00:00Pascal Proé-Vous.
00:02La journée d'action a rassemblé 270 000 manifestants hors Paris, selon les autorités.
00:08Ça c'était à 13h, il est possible que le chiffre augmente un peu.
00:11Dans l'enseignement supérieur, 33% des établissements sont perturbés,
00:14près de 16% des enseignants sont en grève.
00:16Ce n'est que 16%, si vous me permettez.
00:19Matignon a fait état de 2,2% de lycées bloqués, soit 81 lycées.
00:25C'est pas grand chose, convenez-en.
00:27Le ministère de l'Intérieur a noté des tensions à Lyon,
00:29où plusieurs individus se sont constitués en black bloc,
00:32et des incidents à Nantes, ce qui n'est pas étonnant.
00:34Un lycée a été incendié près de Toulouse.
00:36Le lycée Françoise de Tournefeuille, des casseurs sont entrés tôt ce matin,
00:41ont tiré des mortiers en direction des agents, et allumé des feux.
00:46Marine Le Pen a tweeté, ces images sont insupportables, les chocs les français.
00:49Encore un lycée incendié, encore un lieu d'éducation attaqué,
00:53des élèves, des personnels confrontés aux conséquences d'une violence sans limite,
00:57et désormais systématique.
00:59On est avec Anna, qui nous appelle régulièrement, qui est commerçante à Paris,
01:04et on va essayer de préserver l'anonymat,
01:05de ne pas dire forcément dans quel quartier vous êtes, Anna.
01:08Bonjour.
01:09Bonjour Anna, bon, pardon, vous m'avez perturbée Pascal.
01:12Parce que vous m'appeliez comment ?
01:14Anna.
01:14Vous m'appeliez Anna ?
01:15Anna, c'est vous.
01:16J'étais dans mes pensées, j'attendais.
01:19Voilà, j'attendais.
01:20Bonjour à toutes et tous, c'est à vos auditeurs.
01:22Anna, vous êtes parisienne, vous ne travaillez pas aujourd'hui ?
01:25Ben non, écoutez, moi j'ai pris la décision de fermer parce que j'ai tenté de travailler la peur
01:29au ventre,
01:30et puis parce que les gens ne viennent pas aussi, les gens ont peur,
01:33donc les stations métro fermées, enfin voilà, les charges continuent de courir,
01:38mais j'écoute aussi ce que m'a dit mon assurance,
01:41c'est-à-dire largement conseillé de fermer, comme la dernière fois d'ailleurs,
01:45ce que je vous avais dit à l'antenne déjà.
01:48C'est entendu.
01:48Est-ce que vous avez chiffré le manque à gagner ?
01:51Ben écoutez, pas au total pour l'instant, pour deux raisons.
01:56D'abord parce que j'angoisse de le chiffrer.
01:59Ensuite, je n'ai pas vraiment eu le temps,
02:00mais j'ai des bouffées d'angoisse qui me manquent,
02:03parce qu'on ne sait pas comment on va s'en sortir,
02:05et sortir de cette crise, surtout, on n'a aucune visibilité.
02:09Donc je ferai ça le mois prochain, je vais regarder.
02:12Mais dans ce que j'entends autour de moi avec mes collègues du quartier,
02:16on est tous à peu près entre 30 et 50% de pertes de chiffres,
02:19ce qui est colossal.
02:21Vous imaginez bien, on est déjà à trois samedis,
02:24et puis ça n'a pas l'air de prendre le chemin de s'arrêter.
02:29Donc entre la colère, l'impuissance...
02:32Il y a une manifestation de prévu samedi, a priori, ou pas ?
02:35Elle est confirmée, cette manifestation ?
02:37Je demande à Laurent Tessierry.
02:38Pour l'instant, nous n'avons pas eu de confirmation, mais bon.
02:40Ils vont encore se mobiliser ?
02:42Mais pour le moment, il n'y a pas de confirmation.
02:44Ah non, c'est pas le parcours.
02:45On ne connaît même pas le parcours.
02:47Non, mais que dire ?
02:50En fait, il y a le droit de manifester, bien sûr.
02:54On a des minorités actives qui sont très puissantes aujourd'hui en France.
02:57Oui, mais on a aussi le droit de travailler.
02:59J'ai cité les chiffres, il y a 16% simplement, par exemple,
03:03des enseignants qui sont en grève.
03:0616%, c'est-à-dire qu'il y en a 84% qui...
03:09Bon, c'est quand même des majorités écrasantes.
03:12Mais ils sont chauffés à blanc par la France insoumise.
03:15Vous avez une sociologie de jeunes gens particulièrement en colère aujourd'hui.
03:20Des professions notamment précarisées, intellectuelles,
03:24jeunes adultes qui ont commencé dans la vie active
03:31et qui n'ont pas la vie, en tout cas matérielle ou financière, qu'ils imaginaient.
03:35Ça, c'est une sociologie.
03:36Donc on retrouve ça chez les intellectuels, chez les profs,
03:39chez les journalistes, bien sûr, dans les collectivités territoriales.
03:43Il y a beaucoup de jeunes gens qui travaillent.
03:45C'est vrai que la vie n'est pas facile,
03:47quand on travaille entre 25 et 30 ans,
03:49et que tu gagnes tout juste mieux que le SMIC.
03:52C'est difficile de se loger.
03:53C'est difficile, évidemment, d'acheter.
03:58Mais tout cela aussi est le résultat d'une politique de redistribution en France.
04:04Je ne cesse de le dire.
04:05Dans une politique économique, tu n'as que deux systèmes possibles.
04:09Soit tu prends beaucoup et tu redistribues beaucoup,
04:13soit tu prends peu et tu redistribues peu.
04:15Nous, on a choisi de prendre beaucoup et de redistribuer beaucoup.
04:18Donc les Français, ils payent ça aussi.
04:21La santé est gratuite.
04:22Il y a beaucoup de redistributions en France.
04:25Le chômage, si vous êtes arrêté, vous êtes évidemment assuré.
04:31Donc tout ça a un coût.
04:33Et ça a un coût, c'est 23-24%, je crois, de votre fiche d'impôt,
04:40plus la CSG.
04:43Vous avez quasiment 30% de différence aujourd'hui entre le brut et le net.
04:50Puisque la CSG, c'est 9%.
04:53C'est beaucoup trop.
04:55Oui, mais c'est beaucoup trop.
04:56Je sais, entre le brut et le net, il y a une grosse différence.
05:00Mais Géraldine, c'est aussi les Français.
05:02Mais je sais.
05:02C'est de la redistribution.
05:04Donc est-ce que vous êtes prêts à ce qu'on redistribue moins ?
05:07Est-ce que vous êtes prêts que, par exemple, lorsque vous serez au chômage,
05:11vous soyez moins assurés ?
05:12Est-ce que vous êtes prêts, lorsque vous allez à l'hôpital,
05:15peut-être à payer davantage ou à payer un peu, je ne sais pas ?
05:20C'est vrai qu'on n'a pas été habitués à ça.
05:21Ben oui.
05:22Donc les salaires sont bas, bien sûr.
05:25Les salaires sont bas.
05:26Ils le sont trop.
05:27C'est évident.
05:28Anna, vous avez des salariés ?
05:30Non, c'est ce qui me sauve, en partie.
05:33Parce qu'évidemment, d'abord, je n'ai pas les angoisses
05:34de devoir régler à la fin du mois comme mes collègues.
05:39Et c'est ce qui me sauve, parce qu'il n'y a que moi.
05:40Mais bon, j'ai tout le stock, j'ai des charges, et moi aussi.
05:43C'est-à-dire que ce que j'ai exprimé récemment en réunion dans mon quartier,
05:48c'est qu'il faudrait aussi que les gens comprennent
05:49que les commerçants sont des citoyens.
05:52Des hommes, des femmes, des gens qui ont des charges,
05:54qui ont des enfants, qui se soignent aussi, qui vivent en fait.
05:58Qu'on arrête de nous présenter, certains, certaines,
06:01sur les réseaux sociaux, on voit ça pas mal en ce moment,
06:04comme des gens ultra-privilégiés qui, s'ils ont un magasin,
06:08c'est qu'ils ont beaucoup, beaucoup, beaucoup d'argent.
06:10C'est pas du tout la réalité.
06:11Il faut arrêter de tout confondre et d'être dans le fantasme.
06:14Ça n'a strictement rien à voir.
06:16Un commerçant, c'est quelqu'un qui travaille énormément,
06:18qui prend très peu de congés, qui n'a pas de congés payés, je le rappelle.
06:21C'est tout le contraire d'un salarié.
06:23Donc, nous, on vit nos métiers avec passion.
06:26Mais le droit de manifester, je ne remets absolument pas ça en cause.
06:30C'est un droit inaliénable, et j'ai aucun souci avec ça.
06:32J'ai moi-même manifesté à chaque fois que j'en ai ressenti le besoin.
06:36Mais le droit de travailler, c'est aussi un droit.
06:39Voilà.
06:40Bien sûr.
06:41Donc, laissons-nous travailler.
06:43Là, on a de gros, gros soucis qui arrivent.
06:46Je ne peux pas vous dire quel quartier,
06:48mais un quartier de l'Est parisien,
06:51beaucoup de boutiques vont être mises en vente prochainement.
06:54Les gens ne veulent plus rester.
06:56Les gens ont peur.
06:58Ils ne veulent plus continuer à travailler dans ces quartiers-là.
07:01Donc, c'est compliqué.
07:03Il y a un effet domino qui n'est pas sans conséquences
07:07sur la vie de quartier, donc sur les riverains,
07:10sur les salariés qui vont être mis au chômage,
07:12sur les commerçants qui vont devoir arrêter,
07:18ou qui n'auront pas le choix.
07:19Vous voyez ce que je veux dire ?
07:20Je le vois complètement.
07:21En 24 heures, les vies brisaient, tout simplement.
07:24Dans les échos, il y avait un papier vraiment très intéressant.
07:27Ces derniers mois, il y a 50 000 emplois de commerçants
07:33qui ont été supprimés.
07:35Alors, c'est presque un plan social, mais invisible.
07:38Pourquoi ?
07:39Parce que c'est deux vendeurs ici, trois vendeuses là,
07:43un commerce ici.
07:44C'est-à-dire que c'est parfaitement...
07:47Évidemment, c'est pour ça que les gens en ont assez peu parlé.
07:50Parce que ça ne se voit pas.
07:52Ce sont des micro-échecs ou des micro-faillites
07:56qui se mettent en place.
07:58Mais j'ai lu ça dans les échos, c'était passionnant.
08:01D'ailleurs, 50 000 personnes.
08:03Mais qui va ouvrir aujourd'hui un commerce dans le centre-ville ?
08:07Qui va vouloir être à Rennes, à Nantes, à Bordeaux,
08:10ouvrir un magasin ?
08:11Mais ce n'est plus possible.
08:13Donc, ce n'est plus possible.
08:15Il y a des gens qui sont en train de détruire tranquillement la France
08:17et des minorités actives.
08:20Et comme tu as un gouvernement qui est faible aujourd'hui,
08:23c'est toujours la même phrase.
08:25On paye toutes les factures en 40 ans.
08:27Toutes les factures de 40 ans, on les paye en ce moment.
08:29Donc, c'est terrible d'ailleurs.
08:31Toutes nos lâchetés, tous les dénis, tout ce qui a été dit
08:34sur l'école, sur la justice,
08:36sur le manque de réponse à ce qui se passe
08:40sur le terrain, les manifestants,
08:43pour des raisons parfois bonnes ou mauvaises.
08:45Les flics n'interviennent pas.
08:47Ils ont l'ordre de ne pas intervenir.
08:49Pourquoi ?
08:49Parce que les gouvernements redoutent un drame
08:54depuis la mort de Malik Ousikine.
08:56C'était il y a 40 ans d'ailleurs.
08:57C'était en décembre 1986.
08:59Et de Rémi-Fraisse.
09:00Il y a toujours des raisons d'ailleurs.
09:02Il y a toujours des raisons.
09:03C'est pour ça qu'on n'est pas intervenus dans la ZAD de Nantes.
09:07La ZAD de Nantes pour l'aéroport Notre-Dame-des-Landes.
09:10C'était le Premier ministre Édouard Philippe.
09:13Il n'est pas intervenu.
09:14Donc, on cède.
09:15Quand on cède, je vais vous dire, on récolte ce qu'on cème.
09:18Voilà, on a tout.
09:20J'aimerais ajouter quelque chose, Pascal.
09:21Je vous en prie.
09:23Il y a quelques secondes à juste titre, on ne se rend pas compte.
09:27Trois dans deux par-ci, quatre par-là, etc.
09:29C'est quasiment invisible.
09:31Ce qu'il faut quand même que les gens comprennent, c'est que les commerçants sont les premiers
09:34collecteurs de TVA en France.
09:36Il faut expliquer aux gens à quoi sert la TVA.
09:38La TVA, ça aide justement à financer des équipements, des prestations publiques.
09:44C'est redistribué.
09:45Bien sûr, bien sûr.
09:46C'est une taxe sur la valeur ajoutée.
09:48Donc, quand un commerce ne fait pas de chiffres, pour quelques raisons que ce soit,
09:51c'est encore moins de TVA pour l'État.
09:55Donc, ça va être encore moins d'argent dans les caisses pour les citoyens.
09:59Donc, pour les écoles, pour la santé, pour la sécurité, etc.
10:04Les gens ne comprennent pas en fait que tout est lié.
10:07Il faut quand même...
10:08Vous voyez ce que je veux dire ?
10:09Anna, je vous inquiére, parce qu'il est 16h26.
10:11On va marquer une pause d'Emilides dans une seconde.
10:14Et évidemment, vous pouvez continuer à nous appeler.
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