00:00 [Musique]
00:05 Alors c'est une journée d'été d'août 2018
00:09 que je reçois par mail alors que je suis en vacances.
00:13 Je reçois un courrier scanné, un courrier qui vient de sa lab' d'Islam, il semble,
00:19 puisque celui-ci se présente et aimerait me rencontrer.
00:24 Cette voix, c'est celle d'Olivia Ronen. Elle est avocate pénaliste.
00:28 Donc je vous avoue que je suis assez incrédule
00:31 parce que je m'attends peu du tout à recevoir un courrier comme celui-là.
00:36 Je ne suis pas sûre de savoir bien quoi penser. Je me demande si c'est une blague.
00:39 Au moment où elle reçoit cette lettre, elle a 28 ans.
00:42 C'est un courrier manuscrit parce que rares sont les détenus qui ont accès à un ordinateur
00:46 pour pouvoir faire leur courrier. C'est un courrier avec tous les éléments
00:51 qu'on a dans un courrier détenu, avec ses feuilles quadrillées, très souples, très fines.
00:57 Et je vois que sur l'enveloppe, il n'y a pas de nom, il n'y a pas de prénom.
01:03 Il y a simplement le numéro d'écrou.
01:05 Donc je décroche mon téléphone, j'appelle le greffe de la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis
01:10 et je leur demande quelque chose d'un peu pas très pourrant,
01:17 c'est-à-dire essayer de voir s'ils peuvent me donner le nom qui correspond au numéro d'écrou.
01:21 Donc ils me disent tout de suite qu'ils ne pourront pas me donner le nom.
01:23 Ils me demandent malgré tout quel est le numéro d'écrou.
01:26 Ils me demandent qui je pense que c'est au bout de ce numéro d'écrou.
01:29 Je leur dis, ils rigolent et ils disent "allez, écoutez, pas du tout, pas du tout".
01:33 Je raccroche. Mais en même temps, je ne me dis pas que c'est complètement une blague.
01:41 Quelques jours plus tard, je vais à ma rentrée et je vais directement au greffe du juge d'instruction
01:48 qui, je sais, est saisi du dossier du 13 novembre 2015 avec mon courrier.
01:54 Et une fois que je suis au greffe, on m'indique que oui, c'est bien le courrier de Salah Abdeslam.
01:59 En fait, Salah Abdeslam s'est trompé en écrivant son propre numéro d'écrou.
02:03 C'est pour ça qu'il y a eu une confusion.
02:06 Je vous décris Olivia Ronen en quelques mots.
02:08 Silhouette gracile, teint mate, dans sa chevelure noire se détache une mèche, déjà grise.
02:14 C'est une jeune femme discrète et la convaincre de me parler n'a pas été facile.
02:19 Il y a un an, je lui envoie un message WhatsApp.
02:22 A l'intérieur, je glisse le lien pour écouter mon premier podcast.
02:25 Il s'appelle "Le coupable", c'est un long témoignage de l'avocat Alain Jakubowicz
02:29 qui a défendu Nord-Alles-Lolandais.
02:31 Dans la foulée, je lui demande l'air de rien, si elle serait partante pour être la prochaine.
02:36 À ce moment-là, c'est encore un peu prématuré, m'explique-t-elle.
02:40 Et puis elle pose des limites.
02:41 Elle ne veut pas se pencher sur ce client sur lequel tant de choses ont été dites.
02:46 Pas question non plus pour elle de trahir le secret professionnel
02:48 qui protège les échanges qu'elle a eus avec lui.
02:51 Et ça me tombe bien. Ce n'est pas ce que je veux.
02:53 Pour son implication dans les attentats du 13 novembre 2015 à Paris,
03:02 Salah Abdeslam a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité incompressible.
03:07 L'idée de ce podcast n'est pas de refaire un procès qui a duré près d'un an.
03:11 Salah Abdeslam a été reconnu coupable, il n'a pas fait appel, sa condamnation est définitive.
03:16 Dans ce qui m'intéresse, c'est elle, l'avocate, Olivia Ronen.
03:20 Pourquoi a-t-elle accepté de défendre le seul membre encore en vie des commandos du 13 novembre ?
03:25 Comment a-t-elle construit la défense d'un homme jugé pour la mort de 131 personnes ?
03:30 Et comment a-t-elle fait face à la souffrance des victimes et au traumatisme de tout un pays ?
03:36 Olivia Ronen a accepté de répondre à toutes ces questions.
03:40 De raconter sa vie d'avocate pénaliste et puis sa vie tout court.
03:44 Avec ses doutes parfois et ses regrets.
03:47 Un témoignage qu'elle avait gardé pour elle jusqu'à présent.
03:50 Je m'appelle Noémie Schultz, vous écoutez Le Terroriste, un podcast produit par Europe 1 Studio.
03:56 Épisode 1, La Lettre.
03:59 Je parle de ce courrier que j'ai reçu très très peu.
04:11 Mais j'en parle malgré tout parce que je ne peux pas garder une telle chose pour moi.
04:14 Donc à l'époque j'étais en vacances avec mon copain.
04:18 Et forcément, qui est avocat aussi, forcément que j'en discute avec lui.
04:22 Et forcément que c'est quelque chose d'énorme qui arrive.
04:25 Donc je suis obligée de le partager.
04:27 Je suis obligée de le partager aussi avec ma mère.
04:31 Parce que je suis très proche de ma mère.
04:33 Et que voilà, quelque chose d'aussi gros, j'ai envie de lui dire.
04:39 Et en même temps, je me dis bon, il va peut-être falloir faire un peu de pédagogie.
04:44 Pour lui expliquer pourquoi j'aurais envie d'aller sur un tel dossier.
04:47 Et pourquoi ce serait une vraie opportunité pour moi.
04:49 Et pourquoi ça me plaît.
04:51 A l'époque, Olivia Ronen exerce depuis moins de 3 ans.
04:55 C'est une jeune avocate brillante.
04:57 Elle est arrivée 9ème au concours d'éloquence du Barreau de Paris.
05:00 Qui distingue chaque année 12 jeunes pénalistes de talent.
05:04 Pendant un an, elle est secrétaire de la conférence.
05:07 Ce titre lui permet d'accéder à ses premiers dossiers terroristes.
05:10 Dans le milieu, on dit terreau.
05:12 Moi, j'ai eu l'occasion de la croiser 2 ou 3 fois sur les plateaux de CNews.
05:16 La chaîne d'information où je suis spécialiste justice.
05:19 Il lui arrive d'être appelée pour décrypter une actualité judiciaire.
05:22 Mais on ne peut pas dire qu'elle soit connue du grand public.
05:26 Alors comment Salah Abdeslam a-t-il entendu parler d'Olivia Ronen ?
05:30 C'est le premier mystère de cette affaire.
05:35 Ce qui est sûr, c'est que dans certains dossiers terreau,
05:38 elle obtient ce qu'on appelle de bons résultats.
05:40 Pas forcément des acquittements, mais des condamnations moins lourdes
05:43 que celles requises par le parquet antiterroriste.
05:46 Peu à peu, elle se fait un nom, dans les tribunaux, en prison aussi.
05:50 Jusqu'au jour où Salah Abdeslam lui écrit cette fameuse lettre.
05:53 Elle décide d'aller lui rendre visite à la prison de Florimerogis.
05:57 C'est un matin un peu particulier,
06:00 parce qu'on sent qu'il y a peut-être quelque chose d'important qui va se jouer.
06:03 Je pense que je réfléchis à la manière dont je m'habille.
06:06 Mais j'ai réfléchi pour me dire qu'il faut que je m'habille normalement,
06:11 et qu'il ne faut pas que j'ai un truc particulier.
06:13 Parce que, je ne sais pas pourquoi, mais j'ai l'intuition
06:17 que ce lien, s'il doit advenir, il faut qu'il soit sincère.
06:26 Donc je n'ai pas envie de me déguiser.
06:28 J'ai envie de faire comme d'habitude.
06:30 Avec un jean et une chemise.
06:33 Et puis je prends le bus des familles, je crois,
06:35 pour aller jusqu'à Florimerogis, parce que je n'ai pas le permis de conduire.
06:38 Ce qui n'est pas anodin, quand on est vocapennéliste,
06:42 forcément ça complique un peu les choses.
06:44 Mais je prends le bus des familles,
06:46 c'est celui qui part de la Porte d'Orléans,
06:48 et qui va directement à Florimerogis.
06:50 Et ça c'est le bus qui facilite la vie,
06:55 parce que sinon, aller à Florimerogis en transport de Paris,
06:59 c'est quand même à la croix et à la bannière.
07:01 Mais ce bus-là, c'est le bus que prennent toutes les familles,
07:04 qui vont voir un proche qui est détenu,
07:08 avec les gros sacs de linge,
07:11 avec cette peine aussi qu'on doit porter,
07:15 en plus de son sac, quand on va visiter quelqu'un qui est détenu.
07:20 Donc je pense qu'il n'y a pas beaucoup d'avocats dans ce bus-là.
07:23 Mais je passe plutôt inaperçu,
07:25 et je me mets dans mon petit coin,
07:27 et je me fais chier à ma rencontre,
07:29 avec mon espèce de secret, on va dire.
07:31 Parce que moi je sais quelque chose,
07:33 je sais qu'il va se passer quelque chose d'un peu important,
07:35 et les autres ne le savent pas.
07:37 Pour être très sincère, les maisons d'arrêt m'angoissent beaucoup,
07:40 parce que l'atmosphère est très pesante,
07:43 parce qu'on entend sans arrêt le click-click
07:48 des serrures qui se ferment et qui s'ouvrent.
07:51 Il ne faut pas trop être claustrophobe,
07:53 parce que sinon ça devient rapidement infernal.
07:55 Puis il y a une atmosphère,
07:57 il y a un air qui est un peu lourd,
07:59 il y a des odeurs,
08:01 parfois de vieilles javels,
08:04 ou parfois des odeurs de trucs pas lavés.
08:07 Et c'est surtout que,
08:10 en fait, j'ai toujours l'impression que je laisse les personnes que je vais voir.
08:15 Et j'ai souvent beaucoup de mal à me dire que moi je sors,
08:20 et qu'eux restent à l'intérieur.
08:23 Et par ailleurs, deux ou trois mois avant,
08:26 justement à Fleury,
08:28 j'assistais une personne qui avait mis fin à ses jours.
08:31 Donc Fleury c'est encore très chargé pour moi.
08:34 L'homme qu'elle s'apprête à rencontrer à 29 ans,
08:38 quatre mois de plus qu'elle.
08:40 Le 13 novembre 2015, c'est lui qui dépose en voiture
08:42 trois kamikazes devant le Stade de France.
08:45 Puis il laisse sa Clio portière ouverte dans le nord de Paris,
08:48 pas loin de la porte de Clignancourt,
08:50 dans le 18e arrondissement.
08:52 Il traverse la capitale en taxi,
08:54 et il abandonne sa ceinture explosive à Montrouge.
08:57 Alors a-t-il renoncé à l'actionner ?
08:59 Était-elle défectueuse ?
09:01 Deux versions s'affrontent,
09:03 mais ça, nous aurons l'occasion d'en reparler.
09:05 Dans la nuit qui suit les attaques,
09:07 Salah Adeslam réussit à prendre la fuite.
09:09 Des amis viennent le chercher et le ramènent à Bruxelles.
09:12 Il est traqué par toutes les polices,
09:14 puis il finit par être arrêté quatre mois plus tard.
09:19 De retour en France, il est incarcéré,
09:21 à Florimerogis donc.
09:23 Pendant deux ans et demi,
09:25 il refuse de répondre aux questions des magistrats.
09:27 Son silence pousse d'ailleurs
09:29 ses deux premiers avocats,
09:31 Franck Berton et Sven Marie, à jeter l'éponge.
09:33 Au moment où Olivia Ronen s'apprête à faire sa connaissance,
09:36 il n'est donc plus défendu par personne.
09:39 Je pense que n'importe quel avocat
09:42 aurait essayé de border un peu la chose
09:44 en envoyant un mail au directeur
09:47 ou peut-être ce qu'on fait à Fleury,
09:49 c'est qu'on envoie un email
09:51 pour réserver des parloirs,
09:53 dire qui en veut voir quand.
09:55 Là j'avoue, j'y suis arrivée mais sans rien.
09:57 Je pense un peu...
09:59 Voilà, c'était peut-être inconscient,
10:01 mais j'avais envie qu'il y ait une certaine...
10:04 Enfin, j'avais pas envie de créer la surprise,
10:06 mais en tout cas, j'avais pas non plus envie
10:08 que ce soit su trop à l'avance.
10:10 Je voulais pas qu'on discute
10:13 de qui vient voir Salah...
10:15 J'avais pas du tout envie de ce genre de choses.
10:17 Donc j'y vais, je ne préviens personne.
10:19 Alors là, je me rends compte à chaque étape,
10:23 parce qu'à chaque fois, il faut montrer sa carte,
10:26 son permis de libre communication,
10:28 dire où on va, c'est très balisé.
10:30 Et à chaque fois que je montre mon permis
10:32 de libre communication pour aller voir
10:34 Salah Abdeslam au quartier d'isolement,
10:36 à chaque fois je vois la tête des surveillants
10:38 qui vraiment... Ils ont la mâchoire
10:40 qui se décroche un peu en se disant
10:42 "Mais alors, qui vient voir Salah Abdeslam
10:44 déjà, et puis qui sait que cette petite
10:46 jeune femme là, qui arrive,
10:48 et qui vient voir le détenu le plus
10:50 surveillé de France, et peut-être d'Europe ?"
10:52 Il y a des hasards étranges dans cette histoire.
10:55 Si vous le voulez bien, je vais revenir
10:57 un tout petit peu en arrière.
10:59 Il se trouve que par deux fois déjà,
11:01 Olivia Ronen a failli défendre Salah Abdeslam.
11:04 Enfin, disons que leurs chemins
11:06 ont été à deux doigts de se croiser.
11:08 La première fois, c'est juste après
11:10 l'arrestation de Salah Abdeslam en Belgique.
11:12 Olivia Ronen vient de décrocher son premier poste
11:14 comme collaboratrice d'un très grand avocat
11:16 pénaliste, Thierry Lévy.
11:18 Il est pressenti, comme d'autres, pour prendre
11:20 la défense de Salah Abdeslam.
11:22 Mais ce n'est finalement pas lui qui est choisi.
11:24 La deuxième fois, c'est quelques mois plus tard.
11:26 Entre temps, Olivia Ronen
11:28 s'est installée à son compte.
11:30 Grâce à son titre de secrétaire de la conférence,
11:32 elle est désignée pour s'occuper
11:34 d'une procédure pour renvoyer temporairement
11:36 Salah Abdeslam en Belgique.
11:38 Mais vous l'avez compris aussi,
11:40 Thierry Lévy ne veut pas d'avocat.
11:42 Olivia Ronen n'a donc
11:44 jamais vu Salah Abdeslam.
11:46 Jusqu'à ce matin de septembre.
11:48 - J'arrive au quartier d'isolement.
11:50 C'est un quartier spécifique à Fleury,
11:52 qui est au Détroit.
11:54 Donc, en 3e division.
11:56 Et ce qui est spécial
11:58 dans le quartier d'isolement, c'est que lorsqu'on va
12:00 voir une personne détenue, et qu'on va
12:02 avoir un parloir avec une personne détenue,
12:04 on va directement dans le bâtiment.
12:06 À l'inverse,
12:08 on a des personnes détenues lambda,
12:10 où on a un lieu spécifique
12:12 de parloir, et où chaque personne
12:14 part de son bâtiment pour aller au lieu de parloir.
12:16 Là, on rentre dans le bâtiment,
12:18 et je vais voir le surveillant en chef.
12:20 Il n'y a pas
12:22 beaucoup de bruit dans ce couloir.
12:24 Et donc je lui dis que je viens voir Salah Abdeslam,
12:26 je lui montre mon permis.
12:28 Là aussi, c'est un peu
12:30 "Qu'est-ce qu'il se passe ? Qu'est-ce qu'il y a ?
12:32 Depuis quand il y a un avocat ? Qu'est-ce qu'il..."
12:34 Et je vois que ça s'organise.
12:36 Alors d'un coup,
12:38 il y a une nouvelle ébullition.
12:40 Il y a une ébullition parce qu'on se dit
12:42 "Oh là là, mais on n'est pas habitués
12:44 à avoir un avocat qui vient voir Salah Abdeslam."
12:46 Salah Abdeslam, il est très surveillé,
12:48 donc il faut ramener
12:50 une armada de personnes pour pouvoir
12:52 envisager d'ouvrir la porte de sa cellule,
12:54 voir ce qui se passe, et éventuellement
12:56 le ramener jusqu'à la salle de parloir si toutefois il accepte.
12:58 Et là,
13:00 il y a un avocat qui vient voir Salah Abdeslam,
13:02 et il est très surveillé.
13:04 Toutefois il accepte.
13:06 Et on m'installe dans une petite salle,
13:08 et on me dit qu'on va le prévenir.
13:10 Et puis on va voir s'il veut venir ou pas.
13:12 Et je sens que ça s'agit de
13:14 beaucoup autour, qu'on ferme la porte
13:16 pour pas que je sois trop au contact de l'agitation.
13:18 Et alors je vois une petite
13:20 personne arriver avec
13:22 une petite mallette noire,
13:24 une personne qui avait l'air un peu geek,
13:26 bon je sais pas, peut-être que je projette, mais
13:28 voilà, une petite personne qui arrive avec sa petite
13:30 mallette et qui va s'installer dans le parloir
13:32 qui est juste à côté. Je fais pas plus
13:34 attention que ça, je vous avoue, mais bon.
13:36 Et donc j'attends,
13:38 j'attends de longues minutes
13:40 pour que, je sais pas,
13:42 10-15 minutes plus tard, on dise "Ah, écoutez,
13:44 maître, il faut changer de parloir."
13:46 Alors que le petit bonhomme
13:48 à la mallette noire vient de
13:50 quitter cette salle, et que je
13:52 m'y installe, et que je trouve ça peut-être un peu
13:54 surprenant. Voilà.
13:56 - La conviction d'Olivia Ronen,
13:58 c'est que ce parloir a été sonorisé,
14:00 c'est-à-dire placé sur écoute.
14:02 - C'est pas légal, normalement.
14:04 Puisque la confidentialité
14:06 des échanges entre un avocat
14:08 et son client doit être garantie,
14:10 donc ça c'est le genre de pratique que je
14:12 réprouve au plus haut point. Bon, là,
14:14 je pense qu'on est dans des intérêts, qu'on
14:16 était dans des intérêts tellement
14:18 graves, tellement sérieux
14:20 et périlleux que, bon.
14:22 Puis de toute façon, je vais pas commencer à faire des histoires,
14:24 j'ai juste envie qu'une rencontre puisse avoir
14:26 lieu, et puis je sais bien que, de toute
14:28 façon, à ce moment-là,
14:30 y'a pas forcément des choses...
14:32 Comment dire...
14:34 C'est pas à ce
14:36 moment-là qu'on va se dire les choses les plus secrètes,
14:38 à mon avis.
14:40 [Musique]
14:44 Le parloir, c'est une
14:46 petite pièce avec
14:48 une fenêtre. Une fenêtre
14:50 sur la cour de promenade, où de temps en temps,
14:52 du coup, y'a beaucoup de bruit,
14:54 parce que les détenus
14:56 peuvent un peu profiter de se
14:58 décourdir les jambes et d'être à l'air libre.
15:00 Donc, on a cette
15:02 fenêtre sur la cour,
15:04 on a deux chaises, une table,
15:06 c'est assez sommaire,
15:08 un ordinateur dont on sait pas exactement
15:10 à quoi il peut servir, et donc,
15:12 cette porte s'ouvre sur
15:14 sa lame d'Islam,
15:16 avec lequel je vais pouvoir
15:18 m'entretenir un long moment.
15:20 [Musique]
15:22 Avant de vous raconter la suite
15:24 de cette histoire, je voudrais vous redire ce qui
15:26 se joue ici. Les Etats-Unis ont
15:28 eu le 11 septembre 2001, la France
15:30 le 13 novembre 2015.
15:32 Mais les victimes américaines n'ont jamais été confrontées
15:34 aux terroristes dans un tribunal.
15:36 La plupart étaient morts, les autres ont fini à Guantanamo.
15:38 En France, il y a eu
15:40 un procès. Un procès avec
15:42 pour tous les accusés, le droit à une défense.
15:44 C'est l'un des piliers de notre démocratie.
15:46 Mais vous allez le voir,
15:48 défendre un terroriste, c'est évidemment plus compliqué
15:50 que défendre un criminel de droit commun.
15:52 [Musique]
15:54 [Musique]
15:56 Vous venez d'écouter "Le Terroriste",
15:58 un podcast européen produit
16:00 par Europe 1 Studio. Réalisation,
16:02 Christophe Daviau avec Clément Ibrahim.
16:04 Production, Fanny Rascl avec
16:06 Camille Bichler. Diffusion
16:08 et rédaction, Lisa Soster.
16:10 Musique originale, Sandy
16:12 Lavallart, The Supervision.
16:14 Je vous donne rendez-vous dès maintenant pour
16:16 l'épisode 2, au Parloir.
16:18 - Je dis "C'est pas vrai, tu as refusé
16:20 et...
16:22 "Ah bah non, moi je fais ce métier
16:24 et c'est pour ça que je fais ce métier,
16:26 c'est extraordinaire ce qu'il m'avait dit.
16:28 C'est extraordinaire, oui.
16:30 Mais difficile,
16:32 difficile à imaginer.
16:34 "Le Terroriste" est disponible sur toutes les plateformes
16:36 ainsi que sur le site et l'application
16:38 Europe 1. Si vous avez aimé, je vous laisse
16:40 en parler autour de vous, à vos amis,
16:42 à vos collègues, à vos proches ou sur les
16:44 réseaux sociaux. A bientôt.
16:46 [SILENCE]
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