
22:57ciel et terre,
22:58Annick et Étienne
22:59ont obtenu
23:00une petite victoire.
23:01Ils sont reçus
23:02avec d'autres élus
23:04de la région lyonnaise
23:05concernés par l'épiface
23:06au ministère de l'écologie.
23:09Et Annick
23:10n'a pas perdu
23:11son franc-parler.
23:13Ça fait huit mois
23:14que je suis remontée.
23:16Huit mois
23:17que je suis en colère.
23:19Huit mois
23:19qu'on nous fait endosser
23:20une responsabilité
23:21qui n'est pas la nôtre.
23:23Et puis,
23:23huit mois
23:24que le principe
23:25pollueur-payeur
23:26n'est pas respecté.
23:27C'est pollué-payeur.
23:28Donc la colère,
23:29elle est là.
23:30Il y a un scandale sanitaire,
23:32il y a un scandale environnemental
23:33et on ne nous écoute pas.
23:37La chef de cabinet
23:38de la ministre
23:39va les écouter
23:40durant plus d'une heure.
23:43refaire le énième état
23:44des lieux de la situation.
23:47Aucune solution concrète
23:48ne l'aurait apportée.
23:50Alors à la sortie,
23:51comme les autres élus,
23:54Annick est déçue.
23:57Dans nos communes,
23:58on a des gens malades,
23:59on a des jeunes
23:59qui ont des cancers.
24:01Il faut quand même
24:01qu'il y ait des solutions.
24:03On ne peut plus dire
24:04« Ah ben ça va,
24:04vous aurez des réponses
24:05dans six mois,
24:06on est en train
24:07de travailler dessus,
24:08on va vous fournir
24:08des documents
24:09pour que la population
24:10sache ce qu'elle peut faire,
24:11ce qu'elle ne peut pas faire.
24:13Ça, ce n'est plus possible. »
24:18Amalandri,
24:19Aurore,
24:20la mère de famille,
24:21« Donc là,
24:22c'est notre page Facebook, là. »
24:26est à la tête
24:26d'un collectif d'habitants
24:28qui proteste
24:29et veut demander réparation.
24:31« Donc là,
24:32une réunion courant du lieu. »
24:36« Après,
24:38engager une plainte
24:40pour empoisonnement,
24:41mise en danger
24:42de la vie d'autrui,
24:44pas se laisser faire, quoi.
24:46Puis il n'y a pas
24:47que les mères
24:49de concernées,
24:50les habitants
24:50sont là aussi
24:51derrière leur mère
24:52et puis
24:54tout le monde
24:54au combat, quoi. »
24:56Un engagement
24:57qui n'est pas
24:58le fruit du hasard.
24:59Son mari souffre
25:00d'une maladie
25:01touchant le pancréas
25:02et le rein.
25:04Et Jade,
25:04sa petite dernière
25:05de 14 ans,
25:06a dû être opérée
25:07il y a un mois et demi.
25:09Pour elle aussi,
25:10une affection au rein.
25:13« Le rein est toujours dilaté.
25:16Ils ne savent pas
25:17si le rein
25:18deviendra un jour ou pas
25:19sa taille normale
25:20ou s'il va rester comme ça. »
25:22« Et ça va, là ?
25:23Tu le dis normalement ? »
25:24« Oui. »
25:25« De temps en temps,
25:26encore,
25:26j'ai un peu mal,
25:27mais c'est normal.
25:28c'est récent. »
25:31« Quand je suis allée
25:31voir un spécialiste
25:32sur Reims,
25:34je lui ai dit
25:35« Ça ne serait pas
25:35dû au PFAS. »
25:36« Et le spécialiste
25:37m'a dit
25:37« C'est quoi
25:38les PFAS ? »
25:39« S'il nous arrive
25:40quelque chose
25:41plus tard
25:41pour nos enfants,
25:42qui va payer ? »
25:43« Si rien n'est pris
25:44en charge,
25:44ce ne sera pas
25:45le pollueur non plus.
25:46Ça sera nous,
25:47donc,
25:48en colère. »
25:50« En colère. »
25:53Partout en France,
25:55depuis janvier dernier,
25:56l'eau est censée
25:57être testée
25:58au PFAS
25:58pour appliquer
26:00la réglementation
26:01européenne.
26:02La pollution
26:02des 13 villages
26:04des Ardennes
26:04n'est peut-être
26:05que le début
26:06d'une longue série.
26:08Sous-titrage Société Radio-Canada
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