00:00On va parler des autoroutes. Va-t-on vers la gratuité ? Car les concessions vont être remises en jeu.
00:05On en parle avec Arnaud Quémard. Merci d'être sur CNews.
00:09Vous êtes l'un des gestionnaires du réseau autoroutier Nord et Est.
00:11L'Ouest aussi, c'est la SANEF, Société des Autoroutes Nord et Est de la France.
00:15Alors, on se dit toujours à quand la gratuité pour les autoroutes ?
00:19Alors, à quand la gratuité ? Moi, je n'en sais rien. Finalement, c'est un choix politique.
00:24L'ensemble des concessions historiques, qui représentent 9000 km du réseau autoroutier français,
00:29vont se terminer naturellement. Leur contrat va se terminer entre 2031 et 2036.
00:36À partir de là, et donc là, naturellement, puisque l'autoroute, c'est un bien public.
00:40Nous ne sommes que concessionnaires d'une infrastructure qui a un bien public.
00:44Donc là, l'État, le gouvernement de cette époque-là, aura un choix à faire,
00:49qui est, va-t-on reprendre la main ? Va-t-on continuer avec le péage ?
00:55Il y a une expérience en Europe, en Espagne.
00:57Il y a eu, à la fin des concessions, les concessions sont devenues publiques.
01:04Les autoroutes, l'État espagnol a décidé d'arrêter le péage.
01:07Le résultat est catastrophique.
01:09Il y a plus d'entretien, c'est ça ?
01:11Alors, plus d'entretien, et puis 40% d'accidents en plus.
01:14L'autoroute AP7, qui est entre la frontière française et Valence, sur la côte méditerranéenne,
01:19est devenue l'autoroute la plus dangereuse d'Espagne.
01:21Vous voulez dire qu'en fait, si on veut une autoroute de qualité, bien entretenue, il faut payer, c'est
01:25clair ?
01:26En fait, il n'existe pas de route gratuite, au fond.
01:29Soit elles sont payées par le péage, donc sur le principe de l'utilisateur-payeur.
01:34Donc on utilise l'autoroute, on la paye, on ne l'utilise pas, on ne la paye pas.
01:37Ou, comme les routes nationales, les routes départementales, elles sont financées par les impôts.
01:41Mais elles sont amorties, ces autoroutes, depuis le temps ?
01:44Alors non. Non, elles ne sont pas amorties.
01:46C'est que les sociétés d'autoroutes ont repris intégralement la dette des sociétés d'autoroutes publiques de l'époque.
01:55C'est d'ailleurs, on se le rappelle, la dernière fois que l'État français s'est désendetté.
01:59Ça veut dire que derrière, il y a un opérateur, l'Espagnol en l'occurrence, pour les autoroutes du Nord
02:05et de l'Est de la France, c'est ça,
02:07qui reverse de l'argent à l'État français.
02:09Donc c'est l'Espagnol qui va reverser une partie des recettes.
02:11Alors, non, c'est plus compliqué que ça.
02:14Donc en 2006, les sociétés d'autoroutes publiques, l'État a décidé de les privatiser.
02:20Donc il a vendu ses actions dans un processus de mise en concurrence de tous ceux qui voulaient acheter ses
02:28actions.
02:28En l'occurrence, pour Sanef, c'est un consortium qui était géré par Abertis, qui est une société espagnole,
02:36qui a gagné cet appel d'offres.
02:39Et donc ce qu'a fait Abertis, comme d'ailleurs tous les autres concessionnaires privés, Vinci, le groupe Vinci, le
02:46groupe Effage,
02:47ils ont payé à l'État, en une fois en 2006, tous les dividendes que comptait obtenir l'État d
02:55'ici la fin de leur propre concession.
02:57En avance.
02:57En avance.
02:58Et ils ont récupéré la dette, qui était une dette publique, récupéré la dette, qui était de 20 milliards au
03:03total.
03:05Le coût de la privatisation pour les concessionnaires, ça a été 44 milliards d'euros qui ont été versés, payés.
03:13Alors ça veut dire aussi qu'il y a des taxes derrière, que l'État doit encaisser quand même.
03:16Donc c'est quand même encore un bénéfice pour lui.
03:18Alors absolument, parce que le premier bénéficiaire du péage, on ne le sait pas, ou on ne le sait pas
03:23assez, c'est l'État.
03:25Sur 10 euros de péage, il y a aujourd'hui, au moment où on parle, 4,2 euros de taxes
03:31qui sont versés à l'État.
03:32Ça veut dire que, bon, quand on fait une distance Paris-Nice, par exemple, je ne sais pas, ça doit
03:37être 100 euros, hein,
03:3840 euros vont dans les caisses de l'État.
03:40Absolument.
03:41C'est effrayant.
03:42Plus des taxes nouvelles qui vont s'ajouter, peut-être ?
03:45Alors, c'est, on a, évidemment, on subit, on paye, comme d'ailleurs bien naturellement toute la fiscalité générale,
03:52donc on collecte la TVA, on paye l'impôt sur les sociétés, on paye la surtaxe d'impôt sur les
03:57sociétés.
03:58Aussi, ah oui, sur les gros.
04:00Alors, c'est une cash-machine énorme pour l'État, c'est pratiquement 6 milliards d'euros par an qui
04:05vont dans les caisses de l'État
04:07et qui viennent directement des péages.
04:09Et justement, avec la hausse des prix du carburant, est-ce qu'il y a un impact sur le trafic
04:14et donc une baisse de recettes ?
04:15Alors, oui.
04:17Oui, cette année, on est, au moment où on parle, sur l'ensemble du groupe SANEF, à moins 2,2
04:22% de chiffre d'affaires.
04:23Donc, c'est quand même une baisse qui est assez importante.
04:26Il y a pas mal de raisons à ça.
04:28Il y a évidemment la hausse des prix du carburant, sur laquelle beaucoup de Français ne prennent plus la voiture
04:34ou ne prennent la voiture que pour des trajets essentiels.
04:36D'ailleurs, on le voit très bien, les trajets qui baissent, ce sont les trajets longue distance.
04:39Les trajets courts, qui sont les trajets du quotidien, continuent parce que quand on doit travailler tous les jours, on
04:47prend la route.
04:47Donc, si on en revient au prix du péage, vous dites qu'il est utile.
04:50Mais la priorité, c'est quoi ? C'est l'entretien ? C'est la sécurité ?
04:54Quand vous gagnez de l'argent, ça va où ? Ce n'est pas juste pour rembourser une dette ?
04:58Alors, non, non, non. Le premier objectif d'une société d'autoroutes, c'est d'assurer la fluidité et la
05:06sécurité des millions de personnes.
05:08Pour donner un ordre de grandeur, il y a un Français sur deux qui prend au moins une fois par
05:12an un des axes du groupe SANEF.
05:14Donc, c'est absolument considérable. La sécurité, c'est notre priorité maximale.
05:18La sécurité, ça passe par les centaines, 2000 collaborateurs du groupe qui assurent la sécurité au quotidien,
05:26les patrouilleurs, qui mettent leur vie en danger. Je signale, d'ailleurs, on a eu un événement extrêmement triste.
05:33C'est qu'il y a deux semaines, un de nos salariés a été percuté par un meurtrier de la
05:39route.
05:39Ce sont les fourgonnettes oranges, c'est ça ?
05:41Oui, elles sont jaunes chez nous.
05:42Jaunes maintenant, c'est ça.
05:42Elles sont jaunes chez nous. Mais qui a été percuté par un meurtrier de la route à 4 heures du
05:47matin,
05:47qui roulait à 140 km heure dans une zone limitée à 70.
05:51Et il avait, d'après nos informations, 2 grammes d'eau d'alcool dans le sang.
05:55Oui. Concernant la voiture électrique, ça peut changer la donne chez vous ?
05:58Plus de prudence, moins de voitures, moins de stations-services peut-être ?
06:02Alors aujourd'hui, on a à peu près 5% des véhicules qui circulent sur notre réseau,
06:06qui sont des véhicules électriques.
06:07Mais 5, ce n'est pas beaucoup.
06:09Oui, mais ça accrue très très vite, puisqu'il y a quelques années, on était à moins de 1%.
06:13Donc on voit une croissance très très nette.
06:15Il y a un autre chiffre qui est très marquant, c'est que les recharges de véhicules électriques
06:21sur le volume d'électricité qui a été distribué l'été dernier est en croissance de 50% par rapport
06:28à l'été d'avant.
06:29Donc ça, c'est...
06:30Et au prix fort, il faut préciser, on n'est pas loin du prix de 100 km avec l'essence.
06:36Alors, au prix fort, au prix fort, et je voudrais tordre le coup, en profiter pour tordre le coup à
06:42quelque chose,
06:43c'est que le prix fort, il est lié à la politique commerciale des opérateurs.
06:50Et donc la recharge à qualité égale, c'est-à-dire avec le même niveau de puissance,
06:55qui sont des puissances très très très élevées,
06:57est la même hors du réseau concédée que sur le réseau concédé.
07:02D'accord. Bon. Donc on espère que ça baissera avec le temps.
07:04Avec la concurrence.
07:06Merci beaucoup, en tout cas, Arnaud Kemar, d'être venu sur CNews.
07:09Je le rappelle, président de la SANEF, Société Nationale des Autobus pour l'Est de la France.
07:14Merci beaucoup.
07:15Merci.
07:16Merci.
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