00:00Good morning business, parole de patron.
00:02Je reçois ce matin Sabrina Goudina, directrice stratégique du développement commercial de Champagne Saint-Philibert.
00:08Bonjour, bienvenue dans la matinale de l'économie.
00:11Présentez-nous déjà pour commencer ces Champagne Saint-Philibert,
00:15où est-ce que c'est situé, quand est-ce que cette marque a été créée,
00:18combien vous avez de salariés, bref, cette entreprise.
00:21Alors Champagne Saint-Philibert, c'est une équipe de 7 personnes,
00:279ème génération de vignerons, on espère perdurer ces générations.
00:33C'est un vrai souci stratégique à l'heure actuelle pour les petites entreprises comme nous.
00:39Et nous sommes basés dans la Marne, à Festigny, valet de Marne,
00:43avec le Pinot Meunier en roi des cépages.
00:47Vous produisez combien de bouteilles par an, qu'on se rende compte à peu près ?
00:49On produit 60 000 bouteilles en tout par an.
00:52Il y a une autre part du business, vous faites uniquement ça ?
00:54Non, il y a une partie vente en bouteille et également une partie vente au kilo,
00:59notamment pour des grandes maisons de Champagne.
01:01Dites-nous un peu le contexte, la situation, comment déjà se portent les récoltes cette année ?
01:06Comment va votre entreprise de façon générale ?
01:09Alors les récoltes cette année, avec un réchauffement climatique assez sévère,
01:15donc du coup nous avons récolté à peu près un mois en avance,
01:19avec un degré d'alcool qui a augmenté de 1 degré sur la moyenne.
01:25Et le contexte économique, en fait il est très sévère, il est très dur,
01:29tout simplement parce que la consommation va très mal,
01:33que ce soit en France ou même à l'international.
01:35Là, à l'heure actuelle, on a un contexte géopolitique qui nous fragilise,
01:40mais également, alors surtout, là on peut parler du contexte en France actuel,
01:45qui est vraiment dramatique.
01:46Alors, parce qu'en fait, le Champagne c'est une consommation de fêtes,
01:50et les Français ne sont pas à la fête.
01:53La perspective des fêtes de Noël n'est pas aussi reluisante que les autres années,
01:59vous sentez une différence sur cette saison ?
02:01Une très grosse différence.
02:02Alors, les différences elles sont sur deux points.
02:05Donc il y a la consommation, mais il y a également les trésoreries qui sont à la baisse.
02:08Là, à l'heure actuelle, en fait, on se rend compte que l'État répond par les taxes.
02:12On taxe. On taxe la personne qui travaille.
02:15Et moi, vraiment, je tiens à témoigner, c'est que les entrepreneurs en ont marre,
02:18mais également les salariés, les gens qui se lèvent le matin,
02:20et il faut faire quelque chose.
02:22Là, vous dites que vous avez sept personnes qui travaillent dans votre vignoble.
02:27Votre situation économique, c'est quoi qui pèse le plus aujourd'hui dans votre activité ?
02:32Ce qui pèse le plus, en fait, c'est la réduction du pouvoir d'achat,
02:36et du coup, qui pèse sur les ventes de Champagne.
02:40Également, alors sur la partie vente au kilo, on peut en parler.
02:43Donc en fait, les grandes maisons de Champagne ont aussi ce souci-là.
02:46Alors on parle de baisse de consommation d'alcool,
02:49mais il y a également aussi une grosse baisse de pouvoir d'achat.
02:52Oui, donc c'est la consommation qui est mise en place.
02:54En fait, le temps qu'on ne réouvrira pas la consommation,
02:58le temps qu'on ne relancera pas la consommation,
03:00mais tout sera en berne.
03:01Et à l'heure actuelle, on se rend compte que les trésoreries sont mises rudes à l'épreuve.
03:04Et on parle de Champagne, mais on parle en fait de tout un contexte autour.
03:08Donc c'est également les gens qui sont dans le bâtiment.
03:11Et j'ai envie de vous dire, toute profession va mal.
03:14Il n'y a pas une profession qui sort du lot.
03:17C'est la situation et les discussions budgétaires,
03:20c'est salve de politiques qui se renvoient finalement à la responsabilité des taxes.
03:27Et chacun doit participer à cet effort.
03:29C'est ça qui vous rend malade ?
03:30Moi en fait, je pense que la réponse taxe, ce n'est pas du tout une réponse.
03:34À l'heure actuelle, on a des manifestations qui vont encore reprendre.
03:37Alors je tiens aussi à le préciser, je pense que c'est une très mauvaise chose de manifester dans les
03:42rues
03:42parce qu'on casse et de toute façon, on nous annonce déjà que c'est nous qui allons payer.
03:45Par contre, moi à l'heure actuelle, ce que j'aimerais, si possible,
03:49c'est pouvoir monter un collectif d'entrepreneurs et de dire,
03:52en fait, on ne déclare pas nos TVA, on ne déclare pas les impôts.
03:57Et alors je ne dis pas qu'il ne faut pas faire ça comme ça.
04:01Le but, ce n'est pas non plus de...
04:02Il y a vraiment ce rejet et c'est de dire, on fait saisir, tant pis, par un huissier,
04:06mais pour l'instant, on bloque.
04:07La feuille de route, elle n'est pas tenue et il faut absolument aider,
04:10alors que ce soit les entreprises, mais également les salariés.
04:13Les salariés vont vraiment très mal.
04:14Et moi, ça me fait mal au cœur de me dire que les gens ont du mal à se lever
04:19le matin à cause de ça.
04:20Il faut vraiment qu'on se bouge pour nos salariés, pour les entrepreneurs,
04:24pour tous les gens qui se lèvent le matin.
04:25On est dans une situation budgétaire terrible, on a une dette colossale,
04:29donc évidemment, les responsables politiques cherchent des économies à faire partout
04:32et des taxes à récupérer de tous les côtés.
04:35J'ai Frédéric Souillot qui évoque l'augmentation du SMIC pour les salariés.
04:39Vous, en tant qu'entrepreneur, une entreprise petite, qu'est-ce que vous répondez à ça ?
04:43Est-ce que vous dites que c'est réaliste ou que c'est absolument impossible de votre point de vue
04:48?
04:48Alors moi, je pense que c'est juste irréaliste.
04:50Enfin, on ne peut pas le faire.
04:52Alors moi, personnellement, je n'ai pas d'employé au SMIC.
04:54Et par contre, en fait, c'est les charges qui ne vont pas derrière.
04:58Il faut savoir que sur une petite TPE comme nous, on a à peu près 65% de charges.
05:0465%, quasi 70%, mais c'est juste à 8 récents.
05:06Et demain, vous enlevez les charges et vous les remettez dans la consommation, ça fonctionnera très bien.
05:12Vous dites que vous ne voulez plus payer ces impôts supplémentaires
05:15et que vous voulez bloquer ces hommes chez un huissier en attendant que la situation se décante.
05:19Elles serviraient à quoi, ces sommes-là, si elles étaient bloquées, quoi qu'il arrive ?
05:22De toute façon, on ne peut pas dire qu'on bloque les paiements.
05:25Ça, on ne peut pas le faire.
05:26Donc, en fait, c'est comme quand un locataire refuse de payer un loyer parce qu'insalubrité, etc.
05:32Qu'est-ce qu'il faut faire ?
05:33C'est déjà une saisie par huissier pour attendre quelque chose, un jugement, quelque chose derrière.
05:38Je pense qu'il ne faut pas le faire n'importe comment.
05:40Maintenant, il faut qu'on s'entoure.
05:42Il faut qu'entrepreneurs, on crée un collectif, un collectif avec tous les syndicats d'entrepreneurs,
05:48le BTP, la viticulture, l'agriculture, tout le monde, l'AGD, etc.
05:52Tout le monde doit vraiment s'y mettre et puis dire qu'on est représenté par un avocat
05:55et après, on voit ce qu'on peut faire.
05:57Malheureusement, il y a des choses qui m'échappent et il faut vraiment qu'on se fasse entourer pour ça.
06:01La présence de beaucoup de syndicats professionnels qui existent déjà n'est pas suffisante ?
06:06Les batailles menées ne sont pas assez efficaces ?
06:09On mène les batailles chacun de notre côté.
06:11Ce qu'il faut, c'est les mener ensemble.
06:13Qu'est-ce que vous attendez du futur candidat à la présidentielle,
06:16même si pour le moment, on n'a absolument aucune idée de qui peut l'emporter ?
06:22Une simplification administrative, une stabilité financière et fiscale ?
06:26Qu'est-ce que vous attendez concrètement ?
06:27Il faut une simplification administrative, effectivement.
06:29une stabilité fiscale, ne pas répondre par la taxe
06:33et surtout à un relent de l'économie, un relent de la consommation.
06:37Et c'est ça, en fait, qui fait vivre un pays.
06:39Là, à l'heure actuelle, on est arrivé à bout de souffle
06:41et en plus, on veut taxer des entreprises qui, à l'heure actuelle, n'ont plus de trésorerie.
06:45Donc, il y a un moment donné, taxer du zéro, ça ne va pas donner grand-chose.
06:48Mais d'autres vous diront que relancer la consommation
06:51passe par relancer le pouvoir d'achat et donc, par exemple, remonter le SMIC.
06:55Est-ce qu'il y a d'autres points sur lesquels agir ?
06:58Je veux dire, chaque acteur économique se renvoie la balle
07:02de qui doit payer et qui doit renflouer les caisses de l'État ?
07:05Outre le fait de bloquer, pour les entrepreneurs,
07:08ces sommes qui iraient vers les impôts supplémentaires.
07:11Vous voyez d'autres solutions ?
07:12Pour moi, c'est juste alléger, en fait, le coût du travail.
07:15Et c'est ça, en fait, qui relancera l'économie.
07:17À l'heure actuelle, vous me dites,
07:19Sabrina, tu payes autant,
07:20mais par contre, il y a plus de sous dans les poches des salariés.
07:23Mais clairement, on relance la consommation.
07:26Pour les années qui viennent,
07:27comment va évoluer votre entreprise ?
07:29Comment vous voyez 2027 ?
07:31On a parlé tout à l'heure des aléas climatiques
07:33qui s'ajoutent à cette situation économique.
07:36Comment vous faites pour faire évoluer ce vignoble,
07:39finalement, à plus long terme ?
07:41C'est de plus en plus dur.
07:42Et je pense que toute entreprise,
07:43à l'heure actuelle,
07:44on n'a aucune vision d'avenir à l'heure actuelle.
07:47C'est très compliqué.
07:48Et même les économistes,
07:49même nos banques,
07:50parce qu'on a quand même des gens qui nous accompagnent.
07:52Et l'interprofession,
07:53ce n'est pas ce que ça va donner.
07:54Après, on dit toujours que sur une année électorale,
07:56c'est compliqué.
07:57Ça, c'est général et ça a été de tout temps.
08:00Et maintenant, après,
08:01qu'est-ce qui va se passer après ?
08:02C'est complètement aléatoire.
08:04Est-ce que ça va changer ou pas ?
08:05Je ne sais pas.
08:06Par contre, moi, ce que je veux,
08:07c'est surtout ce relant de consommation.
08:10Et là, en fait,
08:10il faut arrêter les guerres politiques.
08:12Il faut arrêter la taxation.
08:14Et je suis convaincue
08:15qu'on peut vraiment trouver un dénouement à l'histoire.
08:17Merci beaucoup, Sabrina Gordina,
08:18d'être venue ce matin chez nous,
08:19directrice stratégique
08:20et du développement commercial
08:22de Champagne Saint-Philibert.