00:01RTL Matin, 7h, 9h30, c'est avec Céline Landreau.
00:07Et avec Marc-Olivier Fogiel à 8h18, elle est la deuxième française à avoir volé dans l'espace,
00:12la première à être sortie dans le vide spatial.
00:15Après près de 8 mois à bord de l'ISS, elle a améré le 8 octobre dernier au large de
00:19la Californie,
00:20à quelques heures de sa conférence de presse à l'agence spatiale européenne.
00:23Elle accorde donc à RTL sa première interview en France depuis son retour.
00:28C'est l'astronaute Sophie Adnaud qui est votre invitée, Marc-Olivier Fogiel.
00:32Et on est très heureux de vous recevoir, Sophie Adnaud, en direct. Bonjour.
00:35Merci Marc-Olivier, je suis très très heureux aussi de pouvoir être là, vous voir.
00:39Nous aussi, parce que la dernière fois on s'est parlé, vous étiez dans l'espace.
00:41Et quand vous êtes rentrée, le 8 octobre, vos premiers mots, renvoyez-moi dans l'espace.
00:47Vous étiez tellement bien là-haut.
00:48Mais c'est-à-dire que physiologiquement, quand même, le retour sur Terre, c'est une épreuve.
00:52Et je dois dire, ça, ces mots, je les ai dit juste après avoir passé 25 minutes dans les vagues,
00:58dans cette capsule fermée, où physiologiquement, là, je n'étais pas très bien.
01:02Je n'ai pas vraiment le pied marin.
01:03Et alors, fermée dans cette capsule, c'était un petit peu dur pour le corps.
01:09Mais racontez-nous ça.
01:09Comment on se réadapte à la vie déjà physiquement sur Terre ?
01:12Votre corps, il était complètement déréglé, abîmé ?
01:16Alors, le corps, plusieurs aspects.
01:18Le corps vieillit plus rapidement dans l'espace.
01:21En fait, quand on rentre sur Terre, si un médecin urgentiste prenait un astronaute sans savoir d'où il vient.
01:28Il nous dirait déficience immunitaire, dégénérescence osseuse, perte de masse musculaire, troubles de l'équilibre.
01:36Donc, en fait, il donnerait une analyse médicale, sans savoir qui on était,
01:42mais il donnerait une analyse médicale de quelqu'un qui est très vieux et très, très faible.
01:46Très vieux, ça veut dire quoi, très vieux ?
01:48Vous aviez quel âge en rentrant sur Terre ?
01:50En général, sur une mission longue durée, on dit qu'on prend 10 ans.
01:53Ah oui, quand même.
01:53Et là, vous les avez récupérés trois semaines après ?
01:55Trois semaines après, pas complètement.
01:57En général, on dit que les marqueurs corporels, y compris la peau, etc.,
02:01les récupèrent entre un an et un an et demi après.
02:04Carrément !
02:05Et vous êtes passé par un sas, par une espèce d'hôpital qui vous a remis d'aplomb ?
02:11C'est ça.
02:11Alors, au centre d'entraînement des astronautes, à Cologne,
02:14il y a comme une maison médicalisée qui ressemble à un mini-hôpital
02:18où, pendant toute la première semaine, on y est jour et nuit.
02:22La chambre de l'astronaute est juste à côté de la chambre du médecin
02:25avec un bouton rouge pour pouvoir appuyer.
02:27On est accompagné par les équipes.
02:28Il faut voir que 24 heures après, on ne peut pas vraiment marcher tout seul.
02:32Ou alors, si on commence à marcher, il y a un risque de tomber.
02:35On ne peut pas prendre de douche tout seul.
02:36Ou alors, il faut la prendre assise, sinon on a des troubles de l'équilibre.
02:39Et avec l'eau chaude, le système cardiovasculaire fait qu'il y a une baisse de pression.
02:43On peut perdre connaissance.
02:45Et j'en passe.
02:46Mais y compris aller aux toilettes, on se fait quasiment accompagner jusqu'au bout.
02:49Et maintenant, c'est réglé ?
02:50Maintenant, c'est réglé au bout de deux semaines.
02:53Ça, c'était la première semaine, donc très très proche des équipes médicales.
02:56La deuxième semaine, on passe en version hôpital de jour.
02:59Donc là, on peut dormir tout seul chez soi, mais on est en hôpital de jour
03:03avec beaucoup de tests médicaux et d'examens pour la science et pas seulement pour sa santé.
03:08Et la troisième semaine, test de conduite, de pouvoir reprendre le vélo, etc.
03:15Donc j'ai eu ces tests et là, maintenant, c'est tout bon.
03:17Vous êtes rentrée à la maison ou pas encore ?
03:18Oui, je suis rentrée à la maison, oui.
03:19Parce que Céline, pendant la pub, vous demandez, mais comment on fait quand on revient ?
03:22Elle a dit, Marc-Olivier ne va pas vous poser la question, je vous la pose.
03:25On vous remet l'enfant dans les bras et on fait les machines à laver ?
03:27C'est fini d'aller jouer la eau sur terre ?
03:29Non, alors en fait, c'est très progressif et surtout, l'ESA a un esprit de famille incroyable.
03:34Mais comme la manovac, c'est l'agence spatiale européenne.
03:37L'agence spatiale européenne, il y a un esprit de famille qui est incroyable.
03:40Et ce qui fait qu'en fait, cette première semaine, quand on est dans la maison médicalisée,
03:44qui s'appelle le Enviable d'ailleurs, les familles viennent avec nous.
03:48Et donc, on a la place pour les familles, exactement, on se reconnecte très progressivement.
03:54Et tout se fait en douceur, c'est vraiment très bien pensé pour les familles.
03:58Et psychologiquement, quand on est là-haut, donc la quiétude et on regarde la terre de si loin,
04:03de façon macro, quand on revient ici dans l'actualité qu'on raconte tous les jours,
04:07ça se passe comment, cette espèce de décalage ?
04:12Effectivement, pour moi d'ailleurs, c'est encore un petit peu difficile d'en parler.
04:15Je pense que je n'ai pas complètement atterri dans ce sens-là.
04:18Quand on voit la terre depuis là-haut, la terre est magnifique.
04:23On observe ces paysages à perte de vue qui sont à l'échelle des continents très très beaux,
04:29les océans magnifiques, les îles, même les systèmes de nuages autour.
04:33On observe l'atmosphère qui est toute fine et qui rend la terre à la fois belle et précieuse,
04:38mais enveloppée de cette petite couche protectrice.
04:41Donc on voit un monde très beau, fragile mais très beau, et on revient ici.
04:45Et on revient ici, et il y a une espèce de dissonance cognitive où en fait,
04:50on a du mal à comprendre ce décalage entre l'immensité du beau et l'émerveillement qu'on voit là
04:57-haut,
04:57et la réalité quotidienne qui est difficile pour beaucoup de Français et qui du coup, oui, témoigne de souffrance.
05:05Et j'ai beaucoup, beaucoup d'empathie pour tout ce que je vois ici.
05:08Vous voulez dire que l'empathie est même démultipliée à travers une espèce de sensibilité les 235 jours là-haut
05:12?
05:12Quand vous revenez ici, vous pleurez par exemple ?
05:13Ah oui, j'ai les émotions à fleur de peau.
05:16Vous ne me faites pas trop, parce que là ça va revenir.
05:19Mais en tout cas, sur des petites choses, des petits riens et de ne pas comprendre.
05:27Qu'est-ce qui se passe ?
05:30Qu'est-ce qui se passe par exemple ?
05:32Les lycéens qui aujourd'hui rebloquent ce matin leur lycée, vous ne comprenez pas ça par exemple ?
05:36Non, ce n'est pas que je ne comprends pas.
05:38C'est qu'en fait, il y a des souffrances, il y a des gens en perte de repère.
05:44Et pendant toute ma mission, j'ai essayé de communiquer sur donner une petite lueur d'espoir,
05:50donner un petit quelque chose de positif, un petit brin de fraîcheur.
05:55Et de voir qu'il y a toutes ces souffrances au final, pour lesquelles j'ai beaucoup d'empathie.
05:59Voilà les mesures sacrées quand j'y pense.
06:01Je me dis que j'ai envie de donner aux jeunes cette possibilité de croire en l'avenir.
06:08Je dois vous le dire, Sophie, vous l'avez fait.
06:11Franchement, c'était très réussi.
06:12Quand vous avez en ligne vos vidéos tous les dimanches,
06:15réellement, dans ce monde compliqué, vous l'avez fait, Sophie.
06:17Pour ceux qui disent, en même temps, c'est formidable de partir, mais ça coûte cher.
06:22J'ai discuté de ça avec Thomas ici, Thomas Pesquet.
06:24Il y a des gens qui disent, l'argent consacré à l'espace serait plus utile pour nos hôpitaux, nos
06:28écoles.
06:29Vous leur répondez quoi, vous, Sophie ?
06:31Alors, les questions du budget, moi, je ne suis ni analyste financière, ni tout ça.
06:35Non, mais vous avez fait des choses.
06:36Donc, voilà, mais ce que je peux dire, c'est que quand je vois les retours,
06:42les lettres que j'ai reçues, mais par centaines, au Centre des astronautes européens,
06:48avec des « merci, tu nous as inspiré, merci, on croit en une petite étoile, etc. »
06:55Moi, je vois ça, en fait.
06:57Certes, les choses ont un coût, mais en même temps, la science progresse.
07:04Ça fait partie des choses aussi qui donnent un regard positif,
07:09tourné vers le futur, avec une petite lueur d'espoir aux gens.
07:13Et je pense que ça, c'est des choix de budget.
07:15Encore une fois, je ne suis pas analyste financière, mais je pense que ce n'est pas de l'argent
07:18perdu.
07:19Et en même temps que vous êtes rentrée, vous avez dit, on n'est pas prêts aujourd'hui.
07:21Il nous faut des ruptures technologiques. Vous parliez de quoi ?
07:24Alors ça, je parlais du voyage sur Mars.
07:26Je parlais du voyage sur Mars, en l'occurrence, parce qu'en fait,
07:29il y a 50% des astronautes qui, au retour, ont des symptômes physiologiques
07:34qui font qu'ils, pendant 24 heures, ils ne peuvent plus faire les choses toutes seules.
07:38Imaginez, on a un voyage de 8 mois pour aller sur Mars, on atterrit sur Mars,
07:42et les astronautes ne peuvent pas être autonomes, mais tombent à chaque fois qu'ils essayent de marcher.
07:47Donc il faut organiser ça mieux ?
07:49Alors, il y a des ruptures technologiques, soit pour aller plus vite à destination,
07:54soit avoir, par exemple, un vaisseau spatial avec de la gravité artificielle
07:57qui fait que le corps humain ne perd pas cette habitude de la gravité
08:00et reste opérationnel à l'arrivée.
08:02Racontez-nous, quand même, vous êtes sorti trois fois dans l'espace.
08:05Quand je vous avais interviewé, vous étiez là-haut, vous n'étiez même pas encore sûr de sortir.
08:09Allez, faites vivre aux auditeurs.
08:10Quand la porte s'ouvre, que vous sortez avec le scaphandre, on m'en dit ça.
08:14Voilà, le scaphandre de sortie extravéhiculaire.
08:15C'est une aventure dans l'aventure.
08:19En fait, pour faire une sortie extravéhiculaire, il y a un état de préparation intense.
08:25Moi, pendant cinq semaines, non-stop, j'ai travaillé,
08:28et tout l'entraînement, pendant trois ans avant, est vraiment intense.
08:33On sait que chaque geste, s'il est mal accompli, peut mener à la mort, clairement.
08:40Si on se loupe, si on détache le mousqueton et qu'on s'éloigne de la station,
08:44on en a trois, des possibilités de mousquetons.
08:47On a des corps de rappel, mais on peut...
08:49Voilà, on a des corps de rappel, mais le risque, c'est quand même intense.
08:52Du coup, on est vraiment ancré dans l'un temps présent.
08:55Et c'est presque une expérience, j'allais dire, presque spirituelle,
08:59parce qu'au final, il y a la beauté de la planète autour.
09:03On passe d'environnements qui font juste à l'extérieur de son scaphandre,
09:07de moins 150 à plus 120 degrés.
09:09Donc, on sait que l'environnement autour est hostile, extrême,
09:12qu'on est protégé dans un petit scaphandre qui est notre véhicule spatial.
09:15On est comme un mini-satellite qui tourne à 28 000 km heure autour de la Terre,
09:19juste lié par un filon de sécurité à la station.
09:22Et donc, quelque part, on sait tout ça, le cerveau le sait,
09:25et du coup, on est très, très ancré dans l'un temps présent.
09:29Et il y a une transition vraiment surprenante entre l'immensité de l'extérieur
09:33et la concentration qui est là sur la vis, la pièce de métal en face, le rail.
09:39Enfin bon, c'est...
09:41Voilà.
09:41Magnifique.
09:43Pour terminer, Sophie, quand vous étiez là-haut et que vous regardiez la Terre flambée,
09:46et notamment votre région, Bordeaux,
09:48j'imagine que tout ça aussi, c'était difficile à vivre.
09:50L'émotion que vous aviez là, vous l'aviez là-haut, vous pleuriez là-haut,
09:52quand vous voyiez la Terre flambée ?
09:53Il m'est arrivé d'avoir des larmes, oui, là-haut dans la cupola,
09:56quand je regardais ça.
09:57C'est vrai qu'on voyait que les régions, mais pas qu'en France,
10:00étaient grillées de chaleur, de chaleur intense.
10:04Et quand il y avait les feux, en plus, on voyait ces fumées.
10:05Alors, on ne voyait pas forcément les flammes, mais les fumées envahissantes.
10:09Voilà, donc c'était splendide, mais oui,
10:12toujours beaucoup d'émotions quand on voyait la Terre de là-haut.
10:14Allez, dernière question très courte,
10:15quand vous avez pris votre petit garçon, je crois, dans les bras,
10:17pour la première fois, vous lui avez dit quoi ?
10:19Que j'étais fière de lui, que c'était lui le héros de cette aventure.
10:23Parce qu'il a tenu bon,
10:24et dans la sérénité,
10:28et de jusqu'au bout.
10:29Vous êtes notre héroïne ce matin.
10:30Merci, Sophie Adnaud d'être venue sur RTL.
10:32Merci infiniment, merci beaucoup.
10:33Merci beaucoup à tous les deux.