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Michaël Jérémiasz, champion paralympique de tennis fauteuil, auteur de "De la révolution à l'oubli, après la flamme, la promesse trahie" (Ed. Alisio), dénonce l'inaction du gouvernement sur le handicap, malgré les promesses dans le sillage des Jeux paralympiques de Paris 2024.
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NewsTranscription
00:00Il est 7h48 et Benjamin Diomel, votre invité, est champion paralympique de tennis.
00:04Il y a un peu plus de deux ans, la France communiait dans un même élan pour les Jeux Olympiques
00:08et Paralympiques
00:09avec une promesse, qu'il y ait un avant et un après dans l'accès au sport et l'inclusion
00:13des personnes en situation de handicap.
00:16Notre invité est un immense champion de tennis fauteuil, porteur de la flamme en 2024.
00:20Il croyait à cet espoir avant d'être déçu et en colère.
00:24Bonjour Michael Jérémias.
00:25Bonjour.
00:26Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter.
00:28Vous publiez aujourd'hui ce cri du cœur, ça s'appelle « De la révolution à l'oubli »
00:32sous-titré « Après la flamme, la promesse trahie » aux éditions Alizio.
00:36Et pour commencer cet entretien, je voudrais commencer par cette scène que vous racontez en introduction de votre livre.
00:42Nous sommes Gare du Nord à Paris en avril 2026
00:46et un taxi qui est pourtant habilité à recevoir des personnes handicapées refuse de vous prendre en charge.
00:52Est-ce que vous pouvez nous expliquer, nous raconter d'abord cette scène
00:55et nous expliquer le lien entre cette scène et l'espoir suscité par les Jeux Olympiques et Paralympiques ?
01:00C'est un taxi qui a bénéficié justement de subventions grâce notamment à notre travail
01:04pour avoir une rampe dans son taxi, donc 1000 à taxi adapté.
01:08Et donc il me refuse parce qu'en fait il n'a pas envie de s'emmerder à me prendre
01:10moi.
01:11Moi qui suis en feteur roulant, qui va peut-être lui prendre une minute de plus pour mettre mon fauteuil
01:14dans le coffre.
01:15Et la raison c'est que je préfère prendre des groupes, ce qui d'ailleurs n'a aucun intérêt si
01:19ce n'est d'essayer d'escroquer des groupes.
01:21Mais c'est symptomatique de ce qui se passait avant et de ce qui se passe après, les Jeux Paralympiques,
01:25c'est qu'en fait il n'y a pas eu de changement.
01:27On a voulu croire, parce qu'on a été émus, on a pleuré ensemble, on a vibré ensemble,
01:30on a voulu croire que les Jeux Paralympiques avaient changé quelque chose dans notre perception du handicap,
01:34notre perception de l'autre.
01:35Et en fait pas du tout, ça n'entraîne pas de politique publique forte et engagée par la suite.
01:39Et donc oui, c'est de ça dont on parle dans le livre, c'est cette promesse trahie,
01:43c'est qu'en fait ces Jeux-là, ils n'ont servi à rien,
01:46notamment la place qu'occupent les personnes incapacitées dans la société.
01:48Ils n'ont servi à rien, promesse trahie, c'est un propos effectivement très tranché que vous tenez.
01:54Qu'est-ce qu'il aurait fallu faire ?
01:55À quoi est-ce que vous vous attendiez et qui n'a pas été fait dans la foulée de ces
01:59Jeux Olympiques et Paralympiques ?
02:01On nous a promis en 2005 la fameuse loi de 2005, sous Jacques Chirac,
02:05donc Anne-Marie Monchamp avait porté cette loi-là, elle devait changer.
02:10Qui avait promis de changer la place des personnes incapées dans la société,
02:13promis de l'accessibilité universelle, tous les établissements recevant du public accessibles aux personnes incapées,
02:1820 ans plus tard, même pas la moitié des établissements recevant du public sont accessibles aux personnes incapées.
02:23On est, demeure égaux en droit, vous et moi, on n'a pas les mêmes droits.
02:26Moi, je ne suis pas un citoyen à part entière parce que je suis handicapé.
02:28Moi, j'attendais que Macron, que son gouvernement et ses gouvernements successifs,
02:32en fait, emboîtent le pas et appliquent cette loi, soit beaucoup plus stricte, justement, sur les contrevenances.
02:37C'est-à-dire qu'à un moment, il y a une loi, il faut l'appliquer.
02:39Il faut arrêter de donner des dérogations, de laisser un certain nombre de lobbies nous imposer ça.
02:44Et faire en sorte que les Jeux Olympiques et Paralympiques soient un accélérateur de changement.
02:48Et c'est à ça que ça sert, c'est ce qui s'est passé à Londres en 2012.
02:50Un million d'emplois pourvus dans les six ans qu'ont suivi les Jeux Paralympiques,
02:54pour des personnes incapées, ça, c'est un héritage des Jeux tangibles.
02:56Si c'est juste quelques dizaines de gares un peu plus accessibles
02:59et qu'on se dise, c'est vraiment chouette ces mecs-là,
03:02et qu'on ait un peu changé de regard, c'est quand même pas fou.
03:047-8 milliards plus tard, 50 000 bénévoles, 4 000 salariés,
03:07si l'héritage des Jeux, c'est ça,
03:09et qu'on a eu un tout petit peu plus d'accès au sport après les Jeux, c'est pas
03:12fou.
03:12Vous parliez, Mickaël Jérémias, du président de la République,
03:15que vous connaissez bien.
03:16Vous racontez un certain nombre de dialogues avec lui dans votre livre.
03:19Et notamment cette anecdote qui, moi, m'a frappé,
03:21et qui dit beaucoup de cette ambivalence que la société en tiendra
03:24vis-à-vis du handicap et des politiques publiques liées au handicap.
03:28Racontez-nous, on est à l'Elysée,
03:29on est un an avant les Jeux olympiques,
03:31vous venez de tenir une réunion sur l'organisation des Jeux.
03:34Le président vous raccompagne,
03:36et à ce moment-là, qu'est-ce qu'il vous dit ?
03:37On vient en fait le mobiliser, le solliciter
03:39pour qu'il soit un des premiers supporters, notamment des Jeux paralympiques.
03:42On a besoin de ce soutien, c'est une époque où il n'y a pas encore de billets vendus,
03:44où on se pose beaucoup de questions du succès des Jeux paralympiques.
03:46Et en sortant, il me dit,
03:48et en fait, il est très optimiste, mais il me dit,
03:49« C'est cette foutue accessibilité, on n'y arrive pas, on ne sait pas comment faire. »
03:53En fait, on ne peut pas me dire ça à moi,
03:54et on ne peut pas nous dire ça.
03:56Alors, le fameux truc, un président ne devrait pas dire ça.
03:58Mais oui, on ne dit pas ça, parce qu'aujourd'hui,
04:00c'est un échec, c'est un aveu d'échec inacceptable.
04:02Si on veut rendre la cité accessible à tous,
04:04on s'en donne les moyens.
04:05Si on veut rendre aujourd'hui toutes les écoles de la République accessibles,
04:08on fait un audit national et on se donne les moyens.
04:10Et tout n'est pas qu'une question d'argent.
04:12Oui, le métro, dont on parle beaucoup, c'est 20 milliards,
04:17et puis il y a des aménagements.
04:19Puis vous parliez de taxis en introduction,
04:20peut-être qu'on pourrait aussi, pour des personnes handicapées
04:21qui ne peuvent pas prendre le métro,
04:23trouver des moyens de financement de transport gratuit à la personne,
04:26et pas uniquement ce qui existe en Ile-de-France.
04:28Donc pour le coup, c'est ce que là, moi, qui me pèse.
04:32Au municipal, on n'a pas existé.
04:34Dernier municipal, les présidentielles arrivent là dans 8 mois.
04:36On nous a fait 65 promesses,
04:38la conférence nationale du Cap la semaine dernière,
04:39le président Macron a fait 65 promesses,
04:42qui pour moi n'ont aucun sens à 8 mois de la fin de son mandat.
04:44Il avait 10 ans pour les mettre en place,
04:46et hérité justement de cette loi de 2005.
04:48Donc nous, on va aujourd'hui les interpeller
04:50de manière peut-être plus radicale,
04:52pour justement, et c'est le titre du film...
04:54C'est-à-dire de façon plus radicale,
04:55parce que si on revient sur effectivement
04:56cette conférence nationale du handicap,
04:58qui est le moment pour le président
04:59de faire le bilan sur la politique qui a été menée,
05:03j'ai réécouté son discours,
05:04il met en avant les choses qui ont été faites,
05:07notamment la hausse de scolarisation des élèves
05:08en situation de handicap,
05:10le financement intégral des fauteuils roulants
05:12depuis fin 2025,
05:14tout en reconnaissant, et il a l'honnêteté de le dire,
05:16que sur l'accessibilité, tout n'a pas été bien fait.
05:19Là-dessus, vous vous retenez plutôt
05:21tout ce qui ne va pas ?
05:23C'est-à-dire que vous considérez que le bilan,
05:24il est trop maigre, trop résiduel ?
05:27Moi, je n'ai pas pour eux, moi, j'ai qu'une vie.
05:28En tout cas, on m'a appris que j'avais qu'une vie.
05:29Donc on est, on vit, on meurt.
05:31Moi, je passe à côté de ma vie,
05:32et nous sommes des millions à passer à côté de notre vie,
05:34parce qu'on nous dit que c'est mieux,
05:36et qu'on devrait se contenter que c'est juste mieux.
05:38Vous avez 80 000 gamins qui n'ont pas accès à l'éducation
05:40de l'école république parce qu'handicapé.
05:42Vous avez des millions de personnes qui meurent à petit feu,
05:44qui n'ont pas accès à la santé, au logement, à l'emploi,
05:46à la culture, au sport, à la vie intime, parce qu'handicapé.
05:49Donc évidemment qu'on ne s'en contente pas.
05:50Donc nous, notre combat, c'est qu'en fait,
05:52on arrête de se dire que ce sera mieux dans 10, 20, 30 ans,
05:54qu'aujourd'hui, dès demain, ça change.
05:56Mais alors, c'est quoi une interpellation radicale,
05:57Michael Jérémias ?
05:58On est à 7 mois de l'élection présidentielle,
06:00on reçoit dans ce studio des responsables politiques,
06:02des candidats.
06:03Ça veut dire quoi, les interpeller de façon radicale ?
06:05C'est-à-dire qu'en fait, on va leur demander à chacun et chacune
06:06de se positionner de manière extrêmement ferme sur ce qu'ils vont faire.
06:09On va leur demander, à mon avis,
06:10c'est ce qu'on est en train de préparer, une charte d'engagement.
06:12Alors ça, ils seront capables dans les yeux de nous dire
06:14on va le faire et de ne pas le faire.
06:15Par contre, la réalité, qu'est-ce qui va se passer ?
06:17Qu'ont fait avant nous toutes les minorités
06:18pour justement faire valoir leurs droits ?
06:20Elles ont fait leur révolution.
06:21Ce titre, il n'est pas choisi au hasard de la révolution à l'oublier.
06:24Si vous ne voulez pas nous obliger à faire notre révolution,
06:26sachant qu'on est 12 millions de personnes handicapées,
06:27et qu'il y a plus de 10 millions d'aidants,
06:29et si vous rajoutez à ces gens-là les aimants,
06:30c'est quasiment un Français sur deux.
06:32On n'est pas une micro-minorité, on n'est pas une petite catégorie.
06:34Donc si vous voulez qu'on fasse notre révolution,
06:36il n'y a pas de problème.
06:37Continuez à vous foutre de nous, à nous trahir,
06:39à ne pas vous donner les moyens,
06:40à nous donner les moyens de vivre une existence pleine et entière,
06:43et une vie épanouie, parce qu'on y a le droit aussi.
06:45Et c'est ça, en fait, qui risque de se passer.
06:47Parmi les propositions que vous allez faire
06:48et que vous allez soumettre aux candidats,
06:50là encore, pour ceux qui nous écoutent ce matin,
06:51même si c'est toujours un ensemble de propositions,
06:54s'il y avait une ou deux mesures
06:55qui sont absolument prioritaires,
06:58qui seraient non pas faciles à mettre en œuvre,
07:00mais qu'il faudrait rendre opérationnelles tout de suite,
07:03ce seraient lesquelles ?
07:03Pour moi, c'est la priorité absolue sur l'éducation.
07:06L'accès à l'école de la République en milieu ordinaire,
07:09qu'aujourd'hui, on n'exclut pas
07:11des centaines de milliers de gamins chaque année à l'école.
07:14Je passe ma vie, moi, ici,
07:15de sensibiliser au handicap des personnes adultes.
07:17C'est ça, mon travail.
07:18Vous imaginez, quand même, j'ai autre chose à faire.
07:20En fait, si on apprenait à vivre ensemble
07:21depuis le plus jeune âge, ce ne serait pas un sujet.
07:23Donc, ça veut dire des manques d'assistants d'éducation
07:25pour les élèves en situation de handicap,
07:27les AESH ?
07:28En nombre et en qualification
07:29et en valorisation de leur travail,
07:31c'est de faire un audit national, justement,
07:32pour qu'on puisse y accéder.
07:33Et quand je parle d'accessibilité,
07:35on ne le faut pas le réduire aux personnes
07:36avec un handicap moteur ou qui sont en fauteuil roulant.
07:38C'est tout type de handicap.
07:39Tous les handicaps, oui.
07:40La double peine, c'est quand vous avez un handicap
07:41psychique ou mental dans notre pays.
07:42C'est-à-dire qu'aujourd'hui,
07:43les handicaps plus lourds, plus complexes,
07:45je ne vous parle même pas de leur quotidien.
07:46Il n'y a pas du tout de citoyenneté.
07:48Donc, ça, c'est la priorité absolue.
07:49Michael Jérémie, pour terminer,
07:50on apprend aussi dans ce livre
07:51que vous avez failli faire de la politique
07:53puisque Michel Barnier,
07:54qui certes n'est pas resté très longtemps,
07:55mais qui est le Premier ministre.
07:57Oui, alors vous avez effectivement
07:58eu une forme de préscience.
07:59Il vous a appelé pour devenir ministre.
08:01Son conseiller, le lendemain de la cérémonie
08:03de remise des décorations
08:05des athlètes paralympiques et olympiques,
08:06sur les Champs-Elysées,
08:07je reçois ce fameux coup de fil
08:08où, en gros, vous êtes pressenti
08:09pour le portefeuille du ministre des Sports.
08:13Je rappelle le lendemain,
08:14je décline l'invitation.
08:16Parce que vous disiez que ça n'allait pas durer ?
08:17Parce que ça n'allait pas durer,
08:18parce qu'il n'y avait plus d'argent
08:19et qu'il y a d'ailleurs eu 300 millions d'euros
08:20amputés à un budget qui était déjà ridicule.
08:23Mais ça, c'est très personnel.
08:24Pour me déconviction politique,
08:26c'était un gouvernement
08:26qui allait être un des plus droitiers
08:27de la Ve République.
08:30Ce n'est pas un des plus droitiers.
08:31En tout cas, à ce moment-là,
08:35moi, qui ne correspondais pas
08:36à mes convictions politiques,
08:38et puis pour le coup,
08:40une semaine après,
08:41le gouvernement Barnier arrivait
08:42et on nous annonçait
08:43pas que de ministre de l'Handicap
08:45parce qu'on m'a dit, en off,
08:46qu'on avait oublié de la nommer.
08:48Ça, c'était au lendemain des Jeux Paralympiques.
08:50Voilà, et quelques jours plus tard,
08:51une ministre serait nommée, effectivement,
08:52compte tenu de la mobilisation
08:53de la société civile.
08:55Merci beaucoup, Miguel Jérémiaz,
08:56et on aura l'occasion de parler
08:57de ce sujet majeur
08:58tout au long de l'élection.
08:59Je rappelle votre livre,
09:00ça s'appelle
09:01« De la Révolution à l'oubli
09:02après la flamme,
09:03la promesse trahie »
09:03aux éditions Elisio
09:04et une formidable préface d'Arthus,