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  • il y a 22 heures
Après l'interruption des débats sur la fin de vie en 2024 en raison de la dissolution, les parlementaires viennent d'adopter définitivement la loi sur les soins palliatifs. Elle garantit l'égal accès à l'accompagnement et aux soins palliatifs pour tous les patients en fin de vie.

Jusqu'à présent, cette prise en charge était peu connue et très inégalement répartie sur le territoire : 20 départements sont encore aujourd'hui dépourvus d'unités de soins palliatifs. En 2023, la cour des comptes estimait que la moitié des patients qui pouvaient y prétendre ne bénéficiaient pas de soins palliatifs.

Que sont ces unités de soins palliatifs ? Comment fonctionnent-elles et comment accompagnent-elles les malades et leurs familles ? Marion Becker et Marion Devauchelle se sont rendues à la maison Jeanne Garnier à Paris.

Depuis 150 ans, elle accueille les patients en fin de vie. Un modèle qui a inspiré la proposition de loi.

Un reportage de Marion Becker, Marion Devauchelle et Maruska Hans

"En immersion", le nouveau magazine de reportage de la rédaction de LCP s'intéresse aux grands dossiers d'actualité qui font débat à l'Assemblée national et dans la vie quotidienne des Français, qu'ils concernent la santé, la sécurité, l'emploi, le grand âge ou les combats politiques. À travers des reportages au plus près des hommes et des femmes qui vivent et façonnent ces enjeux - qu'ils soient simples citoyens, personnels soignants, entrepreneurs, ou élus - « En immersion » donne du sens à l'actualité législative, politique, économique et sociale.
Pour prolonger la réflexion, certains numéros donneront lieu à un débat en prime, le vendredi soir à 21h, afin d'approfondir les questions soulevées par le reportage.
"En immersion" : au plus près de la vie des français.

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Transcription
00:07Générique
00:15Bienvenue dans En Immersion, votre rendez-vous magazine sur LCP,
00:19au plus proche des préoccupations des Français.
00:22Dans ce numéro, LCP s'est rendue à la maison Jeanne Garnier à Paris,
00:26un établissement spécialisé dans les soins palliatifs.
00:30Pendant plusieurs jours, nous avons pu suivre les équipes médicales,
00:33les patients ainsi que leurs familles.
00:36Soins palliatifs, la vie jusqu'au bout,
00:38c'est un reportage de Marion Becker, Marion Devauchelle et Marouchka Hans.
00:45Janine, je masse un petit peu les jambes.
00:53J'ai l'impression que ça lui plaisant.
01:08Vous me donnez la main ?
01:09Donnez-moi la main, voilà, détendez-vous.
01:13Elle est trop mignonne.
01:25Bonjour.
01:26Comment ça va ce matin ?
01:28Ça va bien.
01:29Bon.
01:30J'ai l'impression.
01:31Ok.
01:33On va faire...
01:35Vous voulez quoi ce matin ?
01:37Une toilette ?
01:38Une douche ?
01:39Une toilette simple.
01:40Au lavabo ?
01:41Au lavabo.
01:42D'accord.
01:43Ok.
01:49On est la maison médicale Jeanne Garnier.
01:52Et on essaie vraiment de rendre ici une atmosphère de maison.
01:55Donc, que les gens soient accueillis et qu'on prenne soin d'eux presque comme chez eux.
02:02Donc, c'est un lieu de vie.
02:04C'est un lieu de vie avec, du coup, toutes les émotions qu'on peut aussi avoir dans la vie.
02:10Et donc, on est tous ensemble au plus près du patient et de ses proches.
02:23On fait tout pour que les patients partent avec leur dignité.
02:31Voilà.
02:32Quand il faut chanter, on chante.
02:34Quand il faut les écouter, on les écoute.
02:37Parce que c'est difficile de ne pas s'attacher aux patients.
02:41Cherchez la clé, je reviens.
02:43À tout de suite.
02:43En presque 14 ans, je n'ai pas la remède miracle pour ne pas m'attacher.
02:52Ça ne veut pas dire qu'à chaque décès, je pleure et que, voilà.
02:57Mais ça me touche.
03:10Bonjour.
03:12Comment allez-vous ?
03:15Ce matin, c'était moyen.
03:18Pourquoi ?
03:18Parce que j'ai des douleurs dans le dos, en fait.
03:21Oui, c'est ce que Philippe m'a dit.
03:23Quand vous avez bougé ou tout le temps ?
03:27Un peu tout le temps.
03:28OK.
03:29Mais bon, ça va, ce n'est pas non plus insupportable.
03:31On va quand même s'en occuper.
03:34Vous savez, là, il y a le médicament de la douleur.
03:36Vous l'avez matin et soir.
03:37Donc ça, on peut augmenter les doses.
03:39Il n'y a pas de problème.
03:39Surtout que là, on y va progressivement pour le moment.
03:42Donc si jamais, à un moment, on voyait que ça ne suffisait pas
03:46ou alors surtout que ça n'agissait pas assez vite.
03:48Parce que quand on prend par la bouche, il faut toujours compter 45 minutes, en gros, pour que ça agisse.
03:53L'autre moyen d'agir plus vite, du coup, c'est de passer en perfusion.
03:58Ouais.
03:58Ça vous embête ?
04:00Ben, non. Enfin, non.
04:03Ça va vous donner les mêmes médicaments que vous avez actuellement, la morphine.
04:08Mais ça va permettre qu'ils agissent beaucoup plus rapidement.
04:11D'accord.
04:11Là, elle a mal au dos.
04:13D'accord.
04:13Alors, je pense que c'est lié au fait qu'elle tousse un peu mal.
04:16Et là, tousse, c'est en lien avec la maladie au niveau des poumons.
04:20Oui, en fait, elle avait dit qu'elle avait mal là ou en haut.
04:23Alors là, c'était plutôt ici, en bas, derrière.
04:26Et c'est là aussi où elle a des métastases.
04:28Est-ce que la morphine, ça va un peu la casser ?
04:30Enfin, je veux dire.
04:31Parce qu'en fait, on a commencé cette toute petite dose.
04:33On est là tout doucement.
04:34Pour le moment, elle le supporte très bien.
04:36D'accord.
04:37Ça ne va pas parce qu'au niveau neurologique ou cognitif, à moindre rire, ce qui n'est pas déjà.
04:44Au moment, ça va.
04:44Merci.
04:47Située au cœur de Paris, la maison médicale Jeanne Garnier
04:51accueille les patients atteints de maladies graves, sans espoir de guérison.
04:56Cet établissement, géré par une association à but non lucratif, fait figure de modèle.
05:04Antoine est arrivé il y a quelques jours.
05:07Il est très affaibli.
05:09Son moral est au plus bas.
05:11Ça va ?
05:12Vous avez du mal à continuer.
05:15Vous avez du mal à...
05:16Continuer.
05:17Continuer ?
05:18Oui.
05:19Continuer quoi ?
05:20J'ai envie de mourir.
05:21Vous avez envie de me cacher ?
05:23Vous avez... Non.
05:24Vous vous sentez angoissé ?
05:27Fatigué.
05:27Fatigué.
05:28Fatigué de vivre.
05:29D'accord.
05:37Vous voulez rester un petit peu avec la bénévole, là ?
05:40Oui.
05:41Oui ?
05:42Puis je vais prévenir le médecin ?
05:45Oui.
05:46J'arrive pas à être dans son numéro.
05:4984, 65.
05:54Ah, Carole !
05:57Monsieur, il est pas bien, là.
05:59Il est allongé dans son lit.
06:02Il est bien cyanosé.
06:04Il dit qu'il veut un cachet pour mourir.
06:10Souvent, on nous dit
06:11« Ah, ben, ça doit être tellement dur, votre métier et tout. »
06:14Et en fait,
06:17certes, il y a des côtés qui sont difficiles.
06:19Mais moi, je trouve que c'est le seul service, en tout cas.
06:22Et j'en ai fait pas mal l'autre avant.
06:24On peut vraiment exercer notre métier
06:26dans ce que...
06:27Exactement ce que ça veut dire.
06:28Quand j'ai appris à être infirmière, moi,
06:29j'ai appris à prendre soin de la personne dans sa globalité.
06:32On prend tous les domaines de la personne en compte,
06:34donc physiquement, psychologiquement,
06:36spirituellement, socialement.
06:38On apporte de la vie.
06:39Ouais.
06:40Et puis, heureusement qu'on est un peu joyeuse,
06:42parce que sinon, voilà.
06:44Et puis, en fait,
06:45tant que les patients sont là,
06:46ils sont vivants.
06:47Donc, en fait,
06:48c'est la vie jusqu'au bout.
06:53Pour l'aider à surmonter ses angoisses,
06:56Marguerite prépare le traitement
06:58prescrit par la médecin.
07:04On essaie surtout d'être au plus près
07:06et au plus vite pour le patient,
07:08pour le confort du patient.
07:09On va pas le laisser en ayant une détresse.
07:14Et on va adapter les prescriptions
07:15en fonction de nos possibilités,
07:17surtout de voie d'abord.
07:19donc, on va aller, Seigneur.
07:21Marguerite.
07:22Oeuvrez.
07:29Alors, on va vous soulager,
07:31Monsieur Salvinas.
07:32Si vous pouvez m'en dormir,
07:34elle me laissez partir.
07:36Partir, ça sera bien.
07:37On va pas vous laisser souffrir,
07:39d'accord ?
07:41Alors, donnez-moi votre main droite.
07:44Voilà.
07:45Hop.
07:47Vous avez le traitement antidouleur
07:49et anxiolytique.
07:51Ouais.
07:51D'accord ?
07:53Ouais.
07:54Heureusement que j'ai des collègues
07:54qui peuvent s'occuper des autres patients
07:55parce que là, voilà,
07:56il y a une urgence avec un patient.
07:57Donc, moi, je peux me détacher,
07:58je peux m'en occuper,
07:59adapter tout de suite les traitements
08:00pour pas le laisser souffrir
08:03toute la matinée
08:04en attendant d'être dispo
08:05parce qu'il faut s'occuper des autres.
08:06Enfin, là, voilà,
08:07on a ce confort de...
08:08En fait, s'il a besoin de quelqu'un
08:09là, maintenant,
08:10je peux me détacher
08:11parce que je sais
08:12qu'il y a toute l'équipe derrière
08:13qui va pallier à ça.
08:19Un accompagnement unique
08:21avec un binôme de soignants
08:23pour quatre patients
08:24pour rendre la fin de vie
08:26la plus douce possible.
08:28Ici, notre force,
08:29c'est d'être nombreux,
08:30donc de pouvoir répondre rapidement
08:32aussi aux sonnettes,
08:32ce qui nous permet aussi
08:34d'avoir une prise en charge douce
08:36dans l'écoute,
08:38donc en prenant notre temps.
08:40Donc, c'est vrai que ça peut
08:41vraiment dérouter
08:42par rapport à l'atmosphère
08:43d'hospitalière.
08:45Donc, il n'y a plus de bilan,
08:46il n'y a plus de systématique,
08:47il n'y a plus d'imagerie
08:48de façon systématique.
08:49Il y a des choses
08:50où on va un petit peu
08:50se décrocher,
08:51on va dire des chiffres
08:52pour être au plus près
08:53du patient,
08:54des symptômes
08:55et surtout de ce qu'il lui ressent.
08:56C'est vraiment ces perceptions
08:58qui vont permettre de nous guider
09:00sur notre prise en charge
09:01et on le reprend vraiment.
09:03Il devient un sujet
09:04à nouveau de soins.
09:05On le regardera dans les yeux.
09:07Voilà, on fait attention
09:07à qui il est,
09:08ce qu'il souhaite
09:09et on n'est pas que
09:10des donneurs de médicaments aussi.
09:12Je trouvais que Mme O,
09:15elle était, tu sais,
09:16un peu décalée
09:17au niveau de la hanche,
09:18ce qui faisait que, tu vois,
09:19j'ai voulu remettre
09:20la jambe comme il faut
09:21et hop, elle a tiqué.
09:24Je la sens, tu vois,
09:25pas si bien installée que ça.
09:26Je voudrais voir avec Philippe,
09:28tu vois, j'ai l'impression
09:28que le bassin est décalé
09:30et tu vois, le bras aussi.
09:32Bon, après,
09:32je sais qu'elle est un peu raide,
09:34mais là, tu vois,
09:35je trouve qu'elle a une position
09:35un peu visueuse.
09:39Mais là, tu vois,
09:40je pense que l'installation,
09:41je l'appelle Filou
09:42et je pense que là,
09:43il y a besoin.
09:44Voilà, c'est tout.
09:48C'est tout droit.
09:49Tout droit, juste au bout
09:51et au fond, à gauche.
09:52De toute façon, j'arrive là.
10:07Kiné en soins palliatifs,
10:08pour moi,
10:09c'est rendre ces moments
10:11qui sont parfois un peu extrêmes,
10:13les plus confortables possibles
10:15dans la mesure où c'est possible,
10:17bien sûr,
10:19mais c'est du confort,
10:21c'est de profiter
10:23de ce qui peut être.
10:25La vie, c'est du mouvement
10:26et le mouvement,
10:27il va jusqu'au bout.
10:28Tout n'est pas rose.
10:29L'important,
10:30c'est de maintenir cette vie
10:32et de profiter
10:33de ce qui est possible
10:35pour les patients,
10:36pour les familles
10:36et aussi pour le personnel.
10:38Et on vit des moments extrêmes,
10:40mais parfois plein de joie,
10:42plein d'émotions.
10:46Jean-Marc est atteint
10:47de sclérose latérale,
10:49une affection proche
10:50de la maladie de Charcot.
10:53Il n'est pas en fin de vie,
10:55il est accueilli ici
10:56pour quelques jours.
10:59On pourrait te mettre
10:59un carter de tombe
11:00derrière l'engin
11:01et t'y a un tombe d'épouse avec.
11:04On le met dehors
11:05et puis tu vas aller tomber.
11:06En plus, vu que ça manœuvre bien,
11:07tu pourrais faire
11:08les petits recoins.
11:09C'est le premier séjour
11:11alors qu'il est habituellement
11:13c'est ma mère
11:14qui est de loin
11:15sa principale édente.
11:17Donc c'est pour lui
11:18un peu sauter le pas
11:19que d'être à l'institut
11:21pour une dizaine de jours.
11:23L'idée, c'était de profiter
11:24que ma mère parte
11:24une dizaine de jours
11:25en vacances
11:25avec ses petites filles.
11:27C'était aussi de se dire
11:29que ça permet de voir
11:29d'autres choses
11:30en termes de bonnes pratiques
11:33avec les aides-soignantes,
11:35avec les infirmières,
11:36les kinésithérapeutes
11:37et aussi les médecins
11:38qui peuvent refaire
11:39un peu le bilan
11:39de ces médicaments.
11:40C'est aussi voir d'autres choses
11:42et peut-être apprendre
11:43à faire évoluer
11:45les techniques
11:45ou la routine
11:46avec la maladie qui évolue.
11:48Ça rassure
11:49qu'il y ait toute cette structure
11:51qui comprend la maladie
11:52spécifiquement
11:53pour se dire aussi
11:54que s'il y a aussi
11:55des soucis de santé
11:56pour les aidants
11:56ou autres,
11:57ils vont pouvoir aussi
11:58avoir une solution
11:59qui prenne bien en charge
12:00parce qu'il faut un support
12:02à presque 100% du temps.
12:04C'est ce qui est proposé ici.
12:20Au début,
12:20c'est toujours un peu...
12:22Je suis en train de chercher
12:23un peu les formes
12:24et tout ça.
12:25Ça arrive tout seul
12:26et puis on verra
12:28ce que ça donne après.
12:30Des fois, c'est réussi,
12:31des fois, non.
12:34Le fait de dessiner,
12:35ça m'occupe beaucoup.
12:36Ça m'occupe la tête
12:38et du coup,
12:38je pense à autre chose.
12:40Donc, ça m'aide.
12:42Voilà.
12:44Quel est votre ressenti ici
12:45par rapport
12:45à la maison Jeanne-Germier ?
12:46Alors, c'est une qualité
12:48d'accompagnement
12:48qui est unique
12:50et que j'ai trouvé
12:51nulle part ailleurs.
12:53Et puis, il y a des bénévoles
12:54aussi qui viennent
12:55tous les jours
12:56pour voir comment ça se passe,
12:58pour aider,
12:58pour parler.
13:00et on peut parler
13:01de tout, en fait.
13:02On peut parler vraiment
13:03de tout.
13:05Donc, c'est vraiment important.
13:11Je vais aller chercher
13:12le bouquet
13:13pour la personne
13:15qui vient de rentrer.
13:16Prends celui que tu veux.
13:18Allez, avec des couleurs.
13:19Avec des couleurs.
13:20Mais on dit des couleurs.
13:21Mais voilà.
13:22Avec des couleurs.
13:23D'accord.
13:23C'est la gentille.
13:30Voilà, je vous offre
13:32le petit bouquet
13:32de bienvenue
13:33des bénévoles.
13:34Eh bien, merci.
13:35Et voilà,
13:36c'est de la couleur
13:39pour vous.
13:39Et de la joie.
13:40C'est toujours sympa
13:41d'avoir des couleurs.
13:43Les bénévoles,
13:44c'est ici et maintenant.
13:46Donc, on vit
13:46totalement dans le temps présent.
13:48On ne fait absolument
13:49rien dans les soins,
13:49mais on fait tout
13:50ce qui peut être distraction.
13:51ou alors ce sont des discussions,
13:53des confidences, parfois,
13:55sur ce qui leur est sert,
13:57sur la philosophie de la vie,
13:58sur des souvenirs de leur vie.
14:01Et puis, pour les personnes
14:02qui ne sont pas forcément conscientes,
14:04c'est être en présence silencieuse
14:08pour qu'ils sentent
14:10qu'il y a quelqu'un
14:10qui les entoure,
14:12qu'ils soient là
14:14pendant un petit moment.
14:16Ça peut être...
14:17On peut passer du temps
14:18aux deux minutes,
14:20comme une heure,
14:20une heure et demie.
14:23en fonction des besoins
14:25des uns et des autres.
14:29Antoine,
14:29dont la douleur
14:30a été soulagée la veille
14:31par l'équipe médicale,
14:33est décédée cet après-midi-là
14:35des suites de sa maladie.
14:39J'imagine que c'est
14:40un moment particulier.
14:41Oui.
14:42Oui, oui, c'est un moment particulier.
14:44C'est aussi, du coup,
14:45la fin de notre accompagnement.
14:46On sait pourquoi
14:47on travaille en sang palliatif.
14:49On sait que très souvent,
14:51il va y avoir un décès à la fin.
14:53Ce qui va être important,
14:53du coup,
14:54c'est qu'on puisse présenter
14:57la plus belle des façons,
14:59le défunt,
14:59pour la famille,
15:00parce que c'est un moment
15:03qui va être important,
15:04qui va rester en mémoire
15:04des familles
15:05qui souhaitent voir le défunt.
15:06Ce n'est pas toujours le cas.
15:07Et donc,
15:08on va faire une toilette
15:10qu'on appelle
15:11une toilette mortuaire,
15:12donc en réalisant binôme,
15:13de la même façon
15:14qu'on travaille
15:15avec les patients
15:16qui sont bien vivants.
15:17Et donc,
15:18il est notre patient
15:18tant qu'il est dans le service
15:20et même souvent,
15:21on l'accompagne
15:22jusqu'à l'ascenseur.
15:23Et on attend
15:24l'équipe du funérarium
15:25et on attend tous ensemble
15:27parfois devant
15:28la porte de l'ascenseur.
15:29Et quand les portes
15:30se referment,
15:31notre accompagnement
15:32s'arrête là,
15:32nous, l'équipe soignante.
15:47Les soignants
15:48sont parfois confrontés
15:50à la demande
15:51d'une sédation profonde
15:53et continue
15:53jusqu'à la mort,
15:55comme le permet
15:56la loi
15:56Claes-Leonetti
15:57de 2005.
15:59Je m'assois auprès de vous.
16:02Comme vous le savez,
16:03on parle beaucoup
16:05entre nous
16:05pour qu'on puisse
16:06être tous informés
16:07et qu'on aille
16:08tous dans le même sens
16:09à vos côtés.
16:11Et donc,
16:11voilà,
16:12je voulais faire le point
16:13avec vous
16:13sur ce que vous avez
16:14pu déjà évoquer.
16:16Est-ce que vous avez
16:17le courage
16:17d'en parler maintenant ?
16:18Vous me dites.
16:19Je suis fatiguée.
16:20Bien sûr.
16:22Vous connaissez mon souhait.
16:24Donc,
16:24quand on me dit non,
16:26ça me déprime plus
16:27que, voilà,
16:28encore plus.
16:30Alors,
16:31autre souhait.
16:33Exactement.
16:34c'est d'arrêter.
16:35Je ne peux plus
16:36me voir descendre
16:38comme ça,
16:38ne plus me mettre debout,
16:40dépendre de chaque geste.
16:42Je ne suis pas...
16:44En fait,
16:45que la situation
16:46s'arrête.
16:47D'accord.
16:48Et,
16:48comme vous le savez,
16:49dans le cadre légal
16:51actuel,
16:52on peut vous proposer
16:54une sédation profonde,
16:56maintenue,
16:57continue,
16:57jusqu'au décès.
16:58d'accord.
16:59Je suis contre
17:00la loi
17:00d'euthanasie,
17:01tout ça,
17:02mais
17:03que je fais,
17:04je suis contente
17:05qu'on respecte
17:06ici
17:07au moins
17:08les premiers
17:10souhaits.
17:11Oui,
17:11c'est-à-dire
17:12qu'ici,
17:14on respecte
17:14la loi
17:15actuelle
17:16qui fait
17:16que, du coup,
17:17on peut
17:18poser une réunion
17:19collégiale,
17:20se réunir
17:21en équipe
17:22pour voir
17:23si vous présentez
17:25les trois critères
17:26qui vous autoriseraient
17:27à être endormie
17:28pour que vos décès
17:30surviennent
17:30pendant votre sommeil.
17:32C'est-à-dire ?
17:34Ça fait un an
17:34qu'on m'a annoncé
17:35la même chose,
17:36j'ai tenu un an.
17:38Je ne mange pas,
17:39je ne bois pas,
17:40comment je vis ?
17:42Je ne peux plus
17:43mettre les pieds
17:43par terre,
17:44je ne peux plus marcher.
17:45Je ne veux pas
17:46vivre cette vie.
17:47D'accord.
17:49Alors,
17:49comme vous l'avez compris,
17:51on doit s'assurer
17:52que vous rentrez
17:52dans des critères
17:53pour ne pas que ce soit
17:54du subjectif,
17:55pour protéger aussi
17:56les équipes
17:57parce qu'on s'attache
17:57aussi à nos patients.
17:59Et à partir de là,
18:01si le patient
18:02entre,
18:03présente les critères,
18:04on peut poser
18:05la sédation,
18:06c'est-à-dire que ça
18:06peut se mettre,
18:07comme,
18:08évidemment,
18:09chaque personne
18:10a le droit
18:10de changer d'avis
18:11à tout moment.
18:14Vous pensez,
18:14je fais attention
18:15aussi à vos proches,
18:17que pour eux,
18:18ils sont prêts
18:18à ce que la réunion
18:19soit posée.
18:20D'accord.
18:21C'est parfait.
18:21Je leur ai dit
18:22que ce n'était pas
18:23un suicide.
18:25Non.
18:25Ça ne rentrait pas
18:26dans le cadre.
18:28Parce que psychologiquement,
18:29ça suit des générations.
18:31Oui,
18:31mais vous avez tout à fait
18:32raison,
18:33ce n'est pas ça.
18:33c'est que...
18:34Je leur ai expliqué
18:35que ce n'était pas
18:36surtout pas un suicide,
18:38qu'ils ne se payent pas
18:40des psys
18:40pendant deux générations.
18:42Ce n'est pas ça.
18:43On vous fait dormir
18:45et c'est votre maladie
18:46qui va vous emporter.
18:48C'est-à-dire que ça peut durer,
18:49peut-être,
18:50plusieurs jours.
18:51Voilà.
18:51C'est notre inconnu.
18:53Mais c'est important.
18:54C'est l'inconnu,
18:54oui.
18:55Exactement.
18:56C'est le mystère
18:56de ce moment-là.
18:57Vous ne savez pas tout.
18:59Non.
19:00Heureusement.
19:00Et ce qui prouve
19:01que ce n'est pas un suicide,
19:03vous voyez ?
19:03Parce qu'on ne saura pas.
19:06Par rapport au fait
19:07de pouvoir poser
19:07la réunion collégiale,
19:10est-ce que vous êtes prête
19:11qu'on puisse la poser
19:13demain ou après-demain ?
19:14Oui, oui,
19:14le plus tôt possible.
19:16Très bien.
19:16Je ne sais pas
19:17comment vous faites.
19:18Il faut tout
19:19pour faire un monde,
19:19disait ma pharmacienne
19:20de voisine.
19:22À bientôt.
19:23À vous.
19:24Ça marche.
19:24Merci.
19:30Je vous remercie.
19:32Monsieur,
19:34alors,
19:34j'ai pu discuter
19:35tranquillement
19:35avec votre maman.
19:37On va poser
19:37la réunion collégiale
19:38demain matin.
19:40D'accord.
19:43Le lendemain,
19:45l'équipe médicale
19:47se réunit
19:47pour étudier
19:48la demande de sédation
19:49et évaluer
19:51si la situation
19:51répond aux trois critères.
19:54Une maladie grave
19:55et incurable,
19:56un pronostic vital
19:58engagé à court terme,
19:59une souffrance
20:00est réfractaire
20:01au traitement.
20:03Des critères
20:04remplis
20:05par la patiente.
20:10La loi
20:11qui nous autorise
20:11à une sédation profonde
20:13continue jusqu'au décès,
20:15entre autres,
20:15nous autorise
20:16les pratiques sédatives
20:17à utiliser
20:18tous les traitements
20:18antalgiques
20:19et surtout
20:20d'arrêter
20:20l'acharnement thérapeutique
20:21aussi,
20:22qui entraîne parfois
20:23des situations
20:23extrêmement complexes.
20:24c'est très important
20:25de développer
20:26des soins palliatifs
20:27mais surtout
20:27des soins palliatifs
20:28dits précoces
20:28le plus en amont possible
20:30et pas juste à la fin
20:32où les choses
20:32se précipitent en fait.
20:35Pour les soignants,
20:36la loi actuelle
20:37sur la sédation suffit
20:39et la plupart
20:40ne souhaitent pas
20:41de loi sur l'aide active
20:42à mourir.
20:42Pour nous,
20:43donner la mort
20:44n'est pas un soin,
20:45réellement,
20:46c'est pas du tout
20:46ce que l'on fait
20:47et l'interdit
20:51de la mort
20:51nous permettait
20:52de poser un cadre
20:53à la fois sécurisant
20:54et nous permettait
20:55d'être créatif
20:56dans ce cadre-là.
20:57Après,
20:57concernant un accès
21:01à une injection
21:02d'une substance létale
21:03parce que pour nous,
21:04l'aide active à mourir,
21:06on l'a fait au quotidien
21:07en fait.
21:07Donc c'est pour ça
21:08que cette loi,
21:09on trouve qu'elle est mal nommée
21:11et qu'en ne disant pas
21:13les choses,
21:13on ne peut pas bien
21:14les comprendre non plus.
21:15Ça devient une loi
21:16extrêmement ouverte,
21:17ce serait la loi
21:18la plus,
21:20on va dire,
21:21libertaire
21:22sur ce plan-là
21:22avec à la fois
21:23et le suicide assisté
21:25et l'euthanasie
21:26alors que nous,
21:27par définition,
21:28on ne doit
21:29ni nuater
21:29ni ne retarder la mort,
21:31c'est-à-dire
21:31d'être véritablement
21:32là où se trouve
21:33le patient
21:34sur son chemin.
21:36Ici,
21:37les patients évoquent
21:38rarement la question
21:40du suicide assisté
21:41ou de l'euthanasie.
21:42Mais le débat
21:43de société
21:44touche certains malades
21:45plus que d'autres.
21:47Jean-Marc, lui,
21:48souhaiterait avoir le choix.
21:51Vous me dites,
21:52je pense que c'est
21:52un droit utile.
21:53Non, non, non.
21:54Il faut laisser
21:55aujourd'hui la possibilité.
21:58Non, non.
21:58Est-ce que quand on est
21:59atteint d'une maladie
22:00comme la vôtre,
22:01quand on vous annonce
22:02le diagnostic,
22:04est-ce que c'est
22:05une des premières questions
22:06auxquelles on pense
22:07pour l'avenir ?
22:21Je vais lire.
22:22Pour moi,
22:23la maladie évolue
22:25très lentement.
22:26Alors, je n'envisage pas
22:27de mourir demain.
22:28Oui, vous avez encore
22:29beaucoup de belles choses
22:30à vivre
22:31avec votre famille,
22:33avec les enfants.
22:37C'est un beau témoignage
22:39de vie.
22:39Oui.
22:51Oui, je suis si bien
22:52entourée.
22:57Mais peut-être
22:58qu'un jour,
22:58la question se posera.
23:03à tout à l'heure.
23:04À tout à l'heure.
23:46À la maison,
23:47chez nous,
23:48il y avait toujours
23:48de la musique.
23:49Parce que maman,
23:49toute la journée,
23:50elle écoutait de la musique.
23:51Donc, on est habitué.
23:53Donc, c'est vrai qu'ici,
23:54dès qu'on la voit,
23:54on met tout le temps
23:55de la musique
23:55pour l'accompagner,
23:57pour la distraire,
23:58pour lui changer les idées.
24:00Et puis, nous,
24:00on a été baignés dedans,
24:01en fait.
24:04Tu peux faire bouger
24:05les pieds aussi.
24:06Oui.
24:07Entre chats.
24:08Entre chats.
24:09Change ton pied.
24:10Oui.
24:14Tu nous fais danser
24:15encore, maman.
24:16Tu te rappelles,
24:17à l'hôpital,
24:17on a dansé aussi.
24:19C'était la veille
24:20qu'on sache
24:21que tu ailles à Jeanne Garnier.
24:22À Jeanne Garnier,
24:23on a su que tu allais
24:24le 19 mars.
24:26Et on a eu la réponse.
24:27Et la veille,
24:28on a dansé,
24:29sans savoir,
24:30on a dansé dans ta chambre,
24:32le lac des signes.
24:35C'était chouette.
24:36On a eu de la joie aussi.
24:37On a eu de la joie.
24:39Alors qu'elle allait
24:40en soins palliatifs.
24:41Donc, ça veut dire
24:42que ce n'était plus
24:43de soins possibles.
24:44Mais le fait que...
24:46Déjà, on a beaucoup prié
24:47pour que...
24:48Beaucoup de gens ont prié
24:49pour qu'elle puisse
24:49aller à Jeanne Garnier.
24:50Ce moment est très pratiquant.
24:52Mais c'était
24:53comme une petite lumière.
24:55alors qu'en soi,
24:57savoir qu'une personne proche
24:58va en sympathie,
24:59ça peut être triste.
25:00Mais nous,
25:00on était tellement heureux
25:01parce que, déjà,
25:02c'était sa volonté
25:03et c'était un beau cadeau.
25:05Donc, hein, maman ?
25:06Ici, c'est vraiment
25:07un endroit...
25:09On ressent
25:10de la douceur.
25:12On ressent
25:13de la bienveillance.
25:15Aussi bien pour elle
25:17que pour nous.
25:18Parce qu'on est vraiment
25:19aussi accompagnés.
25:20Ici, à Jeanne Garnier,
25:21par exemple,
25:21il y a la possibilité
25:23de rencontrer
25:25une psychologue.
25:26Moi, j'en ai bénéficié
25:28déjà deux fois
25:28qui est spécialisée
25:31pour les personnes
25:32qui accompagnent
25:33quelqu'un
25:34qui est en soins palliatifs.
25:35Il y a aussi
25:36l'ambulance des rêves.
25:38Enfin, c'est quand même
25:39extraordinaire.
25:39Maman, on va voir
25:40si ça va se faire ou pas.
25:41Mais en tout cas,
25:42rien que de savoir
25:43que ça existe,
25:43c'est quand même
25:46vraiment inimaginable.
25:47Elle nous a raconté,
25:48par exemple,
25:48qu'il y a une dame
25:49qui avait demandé
25:49à voir un tableau
25:50de soulage.
25:52Donc, elles sont allées
25:52au Grand Palais.
25:53Peut-être qu'elles étaient
25:53en brancard,
25:54peu importe.
25:55Mais avant de mourir,
25:56elles voulaient voir
25:57un tableau de soulage.
25:58C'est une solution
26:00pour aider à bien mourir.
26:04Ça fait plusieurs années,
26:06beaucoup trop d'années,
26:07qu'on dit qu'il faut
26:07développer les soins palliatifs.
26:09Il faut de l'humain,
26:10il faut du temps.
26:11Et on le sait,
26:12tout ça, ça coûte
26:12beaucoup plus cher
26:13qu'un médicament.
26:14Et donc, il faut mettre
26:16l'argent là
26:17où il y en a
26:17véritablement besoin.
26:18Une société de solidarité
26:19oui, ça coûte cher,
26:21mais c'est une belle société.
26:37Sous-titrage Société Radio-Canada
26:40Sous-titrage Société Radio-Canada
27:01Sous-titrage Société Radio-Canada
27:08Sous-titrage Société Radio-Canada
27:10...
27:10...
27:10...
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