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Jean Gabin, acteur légendaire, nourrissait un rêve : s'installer à la campagne, loin du tumulte du cinéma. En Normandie, il trouve une propriété où il espère enfin se rapprocher de la nature. Mais ce rêve se transforme rapidement en cauchemar lorsqu'il se heurte à l'hostilité d'un monde paysan en pleine mutation. Un rejet brutal qui marquera profondément l'acteur. Année de Production : 0
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00:01Il rentrait dans les fermes pour sentir le fumier.
00:03Il trouvait que le fumier sentait bon.
00:05Il prenait de la terre, il dit « mais sens la terre de Meryl comme elle sent bon ».
00:10Il adorait la campagne, c'était un paysan jusqu'au fond de son être.
00:14Les gens savaient très bien qu'il ne fallait pas parler de cinéma.
00:17Ils lui parlaient d'élevage, des chevaux, ou les bovins, la récolte, tout ça.
00:22Ça, il était heureux.
00:26Jean Gabin a vécu une carrière au cinéma exceptionnelle avant et après-guerre.
00:33Il était un grand acteur.
00:36Il avait aussi une âme paysanne.
01:20Le regard fixe, la pose certaine,
01:23Ce garçon de 9 ans semble sûr de lui.
01:26Jean Moncorgé est presque déjà Jean Gabin.
01:30Son père, Ferdinand, est un artiste de Music Hall qui suit une carrière honorable,
01:36mais les revenus sont incertains.
01:39Sa mère Hélène était chanteuse et avait interrompu sa carrière pour s'occuper de ses trois enfants
01:45qui avaient à la naissance de Jean 15, 13 et 10 ans.
01:51Toute la famille vit à Mériel, dans le Val d'Oise, à une quarantaine de kilomètres de Paris.
01:58Né dans la capitale, mais élevé à la campagne, Jean adore la nature, les animaux, la terre.
02:04Cette appétence est encouragée par Jean Poésie, son beau-frère et mari de sa sœur Madeleine.
02:10Jean Poésie était un boxeur qui a connu son heure de gloire
02:13en participant à un championnat du monde de boxe en Australie qu'il n'a pas remporté.
02:19Il a cependant un beau palmarès avec 22 combats gagnés sur 38.
02:24La personne qui a été la plus importante dans ses 20 premières années,
02:28c'était son beau-frère, Jean Poésie.
02:31Et Jean Poésie, il y a eu la guerre 14 et il a perdu une jambe à la guerre.
02:35Donc il est revenu.
02:36Et en fait, c'est lui qui s'est occupé de papa.
02:39C'est lui qui lui a appris tout.
02:41La vie, comment il fallait se comporter.
02:45La personne qui a façonné papa, c'est Jean Poésie,
02:48dont il avait une immense admiration.
02:55Il l'emmenait dans les herbages, dans la campagne.
02:59Il lui a appris les animaux.
03:01Il lui a appris la valeur de la terre.
03:05Il n'aurait jamais voulu faire ce métier-là.
03:08Il a été couché par son père.
03:11Lui, il voulait être conducteur de locomotives.
03:14Donc c'est forcé, un peu forcé,
03:18qu'il a fait ce métier-là.
03:19Et il disait, de toute façon, ça ne durera pas longtemps.
03:23À 15 ans, il fugue du lycée parisien Jansson de Sailly,
03:27où il était interne.
03:28Il rentre dans la vie active
03:30et est tour à tour cimentier, manœuvre et magasinier.
03:35Trois ans plus tard, à 18 ans,
03:37c'est presque contraint par son père
03:39qu'il débute une carrière d'artiste
03:41comme figurant au Folie Bergère.
03:43Nous sommes en 1922.
03:45Le musical, pour lui, il a beaucoup aidé.
03:47Il a rencontré des tas de vedettes
03:49qui l'ont formé un peu.
03:50Quand on rencontre et qu'on est sur une scène
03:52avec Miss Tinguette, etc.,
03:54ça marque une vie.
03:55Il rencontre beaucoup de comédiens.
03:57Il apprend à chanter.
03:58Il chante très bien.
03:59Un peu comme ses parents
04:00qui étaient un peu dans la partie.
04:02Donc ça a été très important
04:03pour Gabin,
04:05cette première partie de sa vie.
04:07Comment se fait-il qu'au cinéma,
04:08vous soyez devenu le granit solide
04:10du personnage de Gabin
04:11de Pépé le Mocco, par exemple ?
04:14Je jouais l'opérette aux bouffes parisiens
04:15où je chantais et je dansais.
04:17C'est la dernière fois que j'ai dansé, d'ailleurs.
04:20Et à cette époque-là, c'était en 30,
04:23la Maison Pâté cherchait un jeune premier
04:26pour tourner une opérette.
04:28Et alors j'étais faire un essai,
04:29je me suis trouvé lamentable, d'ailleurs,
04:31une gueule impossible.
04:32Moi, je me suis dit, ça y est, c'est fini.
04:35On s'est râpé, on va me prendre.
04:37Mais finalement, ils m'ont pris.
04:47Ce qui est extraordinaire
04:49dans la carrière de Gabin,
04:50c'est qu'à partir du moment
04:53où il commence, dans les années 30,
04:55jusqu'à la guerre,
04:57il va faire une dizaine de chefs-d'oeuvre
04:58de films qui resteront dans l'histoire.
05:00Entre 36, 37 et le début de la guerre,
05:03il va faire La Bandera,
05:05les films de Tuvivier,
05:06Pépé le Moco, La Grande Illusion,
05:08Le Jour se Lève, Le Quai des Brumes,
05:10des films qui resteront comme des chefs-d'oeuvre.
05:13Et c'est pour ça qu'il devient une star immense
05:16dans cette première partie de sa carrière.
05:29Il était beau mec,
05:32il venait du peuple,
05:33il venait d'un milieu très modeste,
05:35il avait fait pas mal de petits boulots
05:36quand il était jeune
05:38et il avait une force.
05:44Il avait une vérité déjà,
05:48un naturel.
05:49Un journaliste a dit
05:50qu'il n'allait pas vers les personnages
05:52et je trouve que c'est une très belle définition.
05:55Les personnages venaient à lui.
05:56C'est ça, Gabin.
05:57C'est-à-dire qu'il ne compose jamais Gabin.
05:59Il est Gabin,
06:01il a une vérité humaine incroyable
06:03et qu'il joue un président de la République
06:05ou qu'il joue Archimède de Clochard,
06:07c'est les personnages qui viennent à lui.
06:09Tu portes ta carte d'inspecteur sur la figure.
06:12Avoir l'air d'un faux jeton à ce point-là,
06:13je te jure que c'est vraiment de la franchise.
06:15Il avait une façon de jouer
06:17qui était bien à lui.
06:19D'abord, il changeait parfois
06:21un tout petit peu le texte,
06:22parce que des choses ne lui allaient pas.
06:25Il faisait quelque chose
06:27que seuls les grands acteurs peuvent faire.
06:29Il voyait la longueur du texte,
06:31il disait ça, on peut barrer,
06:33on peut barrer, on peut barrer,
06:34je vais le jouer.
06:35Peut-être qu'un regard,
06:37une façon de faire
06:38va remplacer le texte, voilà.
06:40J'aime beaucoup Yabin.
06:42Moi aussi.
06:43On l'aime tout, je crois, ici,
06:45parce que c'est quand même
06:46en dépit de son caractère,
06:48un sacré personnage,
06:49et puis un ami aussi.
06:51Puis c'est un prodigieux d'acteur.
06:53Il faut bien le dire,
06:54il couvre 30 ans de cinéma comme un prince.
06:56Quand on lui disait
06:57qu'il avait un sale caractère,
06:59il répondait, j'ai du caractère.
07:01Il n'était quand même pas facile du tout, Yabin.
07:03Pas facile du tout.
07:10Il pouvait piquer des colères,
07:12il pouvait bouder,
07:14voilà, mais en même temps,
07:15sur le plateau,
07:17tous ceux qui l'ont entouré,
07:19et des jeunes,
07:20des Daniel Gélin,
07:22des jeunes qui sont devenus célèbres plus tard,
07:25disaient,
07:26quel acteur, quoi.
07:27C'est-à-dire qu'aucun n'a eu à souffrir de son jeu.
07:31Je crois que c'est un des rares acteurs au monde
07:34qui, du premier film,
07:36chacun sa chance,
07:37à l'année sainte,
07:40il a toujours eu le premier rôle.
07:42Mais en fait,
07:43il était persuadé
07:44que ce métier-là n'allait pas durer.
07:48âgé de 35 ans,
07:50Jean Gabin devient une vedette.
07:52Ayant une situation financière confortable,
07:54il achète alors une première ferme
07:57à Saint-Gemme,
07:58en Eureloir.
07:59Cette acquisition le rassure,
08:00mais pas seulement.
08:02Jean Gabin avait en lui
08:03une âme paysanne,
08:04comme le rappelait Gabi Basset,
08:06sa première épouse.
08:08Il me disait,
08:08tu ne te figures pas
08:09que je vais faire le clown toute ma vie, non ?
08:11On allait dans les bois,
08:12on allait dans les fermes tout autour,
08:14car il adorait les fermes.
08:15Il rentrait dans les fermes
08:16pour sentir le fumier.
08:17Il trouvait que le fumier sentait bon.
08:19Il prenait de la terre.
08:20Il dit,
08:21mais sens la terre de Meryl,
08:23comme elle sent bon.
08:24Je dis,
08:24oui, elle sent bon,
08:25oui, enfin, oui.
08:26Et alors,
08:27on se promenait,
08:27on se promenait.
08:28Et un jour,
08:28il me prend par le coup,
08:29il me dit,
08:30tu sais ma pépette,
08:31parce qu'il m'appelait pépette.
08:32Un jour,
08:33on l'aura à notre ferme.
08:34Je te le promets.
08:35Il l'a eu,
08:36mais sans moi.
08:38Vers la fin de sa vie,
08:39dans une interview,
08:40il a dit,
08:41de toute façon,
08:41moi,
08:41quand j'aurai fini de tourner,
08:42parce qu'à un moment,
08:43il voulait arrêter.
08:44Il dit,
08:44je vais retourner dans ma forêt,
08:46je vais chasser,
08:47j'aime que ça.
08:48Il adorait la campagne.
08:50C'était un paysan
08:51jusqu'au fond de son être.
08:53Il adorait ça.
08:54Il aimait la nature,
08:55il aimait les chevaux.
08:57Il a été quand même
08:57un sacré propriétaire.
08:59Ça a été très important dans sa vie.
09:0622 juin 1940,
09:08la France rend les armes
09:09et signe un armistice
09:10avec l'Allemagne.
09:12Nombreux sont les Français
09:14qui se sentent perdus.
09:16Jean Gabin,
09:17lui,
09:17sait qu'il ne veut pas tourner
09:19pour le cinéma allemand,
09:20malgré les sollicitations
09:22qu'il reçoit
09:22de la Continentale,
09:23la société de production
09:25aux capitaux allemands.
09:28Il part pour les États-Unis,
09:30rencontre Marlène Dietrich,
09:31avec qui il vit une passion amoureuse.
09:35Il reprend son métier
09:37et joue dans deux films.
09:41Mais Jean est habité de scrupules.
09:44Répondant à l'appel du devoir,
09:46il adhère en 1942
09:47aux Forces françaises libres.
09:49Il est incorporé
09:50à la 2e division blindée
09:52de Leclerc et participe
09:53entre autres
09:54à la libération de Colmar
09:55pendant l'hiver 1945.
09:58Chef de char
09:59et le plus âgé
10:00de ces hommes,
10:01il est respecté.
10:02Et il a toujours dit
10:03pendant la guerre
10:05qu'il ne fallait pas être lâche,
10:07pendant que les autres se battaient,
10:08il n'avait pas trop envie
10:09de faire du cinéma.
10:10Il l'a toujours dit, gamin.
10:15Et après,
10:16il a eu du mal, quand même.
10:18Il le dit souvent,
10:19j'avais 37 ans,
10:21voilà, en allant à la guerre,
10:22je suis revenu,
10:23j'avais les cheveux blancs.
10:46Martin Romagnac, etc.,
10:48il y a une période difficile.
10:50Quelques films ont marché
10:51et il a fallu attendre
10:52presque 10 ans
10:54avec Touchez pas au Grisby
10:55de Jacques Péquer
10:56pour que tout d'un coup,
10:58Gabin redevienne Gabin.
11:00Je serai pas longtemps parti,
11:01ton homme.
11:01Je donne ma parole.
11:03Tu sais, Max,
11:04à mon argent,
11:04on ne fait plus sa vie.
11:11Il avait changé
11:13et ce n'était plus du tout
11:14le même personnage
11:15qu'avant la guerre,
11:16mais ça a recommencé à marcher.
11:18Alors, M. Ramon ?
11:23On ne peut pas oublier,
11:25quand même,
11:26tout ce qu'il a fait.
11:28De Archimède de Clochard
11:29à Deux Hommes dans la ville
11:30avec Delon,
11:32en passant par
11:32Un singe en hiver,
11:34Mélodie en sous-sol,
11:36Le clan des Siciliens.
11:38On les regarde,
11:39ce sont des films
11:39qui n'ont pas vieilli.
11:43C'est en toi
11:44que je n'ai pas confiance.
11:45En moi ?
11:46Oui, en toi,
11:47parce que tu ne dépenses
11:47pas le niveau de la ceinture.
11:55Une carrière comme il a fait,
11:56c'est assez incroyable.
11:58Quand on voit sa carrière,
11:59je pense qu'il a tourné
12:0190 films.
12:02Il a eu 160 millions
12:04de spectateurs
12:05dans sa vie,
12:05je crois,
12:06à peu près.
12:07Mais sur les 90 films,
12:09c'est énorme.
12:10Dans une carrière,
12:11il y a 30 chaînes d'œuvres.
12:15C'est une des plus grandes
12:16qualités des gens,
12:16c'est de n'avoir jamais changé.
12:18C'est un homme constant,
12:20il est rouspéteur,
12:21mais efficace
12:24et très tendre
12:25et très bienveillant
12:26et très gentil.
12:27Maman disait toujours,
12:28mais tu sais,
12:29Mamine,
12:30ton père n'a aucune casserole
12:32dans sa vie.
12:33Aucune.
12:34C'est vrai.
12:35Chercher.
12:37Toute sa vie.
12:38Même ses mariages,
12:39il a toujours été droit.
12:40C'était un chef de clan.
12:42Quand il tournait un film,
12:44il y avait sa bande,
12:45la bande à gabins.
12:46Et il l'imposait
12:47la plupart du temps
12:47au producteur et réalisateur
12:49et au réalisateur.
12:50Il voulait sa maquilleuse,
12:52il voulait sa costumière,
12:53il voulait son chef décorateur
12:55et puis il y avait ses potes.
12:56Et il avait,
12:59tout le monde dit,
13:00tout le monde témoigne
13:01en disant que c'était
13:01un honnête homme,
13:02que c'était un mec bien.
13:03Voilà.
13:03Et qu'il avait beaucoup
13:04de fidélité par rapport
13:06à ses amis,
13:07qu'il faisait tourner
13:08des gens qui n'avaient pas
13:09beaucoup d'argent,
13:11il les faisait mettre
13:11dans la figuration,
13:12etc.
13:13Ça, c'était le bon côté
13:14Gabin,
13:14brut de décoffrage.
13:16Et puis,
13:16ce côté ancien ouvrier
13:20qui disait,
13:21c'est comme un artisan.
13:22Sur les tournages,
13:23il venait à l'heure,
13:24il partait à l'heure,
13:25il était,
13:25pardonnez-moi l'expression,
13:26c'était un peu chiant
13:27parce qu'il disait,
13:27moi, j'ai fini de tourner,
13:29il est 19h,
13:30je m'en vais.
13:30Voilà,
13:31il était comme ça,
13:31il imposait ça.
13:35Jean Gabin se marie
13:36pour la troisième fois
13:37avec Dominique Fournier,
13:39mannequin chez Lanvin.
13:45De cette union
13:46naissent trois enfants,
13:47Florence,
13:48Valérie
13:49et Mathias.
13:54Cette nouvelle vie
13:55incite Jean Gabin
13:56à tracer une ligne
13:58bien distincte
13:59entre son métier
14:00et sa famille.
14:04Ses rêves d'une vie
14:06à la campagne
14:06se concrétisent
14:07avec l'achat
14:09et la construction
14:09du domaine
14:10de la pichonnière
14:11en Normandie.
14:13Au centre,
14:14trône la maison familiale,
14:16la Montcorgerie.
14:24Quand il a construit
14:25la pichonnière,
14:26quand il a construit
14:26la grande maison,
14:27il a dit à maman,
14:28je te ferai la surprise
14:30quand la maison sera prête
14:32et le jour
14:33où la maison a été prête,
14:34il dit,
14:35ben maintenant,
14:35je peux t'emmener.
14:37Et là,
14:37maman rentre dans la maison,
14:38elle regarde partout
14:39et dit,
14:41mais je ne veux pas habiter là.
14:43Je ne peux pas habiter là.
14:44Alors,
14:45il y a papa qui dit,
14:45mais pourquoi,
14:46tu as vu la maison et tout ?
14:47Mais non,
14:49c'est une maison de cinéma.
14:51C'est une maison
14:52et d'homme seul
14:54et de cinéma.
14:56C'est-à-dire que
14:57rien ne marchait
14:58ou rien n'était fait
14:59pour une cuisinière,
15:00rien de pratique.
15:01Des chambres,
15:02il y avait des chambres
15:03à Indy.
15:03Alors,
15:04maman lui disait,
15:05ben,
15:05on n'aura pas beaucoup d'invités.
15:07Alors,
15:07papa lui a dit,
15:08mais pourquoi il y aurait des invités ?
15:10On a trois enfants,
15:11la gouvernante
15:12et nous deux.
15:13Il n'y a pas besoin d'inviter.
15:15Donc,
15:16tout était fait
15:17pour que personne,
15:19pour là,
15:20c'était sa famille.
15:23On avait un grand canapé
15:24pour trois personnes
15:26et ses deux fauteuils.
15:27et j'ai toujours dit,
15:29voilà,
15:30papa,
15:30maman
15:31et nous trois
15:32dans le canapé.
15:35Papa,
15:35ce qu'il voulait,
15:36c'était la pichonnière.
15:38Ses trois enfants,
15:40maman,
15:41lui
15:41et puis voilà.
15:44Il disait à maman,
15:45ici,
15:46ils auront à manger,
15:48il y aura des fruits,
15:49il y aura des légumes.
15:50Si jamais il arrive quelque chose,
15:52là,
15:52ils seront là,
15:52ils seront chez eux.
15:54Voilà.
15:54Voilà l'image de papa.
15:56Il faut ne jamais oublier
15:58que papa a vécu deux guerres.
16:00Un,
16:01il était jeune,
16:02mais il l'a vécu quand même.
16:04Il n'était pas loin
16:05puisque Marielle,
16:06c'était pas loin du front.
16:09Et la deuxième,
16:11il l'a fait.
16:13Donc papa a été traumatisé.
16:15Par exemple,
16:16mai 68,
16:18on est parti à la pichonnière,
16:20on a pris tout ce qui est
16:21les victoires,
16:22enfin tout,
16:23il a tout préparé,
16:23c'était comme si on allait avoir
16:25une guerre civile
16:26et résister.
16:32De toute façon,
16:32il voulait qu'on soit toujours,
16:34qu'on ait une bonne santé,
16:35donc il fallait être dehors.
16:37Donc,
16:38parce que c'était très important.
16:39Il était complètement
16:42obnubié par ça.
16:55quand on rentrait les juments,
16:57le soir,
16:58son truc,
16:58c'était,
16:59il aimait bien être là
17:00et c'est lui
17:00qui ouvrait la barrière.
17:02On prenait les juments
17:03avec les poulains
17:04et on les emmenait,
17:05on les rentrait au box
17:06et lui ouvrait la barrière
17:07et la refertait.
17:10Son père était un flambeur,
17:11un petit flambeur,
17:13il jouait.
17:14Et son père,
17:15ce qu'il aimait,
17:16c'était d'aller aux courses
17:17de temps en temps
17:17et puis d'aller flamber.
17:21Et il lui avait dit un jour,
17:23son père lui a dit,
17:24écoute,
17:25si un jour,
17:26tu as de l'argent,
17:27la plus belle des choses,
17:29ça serait de t'aider des chevaux
17:30et il gagnait le prix de Diane.
17:32Et ça lui est resté.
17:34Il ne l'a jamais gagné.
17:38Il passait à l'école,
17:40il me prenait à l'école
17:41pour aller sur les champs de course.
17:43Je me suis rendu compte,
17:44quand j'allais aux courses avec lui,
17:46les gens le regardaient.
17:47Mais il me disait,
17:48au début,
17:48je me disais,
17:49mais pourquoi il regarde comme ça ?
17:51Pourquoi il regarde ?
17:52Ah, t'as vu, c'est...
17:54Et là, bon,
17:55plus vous grandissez,
17:57plus vous apprenez
17:58que, bah, tiens,
17:59il est acteur.
18:00On savait qu'il était acteur.
18:03On le savait vaguement.
18:05Voilà, je vais vous dire,
18:06vaguement, on le savait.
18:08Mais,
18:10franchement,
18:10il y avait un mur,
18:12un mur en béton armé,
18:14un blocoche,
18:15c'est-à-dire,
18:17de son...
18:18de sa vie publique,
18:20c'est-à-dire,
18:20bon, le cinéma,
18:21l'acteur,
18:22et quand il rentrait du travail,
18:25c'était sa famille.
18:26Et on ne parlait jamais,
18:28très peu à la maison.
18:31Il était beaucoup plus heureux
18:33qu'on lui dise éleveur.
18:37Aux courses, par exemple,
18:38les gens savaient très bien
18:39qu'il ne fallait pas parler de cinéma.
18:42Et il lui parlait d'élevage,
18:43des chevaux,
18:44ou les bovins,
18:45ou comment ça allait à la pichonnière,
18:48la récolte,
18:48et tout ça.
18:49Ça, il était heureux.
19:11L'exploitation de mes parents,
19:13c'était le hara de Jean Gabat.
19:14Donc, je le croisais
19:17très souvent sur la route.
19:19C'était un agriculteur
19:21qui aimait la terre,
19:23qui aimait les animaux,
19:24qui aimait le monde agricole.
19:26Moi, le souvenir que j'ai de lui,
19:28c'est les échanges
19:28qu'il pouvait avoir
19:29avec mes parents,
19:31puisqu'il évoquait, bien sûr,
19:33tous les sujets
19:34liés à l'agriculture,
19:36à la politique.
19:38Tous les sujets étaient évoqués,
19:39sauf un seul, le cinéma.
19:46La pichonnière s'était réservée
19:48pour nous
19:49et pour les gens de chevaux
19:51qui venaient voir.
19:52Voilà.
19:53C'était toute sa vie.
19:55C'est Florence, ma sœur,
19:56qui disait
19:57que c'était un homme
19:58du XXe siècle,
20:00mais qui aurait dû vivre
20:01au XIXe.
20:12Mais les années 60
20:13sont le théâtre
20:14de bouleversement
20:15dans le monde agricole.
20:17L'Europe met en place
20:18la PAC,
20:19la politique agricole commune,
20:20avec pour objectif
20:22de fournir aux Européens
20:23des denrées alimentaires
20:24à des prix abordables.
20:26La modernisation
20:27vient bousculer la tradition
20:29et le syndicat
20:30des jeunes agriculteurs,
20:32créé en 1957 seulement,
20:34est actif et militant.
20:36C'est une situation
20:37qui est marquée
20:38par une forte phase
20:39de recomposition
20:40de l'économie agricole locale
20:42liée aux conséquences
20:44de la guerre,
20:44aux longues années
20:45de pénurie.
20:45Donc la France rentre
20:47dans un processus
20:48de modernisation agricole
20:50accéléré,
20:51qui passe par
20:52l'agrandissement
20:52des exploitations,
20:54leur motorisation,
20:55leur mécanisation.
20:56Et si cette politique
20:57s'accompagne
20:59inévitablement
20:59d'une accélération
21:01des mobilités,
21:02des campagnes
21:03vers les villes,
21:05ça n'empêche pas
21:06que la question foncière
21:08et la question
21:09de l'accès à la terre
21:10restent extrêmement importantes.
21:13Les agriculteurs
21:14doivent s'adapter
21:15à des règles de marché
21:16qui se transforment,
21:17à une pression croissante
21:19sur les prix
21:19qui sont surveillés
21:20de près par le gouvernement.
21:22Et donc le passage
21:23de la 4e à la 5e République
21:24est marqué
21:25par une très forte poussée
21:27de revendications agricoles
21:28qui au départ
21:29est plutôt une revendication
21:31qui porte sur la question
21:33des prix,
21:34donc la question
21:34d'augmenter les prix
21:35et le revenu agricole
21:37et sur laquelle
21:38va se greffer
21:38à partir du début
21:39des années 60
21:40des revendications
21:41plus structurelles
21:42autour de la volonté
21:45d'être accompagné
21:46ou d'être encouragé
21:47par l'État
21:47à se moderniser.
21:49Donc on est vraiment
21:50dans une période
21:51de crispation très forte.
21:53Il y a eu des manifestations
21:54en 1959,
21:56en 1960
21:57il y a eu un mort
21:58à Amiens
21:59lors d'une manifestation
22:00paysanne.
22:01Donc on est vraiment
22:02dans un moment
22:02de tension très forte
22:03et c'est dans ce cadre-là
22:04que la question foncière
22:07qui était présente
22:08déjà
22:09prend une place
22:10plus importante.
22:13Nous étions
22:13dans une période
22:14de mutation,
22:15nous passions
22:15du cheval
22:16au tracteur,
22:17de la traite
22:18à la main
22:18à la machine à traire.
22:20Il fallait des financements
22:21pour accompagner
22:22les agriculteurs
22:23et les petits exploitants
22:24ne pouvaient pas suivre.
22:24C'est là
22:25que Jean Gabin
22:26a donc investi
22:28et a accompagné
22:29à racheter
22:30ces exploitations
22:32et il proposait
22:34aux personnes
22:35qui le souhaitaient
22:35de les embaucher
22:36dans son hara.
22:37Moi j'ai l'exemple
22:37de monsieur
22:38et madame Pouché
22:39qui avaient vendu
22:40leur exploitation
22:41de 3-4 hectares
22:42à Jean Gabin.
22:44Monsieur Pouché
22:45travaillait au hara
22:46et madame Pouché
22:47produisait sa crème,
22:48son beurre
22:49avec les quatre vaches
22:50qu'elle avait conservées.
22:51Jean Gabin
22:52fournissait le foin,
22:53la paille,
22:53les aliments
22:54et tout ça
22:55se faisait
22:55avec beaucoup
22:56d'humanité
22:56et beaucoup
22:57de convivialité.
23:00Je pense que
23:01certaines personnes
23:02ont l'impression
23:03que c'était
23:04le gentleman farmer
23:05qui débarquait,
23:07l'homme puissant,
23:08la star
23:09que d'ailleurs
23:10certains spectateurs
23:11venaient voir
23:11jusque dans la campagne,
23:13etc.
23:13Et je pense
23:14qu'il y a eu
23:15une version
23:15qui montrait
23:16Gabin
23:17comme un type
23:17qui était une star
23:19qui rachetait des terres,
23:20etc.
23:21Je pense que
23:21le fond
23:22était beaucoup plus compliqué
23:24et que
23:26ce qu'il faisait
23:27n'était pas
23:27que négatif
23:28loin de là.
23:29Lui,
23:29en tout cas,
23:30il était sincère.
23:31Il essayait
23:31de faire du remembrement,
23:33on peut le dire,
23:34mais d'après ce qu'on sait,
23:37il y avait des agriculteurs
23:38qui s'en portaient bien
23:38parce qu'ils vendaient
23:40leur champ
23:41cher
23:41parce qu'ils savaient
23:42que c'était Gabin
23:43qui achetait.
23:44Voilà,
23:44donc ça,
23:45ça on le sait.
23:46Donc tout ça,
23:47c'est...
23:47Voilà,
23:48il y a toute une controverse
23:49autour de ça.
23:51Moi,
23:52mon instinct,
23:53c'est que Gabin
23:54était sincère
23:55dans cette histoire.
23:59Une sincérité
24:00que ne lui reconnaissent
24:01pas certains.
24:03Pour eux,
24:04Jean Gabin,
24:04qui possède
24:05cinq fermes,
24:06est bel et bien
24:07accumulard.
24:18Le thème dominant
24:19de cette modernisation
24:21de l'école,
24:21c'est quand même
24:22d'agrandir,
24:23être concentré.
24:24Et du coup,
24:24elle laisse sur le carreau
24:25des petits agriculteurs
24:26qui eux aussi
24:28voudraient s'agrandir.
24:34En 1962,
24:36la lutte foncière
24:38est vraiment dirigée
24:39entre les cunulars.
24:41Donc les cunulars,
24:41ce sont des non-agriculteurs
24:43qui ont des terres.
24:44On peut être
24:45des terres lières,
24:46des bouchées.
24:52Et du coup,
24:53ça crée,
24:54voilà,
24:54des revendications.
24:59En 1962,
25:01les affaires
25:02de lutte foncière
25:02se cristallisent
25:03sur des affrontements
25:05entre les propriétaires
25:06et les fermiers
25:08ou les petits agriculteurs
25:09dans les processus
25:11d'agjudication des terres.
25:12Puisque quand
25:13un propriétaire
25:14veut mettre
25:15sa terre en vente,
25:16s'il veut gagner
25:17beaucoup d'argent,
25:17il va en gagner
25:19le plus possible.
25:20Il y a des processus
25:20d'agjudication,
25:22soit des terres vendues,
25:24soit des terres mis
25:24en fermage
25:25qui mettent
25:25en concurrence
25:25les agriculteurs,
25:26les petits agriculteurs.
25:28Et donc,
25:28on a,
25:29dans l'année 61-62,
25:31dans l'ordre,
25:31plusieurs affaires aussi
25:32où les ventes
25:34qui nous enchaient
25:34ont été perturbées
25:35ou ont été
25:36ventres carrées.
25:37Voilà.
25:38En juillet 1962,
25:40l'Assemblée nationale
25:41étudie la loi
25:42anticumul.
25:43Le syndicat
25:44des jeunes agriculteurs
25:45craint
25:46que des amendements
25:47affaiblissent
25:47la future loi.
25:49Le syndicat
25:50décide alors
25:51de faire un coup d'éclat.
25:52La cible
25:53est toute trouvée.
25:54Jean Gabin,
25:56cumulard selon leurs critères
25:57et surtout,
25:58personnage connu,
26:00l'effet médiatique
26:00est garanti.
26:02Les jeunes agriculteurs
26:03ont conscience
26:04de la possibilité
26:05que leurs revendications
26:06ne soient pas satisfaites.
26:07Et donc,
26:08du coup,
26:08ils vont faire ce choix
26:09de l'opération médiatique
26:13pour faire un coup d'éclat
26:14et mettre la pression
26:17sur le gouvernement,
26:18ce qui sera assez efficace.
26:19Le contexte politique
26:21de 1962
26:23était assez,
26:24comme souvent
26:25dans le monde agricole,
26:26assez mouvementé.
26:28Il y avait des lois
26:29en préparation
26:30à l'Assemblée nationale
26:31et le monde agricole
26:32cherchait à effectuer
26:34une pression
26:34à lobbying
26:35très fort.
26:38Il devait aller
26:39chez quelqu'un d'autre,
26:40sauf que la personne
26:41l'a su
26:41qu'ils allaient arriver
26:42chez lui
26:44et ils ont dit
26:45qu'il faut trouver
26:45quelqu'un de connu.
26:47Et là,
26:48c'est là
26:48où ils sont allés
26:49chez papa.
26:51C'est le régisseur
26:53Bernard Deland
26:53à l'époque
26:54qui m'a raconté
26:55comment ça s'est passé.
26:56C'est-à-dire que
26:57il était dans sa chambre
26:58avec sa femme,
26:59il dormait
27:00et il a vu,
27:01vous savez,
27:01il y avait des armoires
27:02à l'époque,
27:03il existait des armoires
27:04avec des miroirs.
27:06Et là,
27:07il m'a toujours dit,
27:08il m'a dit
27:09j'ai vu des lumières
27:10dans le miroir.
27:11Ça a duré
27:1230 secondes
27:13et j'ai compris.
27:17Il a dit à sa femme
27:18tu te lèves,
27:20préviens tous les gars,
27:21il y avait l'entraîneur,
27:22il y avait tous les employés
27:23qui étaient là,
27:24tu les préviens
27:24de protéger les chevaux,
27:26de protéger les vaches
27:27qui étaient dans la laiterie,
27:28de protéger
27:29tout ce qui était animal.
27:33Et lui,
27:33il a traversé
27:34pour aller prévenir
27:35le jardinier
27:36qui habitait
27:37à la grande maison
27:38et papa.
27:40Parce que papa
27:41était tout seul.
27:45À 5 heures du matin,
27:47ils étaient dans la cour.
27:50Ça arrivait partout.
27:52Ils étaient entre 700 et 900.
27:55Ils ont coupé
27:55les fils téléphoniques.
27:58Ils ont commencé
27:59à marcher
28:00sur les rosiers,
28:01les plates-bandes,
28:02et le tout.
28:02Enfin,
28:03ils ont commencé.
28:07Vous savez,
28:07quand vous avez 700
28:08ou 900 bonhommes,
28:10papa,
28:11malheureusement,
28:12il était seul.
28:13Seul devant ces gens-là
28:15qui lui reprochaient
28:16des tas de choses.
28:18Et papa les fait rentrer.
28:20Il demande au meneur.
28:22Il dit,
28:22rentrez.
28:23Vous voyez,
28:24vous avez 40 ans de travail.
28:26allez-y,
28:27casser tout.
28:29C'est entendu,
28:29bien sûr.
28:30Et puis,
28:31il n'y avait pas de flics.
28:32Ils n'ont pas pu prévenir.
28:34Ils ont été prévenus
28:35bien après.
28:37Ça a été terrible.
28:38Ils sont repartis,
28:39je ne sais pas quelle heure.
28:39Enfin,
28:39ils sont restés toute la journée.
28:41Je pense qu'il a calmé.
28:42Et puis,
28:42il y a quand même
28:44deux,
28:44trois qui ont dit
28:47aux autres
28:48de se calmer
28:49et tout ça.
28:50Heureusement
28:51que l'on n'y était pas.
28:53Que maman et nous,
28:55les trois enfants,
28:55on n'y était pas.
28:57Heureusement.
28:58Je ne sais pas
28:59comment il aurait réagi.
29:02Parce que là,
29:04on serait attaqué
29:05à sa famille.
29:06Là,
29:07attention.
29:09Nous,
29:10on était à Deauville.
29:11Au mois de juillet,
29:11on était déjà
29:12à Deauville
29:13avec maman.
29:15Dans un sens,
29:16c'est aussi bien
29:17qu'on n'était pas là.
29:20On peut ne pas
29:21approuver les violences
29:21et les comprendre,
29:22aller même parfois
29:24jusque les justifier
29:26ou presque les excuser
29:27lorsque certains
29:28cumuls abusifs,
29:29comme ça a été le cas
29:29ces temps-ci
29:30à propos de manifestations,
29:32sont un défi permanent.
29:33Je pense qu'en définitive,
29:35ce sont les pouvoirs publics
29:36qui devraient réagir
29:37contre ceux
29:38qui, par leurs cumuls abusifs,
29:40sont en définitive
29:41et véritables provocateurs.
29:46Qu'il loue,
29:46ces terres ?
29:47Il avait
29:4726 grands.
29:49Voilà.
29:50Voilà ce qui est
29:50refrauché.
29:53Alors,
29:53il avait une ferme,
29:54oui, d'accord.
29:55Il avait
29:55la Pichonnière,
29:56il y avait
29:56Moulin-la-Marche,
29:57il y avait
29:58une ferme
29:59en Eure-Édouard,
30:00d'accord,
30:00il y avait peut-être,
30:02allez,
30:02je vais vous dire,
30:03pas loin de 300 hectares.
30:05Et alors ?
30:08Il y avait des bêtes,
30:09il y avait des chevaux,
30:10il a fait un élevage
30:11de bovins,
30:13il y avait des charolaises,
30:14il y avait des limousines,
30:16il faisait des croisements
30:17et on lui reprochait
30:18tout ça.
30:19Il a employé
30:20tous les gens
30:20de la région
30:21pour construire
30:22et on lui reproche ça.
30:26Nous avons choisi
30:27M. Jean Gabin
30:28parce que c'était
30:29le cas typique
30:29de la région,
30:30mais c'est tout.
30:31Il y a un cumul
30:32de profession
30:32et il y a un cumul
30:33d'exploitation.
30:35Est-ce que vous ne croyez pas
30:35que refuser le cumul
30:37des professions
30:37n'est pas une atteinte
30:39à la liberté individuelle ?
30:40Ah, je ne le pense pas.
30:41Ce qui est une atteinte
30:42à la liberté individuelle,
30:43je pense que c'est
30:44transformer tous les exploitants
30:46en salariés.
30:47J'ai donné
30:48ma parole d'honneur
30:49à la Fédération
30:50des jeunes agriculteurs
30:51de l'Orne
30:51de vendre
30:52mes herbages
30:53du Merleau
30:54et de vendre
30:56ma ferme de Digny.
30:59Quant à la manière
31:01dont cette chose-là
31:02m'a été demandée,
31:05ce n'est pas à moi
31:06de la juger.
31:08Le président de la République
31:10et le gouvernement
31:12sont plus qualifiés
31:13que moi pour le faire.
31:16Fabin est très affecté
31:17par ce qui lui est arrivé.
31:18Il se croyait des vôtres,
31:19est-ce que maintenant
31:20il n'est plus des vôtres ?
31:21Nous n'attends qu'on parle
31:22à M. Jean Gabin,
31:23c'est au cumul,
31:24au cumul dans l'ensemble.
31:26M. Jean Gabin
31:26peut très bien rester des nôtres.
31:27D'abord, nous lui avons dit,
31:28restez des nôtres,
31:29votre domaine,
31:30vous l'avez créé aux Ampes,
31:31nous le concevons bien,
31:32ça a débuté il y a 10 ans,
31:33nous serions très malvenus
31:34d'agir sur ce que vous avez
31:35commencé il y a 10 ans,
31:36si vous voulez.
31:37Nous comprenons bien
31:37que vous êtes attachés
31:38à cette terre,
31:39mais comprenez que d'un autre part
31:40que nous qui sommes nés
31:42à cette terre,
31:42nous sommes aussi attachés
31:43à cette terre,
31:45cette terre qui nous échappe.
31:46Notre outil de travail
31:48nous échappe totalement maintenant,
31:49du fait de vos actes,
31:50et même cet outil de travail
31:51nous échappe,
31:52mais même également
31:53ce fonds d'exploitation
31:54nous échappe,
31:55puisque nous sommes évincés.
31:58Il faisait peut-être monter
32:00le prix des terres,
32:01mais de toute façon,
32:01le prix des terres
32:02a obligatoirement monté,
32:03puisque les rachats successifs
32:05ont fait que les prix
32:06ont augmenté.
32:08lui ou quelqu'un d'autre,
32:09c'était exactement la même chose.
32:10On ne peut pas dire
32:11que Jean Gabin
32:11a fait monter le prix des terres.
32:15Moi, ce que j'ai pu voir,
32:16c'est que je connaissais
32:17très bien M. et Mme Pouchet,
32:19je les connaissais très, très bien.
32:20Ils étaient très heureux
32:21que Jean Gabin
32:21ait racheté leur exploitation
32:22et qu'ils aient pu
32:24conserver leur petite activité,
32:25que M. Pouchet travaillait au Hora.
32:26C'était des gens
32:27qui étaient parfaitement épanouis.
32:28On était loin de la volonté
32:30de monter une hégémonie
32:32et tout se faisait
32:33avec une grande convivialité.
32:35Parce qu'à cette époque-là,
32:37c'était plus des exploitations
32:39de 20 hectares, 25 hectares.
32:41Alors évidemment,
32:43lui, il a acheté.
32:43Ils étaient bien contents
32:45de vendre
32:45parce qu'il les a achetés
32:46le double, le triple.
32:48Là, par contre,
32:48c'est d'accord.
32:50On vous les vend,
32:51mais vous nous relouez.
32:55Vous en avez, mettons,
32:56vous achetez 50,
32:58vous en gardez 10
32:59et vous nous en envoyez 40.
33:02Ben voyons.
33:05Mon père m'a expliqué
33:06qu'il s'est beaucoup refermé
33:09après les événements
33:10qui l'ont profondément touché
33:12parce qu'il se pensait intégré.
33:13Et il a été vraiment
33:15très, très blessé
33:16par la situation.
33:19On en parlait souvent
33:21avec le régisseur,
33:22Bernard Odelan
33:24et certaines personnes.
33:26Par exemple,
33:28dans le monde du cinéma,
33:29Lille Granger ou Lino,
33:30tu étais un des plus proches.
33:32De toute façon,
33:33ton père a été complètement...
33:35Ça a pu être le même après.
33:39Plus jamais.
33:40Plus jamais.
33:40Ça a pu être le même.
33:44Il disait toujours
33:45mais qu'est-ce que je leur ai fait ?
33:47J'ai travaillé toute ma vie.
33:49J'ai payé des impôts.
33:53Je me suis battu
33:54pour mon pays.
33:56Alors que j'aurais pu
33:58rester tranquille
34:00de l'autre côté
34:00et puis attendre
34:01que le soir arriver.
34:03J'ai créé une famille.
34:04Mais pourquoi ils me font ça ?
34:06Pourquoi ?
34:07Ils souffraient
34:08de cette mise au banc
34:10alors qu'ils se croyaient intégrés
34:12dans le monde agricole.
34:18On a du mal
34:19à imaginer
34:20que les renseignements généraux
34:21ne soient pas
34:22informés
34:23d'un déplacement
34:23de 700 agriculteurs
34:25dans un village
34:25de 500 habitants.
34:27Pour autant,
34:28ni la préfecture
34:29qui était bien sûr informée
34:30ni les politiques locaux
34:31ni les politiques nationaux
34:32n'ont protégé Jean Gabin.
34:34Pourquoi ?
34:35Parce qu'on laissait
34:35les agriculteurs
34:36s'exprimer.
34:53Janvier 63,
34:55c'est-à-dire quelques mois après.
34:58Meeting d'hiver
34:59Vincennes.
35:00Papa et maman
35:01étaient aux courses
35:02tous les deux
35:02et ils allaient souvent
35:03avec des amis déjeuner.
35:05Ça s'appelait
35:05le restaurant privé.
35:07C'était le grand restaurant
35:08de l'hypodrome de Vincennes.
35:10Donc,
35:11ils sont tous les quatre.
35:12Ils sont à table.
35:13Et papa va aux toilettes.
35:15Et là,
35:17papa revient
35:19en hurlant.
35:22mange-merde,
35:24ordures qui sont.
35:26Et bien,
35:26vous savez ce qui s'est passé ?
35:28Papa va aux toilettes.
35:30Le ministre de l'Agriculture
35:32se trouvait là,
35:33ce jour-là.
35:35Et c'était M. Edgar Pisani,
35:37je le dis.
35:38Il va à côté de papa.
35:40Il fait faussement pisser.
35:43Et il dit,
35:45M. Gabin,
35:46au nom du gouvernement
35:48et du président de la République,
35:51je viens vous présenter
35:52nos excuses.
35:57Est-ce que j'ai autre chose à dire ?
36:00Non.
36:01Les gens comprendront.
36:03Pardon.
36:05Il n'a pas eu un coup de fil.
36:06Rien.
36:07Il n'a rien reçu.
36:09Il n'a pas reçu.
36:10Un coup de fil, papa.
36:11Il a eu un télégramme.
36:15Le premier télégramme
36:16qu'il a reçu,
36:19les fusillés marins
36:22de l'Orient.
36:25Second maître,
36:26mon corgé,
36:27vous n'avez qu'un mot à dire.
36:32Après,
36:33vous avez eu
36:34tous les éleveurs de chevaux
36:38de la région
36:40qui ont téléphoné à papa,
36:42qui ont donné leur soutien.
36:44à rien,
36:45les gouvernements.
36:46À rien.
36:47À rien.
36:55Quand l'État
36:55se pose la question
36:57de savoir
36:57s'il doit ou pas
37:00poursuivre,
37:00en tout cas,
37:01engager une action judiciaire,
37:03il ne le fait pas
37:04parce qu'effectivement,
37:06tout ce qu'on constate,
37:06c'est des tuiles
37:08qui ont été décollées
37:09du mur d'enceinte
37:11entre guillemets
37:11quand les agriculteurs
37:12sont passés par-dessus.
37:13Donc,
37:13il n'y a pas eu...
37:14C'est vraiment
37:15absolument rien.
37:21Quand l'État
37:22engage une action publique,
37:23il faut quand même
37:24qu'il y ait des raisons
37:25de le faire.
37:25Et là,
37:26il voit bien que,
37:26bon,
37:27d'une part,
37:28c'est peut-être
37:28contre-productif
37:29par rapport
37:30au retour au calme
37:31et à la situation
37:32du compromis.
37:32et puis,
37:33dans le même temps,
37:34il faut aussi
37:34qu'il y ait des preuves
37:35parce que si l'État
37:36engage un procès
37:37contre les agriculteurs
37:38et que les agriculteurs
37:38sont relaxés
37:39parce qu'il ne se passe rien,
37:40l'État,
37:40il passe pour un imbécile,
37:41donc,
37:42il faut mieux éviter.
37:43Donc,
37:44la décision initiale
37:45de la justice,
37:46ce n'est pas
37:46d'engager des poursuites.
37:47Et en fait,
37:47c'est Gabin
37:49qui engage des poursuites.
38:02Les rapports préfectoraux
38:04et les rapports
38:05des procureurs
38:05soulignent de façon
38:06très nette
38:07qu'en fait,
38:08dans l'affaire,
38:09Gabin a été très fortement
38:10poussé par son avocat,
38:12Maître Floriot,
38:13qui est une grande figure
38:14du barreau parisien.
38:18Et il semblerait
38:19qu'il soit content
38:20de faire de la publicité
38:21et que Gabin,
38:22sans doute,
38:23un peu traumatisé,
38:25va dans la logique.
38:33Il y a un temps très long
38:34en fait,
38:34parce qu'il y a
38:35tout un processus
38:36de négociation,
38:37c'est-à-dire que l'État
38:39essaye de pousser
38:41Gabin et Floriot
38:42à s'entendre
38:43en fait,
38:43avec les agriculteurs.
38:47Bon,
38:48Gabin,
38:48il a plutôt envie
38:49de rester bien vu
38:50et avec les agriculteurs,
38:52donc,
38:52ce n'est pas lui
38:52qui pousse,
38:53mais son défenseur,
38:54lui,
38:55est un petit peu plus actif
38:57et donc,
38:57du coup,
38:57il y a un échec
38:58de conciliation.
38:59Et puis,
38:59bon,
38:59normalement,
38:59ça finit par être jugé
39:01en 1964.
39:12Tribunal d'Alençon
39:13dans l'Orne.
39:14Deux ans se sont écoulés
39:16depuis l'intrusion
39:17des agriculteurs
39:18chez Jean Gabin.
39:22Douze d'entre eux
39:23ont été identifiés
39:24comme étant les meneurs
39:25et ce sont eux
39:26qui sont jugés.
39:31La présence
39:32de centaines
39:32de paysans
39:33venus les soutenir
39:34prouve que la pression
39:36n'a pas baissé.
39:38Contre toute attente,
39:40Jean Gabin
39:41décide de retirer
39:42sa plainte.
39:43Au micro
39:44de Léon Zitrone,
39:45illustre journaliste
39:47de l'ERTF,
39:48il le confirme.
39:49La scène
39:50est d'autant plus
39:50surprenante
39:51que son avocat,
39:52le ténor du barreau
39:53René Floriot,
39:55semble en désaccord
39:56avec lui.
39:57C'est exact,
39:58l'oril était
39:58d'un avis différent.
39:59Je me suis désisté
40:00parce que je pense
40:03que tout ça
40:03a été fait
40:04sous le signe
40:04de la maladresse.
40:06Dans le fond,
40:07la maladresse
40:07n'est pas tellement
40:08répréhensible.
40:10Et d'autre part,
40:10étant donné
40:11les rapports tendus
40:13entre les syndicats
40:14agricoles
40:15sur certaines revendications
40:17qui sont fondées
40:18d'ailleurs.
40:19Certaines sont fondées.
40:20Et le gouvernement,
40:21je ne voulais
40:22en aucun cas
40:23que mon nom
40:24soit une entrave
40:25à la bonne fin
40:26de ses pourparlers.
40:28Et j'ai dit,
40:29c'est pas Gabin,
40:30mais Moncorgé
40:32qui retire purement
40:33et simplement
40:33sa plainte.
40:34Parce que je trouve
40:35que dans ces conditions-là,
40:37Gabin,
40:38c'est lourd
40:38sur les épaules
40:39à porter.
40:39Bien sûr.
40:40Vous l'avez retiré
40:41sans regret ?
40:41Sans regret.
40:42Définitivement.
40:43Définitivement.
40:51Il a porté plainte.
40:52Et il a retiré
40:54sa plainte.
40:57Parce qu'il ne comprenait pas.
40:58De toute façon,
40:59il a dit,
40:59je n'ai jamais compris
41:00pourquoi.
41:01Pourquoi on me fait ça,
41:02moi ?
41:04Il a tout mis là-dedans.
41:05C'était sa passion.
41:07Il aimait ça.
41:09Et en fait,
41:10pourquoi il retire sa plainte ?
41:11C'est parce qu'il
41:12ne voulait pas agraver.
41:30L'affaire s'éteint.
41:31Donc c'est finalement
41:32une affaire
41:33où il ne s'est pas passé
41:34grand-chose.
41:35Mais elle a été
41:37quand même cristallisante.
41:38voilà,
41:39il y a quand même
41:39la une de Barry Match.
41:42Mon affaire est aussi
41:43la vôtre.
41:43Donc c'est quand même
41:45là cette idée
41:46que la propriété
41:47est remise en cause
41:48par les réformes
41:49agricoles.
41:50Et puis sans doute
41:51aussi,
41:52il y a une tension
41:53très forte
41:54pour son gabin
41:55parce que,
41:55voilà,
41:56il a sans doute
41:57été une épreuve
41:59difficile pour lui.
42:03Effectivement,
42:04je pense que sa sincérité
42:05par rapport
42:06à son engagement
42:07dans cette reprise
42:09du monde agricole
42:11et dans cette volonté
42:12de devenir
42:13un acteur paysan,
42:15je pense qu'elle est
42:16fondamentalement sincère.
42:18Simplement,
42:18c'est la mauvaise personne
42:19au mauvais moment
42:20parce qu'il y a
42:22plein d'autres
42:22propriétaires
42:25fonciers
42:25bien plus importants
42:27que lui,
42:28bien plus dominateurs
42:29que lui
42:30mais on ne les a pas
42:32trop embêtés
42:32ou si on les a embêtés
42:33tout le monde
42:34s'en est fichu.
42:34Là,
42:35c'est vrai que
42:35et c'est toute l'habilité
42:38malgré tout
42:39du coup médiatique
42:40des paysans de l'ordre
42:42c'est que la figure
42:44de gabin,
42:45l'homme du peuple
42:47qui devient l'oppresseur
42:48ça marche très très bien.
42:50Les conflits politiques
42:52et la lutte des classes
42:54entre agriculteurs
42:55elles existent
42:56et là,
42:56dans ces années-là
42:57elle est très forte
42:58et la figure de gabin
42:59évidemment
43:00elle est au premier plan.
43:03Jean Gabin
43:04aura donc été
43:05la mauvaise personne
43:07au mauvais moment.
43:08La violence
43:09des intrusions
43:10avec 800 personnes
43:11sur ses terres,
43:12la violence
43:13des paroles
43:14de ses détracteurs
43:15relayés par les médias
43:16et ce sentiment
43:16d'avoir subi
43:18une injustice
43:18l'ont marqué à vie.
43:25Et c'est dans la décennie
43:27qui suit
43:27qu'il jouera à deux reprises
43:29des rôles de paysans
43:30au cinéma
43:30des films
43:32aux histoires violentes
43:33comme pour montrer
43:34que le monde rural
43:35n'est pas un havre de paix.
43:37C'est moi le grand-père.
43:40Dans la horse
43:41Jean Gabin
43:42est un patriarche
43:43qui défend sa famille
43:44et sa terre
43:45avec des moyens
43:46peu conventionnels.
44:01Une fiction soit
44:03mais qui donne
44:04à Jean Gabin
44:05un rôle de justicier
44:06sûr de son droit.
44:11Dans l'affaire Dominici
44:12il est Gaston Dominici.
44:14Ce paysan condamné
44:15est gracié
44:16après les meurtres
44:17d'un couple d'Anglais
44:18et leurs filles
44:19survenus près de la ferme
44:20familiale
44:21en Haute-Provence.
44:24Cette affaire
44:25est l'une des plus
44:26grandes énigmes criminelles
44:28du XXe siècle.
44:32La ressemblance
44:33entre Gaston Dominici
44:34et Jean Gabin
44:35est saisissante.
44:37Le comédien
44:38a toujours été persuadé
44:39de l'innocence
44:40de Gaston Dominici.
44:42En vertu de ce jugement
44:44Gaston Dominici
44:45est condamné à mort.
44:51Alors oui,
44:52Jean Gabin tourne
44:53mais l'affaire de 1962
44:55a laissé des traces.
44:57L'acteur se heurte
44:58encore à quelques
44:59hostilités locales.
45:01J'ai vu en 1971
45:02un autre incident
45:06d'empiétement
45:07d'une moissonneuse
45:09batteuse
45:09sur les terres
45:11de Gabin.
45:11On voit bien
45:12quand même
45:12que le temps
45:13est passé
45:14mais que
45:15cette figure
45:16finalement
45:17du hors-saint
45:18comme on dit
45:19dans les campagnes normandes
45:21mais vraiment
45:21de l'étranger
45:22et du gros
45:23par rapport au petit
45:24reste un facteur
45:25de tension.
45:35Entre la fin
45:36de l'année 1975
45:37et l'année 1976
45:39une sécheresse
45:40affecte
45:41une partie
45:42de l'Europe.
45:42En France
45:43elle perturbe
45:45la culture fruitière
45:46et légumière
45:46le manque d'eau
45:48assoiffe le bétail
45:49le monde agricole
45:51est de nouveau
45:52affaibli.
45:53Avec l'arrivée
45:54de l'été
45:54une canicule
45:55survient
45:56entre juin
45:57et août
45:571976.
45:59Le gouvernement
46:00instaure
46:01un impôt sécheresse
46:02pour indemniser
46:03les agriculteurs
46:04certains percevront
46:06ces aides
46:06d'autre part.
46:08La sécheresse
46:09des pertes
46:10très fortes
46:11pour les exploitants
46:12notamment
46:12dans les départements
46:13de l'Ouest
46:14qui sont ces départements
46:15qui se sont
46:16spécialisés
46:17dans l'élevage
46:18et donc
46:18pour lesquels
46:18les herbages naturels
46:20arrosés par la pluie
46:21sont essentiels
46:22pour leur exploitation
46:24et donc évidemment
46:24ils sont frappés
46:25très fortement
46:25ils doivent abattre
46:26leurs propos
46:27et donc
46:27ça entraîne
46:29évidemment
46:29des demandes
46:31d'assistance
46:32qui vont être
46:32prises en compte
46:33par les gouvernements
46:35et qui vont déboucher
46:37sur l'impôt sécheresse
46:38mais de savoir
46:40qui le finance
46:42donc la question
46:43des catégories sociales
46:44qui vont être mobilisées
46:45créent évidemment
46:47un conflit politique
46:48entre les petits
46:49et les gros
46:49et aussi
46:50les formes d'attribution
46:52puisque les formes
46:53d'attribution
46:54vont encore
46:55faire des choix
46:57c'était terrible
46:58quand même
46:58faut se remettre
46:59à l'époque
47:00c'était
47:00et on cherchait
47:01tout le monde
47:02cherchait
47:02les haras
47:03les exploitations
47:04tout le monde
47:04cherchait de la bouffe
47:05il y avait quand même
47:06à la pichonnière
47:07parce que
47:08on disait
47:11comment
47:12c'était le maire
47:13en 62
47:15qui avait dit
47:16le maire de Bonnefoy
47:18il s'appelait
47:19monsieur Chéret
47:20qui avait dit
47:21mais c'est des vaches
47:22de cinéma
47:23c'est à dire
47:24que c'était
47:25c'était pas comme eux
47:26quoi
47:27enfin c'était des bêtes
47:28quand même
47:28fallait les nourrir
47:30donc moi j'ai connu ça
47:31j'ai été là
47:31donc il a fallu
47:33aller chercher
47:34de quoi les nourrir
47:35parce qu'il n'y avait
47:36plus rien
47:37et
47:38ils font une émission
47:40et ce jour là
47:41moi je suis à Paris
47:42avec papa
47:42et maman
47:43et on est tous les trois
47:44à l'appartement
47:45et pour lui
47:47pour papa
47:47il avait entendu
47:48il y avait une émission
47:50qui allait être
47:51qui était faite
47:52pour
47:53la sécheresse
47:54donc papa
47:56il était intéressé
47:56c'était
47:57il était exploitant
47:58il y avait
47:59je vous dis
48:00il y avait 300
48:00à 400 têtes de bovins
48:02oui 400
48:03les chevaux
48:04tout
48:05et papa était
48:06vraiment conservé
48:07c'était
48:08pour lui
48:09ça a été
48:09une année terrible
48:10et
48:12il y a
48:12le président
48:13de la FNSEA
48:14qui est invité
48:15par Kavala
48:16Michel de Baptiste
48:18avec un plafond
48:19de 32 vaches
48:20avec un plafond
48:21de 30
48:21de 30
48:22autrement dit
48:23monsieur Jean Gabin
48:24par exemple
48:24qui est exploitant
48:24agricole
48:25dans l'Orne
48:26va toucher
48:27quelque chose
48:28comme un million
48:28d'anciens
48:28non
48:29monsieur Jean Gabin
48:30justement
48:30ne touchera rien
48:31et cela
48:32monsieur Gabin
48:34ne touchera rien
48:37voilà
48:39et là
48:40papa s'effondre
48:42par ampleur
48:44j'ai dit à maman
48:46s'il prend comme ça
48:49une demi-heure après
48:50il me dit
48:50il se remet
48:51il me dit
48:51tu vois
48:52gros père
48:54tu vois
48:55ils me veulent pas
48:56ils me voudront jamais
49:04voilà
49:06et bien le lendemain
49:09on était en train
49:10de prendre le petit déjeuner
49:11avec maman
49:12et il y a papa
49:13qui prend le téléphone
49:16et je ne sais pas
49:17comment il a trouvé
49:18le téléphone
49:21le numéro de téléphone
49:23et en fait
49:24c'était la plus grande
49:26agence immobilière
49:27à l'époque de Paris
49:28qui s'appelait
49:29Franck Arthur
49:30et
49:32prend le téléphone
49:33et il dit
49:34allo
49:35bonjour
49:36Jean Gabin
49:37à l'appareil
49:38la propriété
49:39de la Pichonnaire
49:40va être en vente
49:42je voudrais vous rencontrer
49:43parce que je vends
49:44la propriété
49:46et là je regarde
49:48et j'ai dit
49:48maman
49:52et maman me dit
49:54c'est fini
49:55ton père
49:55il n'en peut plus
49:59et voilà
50:02et un mois et demi
50:03un mois et demi après
50:05papa est parti
50:29de lui faire ça
50:30à lui
50:31il ne comprenait pas
50:32il ne l'a jamais compris
50:32jamais
50:34jamais
50:36quand il m'a dit
50:37toi ça ira
50:38mais moi
50:38ils ne voudront jamais
50:40mais pourquoi
50:41pourquoi
50:42pourquoi
50:42ils ont fait ça
50:44pourquoi cette ordure
50:45de baptise
50:47continuait en 76
50:52c'est très difficile
50:53parce que 50 ans plus tard
50:55vous savez
50:55vous avez des gens
50:56qui vous disent
50:57ce qu'ils ont fait
50:58on est agriculteurs
50:59et ce qu'ils ont fait
51:00c'est à faux
51:01ce qu'ils ont fait
51:02à votre père
51:02mais ils l'ont fait
51:06il y a quelque temps
51:07il y a une personne
51:08qui m'a dit
51:10un fils
51:11d'un de ces agriculteurs-là
51:13qui était là
51:13qui a dit
51:14sur son lit de mort
51:15il dit
51:16on a fait une connerie
51:17ce qu'on a fait à Gabin
51:18on a fait une connerie
51:27c'était une blessure
51:28qui ne s'est jamais refermée
51:31mais il y a aussi un mot
51:35c'est un bonheur
51:37qu'ils n'ont pas voulu
51:38lui donner
51:41voilà
51:48quand j'étais gosse
51:49au comme trois pommes
51:52je parlais bien fort
51:53pour être un homme
51:55je disais
51:56je sais
51:57je sais
51:58je sais
51:59je sais
52:05et aujourd'hui
52:06les jours
52:07où je me retourne
52:09je regarde la terre
52:10où j'ai quand même
52:11fait les cent pas
52:14et je ne sais
52:15toujours pas
52:16comment elle tourne
52:17m
52:18m
52:18m
52:19m
52:19m
52:20m
52:20m
52:20m
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