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Avec 41% des immatriculations de voitures neuve en octobre, les voitures électriques ont le vent en poupe auprès des français. Cet engouement est-il seulement dû à la flambée des prix à la pompe ? Les nouvelles voitures sont-elles vraiment plus abordables ? Les véhicules chinois sont-ils une menace ou une opportunité pour le marché français et européen ? Réponses avec notre invité spécial, François Provost, directeur général de Renault Group. Année de Production :
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00:00Pourvu que ça dure, avec le groupe BPCE, acteur bancaire de référence en France et en Europe.
00:05Un groupe coopératif en mouvement, engagé au cœur des territoires pour accompagner ses clients face aux grandes transitions.
00:35Bonjour, nouveau numéro de Pourvu que ça dure, l'émission qui rend les co-responsables sur Public Sénat.
00:41Aujourd'hui, c'est un numéro spécial consacré aux voitures électriques qui ne se sont jamais aussi bien vendues en
00:46France.
00:47Alors, cet engouement est-il seulement dû au prix à la pompe, à la flambée des prix de l'essence
00:51?
00:51Les nouvelles voitures sont-elles vraiment plus abordables ?
00:54Les véhicules chinois sont-ils une menace ou une opportunité pour les Français ?
00:57On en parle avec vous, François Proveau, bonjour.
01:00Bonjour David et Jaco.
01:01Vous êtes le directeur général de Renault Group.
01:03Et c'est vrai que les ventes de voitures électriques, quand on regarde les chiffres, c'est assez incroyable.
01:07Elles affichent un record cette année en France, 41%.
01:10Les chiffres sont édifiants en octobre, 41% des immatriculations de voitures étaient électriques.
01:17C'est deux fois plus que l'an dernier, au même moment.
01:21Et c'est vrai qu'on a souvent dit que le marché électrique en France avait du mal à décoller,
01:24balbutier.
01:25Là, pour le coup, on peut dire que, ou pas, 2026 marque un coup d'accélérateur, un basculement, ou pas
01:31?
01:31Oui, clairement.
01:33Je pense qu'il y a deux facteurs.
01:34Le premier, c'est un travail de fond depuis plusieurs années.
01:38C'est vrai qu'il a fallu convaincre petit à petit les Français.
01:41On est passé de quelques pourcents jusqu'à 20%.
01:42Ça nous a pris environ cinq ans.
01:46Mais maintenant, tout le monde connaît quelqu'un qui a une voiture électrique, etc.
01:49Donc, ça a créé finalement une certaine familiarité de nos clients.
01:53Et puis, le deuxième facteur, c'est effectivement cette crise dans le golfe.
01:58Et une nouvelle fois, le prix des carburants qui est très, très haut.
02:02Et je pense que les Français, nos clients, se rendent compte que finalement, dans la durée, le prix de l
02:08'essence sera incontrôlable.
02:09Et tout ça, ça a créé cette dynamique que vous indiquez.
02:13Donc, ce qui explique surtout, en premier lieu, de manière conjoncturelle, ce bond, c'est le prix de l'essence
02:18à 2,20€, 2,30€.
02:20Clairement, parce que tout d'un coup, les gens se rendent compte que c'est quand même la troisième crise.
02:24Et que finalement, le prix de l'essence devient incontrôlable.
02:28Et ça conduit les clients à finalement basculer.
02:31Je rappelle quand même que le parc de véhicules en France est de presque 12 ans.
02:36Et donc, finalement, quand les clients se disent non, mais c'est quand même maintenant le moment d'acheter et
02:40passons à l'électrique.
02:41Parce qu'au moins, avec l'électrique, j'ai un budget qui est contrôlable.
02:46Je sais que l'électricité sera à un prix que je connais.
02:49Et les clients, de plus en plus, abordent l'ensemble de l'usage et donc le coût mensuel d'une
02:55voiture, tout compris.
02:57Coût global d'ailleurs, et notamment à l'achat de voitures qui sont plus abordables aujourd'hui.
03:01C'est quoi le prix moyen d'une voiture électrique qui est vendue aujourd'hui en France ?
03:04Il a baissé ? Et si oui, de combien ?
03:06Oui, alors nous, on a réussi à travers la baisse des coûts à baisser le prix de nos voitures de
03:10l'ordre de 20%.
03:11Les voitures électriques restent chères, mais en fait, l'essentiel, c'est-à-dire 90% des voitures sont vendues
03:17sous forme de leasing.
03:18Et donc aujourd'hui, une Twingo, ça peut démarrer à 99 euros par mois.
03:22Une R5, à partir de 150 euros par mois.
03:25Donc, ça commence à être plus abordable quand on le prend à travers le coût mensuel.
03:30Et donc, on fait des efforts pour proposer des offres financières à nos clients.
03:34Vous avez la conviction que cette accélération des ventes en 2026, elle est pérenne parce que peut-être que certains
03:39Français,
03:40du fait du prix de l'essence, ont anticipé avancer leur achat avec le risque derrière de créer peut-être
03:45un trou dans les prochains mois avec le contexte social que l'on connaît ?
03:49Écoutez, malheureusement, les Français, ils ont plutôt décalé leur achat parce que le problème de l'industrie automobile européenne,
03:56c'est que malheureusement, le prix des voitures, en particulier à cause de la réglementation, est devenu sensiblement plus élevé.
04:03Et ça a conduit les Français à décaler leurs achats.
04:06Et je le rappelle, le parc moyen, il est à près de 12 ans d'âge, ce qui veut dire
04:10des voitures qui sont anciennes, plus chères et avec un budget essence qui devient vraiment très important aujourd'hui.
04:16Donc, c'est plutôt un effet de rattrapage. Et je pense qu'il y a encore matière à vendre beaucoup
04:22de voitures neuves pour faire en sorte que le parc rajeunisse.
04:26Sachant que le marché auto français, c'est celui qui accélère le plus sur l'électrique cette année en Europe,
04:31des ventes en hausse de 80% sur 10 mois.
04:35L'Allemagne est à plus 60. Quand on explique que l'accélération française soit plus rapide ? Parce qu'on
04:39était en retard peut-être aussi ?
04:40Non, je pense qu'il y a deux facteurs. Le premier, c'est que c'est vrai aussi en Allemagne.
04:45Il y a eu un effort dans la durée de l'ensemble des constructeurs de pouvoir convaincre les clients de
04:52passer à l'électrique.
04:53Il y a eu en France une politique publique stable depuis cinq ans.
04:58Dès à l'achat de véhicules électriques pour les particuliers, tout ça a aidé petit à petit à passer de
05:04quelques pourcents à 20%.
05:06Et puis ensuite, on a cette accélération cette année. C'est vraiment ça qui fait la différence.
05:11C'est vrai en France, c'est vrai en Allemagne. C'est moins vrai dans les pays d'Europe du
05:15Sud.
05:16Par exemple, en Italie, le marché électrique n'a toujours pas décollé.
05:18Est-ce que c'est toujours vrai qu'en dehors des petites voitures électriques, le prix de vent d'une
05:24voiture électrique sur les gros modèles,
05:26c'est toujours 30 à 40% plus cher que son équivalent avec moteur thermique ? C'est toujours vrai
05:30ou c'est moins vrai ?
05:31Oui, c'est toujours vrai. Parce qu'en fait, le prix d'une voiture électrique, c'est essentiellement le prix
05:36de la batterie, qui est très cher.
05:38C'est près d'un tiers du coût de la voiture. Et c'est pour ça que la seule façon
05:43de faire, c'est d'arriver à proposer aux clients des mensualités.
05:47Parce qu'à ce moment-là, vous payez l'usage d'une voiture pendant 3, 4, 5 ans. Et grâce
05:54à ça, vous pouvez avoir un budget mensuel qui peut être comparable,
05:59ou en tout cas pas trop éloigné à celui d'une voiture thermique. Et puis, s'agissant des voitures thermiques,
06:06je rappelle que maintenant,
06:07elles sont aussi largement électrifiées. Vous achetez une Clio aujourd'hui avec une solution hybride, vous avez près de 80
06:12% du temps en électrique en ville.
06:14Vous consommez moins de 4 litres. Donc, je pense qu'il faut laisser le choix au client. C'est le
06:18client qui a toujours raison.
06:20Plutôt que de vouloir imposer 100% de voitures électriques.
06:24Justement, tiens, les voitures électriques. On a une R5 électrique qui est juste là. On est au défilé Renault sur
06:31les Champs-Elysées.
06:31C'est votre vitrine depuis longtemps maintenant ? C'est un siècle plus ?
06:34Oui, c'est Louis Renault, en 1910, qui a été le premier à faire venir la voiture, l'automobile, sur
06:43les Champs-Elysées.
06:44Et puis, nous sommes restés sur les Champs-Elysées depuis 1910. Et aujourd'hui, nous sommes le dernier.
06:50Ah oui, c'est vrai qu'ils sont tous partis.
06:51Tout le monde est parti. Nous sommes le dernier parce que chez Renault, nous considérons que l'automobile, c'est
06:58un vrai plaisir.
06:59Moi, quand j'entends que les jeunes ne sont pas attirés par l'automobile, alors oui, quand vous avez 18
07:05ans, vous avez des solutions de mobilité en ville faciles.
07:08Oui, sauf que quand vous n'habitez pas en ville, mais à la campagne, vous avez de toute façon besoin
07:13d'une voiture. 85% des Français ont besoin d'une voiture.
07:15Et moi, ce que je pense, c'est que la voiture, ce n'est pas une solution de mobilité. C
07:21'est avant tout, et ça doit rester un plaisir.
07:23Et c'est un petit peu ça que l'on souhaite partager avec le million de visiteurs qui viennent au
07:29défilé Renault sur les Champs-Elysées.
07:31La R5, j'ai trouvé les chiffres de vente. 38 000 R5 vendus en 2025. On est à 37 000
07:38fin octobre, s'il ne me trompe pas.
07:41C'est une locomotive, j'imagine, pour Renault. Le succès est à la hauteur des attentes ?
07:44Oui, oui, tout à fait. On passe d'ailleurs en trois équipes à l'usine de Douai.
07:50On va fabriquer plus de 120 000 R5 cette année pour le marché français, mais aussi pour le marché européen.
07:57Donc, oui, c'est un vrai succès. C'est un peu notre locomotive sur l'ensemble de notre gamme électrique.
08:04Mais nous avons de nombreux modèles électriques qui marchent. La R4 a doublé ses volumes.
08:07Nous lançons une nouvelle Mégane qui maintenant est à 500 km d'autonomie, qui commence aussi très, très bien.
08:13Et puis, le Scenic, qui est électrique, qui est aussi la voiture qui marche le mieux dans tout ce qui
08:18est, notamment dans les flottes, dans les véhicules de société.
08:21Pour ceux qui trouvent encore ça trop cher, 25 000 euros hors aide et sans option la R5, est-ce
08:27que son prix pourrait baisser d'ici 2030, tout en restant, évidemment, produite en France ?
08:31Comment on fait ? Il faut mettre des composants, plus de composants chinois, des batteries avec moins d'autonomie. Il
08:37n'y a pas le choix ? Comment on fait ?
08:38Comment on fait ? On travaille beaucoup pour baisser le prix de nos voitures. On a déjà baissé de 25
08:43% le prix des voitures électriques.
08:45Moi, la cible que j'ai donnée aux équipes, c'est que d'ici 2030, le prix d'une voiture
08:49électrique soit équivalent à une voiture hybride aujourd'hui.
08:55Donc ça, c'est ce que nous faisons. Alors, on pourrait être un petit peu aidé.
08:58C'est-à-dire que si la Commission européenne, au lieu de nous rajouter 108 nouvelles normes, pouvait stabiliser les
09:04normes, ça nous permettrait encore de baisser le prix des...
09:08On peut calculer le coût sur une voiture, de l'ensemble des normes. C'est pour notre sécurité aussi, les
09:12normes ?
09:12Les normes, c'est très très bien. Mais quand vous avez un tsunami de normes et qu'à cause de
09:17ça, les Français ne peuvent pas s'acheter de voiture, qu'est-ce qui est mieux ?
09:22Les Français gardent des voitures de 12 ans. Demain, ça va être 15 ans d'âge. Plutôt que d'acheter
09:26une R5 électrique avec les normes telles qu'elles sont aujourd'hui,
09:29si on gelait toutes les normes aujourd'hui, sans les baisser, on les gèle, c'est les normes les plus
09:34sévères au monde,
09:36on économiserait 3 000 euros sur le prix d'une R5 d'ici 2030. Moi, je préfère baisser le prix
09:41pour qu'il y ait plus de Français qui achètent des voitures.
09:43Donc, pour avoir une voiture comme ça à 20 000 euros d'ici 2030, il faut stabiliser les normes ?
09:48Il faut stabiliser les normes. Et puis, nous, on va continuer à travailler et on baissera encore de 15 à
09:5420 % le prix des voitures électriques d'ici 2030.
09:56La Twingo, qui est moins chère, elle est fabriquée en Slovénie. C'est aussi pour ça qu'elle est plus
10:01abordable, tout simplement ?
10:02Oui, c'est en partie pour ça, mais c'est surtout parce que nous avons réussi sur la Twingo à
10:07la développer en moins de deux ans.
10:08Oui, 21 mois. Au lieu du double, en général.
10:12Traditionnellement, l'industrie automobile, nous développions les voitures en 5 ans,
10:18puis 4 ans. Nous, Renault, on était capable de faire 3 ans. Mais aujourd'hui, nous sommes capables de développer
10:23toutes nos voitures,
10:24y compris les futures voitures que nous allons développer en Europe, au Technocentre, en France, avec nos ingénieurs, avec nos
10:30fournisseurs européens.
10:31Nous allons développer toutes nos voitures en 2 ans.
10:33Comment vous avez fait ? Il paraît que vous êtes un peu inspiré des méthodes chinoises. C'est vrai, ça
10:37?
10:37Oui, c'est vrai. Sur ce point, on n'hésite pas à copier les meilleures pratiques chinoises.
10:42Et c'est vrai que...
10:43Qu'est-ce qui a changé, alors ?
10:44Nous impliquons nos fournisseurs beaucoup plus en amont.
10:50Nous gelons le concept du véhicule beaucoup plus en amont, entre le design, l'ingénierie et les fournisseurs.
10:55Et ça nous permet d'accélérer le cycle de développement, et notamment d'être en mesure d'avoir le premier
11:00prototype en moins de 9 mois,
11:02alors qu'avant, il nous fallait le double pour commencer à avoir un premier prototype qui roule.
11:06Donc ça, nous le faisons, mais je souhaite dire à tous ceux qui nous regardent aujourd'hui qu'il n
11:12'y a aucun compromis sur la qualité.
11:14C'est-à-dire que quand moi je vois un certain nombre de mes concurrents en Chine qui disent être
11:18capables de développer des voitures en moins de 2 ans, en 12 mois, en 16 mois,
11:22nous on ne le fera jamais.
11:23On ne le fera jamais parce que je ne ferai aucun compromis sur la qualité.
11:27Et donc c'est pour ça que vous avez créé un bureau d'études à Shanghai ?
11:29On a fait un bureau de développement, oui, pour apprendre, pour aussi développer des partenariats avec des acteurs chinois,
11:38notamment dans le domaine des batteries, puisque vous le savez, l'industrie chinoise a le leadership dans le domaine des
11:46batteries.
11:47Mais tout ça pour ramener ça ensuite en France, puisque par exemple, à l'usine de Douai, nous avons une
11:51gigafactory par un acteur chinois qui s'appelle Envision,
11:53qui a investi un milliard et demi d'euros dans le site de Douai de Renault.
11:58Et les R5 aujourd'hui, elles ont une batterie produite en France.
12:01Mais en même temps, 700 postes d'ingénieurs ont été supprimés ou seront supprimés à votre technocentre de Guyancourt.
12:08Et en parallèle, vous avez recruté des ingénieurs 250 en Chine. Il n'y a pas le choix ?
12:13C'est tout l'inverse. C'est une vraie ambition industrielle qu'on a.
12:16Parce que nous sommes, je pense, les seuls en Europe à dire que notre vision, notre ambition, c'est qu
12:25'un constructeur européen puisse continuer à développer en Europe,
12:29avec des fournisseurs européens, des voitures au même niveau de technologie mondiale.
12:34Et la transformation de l'ingénierie que vous mentionnez, c'est ça, c'est cette ambition.
12:38Ça veut dire que 2500 ingénieurs au technocentre vont devoir changer de métier pour s'adapter aux nouvelles technologies.
12:44Ça veut dire que tous les ingénieurs du technocentre, on revoit nos méthodes de travail pour pouvoir développer des voitures
12:50en deux ans.
12:51Mais toutes les voitures Renault, dans les années à venir, qui seront développées, produites en Europe,
12:57elles seront développées au technocentre.
12:59Et je viens d'ailleurs de décider que les voitures qui seront les flexibles de notre renouvellement,
13:07notamment des voitures importantes comme le Rafale, le Scénic, seront développées en France.
13:12Et ça, je pense que nous sommes les seuls à le faire, à s'engager, à le dire publiquement
13:16et à avoir aussi le soutien de nos collaborateurs, le soutien de nos syndicats.
13:2275% de nos représentants du personnel ont donné un avis favorable sur la transformation de l'ingénierie que vous
13:27mentionnez.
13:28On a souvent dénoncé le fait qu'on produise de moins en moins de voitures en France.
13:32Il se trouve que chez Renault, votre production en France de voitures électriques,
13:36autour de 260 000 cette année, devra augmenter 50% l'année prochaine.
13:40On a touché le fond de la piscine ?
13:43Oui, je pense. Et depuis l'année dernière, nous avons produit en France 500 000 voitures,
13:485% de plus que l'année précédente.
13:50Cette année, nous produirons, je pense, 25% de plus de voitures,
13:53grâce à l'explosion des voitures électriques que vous mentionnez.
13:56Donc oui, aujourd'hui, je peux vous dire, je peux dire à l'ensemble de ceux qui nous regardent,
14:01que nos sites industriels en France, ils sont stabilisés.
14:04Nos sites industriels en France, je prévois 20% de croissance de production sur les 5 prochaines années,
14:11comparé aux 5 années précédentes.
14:13Et il y aura assez de batteries pour fabriquer toutes ces voitures ?
14:17Est-ce qu'on entend souvent parler de pénurie de batteries ?
14:19Oui, moi, j'ai une pénurie de batteries d'origine européenne.
14:23Des batteries, je peux en trouver, mais venant d'Asie.
14:29Par contre, il faut réussir à la montée en puissance de la production de batteries européennes.
14:35Pourquoi on s'est loupé ?
14:36On ne s'est pas loupé, mais c'est que simplement le temps politique,
14:40c'est-à-dire la vision politique qui est bonne de dire, non, nous voulons des batteries en Europe,
14:44le temps politique, c'est le temps politique.
14:45Mais le temps industriel, il est plus long.
14:48Et vous savez, on recrée une industrie, ou on crée une industrie, ou on réindustrialise,
14:52ça prend une décennie.
14:54Donc le combat n'est pas perdu sur les batteries européennes ?
14:58Au contraire.
14:59Nous, on a plus de la moitié de nos batteries qui sont européennes.
15:02C'est vrai que nous privilégions les batteries européennes.
15:05C'est vrai que les aides, par exemple, en France, sont conditionnées à la production de batteries en Europe.
15:09Je trouve ça très bien.
15:10Aujourd'hui, nos fournisseurs, ils se battent tous les jours.
15:13Et c'est vrai qu'aujourd'hui, j'ai un manque de batteries européennes.
15:16Bon, après, vous avez dit vouloir conditionner vos investissements en France, je vous cite,
15:21à la stabilité économique, sociale et politique.
15:24Je me suis dit, mais quels seront vos critères de décision là-dessus ?
15:28Ça sera en fonction du nom du futur locataire de l'Elysée, du fait qu'on est une majorité ou
15:33pas à l'Assemblée,
15:34du climat social en France ?
15:36Comment vous avez-vous décidé ?
15:38Renaud a besoin de stabilité.
15:41La France est clé.
15:43Nous avons fait le choix de la France.
15:44Nous faisons le choix de la France.
15:4620% de notre activité est en France.
15:4920% de nos productions.
15:5140% de nos salariés.
15:52Nous avons fait le choix de mettre et de continuer à mettre la moitié de notre ingénierie en France.
15:57Mais évidemment, tout ça ne fonctionne que si le contexte global en France nous permet de maintenir notre compétitivité
16:04et de continuer à fonctionner normalement.
16:06Donc, moi, je ne fais pas de choix politique.
16:09Mais par contre, il me paraît important de mentionner que nous avons besoin de cette stabilité
16:14pour réussir notre plan et maintenir.
16:16Mais s'il n'y a pas de cette stabilité, vous serez amené à revoir vos investissements à la baisse.
16:2110 milliards d'euros dans la voiture électrique en France d'ici 5 ans.
16:24C'est ça le chiffre ?
16:24Oui, nous prévoyons de réinvestir 10 milliards d'euros en France dans les 5 prochaines années.
16:30Comment se réemployer ces salariés ?
16:31Ils font suite à 13 milliards d'euros que nous avons déjà investis dans les 5 années précédentes.
16:35C'est du développement de nouvelles voitures.
16:38Je vous l'ai dit, toutes les nouvelles voitures électriques du groupe Renault en Europe seront développées au Technocentre avec
16:45nos fournisseurs.
16:45C'est de la production.
16:47Je vous l'ai dit, nous allons augmenter.
16:48Nous prévoyons d'augmenter de 20% nos productions en France.
16:51Et donc, tout ça, l'ensemble de ces investissements de modernisation, de renouvellement, ça représente 10 milliards d'euros.
16:58Il faut qu'on parle de la part de marché des voitures électriques chinoises en France.
17:02En fait, elle est plus basse que ce que j'imaginais.
17:04En Europe, on est à 12.
17:06En France, on est autour de 7%.
17:07On était à 6% il y a un an.
17:09Pourquoi est-ce qu'on résiste mieux en France ?
17:11Écoutez, d'abord, la part de marché des concurrents chinois en janvier 2024,
17:15c'était 2% en Europe.
17:17Et le mois dernier, c'était 13,6%.
17:20Donc, ce flux d'importation chinois me paraît non soutenable pour l'Europe et pour l'industrie.
17:29Et c'est pour ça que ça fait deux ans que, personnellement, j'appuie,
17:34et je le dis d'ailleurs publiquement, il faut un accord entre l'Europe et la Chine.
17:38Il y a un accord sur les voitures hybrides, avec des quotas.
17:41Alors, c'est cet accord qui devrait arriver.
17:46Donc, il n'est pas encore en place.
17:47Et je pense que cet accord, il est très bien.
17:48Puisque finalement, il n'y a que deux choix.
17:51Le premier choix, c'est continuer comme ça.
17:56Et le flot de voitures importées chinoises va augmenter.
18:00Et c'est la première industrie d'Europe, puisque l'industrie automobile, ça représente 10% des emplois industriels.
18:05Ça représente un tiers de l'ingénierie privée en Europe.
18:09Un million d'emplois, directs et indirects, dépendent de l'automobile en France.
18:14Et donc, on ne peut pas voir cette industrie disparaître parce qu'il y a un flot d'importation.
18:17Ça ne tiendra pas.
18:18Donc, finalement, il y a des droits de bonne aujourd'hui.
18:20Que sur les voitures électriques ?
18:21Que sur les voitures électriques, absolument.
18:22Et là, on parle bien, en fait, des voitures non électriques, hybrides, ou ce qu'on appelle les plug-y
18:29d'hybrides.
18:29Toutes ces voitures, et c'est l'explosion de volume que j'évoquais, elle a été faite sur ces voitures,
18:34qui sont des voitures hybrides ou thermiques, qui viennent directement de Chine.
18:39Où vont les parts de marché des marques chinoises si l'Europe ne fait rien ?
18:43À mon avis, si je compare d'autres continents, si je compare l'Amérique du Sud, par exemple,
18:49au Brésil, les marques chinoises sont à 25%.
18:53C'est le cas aussi en Asie du Sud-Est.
18:55Donc, je pense que s'il n'y a pas d'accord entre l'Europe et la Chine,
19:00on sera dans un scénario qui va mettre en danger mortel l'industrie automobile européenne.
19:05Et c'est pour ça, je crois que...
19:06Pour ça, il faut des droits de douane.
19:08Il y en a déjà sur les voitures électriques.
19:09Il y en a sur les voitures électriques, mais il faut...
19:11Et maintenant, il y a des quotas sur les voitures hybrides.
19:12Et donc, cet accord devrait prendre la forme d'un quota dans lequel la Chine va limiter
19:19ses importations.
19:20Par contre, ça ne veut pas dire que l'Europe ferme ses portes à l'industrie chinoise.
19:23Et moi, je suis tout à fait favorable à ce que des concurrents chinois viennent s'implanter,
19:28mais ils doivent s'implanter dans la chaîne de valeur, avec des batteries européennes,
19:31des fournisseurs européens.
19:32Et cette compétition, nous, Renault, on est parfaitement capables
19:35de faire face à une telle compétition.
19:37Est-ce que c'est vrai ou pas que les constructeurs chinois disposent d'une avance technologique
19:41de plusieurs années, notamment sur les batteries ou autre ?
19:44Est-ce que c'est vrai, ça ?
19:45Non, ce n'est pas vrai.
19:46Renault est parfaitement au niveau technologique de nos concurrents chinois.
19:49La seule chose que je ne peux pas compenser, c'est l'écart de coût.
19:53Qui est de 35%.
19:55Qui est de 35%.
19:56BYD va lancer en 2027 un véhicule qui va se recharger dans seulement 5 minutes.
20:00Est-ce que Renault fait ou fera aussi bien ?
20:02Oui, nous sommes capables de le faire.
20:03Mais encore une fois, dans l'automobile, tout est une question d'équilibre.
20:07Si on charge en 5 minutes, ça veut dire que la batterie est beaucoup plus puissante,
20:13est beaucoup plus chère, et donc le prix sera plus élevé pour les clients.
20:17Moi, ce que je pense, c'est que le bon équilibre, c'est autour de 15 minutes.
20:21Vous arrêtez sur autoroute, vous prenez un café, en 15 minutes, vous êtes au-delà de 80%.
20:25C'est le bon équilibre.
20:27On appelle ça un équilibre coût-valeur.
20:28Et c'est là-dessus que je me concentre.
20:30Mais techniquement, Renault est parfaitement capable de faire des voitures qui se rechargent en 5 minutes.
20:36Mais le meilleur équilibre me semble être autour de 15 minutes.
20:41Est-ce que pour vous, conduire une voiture européenne, ça reste supérieur à conduire une voiture électrique chinoise ?
20:48Que ce soit le comportement routier, la tenue de route, le confort ?
20:53Parce que j'avais la patronne de BYD, qui était dans cette émission il y a quelques mois,
20:56qui me disait que les voitures chinoises étaient largement aussi bien.
21:01Écoutez, moi je vais vous parler des voitures Renault.
21:03D'abord, je pense que nos voitures, et l'AR5 est un bon exemple,
21:10nous avons un design qui est différenciant.
21:13Nous mettons beaucoup d'émotions dans nos voitures.
21:16Vous avez un design qui est différent, très expressif.
21:21Avec...
21:21C'est ce qu'il manque aux voitures chinoises ?
21:23N'essayez pas de m'amener sur le terrain de comparer ou de me comparer.
21:26Moi, ce que je vois, c'est qu'est-ce que j'apporte à nos clients ?
21:30Un design différentiant,
21:32les technologies au meilleur niveau,
21:34des offres
21:37packagées
21:37qui permettent d'avoir
21:40des offres qui sont abordables.
21:42Et puis, ce que nous amenons
21:43à nos clients, c'est le réseau Renault.
21:45Nous avons
21:483500 points de vente en France.
21:50Nous avons
21:52les meilleures valeurs résiduelles.
21:54C'est-à-dire que
21:54la valeur à la revente d'une voiture
21:56à 3 ans, 5 ans, 10 ans,
21:58quand c'est une Renault, quand c'est une Dacia,
22:00vous savez que vous avez les meilleures
22:04valeurs à la revente
22:05en véhicule d'occasion.
22:07C'est une qualité sur laquelle on s'engage.
22:08Nous, on s'engage jusqu'à 15 ans
22:10sur la garantie de nos batteries.
22:11Donc, c'est cet ensemble de voitures
22:13qui sont très attirantes,
22:14qui sont abordables,
22:16avec les meilleures technologies
22:17et dans lesquelles vous avez
22:18l'assurance de Renault.
22:19Nous, on est ici depuis 120 ans.
22:21C'est tout ça qui fait que, je pense,
22:23nous avons la meilleure offre
22:24pour nos clients.
22:26Il faut qu'on parle aussi,
22:26François Provo, des taux d'intérêt
22:27qui remontent un peu partout dans le monde
22:30et surtout en France, malheureusement.
22:32On se dit quand même
22:33que c'était potentiellement une menace
22:34pour l'essor du marché
22:35des voitures électriques.
22:37Et je vous laisse expliquer pourquoi.
22:38Du fait du système de location,
22:40ça fera augmenter les mensualités.
22:41La hausse des taux, c'est clair.
22:42Inexorablement.
22:43C'est vrai pour les voitures électriques
22:44comme pour les voitures thermiques.
22:46L'essentiel des voitures,
22:48plus de 90% sont vendus
22:49avec des paquets financiers.
22:51Donc la hausse des taux cette année,
22:53c'est très concret.
22:53Sur une R5,
22:56c'est de l'ordre de 10 euros par mois
22:57pour le client.
22:58En plus.
22:59En plus, donc c'est quand même très concret.
23:00Et là aussi, ça ne va pas
23:01dans le sens de baisser
23:02et de rendre les voitures
23:03plus abordables.
23:04Et on n'a pas la main
23:05sur les taux d'intérêt.
23:06Non.
23:06Donc on fait avec.
23:07Voilà.
23:07Dernier point sur le maillage
23:09en termes de bornes de recharge.
23:11La France compte désormais
23:12210 000 bornes de recharge publiques.
23:15C'est 13% de plus en un an.
23:17Oui.
23:17Donc ça continue à augmenter.
23:18Sans compter,
23:19on est autour de 2,8 millions
23:20de bornes de recharge
23:21chez les particuliers
23:22au domicile des Français.
23:24Est-ce que tout ça est suffisant
23:25au regard des petits 2 millions,
23:271,7 millions de voitures électriques
23:28du parc en France ?
23:30Est-ce que le maillage est suffisant ?
23:32Est-ce qu'on a rattrapé ?
23:33Il y avait un retard français
23:34il y a 2-3 ans.
23:35On l'a comblé ?
23:36On est en train de le rattraper.
23:38Le maillage,
23:39il est très insuffisant
23:40par rapport à l'ambition initiale
23:41de la Commission européenne.
23:42Je vous rappelle,
23:43la Commission européenne
23:44avait décrété que tout le monde
23:44devait rouler en voiture électrique.
23:46Donc par rapport à l'ambition de l'Europe,
23:49qui aujourd'hui n'a pas encore été modifiée
23:50dans les faits,
23:52le réseau de recharge n'est pas suffisant.
23:54Par contre,
23:55par rapport à une trajectoire
23:56que je juge soutenable,
23:58qui est d'être au-delà de 50%
24:00de ventes de voitures électriques
24:02après 2030,
24:04le maillage je pense sera suffisant.
24:07Le sujet qui aujourd'hui
24:08est le plus gênant pour le client,
24:11c'est l'incertitude du prix de la recharge
24:17en dehors de l'environnement quotidien.
24:19C'est-à-dire que quand vous partez en vacances,
24:21vous allez vous dire
24:22est-ce que je vais trouver toujours
24:23une station de recharge ?
24:24Ça reste quand même une inquiétude pour le client.
24:26Ça, j'ai tendance à dire
24:27oui, ne vous inquiétez pas.
24:28Par contre,
24:28il faut que le client apprenne
24:30à se rassurer sur ce point
24:31et le point qui reste problématique,
24:33c'est que le client
24:35va trouver une station de recharge.
24:37Par contre,
24:37le prix de la recharge
24:39peut varier beaucoup.
24:40Oui, largement.
24:40Par rapport à son environnement
24:42de vie au quotidien.
24:43Et ça, ça reste un des points
24:44sur lesquels il faut qu'on travaille encore.
24:46Une petite question rapidement.
24:48Une voiture électrique
24:49avec 1000 km d'autonomie,
24:51c'est pour quand ?
24:52Abordable,
24:52à prix abordable.
24:53Moi, je pense que
24:56700 km d'autonomie,
24:58c'est la bonne valeur.
24:59Là, encore une fois,
25:00il faut trouver le bon équilibre.
25:01En réel, pas en affiché, en réel.
25:02En affiché, en réel,
25:04ça permet de faire
25:05un pari Lyon sur autoroute.
25:06Ça me semble être
25:07le bon équilibre
25:07parce que la batterie
25:08restera toujours dimensionnante
25:10pour le prix de la voiture.
25:14Donc, voilà,
25:15je vous dirais,
25:16700 km,
25:17nous, d'ici deux ans,
25:17on offrira ce type de voiture.
25:19On offrira aussi
25:19pour les clients
25:20qui se disent
25:21je veux passer à l'électrique,
25:22mais réellement,
25:24j'ai besoin d'être absolument sûr
25:25que je ne serai pas
25:27dépendant d'une recharge.
25:27On offrira ce qu'on appelle
25:30des solutions
25:31de range extender.
25:32Le terme,
25:33c'est prolongateur d'autonomie
25:34en français,
25:35ce qui permet de rouler
25:3795% du temps
25:38en électrique,
25:39300 km d'autonomie.
25:40Mais par contre,
25:41le jour où vous avez
25:42un long trajet
25:42et vous vous dites
25:44qu'est-ce qui se passe
25:45si je ne peux pas recharger,
25:45là, vous pouvez faire
25:481000 ou 1500.
25:48Du fait d'un petit moteur,
25:49c'est un petit moteur.
25:49Du fait d'un petit moteur
25:50qui rechargera la batterie.
25:53Le tsunami,
25:54on redoute de voitures chinoises.
25:56Dernière question.
25:57Est-ce que cette compétition
25:59face à des concurrents
26:01qui sont féroces,
26:01vous n'avez pas peur ?
26:02Non.
26:03Non, on n'a pas peur.
26:04Ni pour Renault,
26:04ni pour l'industrie auto-européenne.
26:06Moi, je n'ai peur
26:07pour l'industrie auto-européenne,
26:08clairement.
26:09Parce que si...
26:10Mais pas pour Renault.
26:11Si le flot de voitures importées
26:15venant de Chine
26:16est incontrôlable,
26:17je pense qu'il n'y aura
26:18pas d'autre choix
26:19pour l'Europe
26:20que de mettre des tarifs
26:22et donc pas d'autre choix
26:23pour la Chine et l'Europe
26:25d'avoir une sorte
26:25de guerre commerciale.
26:26Et c'est vraiment
26:27le scénario perdant-perdant.
26:29Et c'est pour ça
26:29que je suis assez satisfait
26:30de voir qu'il y a plutôt
26:31un scénario gagnant-gagnant
26:32et que la Chine et l'Europe
26:33sont en train de se mettre
26:34d'accord sur un système de quotas.
26:36S'agissant de Renault,
26:37c'est un peu l'objet
26:38de notre vision
26:39qui s'appelle Future Ready.
26:41Je souhaite que Renault
26:43finalement soit prêt
26:46à affronter
26:47tous ces éléments externes
26:48qui tombent.
26:49Alors vous parlez
26:50des importations
26:51de voitures chinoises
26:52mais on a de plus en plus
26:53de problèmes
26:56de géopolitique,
26:57de contraintes géopolitiques,
26:58de contraintes de logistique,
26:59de contraintes réglementaires,
27:00d'incertitudes réglementaires.
27:02Et il faut qu'une entreprise
27:03comme Renault
27:03soit beaucoup plus résiliente.
27:05Et ça, c'est un petit peu
27:06aussi notre ambition.
27:08Allez, merci à vous
27:09pour cet entretien,
27:09François Provo.
27:10Merci.
27:10Merci beaucoup.
27:11C'est le directeur général
27:12de Renault Group.
27:13C'est la fin de
27:14Pourvu que ça dure,
27:15l'émission qui rend
27:15les co-responsables.
27:16Pourvu que ça dure,
27:17c'est aussi du replay
27:18sur publicsena.fr.
27:19A très vite.
27:36Pourvu que ça dure,
27:37pourvu que ça dure,
27:37avec le groupe BPCE,
27:39acteur bancaire de référence
27:40en français en Europe.
27:41Un groupe coopératif en mouvement,
27:44engagé au cœur des territoires
27:45pour accompagner ses clients
27:46face aux grandes transitions.