00:00Le principe de l'autoportrait, c'est l'auto.
00:03Ce serait plutôt à lui de le faire.
00:05D'ailleurs, on va voir qu'il l'a fait, mais bon, il est un peu feignant.
00:07Donc, Philippe Catherine, sur son nouvel album, vous l'avez remarqué, poursuit son voyage
00:12parallèle et très singulier dans le rap, en utilisant notamment de l'auto-tune.
00:16Vous voyez qu'on y revient.
00:18Et comme l'un des marqueurs du rap depuis la nuit, des tempos, c'est de donner dans
00:23l'égotrip, donc de s'autociter dans les chansons.
00:25J'ai réalisé que Philippe était un rappeur bien avant de faire du rap.
00:30Écoutez, la première fois, c'était en 1996.
00:49Alors, notons au passage qu'en plus de vous mettre en scène sur Parlez-vous,
00:55anglais, Monsieur Catherine, vous citez également Alain Crivine, ce qui n'a pas dû arriver
01:00souvent dans une chanson.
01:01Pour la rime, sinon, il y avait Régine ou Le Pen-Marine, mais ça, c'est l'objet d'un
01:05autre grand moment catherine-esque.
01:07Entendons-nous bien, il ne s'agit pas d'égo-centrisme, plutôt d'un jeu de cache-cache avec ce
01:13drôle
01:13de personnage fantaisiste et dadaïste qui, un beau jour, a comme échappé de Philippe
01:18Blanchard pour vivre sa propre vie à l'intérieur des chansons.
01:22L'égo, d'ailleurs, vous en méfiez, Philippe.
01:24Dans une interview à Psychologie Magazine, vous voyez, j'ai bossé en 2020, vous avez
01:28dit, à force de parler de moi en promotion et de chanter mes propres chansons devant
01:32des milliers de personnes, je sens qu'à la voile de mon égo peut gonfler et m'emporter
01:38loin.
01:38Ce vertige de l'égo entraîne chez moi jusqu'à la nausée.
01:43Vous avez choisi de soigner le mal par le mal.
01:49Philippe, comment tu t'appelles ? Philippe, comment tu t'appelles ? Philippe, comment
01:58tu t'appelles ? Ta gueule.
02:02Ça, c'était en 2010, c'était pas la fille au père, ce coup-là.
02:05Non.
02:07Donc, un album qui s'appelait justement Philippe Catherine, où vous posiez sur la pochette
02:12avec vos parents.
02:13Dix ans auparavant, sur l'homme à trois mains, il y avait déjà une chanson intitulée
02:17Petit Philippe, où vous vous souveniez de votre passage chez les curés.
02:21Et puis une autre juste derrière, baptisée moi-même.
02:24Et plus je m'embrasse, plus j'aime m'embrasser, plus je veux me serrer.
02:42Alors, dans cette chanson, vous dites, je ne mérite que moi-même et c'est tout ce
02:46que j'aime.
02:47Et c'est sans doute grâce à cet amour propre que vous avez réussi à faire don de vous-même
02:52dans des postures extravagantes, à sortir comme un diable de la boîte crânienne du
02:56jeune garçon chahuté que vous aviez été à l'école, on vous surnommait poubelle
03:00à l'époque, et même du chanteur timide qui se planquait derrière une mèche à ses
03:06débuts.
03:06Quel chemin parcouru, monsieur Catherine ? Aujourd'hui, vous êtes le bacus qu'unu des
03:11JO pour des milliards de souvenirs.
03:13Vous flottez dans la vie comme si vous étiez porté par quelque chose de plus grand que
03:17vous-même.
03:18Vous n'avez peur de rien, à part peut-être, et encore, de la mort.
03:21On le voit sur la pochette de votre album.
03:23Et c'est pour ça, comme dirait François Valéry, que vous préférez qu'on vous aime
03:27vivant.
03:28Aimez-moi, aimez-moi, aimez-moi, aimez-moi, aimez-moi, aimez-moi, aimez-moi, aimez-moi,
03:35aimez-moi, aimez-moi, aimez-moi, aimez-moi, aimez-moi, aimez-moi, aimez-moi, aimez-moi,
03:40Aucun doute là-dessus.
03:40Rassurez-vous, Philippe, comme Luxor, on vous adore.
03:43Sur votre nouvel album, pour revenir sur le thème, il y a une chanson qui s'appelle
03:47« Encore jeu, est-ce qu'il peut vous arriver que le jeu du jeu finisse par vous fatiguer
03:52vous-même, monsieur Catherine ? »
03:55Ah, bien sûr.
03:56C'est une question.
03:58C'est pas une question ?
03:59Si, si, c'est une question.
04:00Ben oui, le jeu, multiplié par le jeu, arrive au quoi ? C'est du néant, au final.
04:08Donc, quand on est sur scène, c'est notamment quand on est sur scène qu'on peut devenir fou.
04:14C'est-à-dire que quand vous vous couchez, vos chansons vous débectent.
04:20Ça peut arriver quand on fait trop de concerts, d'avoir un léger dégoût de soi-même.
04:24Un écœurement, quoi.
04:25Un écœurement.
04:25Et ça, c'est très bon de le ressentir aussi.
04:28Il faut que ça aussi, dans les deux pôles.
04:32C'est faux que tu finisses avec une question, Christophe, alors que c'est vraiment très
04:35très beau ce que tu viens de nous dire.
04:36Et j'ai compris en t'écoutant qu'en fait, et c'est pour ça, ça répond à la question
04:41initiale que nous nous posions avant que vous rentriez dans ce studio, Philippe.
04:44Je crois qu'on est très touchés par vous parce que vous nous autorisez à être enfants
04:48sans danger.
04:49Ah ben, à la bonne heure.
04:51Ben oui.
04:51Vraiment.
04:52Je crois que j'ai compris ça dans ce que vient de nous dire Christophe.
04:54Sous-titrage Société Radio-Canada
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