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  • il y a 1 semaine
Télématin reçoit Pascal Obispo à l’occasion de la sortie de son double album "Héritage", ainsi que Charles Dubouloz, alpiniste de l’extrême, qui publie son livre "Une flamme en hiver".

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00:00Il faudrait que pleuve l'amour, mais c'est pas trop l'ambiance en ce moment, du coup ça fait
00:04vraiment du bien de recevoir dans Télé Matin, ce matin, un grand chanteur.
00:08Ah bah là voilà, la chanson, il faudrait que pleuve l'amour.
00:12Pascal Obispo qui a chanté, qui a chanté cette merveille par exemple, il a beaucoup chanté l'amour Pascal, écoutez
00:18ça.
00:19Écoutez ça, écoutez ça.
00:22Ah oui, bien sûr, j'avais l'impression.
00:27Vous allez chanter l'amour jaloux aussi Pascal.
00:29C'est vrai ?
00:33Tu me dis, on me remet des trucs des années 20, donc c'est ça.
00:37Qu'est-ce qu'on les aime, ces chansons ? Qu'est-ce qu'on les aime ?
00:40Ou encore le coup de foudre, ça c'était à votre époque catogan, ça.
00:43Tu compliques tout ?
00:45Ah oui.
00:48Ça c'est très très très beau.
00:49C'est beau ça.
00:50Merci d'être là.
00:51En vrai, ça vous est déjà arrivé de faire passer des messages persos dans les chansons, comme tu compliques tout
00:56par exemple ?
00:57Ah bah je fais que ça.
00:57Ah bah oui, bien sûr, il y a toujours des lignes entre les lignes.
01:02Oui.
01:02Voilà.
01:03Mais c'est vrai que je n'ai fait quasiment et uniquement que je chantais des chansons d'amour et
01:08on en a toujours besoin.
01:09C'est vrai qu'avant de se redire il faudrait que pleuve l'amour, on ne s'attendait pas à
01:15avoir des incendies cet été.
01:16Et c'est vrai qu'elle était vraiment malheureusement tombée pile à l'actualité.
01:23C'est vrai que c'est un peu compliqué.
01:25Alors on trouve des petites métaphores comme ça et puis finalement on fait quasiment la même chanson.
01:30Moi je fais toujours la même chanson.
01:32Ah c'est la pression que vous avez ?
01:33Oh oui, oui, je pense. En fait on fait une chanson, on va dire allez on fait une chanson ou
01:37deux dans sa vie.
01:38Moi je pense que j'en ai fait deux.
01:41C'est, je ne sais pas, Lucie et puis Phan par exemple.
01:45C'est deux sortes de chansons.
01:48Par la catégorie Phan, il y a Allumer le feu par exemple.
01:51Voilà c'est ça, il y a des chansons plus rapides et puis les autres c'est des chansons d
01:55'amour.
01:56Mais on a besoin, c'est aujourd'hui franchement, malheureusement, je ne parlerai pas d'autre chose que de ça
02:03dans mes albums.
02:04Et de l'amour, il y en a beaucoup dans ce double album Héritage que vous venez nous présenter ce
02:09matin avec 25 duos.
02:10On va en parler tout à l'heure.
02:12Mais alors d'abord, qu'est-ce que les Français disent spontanément de vous quand on les interroge, quand on
02:17leur cite Pascal ou Bisseau ?
02:19Eh bien on leur a posé la question, c'est Jean Desrousseaux qui est allé en ville vous poser la
02:23question.
02:24Je pense que c'est quelqu'un de bien, qui a fait des chansons très sympas.
02:28C'est un bon chanteur, c'est un très bien, c'est un bon compositeur.
02:31Il a une façon d'écrire qui est intéressante, ça ressemble un peu à du Michel Berger.
02:37Extraordinaire, super.
02:39Il n'est pas fier, il est bien.
02:41À travers ses chansons, il inspire, ça nous donne de la joie.
02:45Merci pour le plaisir que tu donnes aux gens, merci pour ton oeuvre et ton engagement.
02:52C'est un sans-faut.
02:53C'est sympa.
02:54Allez, quelques chiffres sur la carrière de Pascal Obispo pour le présenter.
02:57Vous êtes sûr des chiffres ?
02:59On a tout vérifié.
03:00Je commence par le chiffre 14 millions.
03:03Un chiffre dingue, c'est celui du nombre d'albums que vous auriez vendus tout confondus.
03:08C'est-à-dire des albums signés Pascal Obispo, mais aussi les albums que vous avez composés pour les autres.
03:13Est-ce que vous validez ce chiffre ?
03:16Oui, ça doit être un truc comme ça.
03:18On ne peut pas savoir, mais c'est vrai que quand on écrit pour Florent Pagny,
03:21quand on fait quelques chansons pour lui, par exemple pour l'album Savoir aimer,
03:25qu'en l'espace de quelques mois, il vend 4 millions.
03:28Non, c'est vrai que ça a fait plaisir.
03:31C'est vrai que sur cet album, il y avait Savoir aimer, il y avait Chanter.
03:35Et puis à chaque fois, sur trois albums, j'avais la chanson qui portait.
03:42Les commandements aussi, ça a été énorme, les 10 commandements.
03:44C'est vrai que les 10 commandements, ça a été gros.
03:47Mais ça, c'est une autre époque.
03:48Maintenant, ce n'est plus comme ça.
03:49Maintenant, on fait de la musique pour le plaisir.
03:51Les chiffres, ça n'existe plus du tout.
03:53Les chiffres, c'est quand il faut qu'on paye les albums ou quand on paye les documentaires.
03:57Vous êtes devenu artiste bénévole.
03:59Je suis devenu un artiste mécène, mon propre mécène exactement.
04:03Je continue à faire de la musique, mais vraiment, surtout pour le plaisir
04:07et toujours le plaisir des rencontres et d'apprendre aussi.
04:10Parce qu'on apprend avec tous ces artistes-là.
04:13À chaque fois, c'est un univers et un gap différent.
04:17Vous citiez quelques-unes de vos chansons.
04:19C'est difficile de choisir parmi les enfants, vos enfants, vos chansons.
04:23Mais est-ce qu'il y en a quand même certaines pour lesquelles vous avez un attachement particulier ?
04:30On a souvent des attachements pour les chansons qui ont moins marché.
04:35Parce que celles qui sont passées vraiment beaucoup à la radio,
04:38ça devient à un moment donné un peu compliqué.
04:40Mais il y en a une que je cite tout le temps.
04:42C'est le duo avec You Sundour qui n'a fait absolument aucun chiffre.
04:47mais c'est une chanson qui parle de liberté, qui parle de mixité,
04:53qui s'appelle So Many Men, qui est sur une compilation.
04:57Vous chantez en anglais ?
04:58Je chante en anglais, lui il chante en rolof et on chante en français.
05:02C'est un clip magnifique.
05:03Et ça, pour moi, c'est une de mes plus belles collaborations,
05:06de mes plus belles chansons.
05:08Un deuxième chiffre, c'est le chiffre 18,
05:10qui renvoie bien évidemment au numéro d'appel pour joindre les sapeurs-pompiers.
05:14pour évoquer effectivement ce qui s'est passé cet été.
05:17Votre engagement aussi aux côtés des sapeurs-pompiers,
05:20de toutes les forces qui ont aidé à vaincre le feu cet été.
05:24Comment vous avez, avec le recul, vécu ce moment ?
05:29Au point que vous avez fait un concert.
05:31En fait, l'idée, c'est d'abord, ça a été un traumatisme
05:33de savoir qu'on aurait pu y passer.
05:37Vous avez fui en pleine nuit.
05:38Voilà, à 4h30, on est parti.
05:40Après, le deuxième traumatisme, c'est de voir qu'il y en a qui ont été impactés.
05:44Comme tous certains amis qui habitaient au Porges,
05:47avec des maisons toutes brûlées.
05:52Et j'ai eu le sentiment que j'avais besoin d'être utile à quelque chose.
05:56Je me sentais trop privilégié.
05:58Donc privilégié parce que moi, j'ai une belle maison.
06:01La péninsule n'a pas été impactée parce que le vent de nord-ouest
06:04a fait repartir le feu vers le Porges et vers Bordeaux.
06:08Donc tout d'un coup, on a eu beaucoup de chance.
06:10Et le lendemain, c'était l'idée d'être utile en tant que bon citoyen.
06:16Donc ça a été... J'ai passé des appels.
06:18J'ai proposé ma maison pour avoir...
06:21J'ai eu une unité de gendarmes qui a fait des rondes pour protéger la péninsule.
06:26Et puis juste après, quand ils sont partis, je me sentais un peu seul et encore inutile.
06:30Et là, j'ai appelé quelques amis.
06:33J'ai appelé Cyril Hanouna qui a produit cette émission avec l'aide du festival ODP des Pompiers.
06:42Juju Courbet, Éric Jeanjean, Marcine Monsigny, les copains.
06:46Et puis tous les chanteurs qui sont venus.
06:48On a récolté 1,7 million d'euros avec la Fondation de France.
06:51On essaye de faire...
06:52Pour toute la France.
06:53Ils essayent de faire des programmes.
06:54Oui, parce qu'en fait, on voulait...
06:56Ma volonté était vraiment de travailler aussi pour les sinistrés du Gard, des Landes, etc.
07:02Voilà, c'était ça l'idée.
07:04Donc ce que j'ai ressenti, c'est toujours le besoin pour moi.
07:07Un truc viscéral, une pathologie que j'ai.
07:09À chaque fois, j'ai besoin d'être utile à quelqu'un, à quelque chose.
07:13Et quand c'est dans sa région, il faut y aller.
07:15C'est vrai qu'on vous a toujours retrouvés dans des événements caritatifs.
07:19Un troisième chiffre, le chiffre 23,
07:21puisque c'est un jour qui vous porte le jour de sortie de votre album, d'ailleurs.
07:26Et puis, un chiffre mythique.
07:28C'est-à-dire qu'on le retrouve apparemment dans votre vie à plusieurs moments.
07:33Très bizarrement, oui.
07:34Je l'ai remarqué et j'ai même retrouvé ce chiffre-là
07:38sans le savoir en revenant sur les traces de mon adolescence
07:42où mon meilleur ami habitait lui-même au 23 rue Poulain-du-Parc.
07:46Il y a eu des places de concert.
07:50Il y a eu des emplacements dans les avions, dans les trains,
07:55des chambres d'hôtels, des anniversaires, des sorties d'albums,
07:59des sorties de disques, des enterrements.
08:02Mais c'est incroyable.
08:03Donc, ce 23, évidemment, il y a eu Jordan.
08:05Le maillot de Jordan, ça, c'est important pour vous.
08:07Oui, mais j'ai eu une multitude de choses que j'ai photographiées.
08:10Alors, je ne vais pas sortir d'album, peut-être un jour,
08:12mais j'ai à peu près, je ne sais pas, 200, 250 photos avec tous les 23.
08:16À un moment donné, quand je m'en suis rendu compte, je suis même revenu sur les lieux pour photographier.
08:21On parlait juste de maillot.
08:21Vous avez le 23 de David Beckham, Real Madrid.
08:25Est-ce que vous avez une collection de maillots de le foot ?
08:26Alors, je ne l'ai pas, mais s'il est signé, je le veux bien.
08:28Vous êtes preneur.
08:30Mais j'ai un maillot de David Beckham.
08:33Bon, Pascal Obispo, vous avez atteint plus d'une fois les sommets,
08:37les sommets des charts, comme on disait à l'époque.
08:39Maintenant, on est plutôt en train de… on est en pré-retraite.
08:43C'est ça.
08:44Je vais vous présenter maintenant un roi des sommets tout courts,
08:48l'un des plus grands alpinistes français de sa génération.
08:51Il s'appelle Charles Duboulose.
08:56Bonjour, Charles.
08:58Bonjour.
08:58Et merci d'être avec nous, Charles.
09:01Je vous présente donc Pascal Obispo, que vous connaissez, évidemment.
09:05Notamment parce que je sais que dans vos ascensions, vous écoutez beaucoup de musique.
09:08Normalement, oui.
09:09Vous avez besoin de musique.
09:10Et vous écoutez du Pascal Obispo ?
09:11J'écoute beaucoup de chansons françaises.
09:12Donc, Pascal Obispo passe dans mes oreilles de temps en temps.
09:15En tout cas, sort de mon téléphone.
09:16Oui, bien sûr.
09:17Ce n'est pas dérangeant quand on écoute de la musique.
09:19Non, mais je veux dire, je ne parle pas forcément de mes chansons.
09:22Mais je sais que quelquefois, quand je travaille ou quand j'ai une occupation de précision,
09:29c'est vrai qu'il y a un style de musique qu'en fait, on ne peut pas faire.
09:32Sans parole.
09:33Quand vous devez être précis, vous ne pouvez pas écouter du rock'n'roll.
09:37Non, mais c'est sûr.
09:38Mais vu que certaines ascensions durent assez longtemps, plusieurs journées,
09:42il y a forcément des moments où on a besoin de musique.
09:44Tout simplement, la musique, c'est un bon repère qu'on a en bas, sur le plan horizontal.
09:48Et quand on est vraiment à la verticale, un peu perdu dans nos affaires,
09:52ça fait du bien d'écouter de la musique et j'aime beaucoup la chanson française.
09:54Donc, il m'arrive d'en écouter, c'est génial.
09:57Et alors Charles, vous êtes mondialement reconnu pour vos ascensions en solitaire.
10:00En 2022, vous avez signé la toute première ascension hivernale de la mythique voie Rolling Stone,
10:05c'est au Grand Jauras, dans le massif du Mont-Blanc.
10:081200 mètres de parois gravies pendant six jours,
10:11sous des températures allant jusqu'à moins 35 degrés.
10:16Tout simplement, depuis, vous avez gravé plus d'une centaine de sommets,
10:20que ce soit au Népal, au Pakistan, en Inde.
10:22Vous avez même parfois ouvert des voies.
10:25Vous étiez le premier à passer par là.
10:26Vous avez donné même des petits noms à ces voies-là.
10:28C'est vous qui choisissiez le nom.
10:30Et alors aujourd'hui, vous publiez ce livre qui s'appelle Une flamme en hiver,
10:33dans lequel vous racontez votre ultime ascension de l'extrême en montagne.
10:38Ultime ascension parce que vous avez décidé à 37 ans de prendre votre retraite.
10:42Pourquoi ?
10:43Alors, prendre ma retraite.
10:44Je vais continuer d'aller en montagne.
10:45Je continuerai toute ma vie.
10:46Parce que oui, effectivement, on ne peut pas arrêter comme ça.
10:49C'est plus qu'une passion, en fait.
10:51C'est finalement toute ma vie à tourner autour de ça.
10:53En revanche, je prends mes distances avec l'alpinisme solitaire,
10:56notamment l'alpinisme hivernal, qui est vraiment un alpinisme un peu de labeur.
10:59Un extrême.
11:00Voilà, un peu extrême.
11:01Et donc, je tourne le chapitre de ça.
11:05La performance en montagne a toujours été intimement liée à la prise de risque.
11:08J'ai pris énormément de risques.
11:09J'ai eu beaucoup de chance toute ma carrière.
11:11J'en ai conscience.
11:12Et je pense qu'à un moment, c'est bien de savoir faire un pas de côté.
11:14Est-ce que c'est aussi votre compagne ou votre petite fille qui vous ont décidé à ça ?
11:18Non, pas du tout.
11:20Ma fille a déjà 7 ans.
11:22Et ces 7 dernières années, j'ai grimpé énormément.
11:25Je n'ai pas arrêté.
11:26À partir du moment où je suis dans mon élément, je suis complètement manipulé.
11:29Je n'arrive pas à faire vraiment la part des choses.
11:32Est-ce que c'est votre corps, alors, qui vous dit stop à un moment ?
11:35Non, je pense qu'il me dirait plutôt stop.
11:37Alors, mon corps, sans doute, parce que je commence à m'abîmer un petit peu, forcément, avec les années.
11:42Et puis, c'est aussi peut-être le fait de perdre des copains régulièrement, des gens assez proches, en montagne,
11:47qui fait qu'au bout d'un moment, on se rend bien compte que plus ça avance, plus le répertoire
11:51raccourcit.
11:52On perd beaucoup de copains.
11:53Et puis, à un moment, il faut savoir se dire, OK, ça a été absolument génial.
11:56Moi, je me considère plus que chanceux.
11:58Donc, aujourd'hui, je pense que c'est sain, aussi, de savoir prendre un peu de recul par rapport à
12:02tout ça.
12:03Et d'ailleurs, les alpinistes qui m'ont beaucoup inspiré, je pourrais parler de Walter Bonatti,
12:07qui était dans une autre époque, qui est un des plus grands alpinistes italiens,
12:10enfin, un des plus grands alpinistes du monde, des années 80, s'est arrêté à 35 ans.
12:14Il était devenu grand reporter derrière.
12:16Et en fait, il avait complètement arrêté l'alpinisme et la montagne.
12:18Et je trouve ça absolument beau, parce que la montagne était, en quelque sorte, un marche-pied vers autre chose.
12:22Et ça, je trouve ça génial, plutôt que de tomber dans le vide à la fin, parce qu'on sait
12:25que, normalement,
12:26si on continue, ça va se passer comme ça, c'est une évidence.
12:28C'est vrai que ce sont des risques énormes.
12:30Vous avez même rédigé votre testament.
12:32Oui, plusieurs fois dans ma carrière.
12:34Plusieurs fois.
12:35En fait, alors ça, ce n'est pas du tout pour faire dans le morbide, mais c'est plutôt que...
12:40C'est un peu une sorte de responsabilité que j'ai.
12:42Vu que j'ai une famille, je ne suis pas tout seul.
12:43Si je vivais tout seul, je ne vivrais peut-être pas comme ça.
12:45Mais on n'est tellement jamais assez préparé à ce genre de choses.
12:48Et ça nous arrive quand même, mine de rien, assez régulièrement.
12:50Ça m'est arrivé encore plusieurs fois en début d'automne de perdre des gens que je connaissais,
12:53des gens assez proches.
12:55Eh bien, en fait, c'est tellement brutal en deuil.
12:57C'est tellement difficile dans ce milieu de la montagne, mine de rien.
12:59C'est plus ou moins notre quotidien.
13:00On ne s'y habitue vraiment jamais.
13:02Et je pense que la moindre responsabilité, c'est au moins de dire,
13:05OK, il peut éventuellement m'arriver ça, mais au moins j'ai mis en œuvre les choses
13:10que j'avais dans les mains pour essayer de survenir à ça.
13:14Est-ce que ça vous est arrivé une fois, justement, d'être à deux doigts ?
13:18C'est-à-dire le truc, bon, vous êtes à deux doigts de perdre pied
13:23et de vous récupérer au dernier moment avec une peur ?
13:27Ça m'est arrivé plusieurs fois dans ma carrière,
13:28des moments où vraiment je me suis vu basculer.
13:30J'avais pas mal parlé d'une crevasse au Pakistan l'été dernier.
13:33Je suis tombé dans une crevasse alors que je n'étais pas encordé.
13:34J'étais en train de terrasser le truc.
13:36Et vraiment, le pont de neige, c'est comme si le sol,
13:37le plateau s'effondrait sur nos pieds.
13:39Je suis tombé dans les abîmes.
13:42Avec rien du tout, je n'étais pas encordé.
13:44J'avais mon baudrier, mais j'étais en train de taper la neige
13:46pour terrasser, pour faire une plateforme, pour dormir.
13:50Et finalement, le glacier, c'est ouvert.
13:52Et en fait, j'ai eu énormément de chance.
13:53Je suis tombé dans les abîmes, je suis projeté dans le noir.
13:55Il faut s'imaginer qu'il se passerait, tout va tellement vite.
13:58Donc souvent, on dit, tu as eu des pensées.
13:59Non, je n'ai absolument aucune pensée.
14:00Les fois où ça m'est arrivé, donc ce n'est pas la seule fois,
14:02mais je me rends compte.
14:03Vous tombez sur quoi ? Pardon, excusez-moi.
14:04Vous êtes tombé sur quoi ?
14:05Je me suis arrêté avec énormément de chance
14:07sur une espèce de marche qui doit faire la moitié de cette table-là.
14:11Donc je suis tombé à plavante dessus, ça m'a complètement éclaté.
14:13J'ai fait une dizaine de mètres de chute,
14:14mais sous moi, tout était noir.
14:16Donc j'étais clairement dans les abîmes, j'ai eu une chance inouïe.
14:17Je pense que si je tombais deux mètres plus loin ou deux mètres avant,
14:20beaucoup d'alpinistes, malheureusement,
14:22ont terminé au fond des crevasses.
14:23Ça fait partie du truc.
14:24Donc moi, j'ai eu une chance, mais juste incroyable.
14:27Et en fait, je me suis simplement dit,
14:29je me suis simplement dit, ah, ça y est, c'est maintenant.
14:30Ah oui.
14:31Comme si...
14:32Ah oui, ça devait arriver.
14:33Oui, voilà, exactement.
14:37Quelque part, non, je suppose ?
14:39Pardon ?
14:39Ça vous excite un peu aussi, ce risque, non ?
14:42Oui, c'est sûr que le risque fait complètement...
14:44Parce que si on ne veut pas prendre de risque,
14:45a priori, il ne faut pas faire de l'alpinisme,
14:46mais encore moins de l'alpinisme de haut niveau.
14:48Oui, il y a quand même un goût d'enjeu.
14:48Donc oui, il y a forcément une espèce d'appétence pour le risque
14:52et une petite excitation envers ça,
14:54mais ce n'est pas forcément ce qu'on va chercher en premier lieu,
14:56mais ça fait complètement partie de ces habits.
14:57Vous n'avez pas mis le walk-man dans la crevasse, non ?
15:00Ou les écouteurs ?
15:02Et alors là, pour signer la fin de cette carrière dans l'extrême,
15:06vous avez achevé trois voies d'alpinisme en solitaire
15:09dans trois massifs différents.
15:11Vous êtes allé au Mont-Blanc, dans les Écrins, dans les Pyrénées.
15:13En plus, vous vous reliez à chaque fois ces points-là à vélo,
15:16tant qu'à faire, parce que c'était un peu trop simple.
15:20Et vous dormiez tous les jours en extérieur.
15:22Pourquoi ce projet final en particulier ?
15:24Parce que je voulais...
15:26J'ai passé beaucoup de temps à grimper en solo ou en cordée,
15:29d'ailleurs, dans des faces, et je rentrais.
15:30Et en fait, là, je voulais un projet qui dure un petit peu plus dans le temps
15:33pour tout simplement prendre le temps de réfléchir,
15:35écrire ce livre aussi, parce que j'ai toujours aimé écrire.
15:37Ça a tout le temps fait partie de ma façon de grimper.
15:40C'était un très bon moyen de redescendre, d'écrire.
15:41En descendant, ça me permettait de structurer un peu ma pensée,
15:45de réimaginer ce que je venais de vivre.
15:47Et donc, je voulais, tout au long de ce projet, écrire
15:49et en quelque sorte, être vraiment rassasié
15:52pour être sûr de ne jamais y retourner.
15:54Et donc, voilà...
15:55Et vous relire éventuellement pour vous dire non, c'est bon.
15:57Et c'est exactement ça aussi, parce que j'avais déjà dit,
15:59et je m'inspirais fortement de Walter Bonatti,
16:01qu'à 35 ans, j'arrêtais, j'ai dépassé la date de deux ans déjà.
16:04Et je me suis dit qu'à un moment, c'était bien de savoir
16:05mettre les choses noires sur blanc.
16:07Et vous vous rappelez des galères, parce que vous en avez eu des galères,
16:09des imprévus, forcément.
16:10En même temps, vous y allez aussi un peu pour ça,
16:11notamment ce jour, ça c'est assez étonnant,
16:13où vous avez perdu votre sac à dos.
16:15Le sac à dos s'est décroché,
16:17peut-être parce que la corde a cogné contre un mousqueton.
16:20Et plutôt que de redescendre, éventuellement aller le rechercher,
16:23ou juste de redescendre parce que c'était raisonnable,
16:25vous vous dites, non, je vais continuer.
16:28Oui, alors j'étais dans la dernière phase dans les Pyrénées,
16:30c'est une phase dans laquelle j'allais grimper que deux jours.
16:32Donc je savais qu'il me restait une nuit et une journée.
16:35Donc je savais au-delà de quoi j'allais,
16:37ça va être très compliqué.
16:39Mais je savais que j'allais pouvoir passer la nuit,
16:41survivre en quelque sorte.
16:42Oui, mais dans ce sac à dos, il y avait votre bivouac.
16:44Il y avait tout, il y avait mon bivouac, mon réchaud.
16:45Donc je fais fondre de la neige pour boire et manger,
16:48donc je n'avais plus rien.
16:49Et je n'avais plus de duvet, évidemment,
16:51enfin plus de quoi que ce soit.
16:52Mais quand vous êtes là-haut, vous redescendez comment ?
16:54Là, généralement, je redescends par d'autres voies.
16:56Donc là, j'étais sur le pique du midi de saut,
16:57j'ai grimpé dans la face nord,
16:58donc une voie très raide, plutôt en escalade.
17:00Et je suis redescendu par la voie normale.
17:02En marchant ?
17:03Oui, c'est de la marche.
17:03Il y a quelques rappels, c'est de la marche,
17:05quelques rappels, j'utilise un peu la corde.
17:06Et là, donc, sans votre sac à dos, sans votre bivouac,
17:08vous allez passer 13 heures sur une corde
17:11pour vous isoler de la neige.
17:14Et vous mettiez un réveil toutes les heures, c'est ça ?
17:15Oui, c'est exactement ça.
17:16C'est un peu ce que j'avais fait.
17:17Le piège dans ce genre de choses,
17:19et ça m'était arrivé dans Divine Providence,
17:20c'est de venir s'endormir.
17:21Et si on s'endort et qu'il fait trop froid,
17:23généralement, il peut arriver qu'on ne se réveille pas.
17:25Donc l'idée, c'était de jamais s'endormir.
17:27Le froid mordant fait qu'on n'a pas trop envie de dormir quand même,
17:29on grelotte.
17:31Et je m'étais mis à réveiller toutes les heures,
17:32j'ai des gros problèmes de gelure aux pieds,
17:33depuis des années que je traîne,
17:35donc j'ai des doigts de pieds qui sont un peu en sursis.
17:37Donc il faut absolument que ça circule.
17:38Donc je me levais toutes les heures,
17:39j'étais sur une toute petite marche qui fait 50 cm,
17:42et je faisais des talons-fesses pendant 10 minutes,
17:44histoire de refaire circuler le sang,
17:45et je m'aurais asseyé,
17:46et puis j'attendais, je relottais.
17:47Et juste passer un coup de fil au secours,
17:49ce n'était pas envisageable ?
17:50Non, c'est absolument envisageable.
17:50Déjà, il n'y avait pas de réseau,
17:51et passer un coup de fil au secours,
17:54non, si je décide de me mettre volontairement là-dedans,
17:56je ne vais pas aller appeler les copains
17:57pour qu'ils viennent me chercher.
17:59Pour vos proches, ça doit être...
18:01Mais ils doivent être morts d'inquiétude, non ?
18:03Ils ne savent pas.
18:04Ils ne savent pas qu'il est sur un truc de 50 cm.
18:07Sur le moment, ils ne savent pas.
18:08Ils se mettent forcément une barrière.
18:10Il y a un moment, c'est comme ça.
18:15C'est un montagne depuis gamin que...
18:17C'est-à-dire que c'est votre vie.
18:18Voilà, exactement.
18:19Et de toute façon,
18:19même si on voudrait m'arrêter,
18:21j'aurais quand même grimpé.
18:22Et ça n'a pas été possible
18:24jusqu'à aujourd'hui de faire autrement.
18:25J'envisage de changer un peu les choses.
18:26Et alors, aujourd'hui,
18:27c'est la fin quand même d'un grand chapitre
18:29dans votre vie.
18:31Est-ce que vous savez
18:31de quoi sera faite la suite ?
18:33Parce que vous dites
18:34je vais quand même continuer à aller en montagne,
18:36je vais quand même continuer à grimper un minimum.
18:37Oui, je vais continuer à grimper,
18:38je vais continuer en montagne.
18:39Il y a toujours un sommet au Pakistan
18:40sur lequel j'ai échoué.
18:41Enfin, on avait plusieurs tentatives,
18:43mais en 2023 au K7,
18:45qui est un très beau sommet,
18:46qui est vierge.
18:47Ça, j'aimerais peut-être
18:47dans les années à venir
18:48aller retourner,
18:49encorder avec des copains.
18:51Ah oui, donc ce n'est pas terminé.
18:52Alors, l'alpinisme solitaire hivernal
18:54est terminé,
18:55mais je freine quand même largement.
18:57J'étais dans des projets,
18:58ça faisait huit ans
18:59que je partais tous les étés,
19:00plusieurs fois par an
19:01en expédition en Himalaya,
19:02je restais longtemps.
19:03Et là, c'est la première année
19:03où je me pose un petit peu
19:04et je pense que j'en ai aussi
19:06vraiment besoin.
19:06Donc, il va falloir trouver
19:07d'autres choses pour combler
19:08peut-être un peu ce vide.
19:09Je vais écouter davantage de musique.
19:10Peut-être que ça me calmera un peu.
19:12Depuis tout à l'heure,
19:13je regarde vos mains
19:13parce que les musiciens,
19:14on sait, les guitaristes,
19:15les pianistes,
19:16les doigts sont modifiés.
19:17Est-ce que vous,
19:18vos mains ont changé ?
19:19Mes mains ont...
19:20Oui, j'ai quand même des mains
19:21qui sont un petit peu difformes,
19:22dû à l'escalade notamment.
19:24Forcément, on a les tendons
19:25et ça se déforme un petit peu
19:26avec les années.
19:27Ça vous laisse des traces
19:28sur le corps, forcément.
19:29Oui, exactement.
19:29Mais vous n'avez jamais eu
19:30d'accident vraiment grave,
19:32finalement.
19:32Vous en êtes toujours tiré.
19:34Je m'en suis toujours sorti,
19:34oui.
19:36Sans côte cassée,
19:37sans rien de cassé.
19:37Si, si, je me suis déjà cassé
19:39plein de choses.
19:39Ah si, pardon.
19:40Oui, oui, mais vraiment grave.
19:42Quand on tombe à un plat ventre
19:43de 10 mètres,
19:43à mon avis,
19:44il peut y avoir des conséquences.
19:46Oui, les côtes un peu abîmées.
19:47C'est un peu compliqué, ça.
19:48Mais ça, c'est pas grave.
19:50Vous nous scotchez,
19:51vous êtes très fort.
19:51Charles Duboulos,
19:52Une flamme en hiver,
19:53c'est votre livre.
19:55Et dans un instant,
19:55on va s'intéresser
19:56à une autre merveille
19:58de la nature,
19:59Pascal Obispo.
20:00Et son héritage.
20:03Et il est beau,
20:03cet héritage,
20:04je peux vous le dire.
20:04Un double CD,
20:06un double disque
20:07avec 25 duos.
20:09On va les écouter
20:10dans un instant.
20:11Et vous allez voir
20:11qu'il y a du beau monde.
20:13Et puis,
20:13Emma va tester
20:14une astuce virale
20:15pour remplacer
20:16la matière grasse
20:17par du concombre.
20:18Vous avez hâte, hein ?
20:19Et je m'excuse par avance
20:20pour cette séquence.

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