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Renforcer la protection des personnels éducatifs : M. Éric Debarbieux, docteur en philosophie
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00:12:35l'éducation, évidemment sur les enseignants, mais pas seulement, sur l'ensemble
00:12:39des personnels, et nous nous intéressons à la totalité, la nature des menaces
00:12:43qui peuvent peser sur eux, qu'elles soient, je fais vraiment très simplificatrices,
00:12:49physiques, verbales, et aujourd'hui je vais évidemment y ajouter le numérique.
00:12:53Nous avons essayé, nous essayons d'établir
00:12:55la nature des menaces qui pèsent sur eux, leur évolution dans le temps, où en sommes-nous
00:12:59aujourd'hui, et nous voyons bien d'ailleurs à la lumière des événements récents
00:13:03que tout récemment, nos chefs d'établissement,
00:13:07nos directeurs et directrices d'écoles, un certain nombre de personnels éducatifs
00:13:11ont été directement menacés dans le cadre des manifestations
00:13:16lycéennes qui ont récemment eu lieu. Ces agressions n'étant pas
00:13:19forcément d'ailleurs à l'origine commises uniquement par des lycéens.
00:13:25Voilà, donc nous avons besoin de savoir, tout ça fait suite à
00:13:29l'effroyable assassinat de Samuel Paty, pour lequel nous avons vu qu'un certain
00:13:33nombre de mesures avaient pu être prises ou pas, et qu'il s'agit donc de nous
00:13:38interroger sur qu'est-ce qui existe aujourd'hui pour prévenir, en amont,
00:13:44mettre à l'aise nos personnels pour qu'ils se sentent en confiance, pour pouvoir
00:13:50parler, exprimer les menaces dont ils font l'objet, est-ce que ces mesures sont
00:13:54suffisantes ou pas, puis lorsque les menaces deviennent plus importantes,
00:13:59quelles sont les mesures qui existent, que faudrait-il éventuellement
00:14:04modifier ou renforcer, et puis que ce soit d'ailleurs de la part, je parle de
00:14:11mesures au sens large, je parle de l'institution éducation nationale, mais
00:14:14on peut également parler des collègues des différents agents victimes de
00:14:18menaces, des parents d'élèves, des élèves, donc on voit bien les dispositifs
00:14:22qu'il faudrait, qu'ils sont existants, qu'il faudrait éventuellement renforcer
00:14:27ou modifier. Donc c'est compte tenu de votre parcours, de vos travaux, que nous
00:14:31avons souhaité vous entendre, et je pensais que ce serait utile que vous puissiez
00:14:35nous éclairer à la lumière de votre expérience sur la réflexion que nous
00:14:39menons. Je vais sans plus attendre passer la parole à mon collègue rapporteur
00:14:44Thierry Tesson, peut-être avant de lui passer la parole, rappeler que, peut-être
00:14:46vous préciser que nous avons lancé lundi dernier, donc il y a quatre jours
00:14:50maintenant, un questionnaire en ligne sur le site de l'Assemblée nationale pour
00:14:54aller collecter des témoignages de personnel éducatif qui pourraient avoir
00:14:58été au cours des six dernières années, six dernières puisque nous remontons à
00:15:02l'assassinat de Samuel Paty, victimes de ce type de menaces, et voir comment ils ont
00:15:07été accompagnés, ce qu'ils attendent de l'institution. Ce questionnaire en quelques
00:15:12jours a recueilli déjà plus de 1000 contributions, dont plus de 300 d'entre
00:15:17elles, un petit peu moins de 400 d'ailleurs, ce sont directement des menaces
00:15:21qui ont pesé sur nos personnels et voir même des menaces de mort pour certains
00:15:25d'entre eux. Voilà, je voulais apporter ceci à votre connaissance et je pense que
00:15:28ceux qui sont amenés à visionner cette audition, soit en direct, soit en différé,
00:15:34seront peut-être intéressés de savoir qu'il existe ce questionnaire et que nous
00:15:36voulons comprendre, essayer de mesurer, ça n'a rien de complètement scientifique, mais
00:15:41essayer de mesurer, d'objectiver le volume de la menace, des menaces qui peuvent peser sur
00:15:45notre institution. Voilà, sans plus tarder, je passe la parole à notre rapporteur,
00:15:49M. Tesson. M. le rapporteur, c'est à vous.
00:15:52Merci Mme la Présidente. M. Le Barbieux, bonjour. Je vous connais bien, je pense que
00:15:57on a, depuis la dernière fois, nous sommes vus un peu plus de cheveux blancs. Mais est-ce
00:16:02que vous pourriez éventuellement, pour éclairer l'ensemble des personnes qui nous écoutent,
00:16:09votre parcours et les travaux que vous avez menés, je pense notamment à tous ces travaux
00:16:13tout à fait innovants que vous avez menés sur ces enquêtes de victimisation ? Est-ce
00:16:17que vous pourriez expliquer quels travaux vous avez menés sur ce champ très, aujourd'hui
00:16:24tellement important, de la violence envers les personnels notamment ? Merci à vous.
00:16:32Écoutez, vous avez peut-être plus de cheveux blancs et moi beaucoup moins, donc aucun
00:16:35problème. Alors bon, il m'a été envoyé donc un questionnaire pour structurer un petit
00:16:42peu cette audition, qui est vraiment très bien fait. Il n'y a aucun problème, je le dis
00:16:47à vos collaborateurs, je l'ai écrit. Donc bon, vous me demandez de revenir un petit peu
00:16:53sur mon parcours, on ne va pas en faire toute l'audition évidemment, mais c'est vrai que
00:16:58ça éclairera peut-être un petit peu aussi ce que je pourrais proposer, ce que je pourrais
00:17:03tenter d'éclairer, en sachant qu'il y a des tas de choses que je ne sais pas. Et en
00:17:07tant que scientifique, il faut savoir dire aussi, à un certain moment, je ne sais pas.
00:17:11Bon, j'ai effectivement démarré sur le terrain comme éducateur spécialisé dans
00:17:14le Nord, donc je suis originaire, avec des jeunes qui étaient de l'aide sociale à l'enfance,
00:17:20qui étaient des délinquants ou des pré-délinquants, comme on disait à l'époque, donc des pas
00:17:25faciles, on dira, mais avec lesquels j'ai eu vraiment un métier qui m'a passionné.
00:17:30Ensuite, je suis devenu instructeur spécialisé en institut médico-pédagogique, donc avec
00:17:35plutôt des enfants, des adolescents en général, j'ai toujours travaillé avec des adolescents
00:17:39qui avaient des gros problèmes cognitifs, psychiques, et du coup, c'est ce qui m'a fait
00:17:44m'intéresser à une question extrêmement pratique, c'est comment je fais dans ma classe,
00:17:48comment je fais avec des gosses qui, quelquefois, pètent les plombs, quelquefois, sont extrêmement
00:17:55violents, avec des crises qui pouvaient être assez fortes.
00:17:59Ce qui m'a donc amené à un premier travail, qui est un travail collectif, d'ailleurs,
00:18:04au sein d'un mouvement d'éducation populaire, le mouvement freiné, qui a amené à un premier
00:18:09travail, la violence dans la classe, qui, plus que scientifique, est un travail extrêmement
00:18:13pragmatique, où un stand d'instituteur, on disait instituteur à l'époque, et j'avoue
00:18:19que j'aime toujours mieux le terme instituteur que professeur des écoles, a proposé quelques
00:18:24solutions plus pédagogiques.
00:18:26Mais c'est vrai que quand je suis devenu, donc, je faisais en même temps un doctorat
00:18:32que tout ça, quand je suis devenu maître de conférences puis professeur, d'abord
00:18:37à l'université de Bordeaux, ce livre m'a suivi d'une certaine manière ou m'a précédé,
00:18:43c'est-à-dire que c'est le terrain lui-même, dès 91, qui, donc, m'a demandé de mettre
00:18:49en place un certain nombre d'actions, si possible, pour les aider, parce que, déjà,
00:18:53se posent un certain nombre de problèmes.
00:18:56C'est ce qui m'a fait, donc, aller dans un certain nombre de collèges, d'écoles
00:19:01primaires, qui, donc, souffraient de, disait-il, questions de violence en milieu scolaire.
00:19:07Donc, vous qui avez écrit un livre sur la violence dans la classe, aidez-nous.
00:19:11Mais ce n'est pas du tout la même chose.
00:19:13Ce n'est pas du tout la même chose d'avoir des certitudes pédagogiques, que j'ai toujours,
00:19:17et d'aller dans des établissements scolaires du second degré, qui n'étaient pas,
00:19:21donc, préparés à cela, et où les désaccords entre enseignants, par exemple,
00:19:26sur la mission même d'enseigner par rapport à l'éducation, causaient des conflits très lourds.
00:19:32Donc, on a commencé par travailler avec les enseignants, et très vite, on s'est rendu compte
00:19:36que la parole même des élèves sur ces questions de violence était un petit peu confisquée,
00:19:41c'est-à-dire que ça devenait l'occasion du conflit entre ceux qui disaient,
00:19:45mais non, il n'y a aucune violence, en tout cas pas chez moi, parce que moi, j'ai de
00:19:48l'autorité,
00:19:49toi, tu n'en as pas, et lui, au contraire, disait, non, attendez, moi, je vois ce qui se passe,
00:19:53moi, les élèves me parlent, il y a beaucoup de violence dans l'établissement.
00:19:56D'où l'idée très simple de demander aux élèves leur avis, leur expérience sur les questions de violence,
00:20:05évidemment, le demander aussi à tous les adultes.
00:20:07C'est ce qui fait que nous avons mis en place, dès 91, 92, avec une équipe, donc, d'étudiants
00:20:14qui, pour certains, maintenant, sont maîtres de conférences, voire professeurs,
00:20:18donc, ces enquêtes de climat scolaire et de victimation, j'expliquerai par la suite
00:20:23pourquoi je lis toujours climat scolaire et victimation, aussi bien pour les adultes
00:20:28que pour les élèves.
00:20:29Ça nous a conduit à, donc, interroger, on en est à des dizaines de milliers,
00:20:37je dirais des centaines de milliers même, d'élèves et des dizaines de milliers
00:20:41de membres du personnel depuis 91.
00:20:44Bon, ça a donné, donc, une certaine notoriété, ce parcours,
00:20:48qui m'a amené à avoir des contacts fréquents, donc, avec les autorités académiques
00:20:54ou ministériels, jusqu'à devenir, donc, un peu, un peu, malgré moi, d'ailleurs,
00:21:00parce que j'ai horreur de l'idée d'un monsieur violence, donc, une certaine référence.
00:21:05Surtout, ça a eu un impact, puisque, ben, dès 2010, 2011, à l'époque, c'était Nicolas Sarkozy,
00:21:13le président de la République, et Luc Châtel, son ministre, donc, de l'Éducation,
00:21:18a accepté, bien que ce ne soit pas mon bord politique personnel,
00:21:25donc, de travailler avec ce ministère-là pour des assises nationales, donc,
00:21:32sur la violence à l'école, les assises étaient très à la mode à l'époque,
00:21:36mais aussi, donc, et surtout, je dirais, les enquêtes ont conduit à, je dirais,
00:21:41une mise à jour forte, chiffrée, des questions de harcèlement entre élèves,
00:21:46ce qui nous a donné, donc, les assises nationales contre la violence à l'école,
00:21:50contre le harcèlement, les assises contre le harcèlement, donc, en 2011,
00:21:56avec, donc, un début, je dirais, à ce moment-là, des politiques publiques
00:22:02qui vont avoir contre ce phénomène.
00:22:05Par la suite, je vais devenir délégué ministériel en charge de ces questions
00:22:09pour, donc, Vincent Péon, Benoît Hamon, qui est passé un petit peu vite,
00:22:13et pour un achat de Val-au-Belkacem, poste auquel j'ai renoncé,
00:22:17parce que, j'avoue que la haute administration de l'éducation nationale
00:22:22m'a semblé très difficile à remuer, pour ne pas dire qu'elle m'a mis
00:22:27beaucoup de bâtons dans les pattes, et que je suis donc redevenu
00:22:33chercheur de terrain, donc, les dernières années de ma carrière,
00:22:36j'ai demandé une mutation de Bordeaux à Créteil, ce qui n'est pas fréquent,
00:22:39il faut bien le dire, et donc, pour la mise en place d'actions de recherche.
00:22:45Je suis à la retraite depuis maintenant une dizaine d'années.
00:22:48Voilà, donc, mon parcours personnel, et qu'est-ce qu'il m'a appris,
00:22:55d'une certaine manière, sur le sujet, donc, de la violence.
00:23:01D'où, un petit peu, un passage à ce qui était votre deuxième question,
00:23:05c'est-à-dire, qu'est-ce que c'est ?
00:23:07Je voulais y venir, les grandes ruptures et les évolutions par rapport aux violences
00:23:11subies par les membres du personnel, là, sur le corpus que vous avez construit
00:23:15au fil de votre parcours, doit vous permettre, quand même, de déceler,
00:23:19parce que ce qu'on voit dans la mission, c'est quand même qu'il y a une évolution
00:23:22qui n'est pas à l'amélioration, je vais le dire comme ça,
00:23:26un peu d'understatement, mais, voilà, vous devez avoir une idée
00:23:30sur ces ruptures et ces formes de violences qui s'imposent au personnel ?
00:23:35Alors, comme votre question, c'était sur des décennies,
00:23:39et je crois qu'effectivement, c'est important de parler des décennies.
00:23:43Alors, c'est vrai qu'à des décennies, à partir du moment où j'ai commencé
00:23:46à trouver le sujet, mon mémoire d'obtention du, ce qu'on appelait
00:23:51le SAEU, le certificat d'aptitude à l'enfance inadaptée,
00:23:54portait déjà en 82 sur les questions d'autorité de violence à l'école.
00:23:59Pour tout vous dire, c'était une vieille monomanie.
00:24:01Mais il y a quand même eu des choses avant, et c'est important de les rappeler.
00:24:04Il faut se rappeler que la violence, elle existait bien avant.
00:24:08C'est la massification.
00:24:10Elle existait en particulier, donc, dans des phénomènes
00:24:13qui étaient des phénomènes assez cachés sans lettres.
00:24:17Et il faut toujours rappeler les travaux de Jacques Testanière
00:24:20sur le chahut, qui montraient bien qu'il y avait,
00:24:23dans les établissements privilégiés, où à l'époque,
00:24:25il n'existait quasiment pas de classe moyenne ou populaire,
00:24:30à l'époque où le lycée, le grand lycée, était le lycée de l'élite,
00:24:35de quoi qu'il en soit, quoi qu'on en veuille.
00:24:37Donc, il existait un phénomène qui était le chahut,
00:24:40et que ses profs chahutaient, et chahutaient très durement pour certains,
00:24:43parce qu'on n'imagine pas à quel point ça pouvait être très lourd à porter,
00:24:48était quelque part...
00:24:50On n'appelait pas ça de la violence.
00:24:52On appelait ça du chahut, et on était sur ce mythe de l'autorité naturelle,
00:24:56où celui qui était victime de chahut, c'est parce qu'il n'avait pas d'autorité.
00:25:00En réalité, c'était plutôt un défoulement qui était autorisé, perçu,
00:25:07ce qu'on a appelé souvent le chahut traditionnel,
00:25:10dans les travaux sociologiques classiques.
00:25:12Et il a fallu longtemps pour qu'on se rende compte que,
00:25:15ben oui, il y a une dimension de violence qui existait déjà à l'époque.
00:25:20Je ne reviendrai pas à toute l'histoire de la violence dans la longue durée.
00:25:24Bon, je l'ai écrite, ce n'est pas la peine d'y revenir.
00:25:27Mais enfin, il fallait quand même le dire,
00:25:29il y avait quand même déjà des phénomènes,
00:25:31et la violence, si vous voulez, la première mutation, je dirais,
00:25:35c'est d'abord qu'on se rende compte qu'elle existe.
00:25:37Et c'est important, et c'est un progrès.
00:25:40C'est l'idée que ces professeurs qui étaient victimes de chahut,
00:25:45ils étaient d'abord victimes d'un abandon, voire d'une moquerie,
00:25:49de moquerie continuelle de la part de leurs collègues.
00:25:51Vous manquez d'autorité.
00:25:53Donc ça, il fallait le redire.
00:25:54Mais évidemment, après, il y a mutation.
00:25:57Et cette mutation, qui est déjà entreaperçue
00:25:59dès la fin des années 60 et dans les années 70,
00:26:02est liée fortement, sans doute, à la massification,
00:26:05à une certaine perte de sens d'une école qui s'est voulu élitiste,
00:26:09tout en se disant républicaine,
00:26:10et qui va décevoir, décevoir beaucoup.
00:26:13Je crois qu'on est à peu près tous les collègues
00:26:15qui travaillent sur ces questions-là.
00:26:16Je pense à François Dubé, par exemple, en sont totalement d'accord.
00:26:20C'est-à-dire cette espèce de déception d'une école républicaine
00:26:24qui ne tient pas ses promesses par rapport aux classes populaires.
00:26:27Ce qui ne veut pas dire, évidemment,
00:26:29que je fasse l'équation entre pauvreté égale violence,
00:26:34pauvreté égale quelquefois être victime de violence,
00:26:36mais pas toujours, et pas toujours non plus agresseur.
00:26:38C'est une évidence, on n'en est plus aux classes dangereuses,
00:26:40on n'est plus au XIXe siècle,
00:26:42quoi que je me demande quelquefois,
00:26:44en entendant certains discours.
00:26:47Cette violence est déjà dénoncée dès le début des années 80
00:26:52dans un centre d'écrits, d'écrits pédagogiques, d'écrits praticiens,
00:26:56mais elle ne va pas donner lieu à de véritables politiques publiques.
00:26:58Il va falloir très longtemps,
00:27:00il va falloir en réalité les manifestations lycéennes,
00:27:03tiens, les manifestations lycéennes de 91,
00:27:06pour qu'on se rende compte que le problème est important.
00:27:09Il faut se rappeler que dès 91,
00:27:11les lycéens manifestent pour avoir plus de sécurité dans les établissements scolaires.
00:27:15Ce qui a fait rire un petit peu les gens,
00:27:17oh, des envoyés, la génération des enfants de 68 veulent plus de flics.
00:27:21Bon, c'était un petit peu facile comme humour.
00:27:24Mais en attendant, bon, c'est là vraiment que vont démarrer
00:27:27et les politiques publiques,
00:27:28et du coup, le souci de savoir quelles sont les évolutions.
00:27:32Parce que c'est compliqué.
00:27:34C'est compliqué.
00:27:35Qu'est-ce qu'on mesure ?
00:27:37A quelle régularité ?
00:27:39Avec quel type d'outil ?
00:27:40Et ça, c'est très important pour comprendre ces mutations.
00:27:44Alors, effectivement, d'emblée, on a d'abord voulu voir,
00:27:49et vous voyez, je suis obligé dans cette évolution des formes
00:27:53de dire aussi évolution des regards.
00:27:54C'est très important à comprendre
00:27:56pour ne pas être prisonnier, justement, du présent, du seul fait divers.
00:28:00L'évolution de comment on regarde,
00:28:03c'est aussi, bon, après, évidemment,
00:28:05pouvoir voir réellement ces évolutions.
00:28:09Donc, oui, il y a eu plusieurs tentatives.
00:28:11Plusieurs tentatives pour les comprendre.
00:28:13Des tentatives qui ont d'abord été officielles,
00:28:16où on s'est rendu compte qu'il n'y avait aucune mesure
00:28:18de la violence à l'école,
00:28:20à part une tentative de l'inspection générale
00:28:23à la fin des années 80.
00:28:25C'était les rapports des rapports talons,
00:28:26qui étaient d'ailleurs extrêmement bien faits,
00:28:28mais très limités,
00:28:29puisqu'il se contentait dans son échantillon
00:28:32d'établissements a priori à problème.
00:28:34Évidemment, c'est a priori pour ce problème.
00:28:37Et par ailleurs, qu'est-ce qui se passe
00:28:38dans ceux qui ne sont pas investigués ?
00:28:40Mais enfin, c'était quand même important
00:28:42et montrait donc les phénomènes de raquettes,
00:28:45les phénomènes d'agression,
00:28:46y compris donc verbal, bien sûr, surtout d'enseignants,
00:28:49mais aussi quelquefois d'éducation physique,
00:28:53donc existaient dans les établissements scolaires.
00:28:56Ici, il s'agissait surtout du second degré.
00:28:58Et c'est important, il n'y a eu jamais,
00:29:00avant très longtemps, de mesure par rapport au premier degré,
00:29:04ce qui pour moi est une erreur, j'y reviendrai.
00:29:06Donc, on commence à mesurer,
00:29:09puis on voit qu'on manque d'outils.
00:29:11Et en réalité, il va y avoir en parallèle,
00:29:14je dirais, pendant des années,
00:29:15donc la recherche scientifique et les tentatives
00:29:20de l'éducation nationale de mettre en place
00:29:22une remontée des incidents.
00:29:28Et là, c'est très compliqué,
00:29:30mais il faut y revenir.
00:29:32Comme il y a des questions sur le fameux fait établissement,
00:29:35donc par la suite, je l'évoque tout de suite.
00:29:39On a donc demandé au personnel,
00:29:45en particulier donc aux directeurs,
00:29:47aux principaux et aux proviseurs,
00:29:49les directeurs d'école, c'est plus compliqué,
00:29:51on le sait, les directrices d'ailleurs en général,
00:29:54mais donc de signaler les incidents
00:29:57en fonction de ce qu'ils jugeaient grave.
00:30:00Bon, alors pendant très longtemps,
00:30:01c'était un peu compliqué,
00:30:02parce que c'est très grave
00:30:06pour un proviseur d'avoir un prof
00:30:08qui se fait insulter
00:30:09dans un certain type d'établissement,
00:30:12ça l'est moins dans un autre.
00:30:14Moi, personnellement,
00:30:15quand j'étais instituteur spécialisé,
00:30:17si à chaque fois qu'un enfant
00:30:20se commençait à péter les plombs,
00:30:23je devais le signaler,
00:30:25je pense que ça aurait été
00:30:26plusieurs fois par jour, probablement.
00:30:28Tout mon boulot, c'était justement
00:30:29de calmer le jeu,
00:30:31d'essayer de faire en sorte
00:30:31qu'on puisse quand même enseigner
00:30:33et apprendre dans ma classe.
00:30:36Donc, il y a eu ces tentatives-là,
00:30:38mais des tentatives qui,
00:30:39donc, à mon avis,
00:30:41sont d'une certaine manière
00:30:43vouées à l'échec.
00:30:44Et c'est bien connu chez les criminologues,
00:30:46la différence entre ce qui est signalé
00:30:47et l'expérience victimaire.
00:30:49Bon, je vous donne un exemple.
00:30:51Ça, c'est l'exemple qui est tiré
00:30:53au niveau des élèves,
00:30:54mais bon, il vaut pour les professeurs.
00:30:56Par exemple, quand on voit
00:30:57le nombre de raquettes,
00:30:58à l'époque, on parlait du raquette,
00:31:00plus que du harcèlement,
00:31:01signalé par les proviseurs
00:31:05ou les principaux,
00:31:07enfin, ceux qui étaient en charge
00:31:08dans les établissements,
00:31:09on était à largement moins
00:31:11de 0,5 % d'élèves
00:31:13qui se disaient raquettés,
00:31:14ce qui est déjà beaucoup.
00:31:15Sauf que quand on faisait
00:31:17une enquête dite de victimation
00:31:19sur le KHV,
00:31:19donc insisté,
00:31:20on se rendait compte
00:31:21que c'était 6,5 % des élèves.
00:31:23Donc, on voit le décalage
00:31:25qui est énorme.
00:31:25Et il est toujours aussi énorme.
00:31:26Par ailleurs,
00:31:28une des difficultés,
00:31:28c'est que les personnels
00:31:29dont les directions
00:31:31donnaient plus
00:31:32ce qu'étaient les agressions
00:31:35contre les adultes
00:31:36que contre les élèves
00:31:37qui, par principe,
00:31:38ne se passaient pas forcément
00:31:39devant eux,
00:31:40et je dirais fort heureusement
00:31:41d'une certaine manière.
00:31:43Sinon, je ne comprendrais pas
00:31:44pourquoi ils ne réagiraient pas.
00:31:46Donc, la mise en place
00:31:48d'enquêtes de victimation
00:31:50auprès des personnels
00:31:51est donc parallèle.
00:31:53On en a fait effectivement
00:31:54au niveau de notre laboratoire,
00:31:58au niveau ensuite
00:31:59de l'Observatoire européen
00:32:00et de l'Observatoire international
00:32:02de la violence à l'école
00:32:03pour essayer de mesurer les choses.
00:32:05Mais enfin,
00:32:06très sincèrement,
00:32:07on s'est quand même
00:32:07beaucoup plus préoccupés
00:32:08des élèves à l'époque
00:32:10que des personnels.
00:32:12On était à une époque
00:32:14où aussi,
00:32:15ce qui était demandé,
00:32:16ce qui nous permettait
00:32:18tout bêtement aussi,
00:32:18quelquefois,
00:32:19d'avoir des crédits de recherche,
00:32:20c'était de comprendre
00:32:21ce qui se passait entre élèves
00:32:22et peut-être aussi
00:32:22que mes origines pédagogiques
00:32:24fait que je m'intéressais
00:32:25plus à la parole des élèves
00:32:26qu'à la parole des professeurs.
00:32:31Mais, malgré tout,
00:32:33j'ai des données
00:32:34qui datent,
00:32:35donc, pour les professeurs
00:32:36de l'année 94,
00:32:37pour les premières,
00:32:38les dernières de l'année 2024.
00:32:41Donc, il y a quand même
00:32:42un certain nombre de données.
00:32:43Surtout,
00:32:44et ce qui est important,
00:32:45c'est les dernières enquêtes
00:32:47que j'ai pu faire,
00:32:48bien qu'à la retraite,
00:32:49avec mon collègue et ami
00:32:51Benjamin Moignard,
00:32:52qui vient de quitter
00:32:53l'inspection générale
00:32:54pour rejoindre
00:32:55l'Université de Genève,
00:32:57donc,
00:32:58où nous avons interrogé
00:32:59des membres du personnel
00:33:01de manière,
00:33:02non pas régulière,
00:33:04mais au moins répétée,
00:33:05soit dans le premier degré,
00:33:06soit dans le second degré,
00:33:08entre 2011 et 2024.
00:33:11Et on a pu aussi
00:33:12comparer, malgré tout,
00:33:14ces données
00:33:14avec les données antérieures.
00:33:17C'est un peu paradoxal.
00:33:20C'est-à-dire que
00:33:21je crois qu'il faut
00:33:22effectivement séparer
00:33:25la violence paroxystique,
00:33:27même si elle s'origine
00:33:29aussi en partie
00:33:30dans des violences
00:33:31de moindre bruit,
00:33:35je dirais-je,
00:33:36et les violences
00:33:37plus ordinaires.
00:33:39Du côté des violences
00:33:41ordinaires,
00:33:42alors qu'est-ce que j'appelle
00:33:43violences ordinaires,
00:33:44je vais vous l'expliquer,
00:33:45on assiste à,
00:33:46en réalité,
00:33:47une véritable stabilité.
00:33:48En réalité,
00:33:49une véritable stabilité,
00:33:50mais malgré tout,
00:33:51avec des mutations
00:33:52sur,
00:33:53non pas tant
00:33:54leur quantité
00:33:55que sur leur mode
00:33:57ou leur qualité.
00:33:58Bon.
00:34:01Si je prends un exemple,
00:34:02les violences verbales,
00:34:04les professeurs,
00:34:06les membres du personnel,
00:34:07tous les membres
00:34:08du personnel
00:34:09qui disent avoir été
00:34:10insultés
00:34:11dans l'exercice
00:34:12de leur fonction,
00:34:13sont entre
00:34:14mes enquêtes,
00:34:16alors,
00:34:16suivant le premier degré
00:34:17où le second degré,
00:34:18c'est 2011,
00:34:192013,
00:34:192017,
00:34:202023,
00:34:212024,
00:34:22en réalité,
00:34:23assez stable,
00:34:24voire en très légère baisse,
00:34:25voire en très légère baisse
00:34:26dans la moyenne.
00:34:28Bon.
00:34:28Les violences physiques
00:34:30ne sont pas en augmentation
00:34:31dans le second degré.
00:34:32Elles le sont un peu
00:34:34dans le premier degré.
00:34:35Je dis bien un peu.
00:34:37Il y a donc,
00:34:40sur la vie ordinaire,
00:34:42je dirais,
00:34:43dans le second degré,
00:34:44une certaine stabilité.
00:34:46C'est une première chose
00:34:47à noter.
00:34:48Une certaine stabilité
00:34:50et même,
00:34:50je dirais,
00:34:51par exemple,
00:34:53du côté des élèves,
00:34:54quoi qu'on en veuille,
00:34:54parce qu'il faut bien
00:34:55comparer les deux
00:34:56et avec les enquêtes
00:34:58qui ont été faites
00:34:58entre autres par la DEP,
00:35:01une certaine,
00:35:02comment dirais-je,
00:35:03stabilité
00:35:04dans leur vision
00:35:04des membres du personnel.
00:35:06Dans le premier degré,
00:35:08plus de 90%
00:35:09des élèves répondent
00:35:09qu'ils ont de bonnes relations
00:35:10et qu'ils apprécient
00:35:11leur professeur.
00:35:12C'est la même chose
00:35:13en collège.
00:35:13C'est un petit peu
00:35:14plus nuancé
00:35:15qu'en lycée,
00:35:16mais ça reste
00:35:17plus de 80%.
00:35:18Donc,
00:35:19on n'est pas non plus
00:35:20à dire qu'on a
00:35:21des élèves
00:35:21qui détestent
00:35:22leurs professeurs.
00:35:24On n'est pas non plus
00:35:25à dire que les élèves
00:35:27craignent dans
00:35:27leurs établissements
00:35:28scolaires
00:35:29d'être violentés
00:35:30à tous les pas
00:35:31et à toutes les cours
00:35:32de récréation.
00:35:33Quelquefois,
00:35:34il y a aussi
00:35:34de l'exagération.
00:35:35Je le dis toujours,
00:35:36se méfier
00:35:37et de la négation
00:35:41de la violence,
00:35:42ça n'existerait pas,
00:35:43et de l'exagération
00:35:44de cette violence.
00:35:46Mais,
00:35:47on note
00:35:48derrière quand même
00:35:49cette ordinaire,
00:35:51je dirais,
00:35:52violence,
00:35:53parce que pour moi,
00:35:54la violence à l'école,
00:35:55elle est d'abord
00:35:55constituée par
00:35:56des petits faits.
00:35:58Des petits faits
00:35:58qui ont tendance
00:35:59à se répéter.
00:36:00Et c'est dans la répétition
00:36:01de ces petits faits
00:36:02qu'on a appelé
00:36:03un mouvement incivilité.
00:36:04Je n'emploie plus
00:36:04trop le terme
00:36:05parce qu'il a trop
00:36:06été récupéré
00:36:07dans le sens du
00:36:08« les élèves violents,
00:36:09c'est les barbares,
00:36:10c'est les étrangers,
00:36:11c'est les immigrés ».
00:36:11C'est tout le discours
00:36:13xénophobe
00:36:13qui peut donc être
00:36:15utilisé avec ce type
00:36:17de termes.
00:36:18Mais enfin,
00:36:19une répétition
00:36:20de faits,
00:36:21de faits relativement
00:36:23peu graves
00:36:24si on les voit
00:36:25un par un,
00:36:26même si ce n'est pas
00:36:27une raison pour les laisser faire,
00:36:29mais qui sont plutôt
00:36:30de l'ordre
00:36:31de la petite violence verbale,
00:36:33de l'ordre
00:36:33de la bousculade
00:36:34de cours de récréation,
00:36:36etc.
00:36:38On a donc
00:36:39cette violence ordinaire
00:36:41qui se répète
00:36:42et qui se répète
00:36:43jusqu'à la souffrance,
00:36:44qui se répète
00:36:44quelquefois jusqu'au harcèlement
00:36:45chez les élèves,
00:36:46mais aussi chez les professeurs,
00:36:48donc quelques évolutions.
00:36:51Première évolution,
00:36:52très claire,
00:36:53bien sûr,
00:36:54c'est donc
00:36:56la manière
00:36:57dont les professeurs
00:36:58se plaignent
00:36:59actuellement,
00:37:00on va parler plus
00:37:01des professeurs
00:37:01maintenant que des élèves,
00:37:03de ce qu'ils subissent.
00:37:05On a été
00:37:06non pas surpris,
00:37:08mais,
00:37:08comment vous dirais-je,
00:37:10malgré tout,
00:37:11surpris par la
00:37:13force
00:37:14de ce qui a été
00:37:15affirmé
00:37:16comme souffrance
00:37:17par les membres
00:37:18du personnel
00:37:19que nous avons interrogé.
00:37:21Je parle ici
00:37:22du bien de l'ordinaire.
00:37:23On parlera après
00:37:24des faits de violence
00:37:25paroxystique
00:37:26qui,
00:37:26effectivement,
00:37:27pour moi,
00:37:27sont,
00:37:28et il serait idiot
00:37:29de le nier,
00:37:29en augmentation,
00:37:31même s'il reste rare.
00:37:33Mais sur la violence
00:37:35ordinaire,
00:37:36on a quand même
00:37:36là quelque chose
00:37:38qui est une clé
00:37:40qui va rejaillir
00:37:41sur l'autre question
00:37:42que vous voulez me poser,
00:37:43mais bon,
00:37:45on pousculera le plan,
00:37:47qui est une clé,
00:37:48c'est des professeurs
00:37:49qui se plaignent,
00:37:50des membres du personnel,
00:37:51en général,
00:37:51pas que les professeurs,
00:37:53de plus en plus
00:37:53d'un climat scolaire dégradé.
00:37:55Alors,
00:37:56le climat scolaire,
00:37:58je le rappelle,
00:37:58ce n'est pas quelque chose
00:38:00qui est de l'ordre
00:38:01d'un,
00:38:03qui est facile à mesurer.
00:38:04C'est plutôt
00:38:05le sentiment
00:38:06que les différentes
00:38:08catégories d'acteurs
00:38:10dans un établissement scolaire
00:38:11ont sur différents indicateurs
00:38:14de la vie
00:38:15dans leur établissement.
00:38:16On peut avoir
00:38:16des tas d'indicateurs,
00:38:17mais bon,
00:38:18les principaux indicateurs
00:38:20tiennent aux relationnels,
00:38:22à la qualité des locaux,
00:38:23à la sécurité,
00:38:26aux sentiments d'appartenance,
00:38:27par exemple,
00:38:28etc.
00:38:30Or,
00:38:31là,
00:38:32très clairement,
00:38:33on a des enseignants
00:38:34qui,
00:38:34à la fois,
00:38:35disent,
00:38:35bon,
00:38:36moi,
00:38:36je ne me sens pas
00:38:37non respecté
00:38:38par mes élèves,
00:38:39je ne me sens pas
00:38:41donc véritablement menacé,
00:38:43mais le climat scolaire
00:38:45est en chute libre.
00:38:47Vous rappelez,
00:38:48dans les questions,
00:38:49alors,
00:38:49je vous avoue,
00:38:50je suis désolé,
00:38:50je n'ai pas pu tout préparer,
00:38:52je suis en plein déménagement
00:38:53actuellement,
00:38:53et j'ai pris cette heure
00:38:55pour vous répondre.
00:38:58Il n'y a pas de problème,
00:38:59allez-y,
00:39:00monsieur le délai.
00:39:00Je m'en donnerai
00:39:01quelques chiffres
00:39:02si vous voulez,
00:39:02le plus précisément.
00:39:03Par exemple,
00:39:04vous notez qu'on passe
00:39:05de 38 %
00:39:06à 51 %,
00:39:08donc,
00:39:08en l'espace
00:39:09de un peu moins
00:39:10de 10 ans,
00:39:11de membres du personnel
00:39:12qui sont insatisfaits
00:39:14du climat scolaire
00:39:14dans leur établissement.
00:39:16C'est quand même énorme,
00:39:17ça veut dire
00:39:18plus de la moitié
00:39:19des membres du personnel.
00:39:20Et ce qui est intéressant
00:39:21à voir,
00:39:21c'est que cette mutation,
00:39:23on dira,
00:39:23cette dégradation,
00:39:25elle est perçue
00:39:26aussi bien
00:39:26par les professionnels
00:39:28enseignants
00:39:29que par les personnels
00:39:30de service
00:39:31ou les personnels
00:39:32de direction.
00:39:34Donc,
00:39:34ça,
00:39:34c'est quelque chose
00:39:36de très fort.
00:39:37Plus de la moitié
00:39:37des personnels
00:39:38qui se disent
00:39:39insatisfaits
00:39:39du climat scolaire.
00:39:41Alors,
00:39:41on va se dire pourquoi.
00:39:43Et c'est là
00:39:43qu'on a été
00:39:44le plus étonné,
00:39:47je dirais,
00:39:47c'est que ce pourquoi,
00:39:49c'est d'abord
00:39:49un pourquoi entre adultes.
00:39:50C'est d'abord
00:39:51une dégradation
00:39:52des relations
00:39:52entre personnels eux-mêmes.
00:39:54C'est d'abord
00:39:55une dégradation
00:39:56de la relation
00:39:57entre les personnels
00:39:58et les équipes
00:39:59de direction.
00:40:00C'est une dégradation
00:40:01entre eux-mêmes
00:40:02et les enseignants eux-mêmes.
00:40:03On a un indicateur
00:40:04là-dessus
00:40:04qui était très clair.
00:40:05Par exemple,
00:40:06c'est la question
00:40:07qu'on leur posait
00:40:08sur est-ce que vous estimez
00:40:10avoir été harcelé
00:40:11cette année
00:40:11dans l'exercice
00:40:12de vos fonctions ?
00:40:13Alors,
00:40:14leur réponse
00:40:14ne veut pas dire
00:40:15qu'au pénal,
00:40:16ça tiendrait.
00:40:16Ce n'est pas le problème.
00:40:18C'est donc ce sentiment
00:40:19d'avoir été harcelé.
00:40:20Or,
00:40:20on est dans une augmentation
00:40:21très très forte.
00:40:22Mais harcelé par qui ?
00:40:24Et c'est là
00:40:24que c'est intéressant.
00:40:26Beaucoup plus
00:40:26par d'autres membres
00:40:28du personnel
00:40:28que par des parents d'élèves.
00:40:30Par exemple.
00:40:32Beaucoup plus harcelé
00:40:33soit quand tu es
00:40:36professeur
00:40:36par la hiérarchie,
00:40:37soit quand tu es
00:40:38dans la hiérarchie
00:40:39par les
00:40:40les professeurs
00:40:42avec un témoignage
00:40:43d'un manque
00:40:44de solidarité
00:40:45dans les équipes
00:40:46qui s'est fait jour.
00:40:48Et comme explication
00:40:49qui est donnée
00:40:49dans les questions ouvertes,
00:40:50parce que là,
00:40:51je les donne d'ailleurs
00:40:52à qui les veut,
00:40:53s'ils veulent les retraiter,
00:40:55j'ai un matériau
00:40:56absolument fou.
00:40:57Et dans la retraite,
00:40:58j'avoue que je ne fais pas
00:40:59que ça maintenant.
00:41:00Bon,
00:41:01je déménage entre autres.
00:41:03Et donc,
00:41:04c'était,
00:41:04ben voilà,
00:41:06ras-le-bol,
00:41:07ras-le-bol
00:41:07de cette relation verticale,
00:41:11ras-le-bol
00:41:11de la,
00:41:12allez,
00:41:13on va dire
00:41:13la réforme mythe,
00:41:14ras-le-bol
00:41:15des passages ministériels
00:41:17qui,
00:41:18à chaque fois,
00:41:19va nous donner
00:41:19une nouvelle réforme
00:41:21avec une véritable haine
00:41:23qui est exprimée,
00:41:23par exemple,
00:41:24quant à la réforme
00:41:25du baccalauréat
00:41:26qui a été
00:41:28extraordinairement mal perçue
00:41:29par les personnels
00:41:30et je pense aussi
00:41:32par les élèves.
00:41:33Bon,
00:41:33mais ceux-là,
00:41:33je ne les ai pas interrogés,
00:41:34donc je le pense simplement
00:41:36par rapport à ce que j'entends
00:41:37comme vous,
00:41:38dans les médias.
00:41:40C'est vraiment
00:41:42avec une difficulté
00:41:43dans cette verticalité
00:41:45qui fait que,
00:41:46quelque part,
00:41:46le directeur d'établissement
00:41:47devient le bouc émissaire
00:41:49de tout ce malaise.
00:41:50De tout ce malaise
00:41:50par rapport à la fois
00:41:52donc l'impression
00:41:55d'être malmené,
00:41:56d'être mal écouté,
00:41:57voire d'être méprisé
00:41:58la manière dont on communique
00:42:00sur PISA,
00:42:00par exemple,
00:42:01est quelque chose
00:42:01qui est extrêmement négatif
00:42:03parce que ça veut dire
00:42:03que vous êtes nul.
00:42:05La manière dont on va changer
00:42:07son fusil d'épaule
00:42:08entre les différentes
00:42:13sessions ministérielles,
00:42:14je dirais,
00:42:15plus ou moins longues,
00:42:16où je pense d'ailleurs
00:42:17qu'on a tort de dire
00:42:18que c'est à cause
00:42:19de la succession
00:42:19très rapide
00:42:20de ministres
00:42:21qui ont duré,
00:42:22excusez-moi,
00:42:23je vais le dire,
00:42:24quelques mois
00:42:24pour certaines ou certains
00:42:25pour des raisons politiques,
00:42:27on a quand même eu
00:42:28un quinquennat complet
00:42:30de Blanquer,
00:42:32par exemple,
00:42:33qui a été
00:42:33donc là aussi
00:42:35mal perçu
00:42:36cette idée
00:42:36de réforme
00:42:38à outrance.
00:42:39Donc,
00:42:40si vous voulez,
00:42:40paradoxalement,
00:42:42ce que les enseignants,
00:42:43en tout cas
00:42:44ce qu'on a interrogé,
00:42:45et c'est quand même
00:42:45des échantillons énormes,
00:42:47on est à plusieurs dizaines
00:42:48de milliers d'enseignants
00:42:49interrogés,
00:42:50donc dans le second degré,
00:42:52c'est donc
00:42:53que cette violence
00:42:55institutionnelle.
00:42:57Et si vous voulez,
00:42:58c'est un vrai problème,
00:42:59là maintenant,
00:43:00on va parler stratégie
00:43:01par rapport à la violence
00:43:02des élèves eux-mêmes,
00:43:03parce que comment voulez-vous
00:43:05que des équipes éclatées,
00:43:06que des équipes
00:43:07qui ne sont pas soudées,
00:43:08que des équipes
00:43:08qui n'ont pas été formées
00:43:09au travail en commun,
00:43:11qui n'ont pas été formées
00:43:12au travail collectif,
00:43:13puissent faire face,
00:43:14du coup,
00:43:15aux problèmes vécus
00:43:16par leurs élèves,
00:43:17par exemple,
00:43:18aux problèmes de harcèlement.
00:43:19Si les enseignants eux-mêmes
00:43:20ou les personnes
00:43:22de direction
00:43:22s'estiment harcelés,
00:43:23comment voulez-vous
00:43:24qu'ils fassent face
00:43:25véritablement
00:43:25au harcèlement
00:43:27subi par leurs élèves ?
00:43:29Par ailleurs,
00:43:30donc,
00:43:31ce qui, je sais,
00:43:32intéresse beaucoup
00:43:32votre commission,
00:43:34il y a aussi
00:43:35d'autres changements.
00:43:37J'ai parlé
00:43:37de cette violence institutionnelle.
00:43:39Il y a ce changement
00:43:40qui est lié,
00:43:40donc,
00:43:41à quelque part
00:43:44l'idéologie,
00:43:46voire quelquefois
00:43:47la géopolitique.
00:43:49Je veux dire,
00:43:50sur la question
00:43:51qui va rejoindre,
00:43:52évidemment,
00:43:53celle de laïcité,
00:43:54des enseignants
00:43:55qui s'estiment
00:43:57soit remis en cause
00:43:58directement.
00:44:00Là,
00:44:00je ne peux pas
00:44:01vous dire l'évolution
00:44:02puisque je n'avais pas
00:44:03posé cette question-là
00:44:04au début des années 2010.
00:44:06Je l'ai posée
00:44:07sur ma dernière enquête.
00:44:09Mais j'en ai d'autres
00:44:10que j'avais posées,
00:44:11donc,
00:44:12qui sont intéressantes.
00:44:13C'est aussi,
00:44:14est-ce que vous estimez
00:44:15que vous devez intervenir
00:44:17pour ramener le calme
00:44:19dans votre classe
00:44:21et pourquoi ?
00:44:22Et là,
00:44:23on voit quelque chose
00:44:24de tout à fait passionnant.
00:44:26C'est que,
00:44:26oui,
00:44:27la majorité,
00:44:28ou forte proportion,
00:44:31excusez-moi de ne pas
00:44:31la savoir par cœur,
00:44:33mais je peux encore une fois
00:44:33vous donner ces chiffres-là
00:44:34si vous me les demandez
00:44:36ensuite,
00:44:38donc,
00:44:38d'enseignants disent,
00:44:39oui,
00:44:40je dois intervenir
00:44:41dans ma classe
00:44:41pour calmer le jeu,
00:44:42pour calmer le jeu,
00:44:43en particulier
00:44:44sur des phénomènes
00:44:45qui sont des phénomènes
00:44:47dont on dira,
00:44:48oui,
00:44:49moi,
00:44:49je n'hésite pas
00:44:49à dire idéologiques.
00:44:51Et on va évidemment
00:44:52penser à tout ce qui est
00:44:54la remise en cause
00:44:55de la laïcité,
00:44:56la remise en cause
00:44:57de la laïcité
00:44:58liée à la foi,
00:44:59que cette foi,
00:45:00d'ailleurs,
00:45:01soit la foi musulmane
00:45:03ou la foi catholique.
00:45:04Bon,
00:45:04je ne fais pas de choix
00:45:06à ce niveau-là.
00:45:08Mais on se rend compte
00:45:09que ces problèmes
00:45:10sont trop liés,
00:45:13je pense,
00:45:13dans notre analyse,
00:45:14uniquement à la question
00:45:16de la laïcité,
00:45:17en oubliant que
00:45:18l'immense majorité,
00:45:20c'est plus du double
00:45:20dans nos recherches,
00:45:22des interventions
00:45:23qui doivent être faites,
00:45:24sont liés soit
00:45:26à des problèmes
00:45:28de racisme
00:45:29et de xénophobie,
00:45:30bien sûr,
00:45:31ça peut être lié
00:45:31à la laïcité,
00:45:33soit à des problèmes
00:45:33de complotisme,
00:45:35vous voyez ?
00:45:35C'est-à-dire que,
00:45:37paradoxalement,
00:45:38alors qu'on va
00:45:38beaucoup cibler
00:45:39sur les problèmes
00:45:40qui sont liés
00:45:41à la relation
00:45:43avec, on va dire,
00:45:44la religion musulmane,
00:45:45pour être clair,
00:45:46où on va avoir
00:45:47cette légende,
00:45:48par exemple,
00:45:49de l'islamo-gauchisme
00:45:50qui va nous permettre
00:45:50de ne rien dire
00:45:51que des bêtises,
00:45:54donc on a tendance
00:45:56à oublier
00:45:57cette importance
00:45:58d'une vraie radicalisation
00:46:00qu'on voit actuellement,
00:46:01qu'on voit actuellement
00:46:02chez les adultes,
00:46:04d'une vraie radicalisation
00:46:05dans le sens
00:46:06de la xénophobie,
00:46:06dans le sens du racisme,
00:46:07dans le sens du rejet
00:46:08de l'autre.
00:46:08C'est aussi
00:46:09beaucoup d'interventions
00:46:10qui sont nécessaires
00:46:11par rapport
00:46:11à tout ce qui est
00:46:12la LGBT-phobie.
00:46:13Donc, pour moi,
00:46:15très clairement,
00:46:16l'école, là,
00:46:17elle souffre,
00:46:17elle souffre
00:46:18de l'irresponsabilité
00:46:20des adultes,
00:46:21elle souffre
00:46:22de la manière
00:46:23dont notre société
00:46:24se fragmente.
00:46:25Alors, moi,
00:46:26je n'ai pas de solution,
00:46:27vous êtes les politiques,
00:46:28je ne suis pas un politique,
00:46:29bon, même si j'ai
00:46:31mes opinions,
00:46:32mais en attendant,
00:46:33ce qu'on observe
00:46:33très clairement,
00:46:34c'est à quel point
00:46:36l'école est menacée,
00:46:37non pas simplement
00:46:38par la remise en cause
00:46:40donc de la laïcité,
00:46:42mais en gros
00:46:43par la manière
00:46:44dont on se pose,
00:46:46on oppose
00:46:47des catégories
00:46:48d'individus.
00:46:49Je suis obligé
00:46:50de faire ici
00:46:51le parallèle
00:46:52avec ce qui se passe
00:46:54chez les élèves,
00:46:55parce que ça rejaillit
00:46:56évidemment sur l'ambiance
00:46:57dans les établissements
00:46:58scolaires et du coup
00:46:59sur ce que subissent
00:47:01les personnels,
00:47:02sur ce qu'est le fonctionnement
00:47:04du harcèlement
00:47:05entre élèves à l'école.
00:47:07Les scientifiques
00:47:08ont progressivement
00:47:11changé d'avis
00:47:11ou plutôt précisé
00:47:13leur définition
00:47:16de ce qu'est le harcèlement.
00:47:17Il y a en particulier
00:47:19une définition nouvelle,
00:47:21il n'a que deux ou trois ans
00:47:22qui a été acceptée
00:47:23par tous,
00:47:24il y a un forum
00:47:25anti-bullying
00:47:26donc mondial
00:47:28et ça a été accepté
00:47:29par maintenant l'UNESCO
00:47:30qui montre
00:47:31à quel point
00:47:33ce harcèlement
00:47:34subi par les élèves
00:47:35est extrêmement sensible
00:47:36aux effets de contexte,
00:47:38aux effets de contexte
00:47:39politique,
00:47:40socio-culturel.
00:47:42C'est-à-dire
00:47:43quelles qu'en soient
00:47:44les causes,
00:47:44les causes sont multiples,
00:47:45il n'y a pas une seule cause,
00:47:46on le sait,
00:47:47c'est multifactoriel.
00:47:48Il y a quand même
00:47:49un fonctionnement
00:47:49qui est la plupart du temps
00:47:50identique.
00:47:51C'est un individu
00:47:53qui se fait brimer
00:47:54par un groupe
00:47:55d'individus
00:47:56parce qu'il ne fait pas partie
00:47:59de ce que sont
00:48:01les manières
00:48:04de faire identité
00:48:05pour ce groupe.
00:48:06Et en fait,
00:48:06le groupe se soude
00:48:07contre.
00:48:08Il se soude
00:48:09en nous,
00:48:10contre eux,
00:48:11tout à fait classique,
00:48:12sur tous les phénomènes
00:48:13qui sont entre eux,
00:48:14les phénomènes d'ethnicisation,
00:48:16mais où
00:48:16un individu,
00:48:18parce qu'il n'est pas
00:48:19conforme,
00:48:20se fait
00:48:22harceler,
00:48:23se fait rejeter.
00:48:24Alors,
00:48:25bien sûr,
00:48:25ça peut être
00:48:26de multiples façons,
00:48:28mais on sait très bien
00:48:29que là,
00:48:30par exemple,
00:48:31la grossophobie
00:48:32est quelque chose
00:48:33qui a fortement monté
00:48:34chez les garçons.
00:48:36Je me rappelle
00:48:38de...
00:48:39Excusez-moi,
00:48:40comme ça
00:48:41est coupé...
00:48:43C'est bon,
00:48:44vous pouvez continuer,
00:48:45c'est de voir mieux.
00:48:45On vous revoit.
00:48:47Oui,
00:48:47à un moment,
00:48:47vous aviez disparu.
00:48:48Oui,
00:48:50vous aussi.
00:48:52La grossophobie,
00:48:53par exemple,
00:48:54qui a beaucoup monté.
00:48:55Je me rappelle
00:48:56de quelqu'un
00:48:56qui a été d'ailleurs
00:48:59le conseiller
00:49:00de Gabriel Attal,
00:49:01donc Laurent Vaillant,
00:49:03qui est resté
00:49:03un ami assez proche.
00:49:05On avait organisé ensemble
00:49:06les assises nationales
00:49:07contre le harcèlement.
00:49:10donc disait
00:49:11en tant que juge
00:49:11des enfants à Marseille
00:49:12que sa grosse préoccupation,
00:49:14c'était la montée
00:49:15de la grossophobie
00:49:15chez les garçons.
00:49:16Mais ça peut être,
00:49:17bien sûr,
00:49:17tous les phénomènes
00:49:18liés au racisme,
00:49:20liés à...
00:49:21Bref,
00:49:21au rejet de l'autre.
00:49:22Et ça,
00:49:23c'est vraiment
00:49:23quelque chose
00:49:24de très préoccupant
00:49:25parce que c'est aussi
00:49:26quelque chose
00:49:27qui est fortement manipulé.
00:49:28Et là,
00:49:28il faut bien parler,
00:49:29bien sûr,
00:49:29de l'impact
00:49:30des influenceurs
00:49:32sur les réseaux sociaux,
00:49:34de l'impact
00:49:34des influenceurs
00:49:35qui sont parfois
00:49:36tout à fait stipendiés
00:49:38pour des raisons
00:49:39géopolitiques,
00:49:40que ce soit
00:49:40par les pouvoirs
00:49:44dictatoriaux masculinistes,
00:49:46pour dire les choses
00:49:47comme elles sont,
00:49:48et que ce soit
00:49:49donc des pouvoirs
00:49:51extérieurs
00:49:52ou internes
00:49:53qui donc
00:49:54dressent
00:49:55des catégories sociales
00:49:56les unes contre les autres.
00:49:57Ça,
00:49:58c'est quelque chose
00:49:58qui est véritablement,
00:50:00je pense,
00:50:01en jeu maintenant
00:50:02dans l'établissement scolaire.
00:50:03Alors,
00:50:04bien sûr,
00:50:05ça veut dire aussi
00:50:06que derrière tout ça,
00:50:07montent des risques
00:50:09qui sont effectivement
00:50:10des risques importants
00:50:12liés à des manipulations,
00:50:14liés à des autoradicalisations,
00:50:17liés à des radicalisations,
00:50:18quelles qu'elles soient.
00:50:21Donc,
00:50:21qu'elles soient
00:50:22des manipulations
00:50:24d'extrême droite
00:50:25ou des manipulations
00:50:27donc religieuses,
00:50:30etc.,
00:50:30le risque de radicalisation,
00:50:32il est là.
00:50:33Ça,
00:50:33c'est clair.
00:50:33ça,
00:50:34c'est clair.
00:50:34Bon,
00:50:35on avait fait un texte
00:50:38avec Alain Bauer
00:50:39il y a quelque temps
00:50:41pour la fondation
00:50:42Georges Haurès
00:50:42où on montrait,
00:50:43si vous voulez,
00:50:45que,
00:50:45c'est Alain qui avait
00:50:47beaucoup travaillé là-dessus,
00:50:48ce risque de radicalisation
00:50:50et d'augmentation
00:50:51d'une certaine violence.
00:50:52Alors,
00:50:53c'est là que c'est compliqué
00:50:54parce qu'on va se dire,
00:50:55bon,
00:50:56séparons les deux,
00:50:57mais les deux ne sont pas
00:50:58si séparés que cela.
00:51:00Les facteurs scolaires
00:51:01à la violence paroxystique
00:51:03sont aussi bien connus,
00:51:05en particulier
00:51:06quand on se rend compte
00:51:07que bien des cas
00:51:09qui se sont produits,
00:51:11alors je ne parle pas ici
00:51:12des intrusions,
00:51:13je ne parle pas de ce type
00:51:14de choses,
00:51:14on en reparlera si vous voulez,
00:51:16mais des cas les plus lourds,
00:51:17en particulier de tirs,
00:51:19de tentatives de meurtre
00:51:21dans l'établissement scolaire,
00:51:22ont été commis
00:51:23par des élèves
00:51:24ou des anciens élèves
00:51:26et généralement des garçons.
00:51:28Donc, ça,
00:51:29il ne faut pas l'oublier non plus
00:51:29que ce soit pour
00:51:30la violence contre les personnels
00:51:33ou la violence contre les élèves.
00:51:34Et là, oui,
00:51:35on a donc cette évolution
00:51:37qui est effectivement préoccupante.
00:51:42Vous pouvez répondre ?
00:51:44Oui,
00:51:44j'ai juste une question,
00:51:46mais qui est un peu une action
00:51:47par rapport à vos enquêtes
00:51:49telles que vous les avez.
00:51:50Alors, votre propos,
00:51:51que je connais bien,
00:51:52je vous ai beaucoup lu.
00:51:53C'est vrai que parfois,
00:51:54ça donne un peu le vertige
00:51:56parce qu'on est dans une relation réelle.
00:51:58Et c'est d'ailleurs,
00:52:00comment dire,
00:52:00l'approche fondamentale
00:52:01du système éducatif français.
00:52:03Il y a ce qu'on perçoit,
00:52:04ce qui est la réalité.
00:52:06Moi, j'ai toujours été persuadé
00:52:07que le sujet,
00:52:07c'est d'abord une description
00:52:09de la réalité.
00:52:10C'est là où ça coince.
00:52:11Mais concernant vos enquêtes
00:52:14de dégradation,
00:52:14vous savez,
00:52:15ce manque de solidarité,
00:52:16et on l'a perçu
00:52:17dans notre mission.
00:52:18C'est-à-dire que quand vous regardez
00:52:19l'affaire Patti,
00:52:21la manière dont ça s'est déroulé,
00:52:22il y a des enseignants très vite
00:52:24qui se sont désolidarisés
00:52:26de leurs collègues,
00:52:27estimant qu'ils avaient été maladroits,
00:52:28qu'ils avaient...
00:52:29Enfin, bref, il y avait...
00:52:30Après, sur la direction,
00:52:32ça m'intéresse,
00:52:33parce que moi,
00:52:33comme vous le savez,
00:52:34j'ai été un chef d'établissement,
00:52:35j'en connais encore beaucoup,
00:52:37j'en vois beaucoup,
00:52:37et eux-mêmes se plaignent,
00:52:39par exemple,
00:52:39de leur impuissance,
00:52:40de la relation aux enseignants
00:52:42extrêmement difficile,
00:52:44enseignants sur lesquels,
00:52:45d'ailleurs, il n'y a plus
00:52:46de notice administrative,
00:52:47il n'y a plus de note administrative,
00:52:48c'est ce qu'ils me disent souvent,
00:52:49et donc, quelque part,
00:52:50ils ont énormément de mal
00:52:52à se faire entendre
00:52:53quand ils veulent faire passer
00:52:55ce que doit faire, d'ailleurs,
00:52:56tout chef d'établissement,
00:52:57et d'ailleurs,
00:52:57ce que doit faire tout enseignant,
00:52:59quand on est fonctionnaire,
00:53:00on met en œuvre
00:53:01la politique d'un gouvernement,
00:53:02quel qu'il soit.
00:53:03Mais j'avais une question,
00:53:04vraiment,
00:53:04dans ces enseignants
00:53:05qui ont cette perception-là
00:53:07que ça ne va pas,
00:53:08enfin, de cette violence,
00:53:10on va le dire, institutionnelle,
00:53:12est-ce qu'il y a une différence
00:53:12entre les vieux enseignants
00:53:13et les jeunes enseignants ?
00:53:15On a perçu, nous,
00:53:17que, par exemple,
00:53:17sur la laïcité,
00:53:18il y avait vraiment un hiatus
00:53:20entre les gens à l'ancienne
00:53:22et puis les jeunes enseignants
00:53:24qui rentraient dans le métier.
00:53:25Est-ce que vous avez perçu
00:53:26une différence de cet ordre-là ?
00:53:29Alors, bon,
00:53:30comme le temps passe,
00:53:31surtout,
00:53:31n'oublions pas le premier degré après,
00:53:33je vous le rappelle.
00:53:35Oui, oui.
00:53:36Écoutez,
00:53:37très sincèrement,
00:53:39il y a plusieurs biais
00:53:40dans ce genre de choses.
00:53:41D'abord,
00:53:42en particulier au niveau
00:53:43du second degré,
00:53:44il ne faut pas oublier une chose,
00:53:46c'est que,
00:53:47si on est jeune enseignant,
00:53:48on a beaucoup plus de chances
00:53:49d'être dans un établissement difficile.
00:53:52Bon.
00:53:54C'est donc un véritable biais pour moi.
00:53:59Mais la différence,
00:54:00oui,
00:54:01elle existe.
00:54:01Je dirais qu'on a quand même,
00:54:03malgré tout,
00:54:04alors on a bien sûr
00:54:04des profils tout à fait différents.
00:54:06On peut avoir des vieux enseignants
00:54:08fatigués
00:54:08qui ne croient plus en rien,
00:54:09qu'ils attendent uniquement
00:54:10une chose de retraite
00:54:11et qui sont peut-être
00:54:13ceux qui sont de très loin
00:54:15les plus critiques
00:54:16par rapport à la réformite,
00:54:17on dira.
00:54:18Ce qui ne veut pas dire
00:54:19qu'il ne faut pas réformer,
00:54:20mais c'est par rapport
00:54:21à la manière de réformer.
00:54:23Et ça,
00:54:23c'est catastrophique.
00:54:24Alors là,
00:54:24on a vraiment quelque chose
00:54:25qui est très,
00:54:26très fort
00:54:27chez les enseignants,
00:54:28je dirais,
00:54:29qui ont un peu de bouteilles,
00:54:30je dirais.
00:54:31Mais on a aussi,
00:54:32donc,
00:54:32ces enseignants à essayer.
00:54:33Mais en même temps,
00:54:33ces enseignants
00:54:34qui ont un peu plus de bouteilles,
00:54:36on a aussi des enseignants
00:54:39qui continuent
00:54:40à beaucoup affirmer
00:54:42les valeurs,
00:54:42à beaucoup affirmer
00:54:44l'utilité de leur travail,
00:54:47à beaucoup affirmer
00:54:48qu'ils essayent
00:54:49d'y croire encore,
00:54:50même si c'est difficile.
00:54:51Après,
00:54:52bon,
00:54:52chez les beaucoup plus jeunes,
00:54:54on est dans des réponses
00:54:56qui sont quand même plus,
00:54:58je dirais,
00:54:58plus immédiates.
00:55:00C'est-à-dire qu'on est en train
00:55:02d'essayer de commencer
00:55:03à construire un peu
00:55:03un savoir professionnel
00:55:05parce qu'il ne faut pas oublier
00:55:06quand même
00:55:06que c'est extrêmement important.
00:55:08Mais bon,
00:55:08on insistera quand même là-dessus.
00:55:10C'est-à-dire que le problème,
00:55:11c'est qu'il y a aussi...
00:55:12Alors,
00:55:14certains établissements,
00:55:14c'est pour ça,
00:55:15méfions-nous quand même.
00:55:16Moi,
00:55:16je fais des enquêtes locales
00:55:18qui m'ont permis
00:55:20d'avoir une vision nationale,
00:55:21mais sur le terrain,
00:55:22c'est plus de 800 établissements
00:55:24du second degré,
00:55:24plus de 800 écoles primaires
00:55:26que j'ai investiguées,
00:55:27vous voyez.
00:55:28Et en y allant à chaque fois,
00:55:29en rendant les résultats
00:55:30la plupart du temps,
00:55:31sauf quand c'était
00:55:32une commande ministérielle,
00:55:33mais la plupart du temps,
00:55:33c'était à la demande
00:55:34aussi des établissements.
00:55:35Et je me rends compte
00:55:36que s'il y a des établissements
00:55:38qui font attention
00:55:39à avoir un accueil,
00:55:41etc.,
00:55:41beaucoup n'ont pas
00:55:43cette possibilité,
00:55:44ce temps,
00:55:44voire cette envie.
00:55:46Et n'oublions pas non plus
00:55:47toutes les inégalités
00:55:48qu'il y a
00:55:48par rapport donc
00:55:50à des établissements
00:55:51où il y a une fuite
00:55:52des personnels
00:55:53qui est invraisemblable.
00:55:54J'ai travaillé avec des collèges
00:55:56où il y avait 60%
00:55:58des personnels
00:55:58qui partaient chaque année.
00:56:00Comment voulez-vous
00:56:00construire quelque chose ?
00:56:02Ça, j'y insiste,
00:56:03j'y insiste,
00:56:03et j'y insiste toujours.
00:56:05Bon, l'autorité,
00:56:06ce n'est pas individuel.
00:56:07L'autorité,
00:56:08ce n'est pas naturel.
00:56:09Ça, c'est une légende urbaine.
00:56:11Une légende,
00:56:11pas urbaine,
00:56:12c'est un mythe.
00:56:13Juste une insiste,
00:56:14M. de Barbieux,
00:56:15sur ce que vous venez
00:56:15de dire là.
00:56:16Moi, j'ai été frappé.
00:56:17J'ai fait une étude
00:56:18très précise
00:56:19sur Roubaix.
00:56:21Quand j'exerçais,
00:56:23vous connaissez
00:56:23par cœur.
00:56:24Je le connais bien.
00:56:25Ça, j'en suis certain.
00:56:26J'avais été frappé.
00:56:27M. Roubaixier.
00:56:29Avec le don que vous portez,
00:56:30c'est obligatoire.
00:56:31Et donc,
00:56:32de fait,
00:56:33j'avais regardé
00:56:34très, très attentivement
00:56:35comment fonctionnaient
00:56:35les nombreux collèges
00:56:36de cette ville
00:56:39avec curieusement
00:56:40à peu près
00:56:40la même population,
00:56:42population en difficulté,
00:56:43beaucoup de gamins
00:56:45d'origine étrangère,
00:56:46etc.
00:56:46J'avais constaté
00:56:47que sur ces établissements,
00:56:49il y avait,
00:56:49comment dire,
00:56:50justement par rapport
00:56:51à la violence,
00:56:52par rapport à la maîtrise,
00:56:53par rapport à la stabilité
00:56:54des enseignants,
00:56:55il y avait des différences.
00:56:57Ce qui est toujours intéressant
00:56:58dans une étude,
00:56:59et je sais que vous êtes
00:57:00très fervents
00:57:00de ce type d'approche,
00:57:01ce qui est toujours intéressant
00:57:02dans un système
00:57:03qui, a priori,
00:57:04devrait être identique,
00:57:05c'est que les approches
00:57:06sont différentes.
00:57:07C'est-à-dire
00:57:07que les phénomènes
00:57:08sont perçus
00:57:09de manière différente.
00:57:10Et là,
00:57:10ça, c'est intéressant
00:57:11parce que comment
00:57:12c'est possible ?
00:57:13Vous voyez,
00:57:14il y avait un collège,
00:57:15je ne donnerai pas son nom,
00:57:16les profs étaient là
00:57:17depuis très longtemps,
00:57:19il y avait beaucoup
00:57:19d'agrégés,
00:57:20alors qu'il n'y en avait
00:57:21aucun dans d'autres,
00:57:22vous connaissez ça,
00:57:23c'est d'ailleurs un critère,
00:57:24si vous n'avez quasiment
00:57:25aucun agrégé,
00:57:26très peu de certifiés,
00:57:27beaucoup de contractuels,
00:57:28vous avez raison.
00:57:29Pour moi,
00:57:30le seul critère de violence
00:57:31dans un bahu,
00:57:32ou du moins,
00:57:33de la difficulté
00:57:34à vivre dans un établissement,
00:57:35c'est l'instabilité
00:57:36des enseignants.
00:57:37Quand vous avez une stabilité,
00:57:39c'est qu'une régulation
00:57:39s'est installée,
00:57:40ce qui est intéressant
00:57:41c'est de savoir
00:57:41quel type de régulation
00:57:42s'est installée.
00:57:43Et vous,
00:57:44est-ce que vous avez
00:57:44un avis sur ça ?
00:57:46Qu'est-ce qui fait
00:57:47que par exemple
00:57:47dans un collège
00:57:48de Roubaix,
00:57:49il y a beaucoup d'agrégés,
00:57:51ils sont là depuis très longtemps,
00:57:52alors que c'est les mêmes élèves
00:57:53que le quartier de l'Apple
00:57:55ou des Trois-Ponts,
00:57:55ce n'est pas la même chose ?
00:57:58Alors,
00:57:58si vous voulez,
00:57:59il faudrait
00:58:00que je vois de ça.
00:58:02J'ai fait tous
00:58:03les collèges de Roubaix,
00:58:04mais il y a déjà
00:58:05donc près d'une vingtaine d'années,
00:58:06donc j'y retourne
00:58:07dans trois semaines
00:58:09à Roubaix,
00:58:09pour tout vous dire.
00:58:11Mais donc,
00:58:12que je fasse une étude
00:58:12établissement par établissement
00:58:14pour comprendre.
00:58:14Mais ce qu'il y a de sûr,
00:58:15c'est qu'il faut se rappeler
00:58:16ce qui est fondamental
00:58:18dans la recherche
00:58:18sur les violences à l'école.
00:58:20Je vais rappeler des choses
00:58:21qui sont maintenant
00:58:23complètement admises,
00:58:24mais dès les années 80,
00:58:26une criminologue
00:58:26comme Denise Godfredson
00:58:27le montrait,
00:58:28et ça a été remontré
00:58:29en 2000,
00:58:30dans une recherche
00:58:31qu'elle a faite,
00:58:32et c'est exactement
00:58:33les mêmes résultats
00:58:33que je peux avoir.
00:58:35Les trois critères essentiels
00:58:37sur l'exposition
00:58:40au risque de violences
00:58:42à l'école
00:58:42ou les facteurs de protection
00:58:44sont trois facteurs scolaires.
00:58:47Il y a après
00:58:48les facteurs environnementaux,
00:58:49etc.
00:58:49On va parler de ceux-là.
00:58:50Le premier,
00:58:51et vous avez raison,
00:58:52et je le dis,
00:58:53et tous les chefs
00:58:54d'établissement le savent,
00:58:55c'est donc la stabilité.
00:58:57Oui, c'est vrai.
00:58:58Non.
00:58:58La qualité des équipes éducatives,
00:59:01la qualité qui est liée,
00:59:02un, à la stabilité,
00:59:04mais attention,
00:59:05quelquefois,
00:59:05trop de stabilité
00:59:06peut nuire.
00:59:07Vous le savez très bien,
00:59:08il peut y avoir aussi
00:59:09quelques niches écologiques,
00:59:10protectrices,
00:59:11et les petits nouveaux,
00:59:12il va y avoir
00:59:12la classe difficile.
00:59:14Ça, j'en connais beaucoup
00:59:15des établissements comme ça.
00:59:17C'est humain,
00:59:18mais c'est comme ça.
00:59:20Voir dans la répartition
00:59:21des classes, etc.,
00:59:22c'est très compliqué.
00:59:24Mais c'est aussi
00:59:26la manière
00:59:27qualité des équipes éducatives
00:59:28de réussir à résoudre
00:59:29ces conflits d'équipes.
00:59:30C'est extrêmement important.
00:59:32Et vous voyez,
00:59:32dans l'évolution
00:59:33qu'on a vue,
00:59:34il est évident
00:59:35que dans la formation
00:59:37des personnels,
00:59:38de tous les types
00:59:39de personnel,
00:59:39je pense,
00:59:40les mettre en situation
00:59:41de résolution des conflits,
00:59:43en situation de résolution
00:59:45des problèmes,
00:59:45etc.,
00:59:46est quelque chose
00:59:46d'essentiel,
00:59:47d'essentiel.
00:59:49Donc,
00:59:49qualité des équipes éducatives.
00:59:51Deuxième chose
00:59:52qui a été bien identifiée.
00:59:54Tout ce qui est
00:59:55redoublement,
00:59:55je dirais,
00:59:56de l'exclusion
00:59:56à l'intérieur
00:59:57d'un établissement scolaire.
00:59:58C'est-à-dire
00:59:58la fabrication
00:59:59de classes.
01:00:05Dernière chose.
01:00:06On a été coupé.
01:00:07Votre deuxième point.
01:00:11C'est le redoublement
01:00:13de l'exclusion sociale
01:00:14à l'intérieur
01:00:15d'un établissement,
01:00:16c'est-à-dire
01:00:16en fabriquant
01:00:17des classes
01:00:17cocottes minutes.
01:00:18Il y a beaucoup
01:00:19de travaux là-dessus.
01:00:20Je pense à ceux
01:00:21de Jean-Paul Payet,
01:00:22par exemple,
01:00:22etc.
01:00:24Ayant travaillé
01:00:24dans ces classes,
01:00:25je sais qu'elles ne sont pas faciles.
01:00:27Et puis,
01:00:28le troisième facteur
01:00:30très facilitateur
01:00:31dans l'établissement scolaire,
01:00:33je dirais,
01:00:33c'est l'illusion répressive.
01:00:36Moi,
01:00:36je ne suis pas
01:00:37non directif,
01:00:38loin de là.
01:00:40Quand j'étais formateur
01:00:41moi-même,
01:00:41je disais souvent,
01:00:42attendez,
01:00:43vous ne le laissez pas faire.
01:00:47tout sauf rien,
01:00:48mais dans certaines limites,
01:00:49quoi.
01:00:50Parce que c'est
01:00:51l'autorisation
01:00:52d'aller plus loin.
01:00:53Mais en attendant,
01:00:54si vous voulez,
01:00:55un des gros problèmes,
01:00:55c'est le sentiment de justice
01:00:56et en particulier
01:00:57la justice de ce qui est nodal.
01:01:00C'est pour ça que mon dernier
01:01:01gros bouquin pratique,
01:01:02c'était l'impasse
01:01:02de la punition à l'école.
01:01:03C'est la répétition punitive.
01:01:06Parce que là,
01:01:06on fabrique,
01:01:07on fabrique du noyau dur.
01:01:09On fabrique des gosses
01:01:10qui,
01:01:11et c'est généralement des garçons,
01:01:12pas que,
01:01:13mais surtout des garçons,
01:01:14donc vont s'identifier au fait
01:01:16on est les gros durs,
01:01:17plus on est puni,
01:01:18plus on est dur,
01:01:18plus on est un homme
01:01:19et plus on est viril.
01:01:21Et là,
01:01:22ça rejaillit bien sûr
01:01:23avec tout ce que je disais
01:01:24tout à l'heure
01:01:24sur le virilisme,
01:01:25le masculisme,
01:01:26etc.
01:01:26Donc ça,
01:01:27c'est un vrai problème.
01:01:28Et où,
01:01:29dans la formation,
01:01:31on est véritablement formé,
01:01:32on connaît même
01:01:33ce que sont les textes,
01:01:35par exemple,
01:01:35par rapport à,
01:01:36oui,
01:01:37bon,
01:01:37c'est quoi la répression à l'école ?
01:01:39Comment ?
01:01:39Pourquoi ?
01:01:40Est-ce qu'il en faut ?
01:01:41Etc.
01:01:41Tout ça,
01:01:41c'est vraiment essentiel.
01:01:43Donc ça,
01:01:43c'est important.
01:01:46Les facteurs actuellement
01:01:49de conflits
01:01:50les plus importants
01:01:51dans les équipes
01:01:52sont clairement
01:01:53cette question
01:01:54de l'ordre,
01:01:54de la punition.
01:01:56Entre donc
01:01:57ceux qui essayent
01:01:59d'être,
01:01:59je dirais,
01:02:00raisonnables,
01:02:01c'est-à-dire
01:02:01de ne pas faire
01:02:0250 conseils de discipline
01:02:03et ceux qui estiment
01:02:05que si on ne fait pas 50,
01:02:06on n'est pas un bon principal,
01:02:07par exemple,
01:02:08ou un bon directeur,
01:02:08ou etc.
01:02:10Donc ça,
01:02:10c'est très complexe.
01:02:11Vraiment,
01:02:12cette question
01:02:12de la punition
01:02:15qui va renforcer
01:02:16la violence,
01:02:17contrairement à ce qu'on pense,
01:02:19est un problème clé.
01:02:20Mais il n'est pas
01:02:21qu'à l'école.
01:02:22Mais il ne faut pas oublier
01:02:23que la micro-pénalité scolaire,
01:02:24on l'appellera comme ça,
01:02:26a à avoir
01:02:27comme,
01:02:28je dirais,
01:02:29apprentissage
01:02:29de ce qui sera
01:02:30la relation pénale
01:02:31par la suite.
01:02:32Ça fabrique du noyau dur.
01:02:34Juste pour,
01:02:35M. Lebarbe,
01:02:36je me permets de vous couper,
01:02:37il reste peu de temps,
01:02:38mais vous vouliez parler
01:02:40du premier degré.
01:02:43Alors moi,
01:02:43il y a un élément
01:02:44du premier degré
01:02:45qui me paraît
01:02:46à regarder,
01:02:46je pense que vous,
01:02:47vous avez un œil,
01:02:48comment dire,
01:02:49attentif sur cet aspect-là,
01:02:51c'est que dans le premier degré,
01:02:52les faits de violence
01:02:53proviennent pour plus de la moitié
01:02:55des familles.
01:02:56Est-ce que vous avez
01:02:57une analyse
01:02:58à ce sujet ?
01:03:02Si vous voulez,
01:03:03bon,
01:03:04on peut en parler rapidement,
01:03:05je terminerai là-dessus
01:03:06si vous voulez.
01:03:07Mais là,
01:03:09si vous voulez,
01:03:10l'évolution
01:03:11du premier degré
01:03:12m'inquiète plus
01:03:13que l'évolution
01:03:13du second degré.
01:03:15Parce que,
01:03:16dans le second degré,
01:03:17quoi qu'il en soit,
01:03:18vous avez
01:03:19le principal,
01:03:20le principal adjoint,
01:03:21je pense,
01:03:21on parlera du collège,
01:03:23CPE,
01:03:24quelques fois plusieurs CPE,
01:03:25des AED,
01:03:27un personnel d'intendance,
01:03:29un personnel de cuisine,
01:03:31tout ce que vous voulez.
01:03:32Bon,
01:03:32vous avez quand même
01:03:33de l'adulte très présent,
01:03:35c'est une chose.
01:03:37On a souvent entendu,
01:03:39moi,
01:03:39quand j'étais au ministère,
01:03:40c'était,
01:03:41bon,
01:03:41mais tout va bien,
01:03:42en fait,
01:03:42le premier degré
01:03:43s'en sortira toujours.
01:03:45Bon,
01:03:46ça n'est plus vrai.
01:03:47Ça n'est plus vrai
01:03:48et c'est une erreur fondamentale.
01:03:50Je pense que,
01:03:52si on veut vraiment
01:03:53faire face
01:03:53au phénomène de violence,
01:03:55il faut de la prévention,
01:03:56mais très,
01:03:57très,
01:03:57très précoce.
01:03:58Et moi,
01:03:59je dis priorité
01:03:59au premier degré,
01:04:01priorité à l'aide
01:04:02au premier degré.
01:04:03Pensez,
01:04:04directeur,
01:04:05la directrice en général,
01:04:06d'ailleurs,
01:04:06d'école,
01:04:07à quel point
01:04:07elle est démunie,
01:04:08sans personnel,
01:04:09avec en plus
01:04:10un ras-le-bol total
01:04:11de se transformer
01:04:12en,
01:04:13comment dirais-je,
01:04:14remplisseur de tableaux Excel.
01:04:16Je veux dire,
01:04:16les inspecteurs
01:04:17et les inspectrices
01:04:18que j'interroge,
01:04:18ils disent la même chose,
01:04:19ils en ont ras-le-bol
01:04:20de ça aussi.
01:04:21Mais aussi,
01:04:22et surtout,
01:04:24à la fois,
01:04:26des difficultés d'équipe
01:04:27qui existent,
01:04:28même un peu moins prégnantes,
01:04:29mais qui existent
01:04:30quelquefois très fortement,
01:04:31avec des difficultés
01:04:32qui vont être,
01:04:33dès que quelqu'un veut
01:04:34témoigner,
01:04:35par exemple,
01:04:35sur un problème
01:04:36qui est directeur ou directrice,
01:04:37ça va être le placard automatique,
01:04:38il faut être clair,
01:04:40je ne connais pas
01:04:41un certain nombre de cas.
01:04:42Mais aussi,
01:04:43ce qui est maintenant
01:04:44l'énorme difficulté,
01:04:46l'énorme souffrance.
01:04:47J'avais écrit un livre,
01:04:48un peu pamphlétaire,
01:04:49c'était volontaire à l'époque,
01:04:50en 2017,
01:04:51où je disais,
01:04:51attendez,
01:04:52l'école primaire va crever
01:04:53avec la manière
01:04:55dont se fait l'école inclusive.
01:04:57Moi, je suis pour l'école inclusive,
01:04:58c'est clair,
01:04:59je n'ai aucune ambiguïté
01:05:01de logique là-dessus.
01:05:02Mais telle qu'elle se fait
01:05:03actuellement,
01:05:04les causes de souffrance
01:05:05qui sont exprimées
01:05:06de ras-le-bol
01:05:07par les personnels
01:05:08sont invraisemblables.
01:05:10invraisemblables.
01:05:11Là, il y a vraiment
01:05:12une explosion
01:05:13qui est importante.
01:05:15Avec ce sentiment,
01:05:16bien sûr,
01:05:16de ne pas pouvoir faire face
01:05:19parce qu'on n'est pas formé,
01:05:20parce qu'on n'a pas les moyens,
01:05:21parce que les AESH
01:05:22qui sont mutualisés
01:05:24maintenant,
01:05:26ne sont là
01:05:27que quelques heures
01:05:27par semaine,
01:05:28et souvent des personnes
01:05:29à l'eux-mêmes fragiles,
01:05:30etc.
01:05:31Donc ça,
01:05:31je tiens à tirer
01:05:32encore une fois
01:05:33l'attention là-dessus,
01:05:33c'est un des problèmes clés.
01:05:35Et qui rejaillit aussi
01:05:37sur les relations
01:05:38avec les familles,
01:05:39des deux côtés.
01:05:40Bien sûr,
01:05:41tout à fait
01:05:42pour l'école inclusive.
01:05:43Mais bien entendu,
01:05:44ce n'est pas pour ça
01:05:45que c'est facile,
01:05:48à la fois pour les parents
01:05:49des élèves
01:05:50qui sont,
01:05:51je dirais,
01:05:52porteurs de handicap
01:05:54éventuellement,
01:05:55que pour les autres.
01:05:56En disant,
01:05:57attention,
01:05:58c'est souvent les élèves
01:05:59porteurs de handicap
01:05:59qui sont plus les victimes
01:06:00que les agresseurs.
01:06:01On ne va pas non plus
01:06:02faire handicap
01:06:03égale violence,
01:06:04etc.
01:06:04Il faut toujours le rappeler,
01:06:06il faut toujours se méfier.
01:06:06Mais là,
01:06:07on est dans un nœud,
01:06:08un nœud terrible.
01:06:09C'est-à-dire qu'on peut
01:06:10toujours dire
01:06:10on va faire de la prévention
01:06:12comme ça,
01:06:13on va faire de l'inclusion
01:06:14comme ça,
01:06:15etc.
01:06:15Mais où sont les vraies
01:06:17politiques publiques ?
01:06:19Où sont les vraies politiques publiques ?
01:06:20Il ne s'agit pas de se dire
01:06:21qu'on va inclure plus,
01:06:23non,
01:06:24on va en inclure mieux.
01:06:25Oui, oui.
01:06:27Plus et mieux.
01:06:28C'est clair.
01:06:28Mais ça,
01:06:29le sentiment de violence
01:06:30et les violences subies
01:06:32par les personnes
01:06:33du premier degré,
01:06:33c'est d'abord là.
01:06:34Alors,
01:06:34les parents,
01:06:35oui,
01:06:36mais moi,
01:06:36je me méfie beaucoup.
01:06:37Là aussi,
01:06:38quand on a
01:06:40donc ce type
01:06:42de raisonnement,
01:06:43le risque,
01:06:44c'est justement
01:06:44la coupure globale
01:06:46parent-école
01:06:47qui,
01:06:47en France,
01:06:48est plus l'autre
01:06:48qu'ailleurs.
01:06:48il faut bien le dire.
01:06:49Elle est plus l'autre
01:06:50qu'ailleurs
01:06:50pour la raison idéologique.
01:06:51N'oublions pas
01:06:52que l'école
01:06:52s'est construite
01:06:53contre l'extérieur.
01:06:56Or,
01:06:56désolé,
01:06:56mais l'extérieur,
01:06:57il existe.
01:06:59Juste un petit mot,
01:07:00c'est une phrase
01:07:00que vous pouvez citer
01:07:01de Jean-Pierre Vernon,
01:07:02le grand psychologue
01:07:04de l'histoire,
01:07:05qui disait
01:07:06le contexte
01:07:07est à l'intérieur du texte.
01:07:08Oui,
01:07:09je suis assez d'accord.
01:07:10Madame la Présidente,
01:07:12vous vouliez prendre la parole.
01:07:15Oui,
01:07:15merci beaucoup.
01:07:16Je suis dans le noir,
01:07:17j'ai une coupure
01:07:17d'électricité,
01:07:18générale dans mon quartier
01:07:19Vive la campagne,
01:07:20mais je voulais vous interroger
01:07:21sur ce point
01:07:22parce que vous avez dit
01:07:23tout à l'heure
01:07:24au tout début
01:07:24de votre intervention,
01:07:26monsieur Le Barbieux,
01:07:27que vous aviez rencontré
01:07:28au sein de l'institution
01:07:30une grande réticence,
01:07:32j'ai compris,
01:07:33à la fois
01:07:34à prendre la mesure
01:07:35de la réalité
01:07:38et ensuite
01:07:39à déployer
01:07:40les réponses
01:07:42appropriées.
01:07:42Finalement,
01:07:42tout votre propos
01:07:43par la suite
01:07:43le démontre.
01:07:44Ma question est à la fois
01:07:46simple dans son expression
01:07:47mais je crains
01:07:47qu'elle soit très compliquée
01:07:48dans la réponse.
01:07:50Comment expliquez-vous
01:07:51cette réticence ?
01:07:53Quelle réponse
01:07:54devons-nous y apporter
01:07:56pour qu'on brise
01:07:57cette réticence ?
01:07:57Vous avez parlé d'ailleurs
01:07:58sur ce sujet
01:08:01du mythe
01:08:01de l'autorité naturelle.
01:08:03Moi, j'ai quand même
01:08:03l'impression
01:08:03que ce mythe persiste,
01:08:05qu'il est quand même
01:08:06toujours présent,
01:08:07même si vous dites
01:08:07qu'il s'est quand même
01:08:08un peu amendé.
01:08:09et vous avez parlé
01:08:10de l'importance
01:08:11de la formation
01:08:12des équipes.
01:08:13Moi, je vous rejoins
01:08:14totalement sur ce plan
01:08:15mais du coup,
01:08:16je suis un peu inquiète.
01:08:17Former les équipes,
01:08:18dix fois oui,
01:08:19mais comment est-ce possible
01:08:21avec cette réticence
01:08:22que vous avez évoquée
01:08:23de la part de l'institution ?
01:08:25Si vous voulez,
01:08:26alors les réticences,
01:08:27elles sont multiples.
01:08:28Bon, la mesure,
01:08:30d'abord,
01:08:31on a mis longtemps
01:08:32mais bon,
01:08:33l'ADEP a fini
01:08:34par mettre en place.
01:08:35Bon,
01:08:36je s'y avais aidé
01:08:37à l'époque.
01:08:38Alors, je raconte
01:08:39dans mon dernier livre
01:08:39mais donc je ne vais pas
01:08:40le faire maintenant
01:08:41comment ça avait fini
01:08:42par être possible,
01:08:43de manière un peu marrante
01:08:44d'ailleurs,
01:08:45mais des enquêtes
01:08:45de victimisation
01:08:46du climat scolaire national
01:08:47ce qui permettait donc
01:08:48de mesurer un petit peu
01:08:49les choses très bien.
01:08:50Le problème,
01:08:51c'est qu'elles ne sont
01:08:51plus assez régulières.
01:08:53Le problème,
01:08:53c'est qu'on a commencé
01:08:54toujours par le second degré
01:08:55et on n'a eu qu'une en réalité
01:08:56sur le premier degré
01:08:57ou deux alors que,
01:08:59bon, encore une fois,
01:08:59j'insiste,
01:09:00le premier degré,
01:09:01le premier degré,
01:09:02allons-y.
01:09:03Donc oui,
01:09:03il faut aider l'ADEP,
01:09:04il faut peut-être aussi
01:09:05que ça fasse partie
01:09:08d'un programme
01:09:09donc pas forcément
01:09:11tous les ans
01:09:11mais au moins
01:09:12tous les deux ou trois ans
01:09:13une grande enquête
01:09:15représentative
01:09:16sur ce qu'est
01:09:17le climat scolaire
01:09:18et pas simplement
01:09:19la violence,
01:09:20pas simplement les faits
01:09:21mais aussi le ressenti
01:09:22donc dans les établissements
01:09:24scolaires du premier
01:09:25et du second degré
01:09:25seraient utiles.
01:09:26Je suis beaucoup
01:09:27plus réservé
01:09:29sur ce que va devenir
01:09:30par exemple
01:09:32l'enquête
01:09:33sur la violence sexuelle
01:09:34qui est une nécessité
01:09:35sans doute
01:09:36vous savez
01:09:37je fais aussi partie
01:09:38du comité de suivi
01:09:40un petit peu
01:09:41pour le Parlement
01:09:42de ce qu'on appellera
01:09:44la loi
01:09:44donc
01:09:48sur les violences
01:09:49sexuelles à l'école
01:09:50intégrale
01:09:52voilà
01:09:52non non
01:09:53c'est pas la loi intégrale
01:09:54c'est la loi post-beta-ram
01:09:55si vous voulez
01:09:56oui
01:09:56avec madame Spilbou
01:09:57d'accord
01:09:58avec madame Spilbou
01:09:59et monsieur Vanier
01:10:00et donc
01:10:01bon
01:10:02ça je suis aussi
01:10:03donc là-dessus
01:10:03mais
01:10:04je suis un peu inquiet
01:10:05parce que
01:10:06quelle va être
01:10:07la réponse possible
01:10:08des personnels
01:10:09et des enseignants
01:10:10en particulier
01:10:10combien de psychologues
01:10:12scolaires
01:10:12s'il y a un gosse
01:10:13qui témoigne
01:10:14d'être victime
01:10:14d'inceste
01:10:15mais où est-ce
01:10:16qu'il va aller
01:10:16qu'est-ce qui va se passer
01:10:18bref
01:10:18tout ça
01:10:19c'est un peu compliqué
01:10:20mais après
01:10:21bon
01:10:21les réticences
01:10:22par rapport
01:10:23à l'autorité
01:10:25par rapport
01:10:27au travail en équipe
01:10:28elles sont très lourdes
01:10:30ça c'est certain
01:10:31on a
01:10:32une métaphore
01:10:33qui est connue
01:10:34c'est la métaphore
01:10:35de la boîte d'œufs
01:10:37c'est-à-dire
01:10:37qu'une école
01:10:39c'est quoi
01:10:39c'est une boîte d'œuf
01:10:40avec des œufs
01:10:42côte à côte
01:10:42et surtout
01:10:43il ne faut pas
01:10:43qu'ils se touchent
01:10:44c'est une erreur fondamentale
01:10:46oui c'est vrai
01:10:47que
01:10:48la
01:10:49la criminologie
01:10:50la plus basique
01:10:51nous enseigne
01:10:52une chose très bête
01:10:53si vous êtes tout seul
01:10:54donc
01:10:55dans
01:10:57en sortant au cinéma
01:10:58le soir
01:10:59donc à 11h
01:11:00vous êtes plus à risque
01:11:01de vous faire agresser
01:11:03que si vous êtes 4 ou 5
01:11:04c'est exactement
01:11:05la même chose
01:11:05dans un établissement scolaire
01:11:06mais
01:11:07nos collègues
01:11:08en particulier
01:11:09les collègues enseignants
01:11:10continuent à penser
01:11:11que
01:11:12tout ce qui est
01:11:13le collectif
01:11:14alors pas tous
01:11:14bien sûr
01:11:15on est obligé
01:11:16de caricaturer
01:11:16un peu là-dessus
01:11:17le collectif
01:11:18voilà l'ennemi
01:11:19quelque part
01:11:20c'est une perte de temps
01:11:21c'est de la réunionnite
01:11:22moi mon boulot
01:11:23c'est pas ça
01:11:24moi mon boulot
01:11:25c'est de transmettre
01:11:26des connaissances
01:11:26comme si
01:11:27on a été encore
01:11:28dans cette vision jurassique
01:11:30d'une différence
01:11:31entre éducation
01:11:32et enseignement
01:11:33alors que
01:11:34bien entendu
01:11:35quand on enseigne
01:11:35on éduque
01:11:36et quand on enseigne
01:11:37aussi un certain nombre
01:11:38de savoirs
01:11:39même si ce sont
01:11:40des savoirs de vie
01:11:40et là
01:11:41bon
01:11:41il y a une question
01:11:42de formation
01:11:43oui
01:11:44mais je dirais
01:11:44presque une question
01:11:45de socialisation
01:11:46fondamentale
01:11:47dans les écoles
01:11:48par rapport
01:11:48à nos personnalités
01:11:49en particulier
01:11:49nos personnels
01:11:50d'enseignants
01:11:50il y a
01:11:51la formation continue
01:11:53compliquée
01:11:53ils sont déjà
01:11:54dans la résistance
01:11:55pour beaucoup
01:11:55et la formation initiale
01:11:57où quelque part
01:11:59bon
01:12:00comment vous dirais-je
01:12:01moi je suis vraiment
01:12:02pour une
01:12:03presque une révolution
01:12:05collective
01:12:06de la formation initiale
01:12:07qu'il y ait des compétences
01:12:09personnelles
01:12:10en termes
01:12:10de je connais
01:12:11bah oui
01:12:12je suis enseignant
01:12:14j'ai une orthographe
01:12:15parfaite
01:12:15oui c'est normal
01:12:16bon
01:12:17oui je suis enseignant
01:12:18je connais les mathématiques
01:12:19oui c'est normal
01:12:20je connais la discipline
01:12:21que j'enseigne
01:12:22mais c'est tout aussi
01:12:23important
01:12:23d'avoir
01:12:24des compétences
01:12:26je dirais
01:12:26plus collectives
01:12:27qui soient des compétences
01:12:29relationnelles
01:12:30et pas relationnelles
01:12:31uniquement avec les élèves
01:12:32relationnelles
01:12:33avec les collègues
01:12:34relationnelles
01:12:35donc dans l'idée
01:12:35d'une mission commune
01:12:37et ça c'est quelque chose
01:12:38qui est extrêmement
01:12:39en danger
01:12:39je le pense
01:12:41monsieur Debarbieux
01:12:42je me permets de prendre
01:12:43la parole
01:12:43parce que là
01:12:43il faut qu'on termine
01:12:45madame la présidente
01:12:50pour conclure
01:12:53bon je pense qu'il y a
01:12:54un problème de connect
01:12:55pardon
01:12:59écoutez monsieur Debarbieux
01:13:00c'est passionnant
01:13:00je pense qu'on aurait pu
01:13:01encore vous écouter
01:13:02pendant longtemps
01:13:02mais évidemment
01:13:03vos derniers propos
01:13:03sont très inquiétants
01:13:05je suis également
01:13:05moi-même convaincue
01:13:06que la notion
01:13:07de travail collectif
01:13:08est absolument fondamentale
01:13:09qu'il faut sortir
01:13:10de cette fonctionnement
01:13:11en silo
01:13:12même si
01:13:12et je vous rejoins aussi
01:13:13on peut trouver
01:13:14des établissements
01:13:15dans lesquels
01:13:15cette manière
01:13:16de travailler
01:13:17de manière collective
01:13:17peut exister
01:13:18et dont on voit bien
01:13:20les fruits
01:13:21que cela peut porter
01:13:22on peut trouver
01:13:22parfois deux collèges
01:13:24classés en réseau
01:13:24d'éducation prioritaire
01:13:26l'un qui a une équipe
01:13:27en effet plus stable
01:13:28pas forcément totalement stable
01:13:29mais plus stable
01:13:30notamment dans l'équipe
01:13:30de direction
01:13:32et qui met en place
01:13:33des projets collectifs
01:13:34et ça marche
01:13:36le bien
01:13:36et le même collège
01:13:37à quelques encablures
01:13:38qui a beaucoup plus
01:13:39de difficultés
01:13:40et ça se traduit
01:13:40très concrètement
01:13:41sur la manière
01:13:42dont les ailes
01:13:43se projettent
01:13:43dans l'avenir d'ailleurs
01:13:44et dans la manière
01:13:45dont ils même
01:13:46peuvent progresser
01:13:47voire même réussir
01:13:48donc je suis absolument
01:13:49convaincue que ça
01:13:49il y a un travail énorme
01:13:50et quand j'interroge
01:13:51des intervenants
01:13:52en INSP
01:13:53je suis un peu inquiète
01:13:54de voir qu'il n'y a pas
01:13:55encore de prise
01:13:56sur l'importance
01:13:58de cette compétence
01:14:00à travailler
01:14:01de manière collective
01:14:02alors que tout le démonte
01:14:03dans tous les systèmes
01:14:04mondiaux
01:14:04qui sont performants
01:14:05ce qui prédomine
01:14:06la grosse différence
01:14:07par rapport aux nôtres
01:14:08c'est cette capacité
01:14:08à travailler en collectif
01:14:09donc du coup
01:14:09je suis un peu inquiète
01:14:10parce qu'on voit
01:14:11comment tout ceci
01:14:12est un jeu de
01:14:21ce qui fait que
01:14:22lorsque l'ensemble
01:14:23on commence par agir
01:14:24il faudrait pouvoir
01:14:25évidemment
01:14:25sur les outils
01:14:26de mobilité
01:14:27des enseignants
01:14:34et de stabilité
01:14:36sur les carrières
01:14:37qu'ils ont envie de faire
01:14:38je crois qu'il est incroyable
01:14:39cela pourrait avoir
01:14:40qu'ils soient personnels
01:14:41qu'ils soient élèves
01:14:42et au bout du compte
01:14:43on enseigne bien
01:14:45on le transmet bien
01:14:46et on apprend bien
01:14:48que lorsqu'on a
01:14:49ce profond bien-être
01:14:50ces conditions de bien-être
01:14:52et d'épanouissement
01:14:52qui sont réunis
01:14:53je suis quand même
01:14:54un peu inquiète
01:14:54avec vos derniers mots
01:14:55en me disant
01:14:55oulala
01:14:56la marche est très haute
01:14:57je vous rejoins aussi
01:14:58sur l'inclusion
01:14:59c'est me semble-t-il
01:15:00dans les politiques publiques
01:15:01qu'on doit développer
01:15:02nous avons fait beaucoup
01:15:02depuis la loi de 2005
01:15:03mais la nouvelle marche
01:15:04a monté
01:15:05elle est colossale
01:15:06et elle ne pourra pas intervenir
01:15:08il faut sortir de cette vision
01:15:09tout accompagnement humain
01:15:10qui est intéressant
01:15:12qui est important
01:15:12mais qui ne peut pas
01:15:13être la seule réponse
01:15:14il faut en effet
01:15:15pouvoir plafonner
01:15:16le nombre d'enfants
01:15:18en situation
01:15:18de besoins éducatifs
01:15:19particuliers
01:15:20par classe
01:15:20notamment dans le premier degré
01:15:22dès l'école maternelle
01:15:23on ne peut pas laisser
01:15:24un enseignant
01:15:25qui ne soit pas formé
01:15:27seul
01:15:27face à trois enfants
01:15:29qui auraient un trouble
01:15:29du spectre autistique
01:15:30ça ça ne marche pas
01:15:31ça n'est pas possible
01:15:32on va à la catastrophe
01:15:34donc voilà
01:15:34beaucoup de choses à faire
01:15:35c'est en périphérie
01:15:36de tous nos sujets
01:15:37sur les agressions
01:15:38sur enseignants
01:15:38mais on voit bien
01:15:39à travers vos propos
01:15:40où est le terreau
01:15:41de ce qui peut nourrir
01:15:43après cette violence
01:15:45et cette dégradation
01:15:46du climat scolaire
01:15:47la marche et autres
01:15:48nos conclusions
01:15:49j'espère pourront reprendre
01:15:50tout ça
01:15:50merci beaucoup
01:15:51de votre témoignage
01:15:52et n'hésitez pas
01:15:52dans les semaines d'avenir
01:15:53s'il y a des éléments
01:15:55que vous auriez voulu
01:15:56porter à notre connaissance
01:15:57que vous n'avez pas eu le temps
01:15:58de faire aujourd'hui
01:15:58parce qu'on a vraiment
01:15:59encore une fois
01:15:59pu vous écouter
01:16:00pendant des heures
01:16:03surtout
01:16:03n'hésitez pas
01:16:05vous avez été très utile
01:16:07je crois
01:16:07pour éclairer nos travaux
01:16:12je reprends la parole
01:16:15merci monsieur de barbieux
01:16:16merci beaucoup
01:16:17je me disais
01:16:18que notre enquête
01:16:19qui est en cours
01:16:19le questionnaire
01:16:20que nous avons donné
01:16:21c'est qu'on le regarde
01:16:22rapidement
01:16:23c'est en grosso modo
01:16:24une enquête de victimisation
01:16:26je pense que ça sera intéressant
01:16:27d'échanger avec vous
01:16:28d'ailleurs
01:16:29lorsqu'on ne le corpus
01:16:30sera encore augmenté
01:16:31j'espère
01:16:32qu'il ne sera pas trop énorme
01:16:33parce que s'il est très important
01:16:35ça veut dire
01:16:35vraiment
01:16:35il y a un sacré sujet
01:16:36et que notre mission
01:16:38l'aura encore un peu plus
01:16:40découvert
01:16:40merci beaucoup
01:16:41n'hésitez pas à revenir vers nous
01:16:43nous reviendrons vers vous
01:16:45très probablement
01:16:46et encore une fois
01:16:47je vous remercie
01:16:48très sincèrement
01:16:49de votre intervention
01:16:53merci
01:16:55et bon déménagement
01:16:57et oui je suis
01:16:59bonne journée
01:17:00monsieur de barbie
01:17:01merci
01:17:26merci
01:17:27merci
01:17:27merci
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