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00:03Bienvenue à la Masterclass Bold, co-organisée avec les échos.
00:07Les masterclass sont des moments d'échange et d'inspiration
00:10qui j'espère vous donneront l'envie d'aller encore plus loin dans vos projets.
00:14Je suis Marie-Éloi, j'ai fondé plusieurs réseaux d'entrepreneuriat nationaux
00:19comme Femmes des Territoires et Bouge ta boîte.
00:20Je fais aussi partie des fondatrices du mouvement citoyen mondial
00:23World with Women pour la mixité.
00:26Je suis chroniqueuse aux échos et surtout heureuse d'être avec nous.
00:30Ce soir, nous sommes ensemble pendant 45 minutes
00:33et vous aurez la possibilité à la fin pour les personnes qui sont avec nous aujourd'hui
00:37de poser quelques questions à Delphine Plisson qui est avec nous aujourd'hui.
00:42Le thème de cette Masterclass Bold, c'est comment s'autoriser encore et encore
00:49à se réinventer à chaque étape.
00:52Et Delphine Plisson en est une fantastique incarnation.
00:56Delphine a débuté dans la mode chez Agnès B, Yves Saint-Laurent, Antique Batique
01:02et au sein du groupe SMCP, notamment en tant que DG de Claudie Pierlot.
01:08En 2014, elle fonde la Maison Plisson qui est une épicerie-restaurant hybride,
01:13atypique et très très prisée.
01:16Et fin 2024, elle quitte l'entreprise qui a atteint 140 salariés pour publier son premier roman,
01:22« Laisse aller », c'est une valse aux éditions Jean-Claude Lattès.
01:27En 2025, elle crée 20 ans plus tard un magazine trimestriel destiné aux femmes de plus de 45 ans,
01:36que j'ai adoré, pour lequel elle est co-éditrice, directrice de la publication et rédactrice en chef.
01:43Delphine Plisson est également maman de trois enfants et a notamment été finaliste du Bold Women Award en 2020.
01:51Alors, comment a-t-elle fait pour se réinventer à chaque fois en toute liberté et en bouleversant les codes
01:58?
01:58Comment a-t-elle construit étape après étape ses forces et son parcours entrepreneurial ?
02:03C'est ce que nous allons voir ensemble.
02:06Bienvenue Delphine, bonjour.
02:08Bonjour.
02:09Alors, merci d'avoir accepté cet échange.
02:12Vous avez grandi à Créteil, en Val-de-Marne, avec deux frères.
02:16Une vie un peu austère, selon vos mots.
02:19Mais à 14 ans, et c'est un premier moment clé pour vous, qui va vous ouvrir complètement l'horizon,
02:26vous rencontrez dans votre cité un couple de libraires qui vous montrent qu'on peut entreprendre sa vie autrement.
02:32Oui, qui me montrent en fait qu'ils s'installent effectivement dans cette cité, ce qui était un peu inattendu,
02:37et qui étaient des libraires passionnés, qui n'étaient pas de Créteil, ni même de région parisienne,
02:43et qui se sont implantés à Créteil sans doute un peu par hasard.
02:46Et c'était vraiment un oasis merveilleux où je passais mon temps.
02:50Et effectivement, je me suis rendue compte très vite qu'il y avait mille voies possibles
02:55et que j'allais peut-être éventuellement pouvoir tracer ma route en dehors des sentiers potentiellement déjà désignés.
03:02Et du coup, vous souhaitez faire des études, vous souhaitez d'abord être libraire, grâce à eux ?
03:07Alors, ils m'ont en tout cas inculqué la passion de la lecture, et effectivement, j'ai trouvé ce métier
03:12merveilleux.
03:13Donc, j'en avais assez concrètement envie.
03:16Et puis, la vie a plus d'imagination que nous.
03:20Donc, quand il a été question, après le bac, d'envisager de faire quelque chose de ma vie,
03:25j'ai d'abord essayé de me renseigner pour savoir comment on pouvait devenir libraire.
03:31Je me souviens être allée harceler le monsieur qui tenait à l'époque l'écume des pages, boulevard Saint-Germain,
03:38en lui demandant de m'embaucher, de m'embaucher, de m'embaucher.
03:40Et il m'expliquait qu'il ne pouvait pas m'embaucher, mais qu'il pouvait me former, mais qu'il
03:43ne pourrait jamais me payer.
03:44Et que vous aviez deux contraintes.
03:46Parce que vous êtes la première de votre famille, c'est ça, toute génération confondue, à avoir le bac.
03:51Et en plus, il fallait vivre. Il fallait subvenir à tous vos besoins.
03:54Alors, j'étais la première à avoir le bac.
03:56Et effectivement, il fallait que je finance ma vie.
04:00concrètement, au quotidien.
04:01Donc, libraire, à ce moment-là, ce n'était pas une option concrètement envisageable.
04:06Donc, je me suis renseignée.
04:09J'ai commencé à faire des études.
04:11D'abord, un BTS de commerce international.
04:13Et ensuite, j'ai enchaîné avec l'ESG, qui était une école de commerce.
04:18Parce que tout le monde me disait, si tu veux être libraire, il faut d'abord apprendre à gérer.
04:21Donc, fais des études de gestion, fais des études de gestion.
04:24Donc, j'ai suivi ce petit chemin.
04:26Tout en étant en place de l'air ?
04:28Tout en étant en place de l'air.
04:30C'est un truc dingue.
04:30Parce que moi, je ne savais pas que c'était possible de faire ça en même temps.
04:33Alors, si, c'est plutôt un bon plan.
04:34Je crois que ça existe encore.
04:36Quand on est étudiante, il y a un contrat au test de l'air étudiant, étudiante,
04:41qui permet effectivement de faire partie du personnel navigant commercial d'Air France
04:46et sans doute d'autres compagnies.
04:47Ce qui permet de gagner sa vie en échange de quoi ?
04:50Vous n'avez plus aucun week-end, ni jour férié, ni vacances pendant la durée de vos études.
04:54Mais au moins, vous avez la possibilité de financer vos projets.
04:58Ce qui est plutôt génial.
04:59Je regarde les personnes qui sont avec nous.
05:00Elle a tenu quatre ans sans un jour férié, sans un jour off.
05:05C'est ça ?
05:06Oui, mais ça ne donne pas cette impression.
05:08Parce qu'on voyage, on fait des choses.
05:10Il n'y a pas vraiment de routine.
05:11Donc, loin de moi, l'idée de me plaindre de cette période-là.
05:14Mais avec le recul, je me suis rendu compte qu'effectivement, ça avait été sans doute un peu intense.
05:19Et alors, vous avez une capacité qui va vraiment vous suivre tout au long de votre carrière entrepreneuriale.
05:24C'est la capacité à saisir les opportunités.
05:27Parce qu'on a toutes et tous des opportunités qui nous passent devant.
05:30Et parfois, on les voit.
05:32Parfois, on ne les voit pas.
05:34Parfois, on les voit, mais on n'arrive pas à les saisir.
05:37Et vous, vous avez cette capacité-là, Delphine Cliton.
05:40On va commencer par une petite anecdote.
05:42C'est avant de rentrer à l'USG, vous devez faire un stage.
05:46Vous nous racontez.
05:48Oui, j'ai appris qu'il fallait faire un stage.
05:49Ce que j'ignorais au moment où j'ai réussi le concours de l'USG.
05:53Et quand j'ai téléphoné pour savoir à quelle date était la rentrée,
05:55ils m'ont dit qu'il faudrait quand même déjà faire le stage.
05:57De trois mois.
05:58De trois mois.
05:59Je dis avec plaisir.
06:01Et ils m'ont dit, si vous n'avez pas de stage, et je n'avais pas de stage,
06:05on a encore quelques demandes d'entreprise, dont une à New York.
06:10Génial, New York.
06:11Et donc, à l'époque, la communication se passait par fax.
06:14Donc, j'envoie un fax avec mes coordonnées.
06:16En disant, je serais très heureuse de faire mon stage chez vous.
06:18Et je me trompe d'un numéro dans le fax.
06:21Donc, pour les plus jeunes d'entre vous, le fax, c'est comme le téléphone.
06:24C'est un numéro.
06:25Et donc, j'atterris dans une galerie d'art, alors que je pensais avoir écrit aux chaussures
06:29para-boots.
06:30C'était détenu par des Français.
06:32Et la responsable de la galerie m'appelle, en fait, en me disant, on n'est pas du tout
06:36les chaussures para-boots, mais on cherche quelqu'un si t'es dispo, arrive le plus vite
06:41possible.
06:42Donc, je suis partie trois jours après travailler dans une galerie d'art, ce qui n'était pas
06:45du tout prévu.
06:46Sans logement, sans argent.
06:48Comme beaucoup d'étudiants, mais effectivement, c'était aussi impulsif que joyeux.
06:54Mais après, il a fallu effectivement se débrouiller sur place.
06:57Et pareil, ça se reproduit à nouveau quand vous commencez votre vie active pour avoir
07:04votre premier stage.
07:05À nouveau, vous arrivez à saisir l'opportunité qui se présente et qui n'était pas prévue
07:10au démarrage.
07:10J'ai une copine qui me dit qu'il cherche quelqu'un pour faire un boulot chez Agnès B.
07:18Vous voulez toujours être libraire à cette époque-là ?
07:19Alors, moi, je suis toujours un peu dans ma ligne de nage, mais en même temps, je suis
07:23bien obligée de trouver d'autres options en attendant d'être libraire.
07:28Et donc, cette copine me dit, je crois qu'il cherche quelqu'un chez Agnès B.
07:31Je ne sais pas ce que c'est qu'Agnès B.
07:34Je n'ai pas la moindre idée, mais j'ai l'air de savoir.
07:37Donc, je finis par trouver les coordonnées.
07:39Je passe un entretien.
07:41Et à la fin de l'entretien, Valérie Zidogel, qui est devenue une grande amie et qui a passé
07:45des décennies chez Agnès B, me dit, est-ce que ça vous intéresse de faire un stage sur
07:50le marché de la mode enfantine ?
07:52Elle m'aurait demandé n'importe quoi, ça m'intéressait.
07:54J'avais envie de bosser, j'avais envie d'apprendre.
07:57Donc, je me suis plongée avec passion dans la mode enfantine.
08:01Et je suis revenue un mois plus tard avec mon rapport de stage.
08:05Et elle m'a dit, c'est super, c'est exactement ce qu'il fallait.
08:08Vous irez en boutique chercher une robe.
08:10Moi, je pensais que j'allais être payée, donc j'étais un peu déçue.
08:12J'adore !
08:14Mais bon, j'ai une robe que j'ai toujours d'ailleurs, que je garde précieusement.
08:17C'était mon premier salaire d'une certaine façon.
08:20Et puis, quelques semaines plus tard, elle m'a rappelée en me disant, mais tu fais quoi
08:23en fait, finalement ?
08:25J'ai dit, là, je vais chercher du travail, j'ai fini mes études.
08:28Elle m'a dit, écoute, génial, bienvenue à bord, tu feras partie de l'équipe Agnès B.
08:33Donc, je me suis retrouvée chez Agnès B en tâtonnant un peu, parce que pour le coup,
08:36je ne savais vraiment pas ce que c'était que cette maison.
08:39Et en étant rémunérée cette fois-ci ?
08:40Cette fois-ci, en étant même rémunérée.
08:42Et donc, vous avez gravi les échelons ?
08:45Oui, alors Agnès B, c'était au début des années 90.
08:49C'était une maison très familiale et pleine de succès.
08:54C'était une maison qui dominait un peu le marché de la mode à l'époque,
08:57qui était un peu le début de la mode aussi.
08:59Il n'y avait pas énormément de concurrence.
09:01C'était une marque très agile, très puissante.
09:05Et il y avait beaucoup de femmes qui travaillaient chez Agnès B.
09:08C'était assez féminin déjà.
09:09Et en fait, on se cooptait beaucoup.
09:11Et quand on avait envie d'un job, parfois, on essayait de passer en disant,
09:15j'aimerais bien faire ça.
09:17Et en l'occurrence, moi, j'avais envie de m'occuper du développement de la marque en Asie.
09:21Et j'ai eu le malheur un jour de dire, j'aimerais bien m'occuper du développement de la marque
09:25en Asie.
09:25Et je me souviens que le patron de l'époque m'avait dit,
09:27ah ouais, c'est marrant parce qu'on cherche quelqu'un,
09:29mais on cherche un homme de 35 ans avec de l'expérience en Asie.
09:33J'ai dit, ah, alors effectivement, je n'ai pas toutes les compétences.
09:36Mais en attendant que vous trouviez l'homme de 35 ans avec de l'expérience en Asie,
09:40vous ne voulez pas que j'essaye ?
09:43Vous avez proposé.
09:44Oui.
09:45Alors, chez Agnès B, on pouvait à cette époque-là.
09:47Il y avait cette notion de si vous avez…
09:49Et ça m'est resté parce que je crois que c'était super de leur part de dire,
09:54si vous avez la motivation et l'envie, vous avez déjà une grande partie des qualités requises pour le job.
10:01Et donc, je me suis retrouvée à m'occuper du développement d'Agnès B en Asie du Sud-Est,
10:04ce qui était génial, épuisant, mais génial.
10:07Et après, il y a eu Yves Saint-Laurent, Antique Batik.
10:11Oui.
10:11Et il y en a eu d'autres.
10:13Oui.
10:15Et tout ça, sans pour l'instant avoir l'imaginaire de l'entrepreneuriat qui était peu présent dans ces époques
10:22-là.
10:22À cette époque-là, il y avait peu de femmes qui entreprenaient.
10:25Je n'avais pas spécialement cette envie.
10:28J'étais bien, moi.
10:30J'aimais bien ce que je faisais.
10:32J'aimais surtout les gens avec qui je travaillais.
10:34J'ai effectivement passée d'Agnès B à Saint-Laurent.
10:37C'est des cultures d'entreprises extrêmement différentes, des codes différents.
10:41Mais j'avais la sensation d'apprendre.
10:43Donc, le quotidien était toujours aussi galvanisant.
10:45Et puis, le temps passe vite.
10:48Et au bout de 20 ans dans la mode, je me suis rendue compte que j'avais peut-être la
10:52sensation de moins apprendre,
10:54en tout cas de moins être alignée avec ce que devenait le secteur.
10:57Et donc, arrive 40 ans.
10:59Arrive 40 ans.
11:00Vous êtes directrice générale de Claudie Pierlot.
11:02Quand vous êtes arrivée, il y avait trois points de vente.
11:06Oui.
11:07Et vous êtes à 40 ans.
11:10Il y en avait 30.
11:11Vous avez multiplié par 10 quasiment les points de vente.
11:12Après, je n'étais pas toute seule.
11:13Non, évidemment.
11:14D'abord, il y avait une équipe.
11:15Et puis, la marque faisait partie du groupe qui est devenu le groupe SMCP,
11:19qui est quand même réputé pour être assez puissant.
11:22Et donc, oui, c'était une période aussi où le développement rapide faisait partie de la stratégie de ces maisons.
11:28Mais là, vous vous sentez de moins en moins à votre place ? C'est là où l'entrepreneuriat vous
11:32titille ? Ça se matérialise comment ?
11:35Alors, je me sens de moins en moins à ma place, mais l'entrepreneuriat ne me titille pas forcément.
11:41Je commence à me poser des questions sur ce que va être la prochaine étape.
11:45Ça, c'est certain.
11:47Et puis, je cherche d'abord dans quelle boîte je pourrais aller travailler.
11:52La librairie, c'est un peu éloigné entre temps parce que je me rends compte qu'à part monter une
11:56librairie,
11:57ça va être compliqué d'être salariée dans une librairie.
12:00Je fais mon deuil petit à petit, tout en me disant peut-être plus tard.
12:03Et puis, il s'avère que j'ai passé une période de ma vie à New York et qu'il
12:08y avait une marque, une maison qui s'appelait Dinen De Luca à New York, que j'adorais.
12:12Je vois les têtes qui hochent.
12:14Donc, on est connu Dinen De Luca, oui.
12:18Et c'était un endroit que j'adorais et qui avait pour principale qualité de rendre l'expérience client merveilleuse
12:25quand il s'agissait de s'alimenter au quotidien et d'avoir la sensation d'avoir accès à des produits
12:30un peu particuliers et assez incroyables.
12:32Il s'avère que je suis hyper gourmande, bien plus gourmande que férue de mode.
12:37Et qu'à ce moment-là de ma vie vers 40 ans, je me suis dit, ça fait quand même
12:4120 ans que je pense qu'un jour, il y aura un Dinen De Luca français et que quelqu'un
12:46va le faire.
12:48Et à ce moment-là, je me dis, pour l'instant, personne ne l'a fait.
12:52Donc, tiens, si je prenais le temps de réfléchir à ce que je ferais, si je le faisais moi, mais
12:58de façon très détachée.
13:00Je prenais des notes, je regardais des documentaires, je lisais des bouquins, je me renseignais, je rencontrais des personnes, mais
13:05je le faisais un peu comme un hobby.
13:07Puis, à force de le faire comme un hobby, au bout de quelques mois, j'avais écrit un bouquin.
13:12Vraiment une sorte de… En gros, la présentation exhaustive, hyper précise de tout ce que j'aurais pu imaginer si
13:20j'avais monté ce projet.
13:21Avec un business plan ?
13:22Alors, du coup, j'ai fait un business plan. Le business plan, je suis discrètement à le faire challenger par
13:26des gens du secteur que je ne connaissais pas.
13:28Je disais, c'est mon neveu qui a fait ça. Moi, j'étais déjà Claudie Pierlot, donc j'étais bien
13:32cachée.
13:34Et puis, à force d'en parler, de challenger, etc., un jour, j'ai fini par le présenter à mes
13:39patrons de l'époque,
13:41donc au patron de la SMCP, en leur disant, j'ai une idée dans la tête, j'aimerais quand même
13:46avoir votre avis.
13:47Et le lendemain, ils m'ont envoyé des textos en disant, on sera avec toi, vas-y, fonce, quoi.
13:52Mais vous y alliez dans l'optique de vraiment vous lancer ?
13:55Pas du tout. Je voulais savoir s'ils trouvaient le projet intéressant, mais je n'avais pas concrètement envisagé de
14:01tout quitter pour me lancer dans ce projet-là,
14:03qui n'existait pas et qui engageait beaucoup de choses, parce qu'il allait falloir quitter le salariat pour l
14:09'entrepreneuriat.
14:10Je n'avais jamais monté de boîte, je n'avais jamais envisagé de monter une boîte, donc il fallait que
14:14je reparte vraiment de zéro.
14:17Et quand ils vous disent, c'est une super idée, il faut que tu y ailles, quand ils vous disent
14:21ça ?
14:21Ça me terrorise.
14:23C'est sûr.
14:24Ça me terrorise parce que je me suis dit, il va vraiment falloir que je le fasse maintenant, en fait.
14:29Un peu comme si j'avais appris la danse dans mon salon, dans une école de danse tranquillement,
14:34et qu'un jour, on me dit, il y a un spectacle samedi.
14:36Ouh ! J'avais la sensation de ne pas être prête, et puis c'était impressionnant quand même de se
14:43dire,
14:44bon, je vais peut-être y aller en fait, je vais peut-être le faire moi finalement, ce projet qui
14:48me fait rêver depuis si longtemps.
14:50Et comment vous avez sauté le pas ?
14:52Comme tout le reste, un jour à la fois.
14:55C'est-à-dire que je n'ai jamais eu la sensation de faire des virages incroyables, de tout quitter,
15:00etc.
15:00En fait, je quitte tout et je recommence à zéro à chaque fois, mais dans la vraie vie, il ne
15:05se passe pas comme ça.
15:05À la vraie vie, on prépare, on a le temps de gamberger un peu, et puis les choses commencent à
15:09se construire un petit peu,
15:10puis un petit peu plus, et puis on s'entoure, et puis on y va, quoi.
15:13Donc, un an plus tard, après avoir présenté le dossier à vos patrons, c'est ça ?
15:18Vous y allez, et la Maison Plissons née.
15:21Oui, en 2015.
15:23En 2015, qui est à la fois une épicerie fine, de produits artisanaux rassés, et puis un restaurant de saison,
15:31et ça fonctionne.
15:33Oui, en fait, j'avais tellement envie que ce projet existe.
15:38Je me suis évidemment beaucoup engagée, et puis j'avais rencontré Jean-Luc Colonna, qui s'occupait de Merci à
15:44l'époque, et de plein d'autres projets.
15:45Et j'avais été le voir en lui disant, qu'est-ce que tu en penses ? Est-ce que
15:49ça peut être une bonne idée ? Etc.
15:50Il m'avait dit, écoute, parle-en à tout le monde.
15:53Personne ne te piquera ton idée, c'est un peu un mythe, c'est ton projet, parle-en beaucoup, et
15:58surtout, n'écoute personne.
16:01Ah, alors, d'accord, très bien.
16:04Et en fait, ça a marché.
16:05Il m'avait dit, parle-en à tout le monde, parce que si tu n'en parles pas, d'abord
16:09monter une boîte,
16:10toutes celles qui l'ont fait, savent, ou qui sont en train de le faire, savent que c'est épuisant.
16:15Et très isolant, en fait.
16:18Donc, il m'avait dit, si tu en parles à tout le monde, ça va te mettre, tu vas garder
16:21l'énergie,
16:21tu vas rester dans le projet, tu vas finir par le construire.
16:25Si tu restes isolé et que tu n'en parles pas, tu risques de t'épuiser, tu vas t'en
16:28lasser,
16:28il y aura d'autres envies, etc.
16:30Et puis, bon an, mal an, un jour à la fois, j'ai fini par trouver le financement, le lieu,
16:35l'équipe,
16:35et surtout, grande joie, j'ai traversé toute la France de long en large et en travers pour aller chercher
16:41les produits.
16:42Donc ça, c'était vraiment génial.
16:44Et ça a ouvert et ça a eu du succès.
16:46Après, oui, ça a eu du succès tout de suite, mais je pense que c'est quand même parfois comme
16:51ça,
16:51quand il y a un projet au bon moment, au bon endroit.
16:54Alors, ça n'a pas été calculé pour,
16:56mais on a eu la chance d'arriver à un moment donné où je pense que tout le monde commençait
17:01à se poser des questions sur la qualité de son alimentation,
17:04sur l'impact de l'alimentation sur la santé, y compris la santé mentale.
17:09Et tous ces sujets commençaient à être un peu plus importants.
17:12Et l'idée de créer un lieu qui ne soit pas le fruit d'un grand groupe industriel ou d
17:17'un grand groupe tout court,
17:19que ce soit un projet indépendant et puis qu'on soit une équipe aussi solidaire et enthousiaste,
17:25je pense que ça a transpiré du projet et que la marque, le lieu se sont imposés assez vite.
17:33Mais je crois que tout le monde aime manger.
17:35Donc, il y avait aussi un truc de très fédérateur.
17:38On a joué dans un champ où tout le monde peut se retrouver et aimer ça.
17:43Il y avait à la fois une opportunité et puis vous avez reçu le meilleur conseil possible.
17:48C'est effectivement d'en parler à tout le monde parce que ça permet d'affiner l'idée, d'être
17:52challengée, d'être mise en lien.
17:54C'est vraiment le meilleur conseil.
17:56C'est vrai, vous l'avez dit, on a toujours peur que l'idée soit piquée.
17:58Mais finalement, c'est comme ça qu'on avance.
18:00Et puis tout le monde revient vers vous en disant alors t'en es où de ton idée, donc ça
18:03oblige à avancer.
18:04Ça, c'est vraiment très malin de vous avoir donné ce conseil-là.
18:07Oui, j'en suis très reconnaissante à Jean-Luc Colonna.
18:09Oui, toujours.
18:11Et donc, ça fonctionne bien puisque vous ne cessez de grandir jusqu'à être à la tête de deux maisons
18:16plissons et cinq petits plissons.
18:19Vous avez 140 salariés.
18:21C'était une forte croissance.
18:24Qu'est-ce qui a été le plus incroyable dans cette aventure ?
18:27L'humain, de loin.
18:29L'humain, les producteurs, les équipes, les clients.
18:32Ça, c'est génial de se lever tous les matins et de savoir qu'on va avoir des gens super.
18:35Des gens qui sont contents d'être là.
18:37Et puis, on était porteurs de sens quand on représentait 800 fournisseurs artisanaux dans toute la France, même en Europe.
18:45Donc, ça, c'est merveilleux de pouvoir donner une vitrine à tous ces producteurs, les respecter, faire en sorte qu
18:52'on soit limpide pour eux,
18:54que les clients s'y retrouvent, soient reconnaissants d'avoir un lieu où ils savent que tout ce qu'ils
18:58vont trouver sera bon pour eux
19:00et soutiendra aussi des producteurs, les équipes au milieu.
19:04Non, non, j'ai adoré cette dimension-là plus que tout autre.
19:07Et le plus terrible, c'était quoi ? Le plus difficile ?
19:10Dans cette première vraie expérience entrepreneuriale ?
19:13Elle a été assez frontale.
19:14Le plus difficile, ça a été les conséquences du Covid.
19:18Oui.
19:20Le Covid a été un choc, mais je pense que pour tout le monde, même ceux qui n'ont pas
19:26d'épicerie ou de restaurant.
19:28Ça a été un choc parce que ça a été une surprise, que ça a été frontale, que ça a
19:30été violent.
19:32Mais pendant le Covid, nous, on est restés ouverts à 50% parce qu'on avait épicerie et resto.
19:36Le resto avait interdiction de rester ouvert, mais l'épicerie avait obligation de rester ouvert.
19:40Donc, on était complètement schizo.
19:42On passait notre temps à essayer de pallier les manques du restaurant à l'épicerie.
19:46On a monté un site Internet en trois jours.
19:48On a essayé de trouver tout un tas d'idées.
19:50On faisait les photos de nuit.
19:51On mettait en ligne le matin.
19:53On était complètement habité par le fait d'essayer de faire tout ce qu'on pouvait pour que ça se
19:58passe bien.
19:59À la sortie du Covid, il y a eu un autre confinement.
20:03À la sortie du premier confinement, il y en a eu un second, puis un troisième, etc.
20:06On s'épuisait financièrement et physiquement et moralement
20:10parce qu'on voyait bien quand même que ça allait être extrêmement compliqué d'être encore là à la fin.
20:16Et quand le dernier…
20:17On voyait l'impasse, c'est ça, qui arrivait ?
20:19On voyait surtout les contes fondre à vue d'œil.
20:22Oui, c'est ça.
20:22Ça, c'était assez concret.
20:24Et on voyait aussi qu'on n'avait pas tellement de ressources par ailleurs.
20:28À un moment donné, on jouait du violon sur le pont du Titanic, assez concrètement, sans champagne.
20:35C'était à ses premiers degrés comme situation.
20:38Et à la sortie du dernier confinement, il fallait renflouer les caisses.
20:43Je suis partie dans tout Paris essayer de trouver des investisseurs,
20:47sachant que des personnes qui avaient envie d'investir dans la restauration
20:51ou la distribution alimentaire à la sortie des confinements, ce n'était pas légion.
20:56On vous écoutait ?
20:57On m'écoutait.
20:58C'était la première fois que vous alliez faire une levée de fonds ?
21:00Ah non, non, non, je l'avais fait dès le départ, oui.
21:03Ça ne m'impressionnait pas beaucoup parce que je représentais la boîte, les salariés, les fournisseurs.
21:10Donc moi, j'étais vraiment très, très, très motivée à l'idée de trouver des solutions.
21:14Et on a fini par trouver une solution avec un groupe industriel
21:18qui, dans le patron, aimait sincèrement la marque et le travail qui avait été fait.
21:22Et donc, les choses se sont faites au tribunal.
21:25Alors, je recommande énormément cette expérience qui est très remplie d'humilité,
21:31qui ne fait pas peur du tout.
21:34Mais ça fait partie des joies de l'entrepreneuriat, parfois.
21:37C'est-à-dire en redressement ?
21:39Oui, on est passé en redressement, plus en liquidation et la boîte a été reprise en liquidation.
21:44Le groupe a repris la boîte, ce que j'ai vu, évidemment, comme quand même une lueur d'espoir
21:49parce que tout n'était pas foutu.
21:52Je suis devenue consultante de la boîte que j'avais créée.
21:56J'y croyais à fond, je n'avais aucun problème avec le fait d'être consultante.
21:59Enfin, ça me plaisait que ça continue.
22:02Et juste, qu'est-ce qui a convaincu l'investisseur d'investir chez vous ?
22:07C'est quoi ? C'est du relationnel, de la confiance ? C'est des chiffres ?
22:11Qu'est-ce qui convainc à ce moment-là, alors qu'on sait que c'est difficile ?
22:14Ça ne doit pas être les chiffres.
22:15À ce moment-là, l'histoire de la Maison Plissot, on est vraiment dans une situation complexe.
22:20Je crois pouvoir dire qu'il aimait vraiment la marque.
22:23Je sais qu'il était venu dans les différentes adresses.
22:27Ça lui parlait.
22:28Oui, ça lui parlait et je pense qu'il aimait la marque.
22:31Il voyait le potentiel aussi autour de la marque.
22:34Moi, j'avais beaucoup d'idées, beaucoup d'envie encore, etc.
22:36Donc, on en avait beaucoup parlé et ça s'est fait quand même.
22:41Après, ça restait un mariage de raison.
22:44Et un mariage de raison, parfois, ça ne marche pas.
22:49Avec des cultures ?
22:50Culture d'entreprise très différente, des équipes avec des process
22:55qui n'étaient pas forcément idéalement adaptés à notre projet.
22:58Et réciproquement, on ne parlait pas les mêmes langues.
23:03Moi, j'étais habitée par ce projet.
23:05Je voulais qu'il existe et je voulais qu'il dure, je voulais qu'il se développe.
23:08Et puis, à un moment donné…
23:11Vous avez un exemple, par exemple, qui ne fonctionnait pas, de différence de culture ?
23:16Ça ne veut pas dire qu'il y en a une qui était bonne et l'autre moins bonne, mais
23:19c'est juste un choc.
23:20C'est juste qu'on faisait un métier avec des artisans.
23:24On travaillait exclusivement avec des artisans, quasiment exclusivement des artisans.
23:28Ça demande, ne serait-ce qu'en comptabilité, une organisation agile,
23:32parce que les artisans n'ont pas tous des adresses mail.
23:36Alors, c'est aussi simple que ça, en fait, la communication au quotidien avec les gens avec qui on travaille.
23:40Dans un groupe, ce n'est pas possible de travailler avec des gens qui n'ont pas de mail
23:44et de s'adapter, entre guillemets, à des process.
23:47Et puis, on avait fait des erreurs aussi.
23:49Il y avait des choses qui marchaient moins bien.
23:51Il y avait des choses qu'il eût fallu faire autrement auparavant, ce qu'on n'a pas fait non
23:54plus.
23:57Personne n'est vraiment responsable de quoi que ce soit.
24:00Il s'avère qu'on est tous responsables un peu de beaucoup de choses.
24:02Moi, la première, parce que c'est de la boîte que j'avais montée.
24:05Mais à un moment donné, effectivement, la greffe, finalement, n'a pas pris et je suis partie.
24:11Au bout de deux ans ?
24:12Au bout de cette période-là, au bout de deux ans, oui.
24:15Et là, on peut imaginer votre état d'esprit, parce que vous avez tout fait pour que ça continue.
24:21Vous déjeunez avec une copine, j'adore ce moment-là.
24:23Qu'est-ce qu'elle vous dit ?
24:25Je déjeune avec une copine.
24:26Alors moi, je ne suis pas dans un état d'esprit.
24:27Je suis un peu sidérée d'être partie et de voir ce projet, etc.
24:34Et en même temps, je suis tellement fatiguée qu'il y a quand même un peu un soulagement aussi de
24:40me dire,
24:41bon, on va respirer un peu maintenant.
24:43Mais tout est embrouillé.
24:45Effectivement, je déjeune avec une amie qui me dit « Waouh, tu devrais écrire, prendre des notes, ça te fera
24:53du bien plus tard de garder une trace de cette expérience. »
24:58Et puis voilà, prendre du recul, essayer de digérer tout ça.
25:01Donc le lendemain, comme je ne suis pas du tout d'une nature entière et obsessionnelle, je m'y mets
25:05à fond et je me mets à écrire, à écrire, à écrire.
25:08Et ça sort dans tous les sens.
25:10Le jour, la nuit, je n'arrive plus à m'arrêter d'écrire.
25:13Il n'y avait pas de question de légitimité d'écrire, c'est parti directement ?
25:16Alors, j'ai écrit sans penser une seconde que le texte serait publié.
25:19J'ai écrit uniquement parce qu'elle m'avait donné cette idée et ça m'a fait du bien d
25:23'écrire.
25:23Donc, j'ai continué à écrire.
25:25Et puis, au bout de quelques 3-4 semaines, je lui ai envoyé un texto en disant « T'avais
25:29raison, ça m'a fait énormément de bien, merci beaucoup.
25:32Ah, ça m'a soulagée, je vais bien maintenant, je vais repartir, je vais voir ce que je vais faire,
25:37etc. »
25:37Et elle me dit « Tu peux me l'envoyer ? »
25:39Je lui ai dit « Je ne l'ai même pas relu, c'est vraiment, c'est sorti en 3
25:44-4 semaines. »
25:46Pas certaine que ce soit passionnant.
25:48Elle me dit « Envoie-le-moi. »
25:49Et je lui ai envoyé.
25:52Je n'ai pas eu une nouvelle pendant 2-3 semaines et je me suis dit « Ça doit être
25:56vraiment pourri. »
25:57Et elle n'ose même pas me le dire.
26:00Et vraiment, en même temps, je n'avais pas du tout d'attente par rapport à ce texte.
26:04Et en fait, elle m'a rappelé en me disant, je l'ai fait passer, elle est elle-même éditrice
26:08de métier.
26:09Il faut le préciser quand même.
26:11Mais je n'aurais jamais imaginé qu'elle en ferait quoi que ce soit, pour le coup.
26:15Et elle l'avait présentée à Véronique Cardi, donc la boss de Jean-Claude Lattès.
26:20Et un jour, on m'a téléphoné en me disant « Véronique Cardi aimerait vous rencontrer. »
26:23Je me suis dit « Ah, ok, super sympa, elle va me donner des conseils. »
26:27C'est quand même une immense chance.
26:29Je trouvais ça incroyable de générosité.
26:33Et je me suis retrouvée dans son bureau, hyper intimidée, au Jacob.
26:38Vraiment toute tremblante pour le coup, ce qui m'arriverait rarement.
26:41Et je suis ressortie avec un contrat pour publier le bouquin.
26:44Je suis remontée sur mon vélo en me disant « Sérieusement ? »
26:48C'est incroyable quand on sait à quel point c'est difficile d'éditer un livre.
26:52Oui, après, avec tout le respect que j'ai pour les personnes qui publient des livres,
26:58là, il y a eu un chemin qui a fait que c'est arrivé à ce résultat.
27:03Ce qui a plu à Véronique Cardi, je le sais,
27:06c'est surtout l'énergie, je crois.
27:11C'est ce qu'elle m'a dit.
27:12On aime pour une fois qu'un bouquin est écrit par une chef d'entreprise
27:17qui ne nous raconte pas à quel point ça a été facile,
27:19parfois un peu compliqué.
27:20Et à la fin, c'est génial.
27:23Et tout est formidable.
27:25Et la vie est belle, etc.
27:25Là, elle me dit « Tu racontes la vérité. »
27:27Je pense que ça peut faire écho et ça peut être utile.
27:31Donc, ça s'appelle « Laisse aller, c'est une valse. »
27:35Jean-Claude l'atteste et vous recevez plein de messages
27:39suite à la publication de ce livre qui vous font un bien fou.
27:44Ça a tombé drôlement bien parce que je suis la meilleure thérapie du monde.
27:50Oui, il y a un truc déjà avec l'objet livre
27:52qui est un objet qui est respecté de fait.
27:55Vous dites que vous avez fait un bouquin,
27:57même si personne ne sait de quoi ça parle.
27:59C'est un bouquin, ça se respecte.
28:00Et après, il y a les réseaux sociaux aujourd'hui.
28:03Donc, les femmes qui l'ont lue, parce que nous ne nous voulons pas la face,
28:0690% d'électrices en général sont des femmes.
28:10Les femmes qui l'ont lue et qui l'ont appréciée
28:11m'ont envoyé des messages hyper gentils.
28:13Et celles qui ne l'ont pas aimée ne m'en ont jamais parlé.
28:16Donc, ça, c'est super.
28:18Je recommande l'exercice.
28:19Ça fait un bien fou à l'égo.
28:21Et ça m'a maintenue hors de l'eau beaucoup.
28:24Et ça m'a donné, évidemment, des ressources
28:26et un certain enthousiasme.
28:28Oui, évidemment.
28:29Et à la même période, ou peu après, vous rencontrez votre compagnon.
28:33Oui.
28:35Romain Joubert.
28:36Oui.
28:36Éditeur de magazine qui est dans la salle, en plus.
28:39Et vous le partagez.
28:41Vous êtes assez dépité, voire contrarié,
28:43parce que vous participez à une masterclass sur l'entrepreneuriat
28:46qui n'est pas celle-ci, je tiens à préciser.
28:49Et vous en sortez, oui, vraiment contrarié.
28:52Oui, c'était quelques mois après notre rencontre.
28:54Évidemment, je savais que Romain était éditeur.
28:56Et je le regardais travailler.
28:57Il a imaginé ce magazine qui s'appelle Vieux,
29:00avec Antoine Decaune,
29:02et qui est un magazine pour lequel j'avais énormément de respect,
29:05parce qu'il a réinventé complètement les codes de l'édition de magazine.
29:08Et ça marche du feu de Dieu.
29:10Donc, je trouvais ça hyper impressionnant, hyper audacieux.
29:13Et je le regardais travailler.
29:15Et lui me disait, mais ça te plairait
29:18qu'on fasse quelque chose ensemble dans ce domaine-là, etc.
29:21Et je me sentais absolument pas légitime.
29:23Ça, ça n'a jamais été un tel problème dans ma vie,
29:26puisque j'ai changé de métier, de secteur professionnel souvent.
29:30Donc, la légitimité, je sais que ça s'acquiert.
29:32Donc, on peut travailler.
29:34Mais je n'étais pas super à l'aise avec l'idée que ce soit mon prof.
29:37C'était mon amoureux.
29:39Donc, je trouvais ça un peu bizarre de travailler avec mon amoureux.
29:43Et puis, on en parlait quand même régulièrement.
29:47Ils m'en reparlaient régulièrement.
29:48Et puis, effectivement, au bout de quelques mois,
29:51j'interviens dans une masterclass.
29:52Je suis là pour parler d'entrepreneuriat et vie de femme, etc.
29:56Et puis, au bout d'une heure de discussion,
30:01on demande au public s'il y a des questions.
30:05Et une femme lève la main et elle me regarde.
30:07Elle me dit, vous êtes ménopausée ?
30:11Et je me suis dit, sérieuse ?
30:14Je me suis dit, ah, d'accord.
30:16En fait, finalement, ce qui va me définir, là, c'est la ménopause.
30:21Et effectivement, j'ai gentiment répondu à cette personne
30:24en lui expliquant que j'avais vu pas mal de choses dans ma vie,
30:27comme tout le monde, et qu'on était là pour parler de ça.
30:29Et que je trouve ça merveilleux, la libération de la parole, etc.
30:32Mais que j'ai pas pour autant envie d'être définie par un état hormonal de passage.
30:38Et quand je suis rentrée, effectivement, à la maison, j'ai dit à Romain,
30:41waouh, c'est quand même dommage.
30:42Parce que quand j'avais 15, 20 ans, je lisais un magazine qui s'appelait 20 ans,
30:49qu'on a toutes lues, je crois,
30:51et qui parlait de tout ce qu'on a retenu de cette période de notre adolescence.
30:56Ça parlait de la mode, ça parlait de musique, ça parlait de voyage un peu, etc.
30:59Ça parlait de tout sauf de la puberté, par exemple,
31:02qui pourtant nous occupait sans doute pas mal.
31:04Mais c'est bizarre, c'est effectivement pas ce qu'on a nécessairement retenu.
31:09Et en discutant avec Romain, à un moment donné, il m'a regardée,
31:13il m'a dit, ben, j'ai trouvé une idée, là, en fait, 20 ans plus tard.
31:19Donc, ce magazine que j'ai dévoré.
31:23En fait, l'idée est effectivement partie de notre envie de faire quelque chose ensemble
31:30et de mon envie de créer un média que j'aurais envie de lire, déjà.
31:36Vous aviez envie d'entreprendre à ce moment-là ?
31:38Après le livre, vous aviez envie d'être dit, je vais entreprendre à nouveau ?
31:42Ou en fait, c'est venu comme ça ?
31:43Ben, comme souvent, c'est la rencontre qui a provoqué ce chemin-là.
31:48Et le besoin.
31:49Et ce besoin, ensuite, de tâtonner, de me renseigner.
31:55Et surtout, ce constat, moi, j'ai 55 ans.
31:59Comme toutes les femmes de 55 ans, j'adore la presse écrite.
32:03En tout cas, j'adorerais la presse écrite.
32:05Et aujourd'hui, j'ai beaucoup de mal à me retrouver sur les couvertures
32:09ou dans les sommaires des magazines féminins.
32:11Et donc, je me suis un peu éloignée de la presse écrite féminine.
32:15Et donc, je me suis dit, si ça m'arrive à moi, on est peut-être finalement quelques-unes.
32:19D'autant plus qu'il y a quand même 20 millions de femmes qui ont plus de 45 ans en
32:22France.
32:23C'est une femme sur deux.
32:24Donc, en y réfléchissant, on s'est dit qu'on allait, un, créer le magazine qu'on avait envie de
32:29lire
32:29pour se faire s'entourer de femmes sensiblement du même âge
32:34qui auraient envie de transmettre leur expérience, leur savoir-faire, leur énergie surtout,
32:39à travers un contenu riche, puisque 140 pages, c'est un trimestriel.
32:44Donc, on a le temps et la place de proposer des enquêtes, des reportages, des interviews,
32:50des recettes, des escapades, même des jeux maintenant.
32:53Un contenu très riche qui ne parlera jamais de l'âge.
32:57Jamais.
32:58Mais si vous lisez, vous avez 18 ans, il y a des sujets qui vont vous passer à côté.
33:02Mais si vous avez 40 ans et plus, il y a de bonnes chances que vous vous y retrouviez,
33:06voire même que ça vous intéresse.
33:08Et qui se comporte un peu comme, ce qu'on a voulu faire, c'est regrouper des femmes
33:14comme dans un dîner de femmes, où on sait bien, quand on est entre nous,
33:18qu'on parle autant de choses graves que de choses futiles,
33:21mais qu'on en parle toujours entre nous avec du sérieux sur l'info,
33:25de la tendresse sur le ton et de l'humour, parce que l'humour, ça fait quand même tout passer.
33:30Donc, on voulait ça.
33:31On voulait un magazine fait par des femmes, dans lesquels les femmes et les lectrices
33:37puissent se reconnecter à la presse écrite, retrouver le plaisir de prendre du temps pour elles,
33:43de prendre du temps long, de s'éloigner des réseaux,
33:46de s'accorder cette petite parenthèse lors d'un transport en commun, un voyage,
33:51juste une chaise longue parfois, et de se dire,
33:53waouh, qu'est-ce que ça fait du bien le papier quand même, non ?
33:56Et ça ne vous faisait pas peur d'aller dans une nouvelle direction ?
34:01Parce que la mode, vous n'y connaissez rien et vous avez commencé par hasard, finalement, chez NSB.
34:09Tout ce qui était restauration et épicerie, c'est pareil, vous avez plongé direct.
34:14Et là, le magazine, vous vous dites, en fait, finalement, c'est un autre secteur
34:17et je vais réussir à prendre chemin faisant ou vous n'êtes pas posé cette question-là ?
34:23Bon, il y avait Romain, déjà, donc je savais que je ne partais pas toute seule.
34:29Apprendre, ce n'est pas quelque chose qui me fait peur, au contraire.
34:32Et puis, je suis entourée d'une trentaine de femmes extraordinaires qui sont dans toute la France.
34:38Donc, on est aussi, je pense que c'est la seule fois qu'un média collabore avec autant de journalistes
34:43qui ne sont pas que parisiennes, loin s'en faut.
34:46Céline Roy qui offre ce merveilleux poster de Pilates via Lyon.
34:51D'autres vivent à Saint-Jean-de-Luz, à Metz, à Marseille, à Bordeaux.
34:55Et justement, j'adorais l'idée qu'on soit une équipe et qu'ensemble, on arrive à tricoter ce magazine
35:00qui parlera de ce qu'est nos vies, ce que sont nos vies et ce qui nous anime.
35:05Et cette chance qu'on a d'avoir environ 50 ans, voire plus, en France aujourd'hui.
35:10Donc, vous êtes mise à parler chemin de fer.
35:13Oui.
35:14De comment on structure un magazine, c'est ça ?
35:18Oui.
35:19Chemin de fer, rencontrer des directeurs artistiques, travailler sur une maquette.
35:24Oui, construire un projet.
35:26Et c'est vraiment se réinventer.
35:28Et en même temps, c'est assez fantastique dans votre parcours.
35:31C'est comme un puzzle.
35:32C'est comme si avec ce projet, toutes les pièces se mettaient ensemble.
35:36Le rêve d'être libraire, finalement, d'être dans l'écriture.
35:41L'entrepreneuriat, toute votre expérience d'entrepreneuriat, de management, d'inventer un nouveau style de vie, de changer les codes.
35:49En fait, tout se met en place.
35:52En tout cas, l'envie de donner une nouvelle perception des femmes.
35:58Et changer le regard, en tout cas.
35:59Et des magazines.
36:00Et puis, à chaque fois, de changer de regard.
36:02À chaque fois, vous repartez de zéro.
36:04À chaque fois, vous découvrez des nouveaux secteurs.
36:07Et puis, comme vous ne venez pas de ce secteur-là, finalement, vous n'avez pas les codes.
36:11Et c'est assez pratique de pouvoir les contourner et les réinventer.
36:15Non, ce n'est pas ça ?
36:16Oui, ça donne une certaine liberté, évidemment.
36:18Puisque quand on ne sait pas, on imagine.
36:20Quand on imagine, on tricote, on construit, on avance.
36:23Et puis, on voit ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas.
36:25Là, le magazine 20 ans plus tard, c'est un peu particulier.
36:28Parce que c'est comme un aboutissement.
36:30En réalité, j'ai travaillé dans la mode, j'ai travaillé dans la cuisine, dans l'alimentation.
36:33J'ai écrit un bouquin.
36:33Donc, finalement, tout se goupille et tout maintenant est dans le magazine.
36:38Donc, à la fois, je me sens légitimée à ma place et heureuse de travailler comme ça.
36:44Et en même temps, ce magazine arrive à un moment donné où je suis ma propre cible et où je
36:50suis entourée de femmes.
36:52Il compose vraiment un magazine qu'on est heureuse de lire et de partager.
36:58Donc, c'est quand même assez merveilleux, quoi.
37:01Oui, c'est un chemin qu'on ne peut pas imaginer au départ, en fait.
37:03C'est pour ça, d'où l'intérêt aussi de suivre son intuition et de saisir les opportunités.
37:08Et j'aimerais bien maintenant aller sur ce point-là avec vous.
37:13Parce que dans votre parcours, comme dans l'entrepreneuriat de manière générale,
37:17il y a plusieurs enseignements qui sont essentiels pour se réinventer.
37:21Il y a les opportunités.
37:22On en a parlé.
37:23À chaque fois, vous avez réussi à…
37:24Alors, je ne sais pas si c'est à chaque fois, mais en tout cas,
37:26celles que vous avez saisies sont décisives dans votre parcours.
37:29Et ça, c'est vraiment clé aussi de l'entrepreneuriat,
37:32mais de l'entrepreneuriat entreprendre sa vie, qu'on soit salarié ou entrepreneuse.
37:35C'est savoir détecter les opportunités et les saisir.
37:39Il y a l'intuition.
37:40J'aimerais savoir aussi quelle est la place de l'intuition dans votre parcours entrepreneurial.
37:45Elle est immense.
37:46Oui, elle est immense.
37:49Les chemins que j'ai pris, vous parliez d'opportunités.
37:52Effectivement, les opportunités, on en a toutes, tous, au quotidien, régulièrement, etc.
37:56L'intuition, elle se déclenche ou elle ne se déclenche pas.
38:00C'est-à-dire qu'à un moment donné, il peut y avoir 20 projets,
38:03et puis il y en a un où on va sentir qu'il réveille quelque chose,
38:07une envie, un désir, un besoin même, qui fait qu'on sait qu'on va y aller.
38:13Et vous la suivez ?
38:14Oui, toujours.
38:14Vous l'écoutez ?
38:15Toujours, en tout cas, dans les limites du raisonnable, oui.
38:21Autre élément essentiel, l'argent.
38:24S'acculturer, le prendre en main, c'est quelque chose que vous avez fait,
38:27notamment à travers votre expérience en tant que salarié.
38:32Puis, maisons-plissons avec les levées de fonds, l'investissement.
38:36Et là, c'est quelque chose dont vous parlez aussi, dans votre magazine ?
38:40Oui, dans le magazine, on parle aussi, justement, de ces sujets dont on parle peu,
38:44dans la presse féminine, et qui font pourtant complètement partie de nos vies.
38:48Donc, on parle autant en reconversion professionnelle que gestion de patrimoine,
38:52par exemple, avec une journaliste financière, Héloïse Bolle,
38:55qui, effectivement, depuis 30 ans, s'attache à informer les femmes sur leurs droits,
39:00sur les outils, sur l'évolution des ressources dont on peut disposer pour organiser notre patrimoine,
39:08gérer nos sous, en faire quelque chose, s'organiser quand ils viennent à manquer,
39:13ou les investir quand ils sont disponibles.
39:17C'est des sujets qui sont peu disponibles dans la presse féminine,
39:20et pourtant, on sait à quel point c'est central.
39:24Et vous, votre rapport à l'argent, parce que pour être capable de se réinventer à chaque fois,
39:29de quitter, de relancer en partant de zéro, la notion de sécurité financière, notamment ?
39:36Elle est à la fois très prégnante et pas dominante.
39:43C'est-à-dire qu'elle est très prégnante parce que j'ai des enfants,
39:46que je suis responsable de leurs besoins et d'assumer mes responsabilités à leur égard, entre autres,
39:54mais pas dominante parce que je ne pense pas qu'on puisse se lancer dans l'entrepreneuriat
40:00en imaginant une seconde que la sécurité va être au bout du chemin.
40:03Donc, il faut savoir parfois avancer sans filet.
40:07Alors, ça stimule, ça motive, ça oblige.
40:09Et puis, parfois, il faut s'organiser pour continuer à avancer en attendant que les choses se réorganisent, justement.
40:19Et vous m'avez dit, quand on a préparé cette masterclass, je n'ai jamais eu de sécurité,
40:24donc finalement, je n'avais rien à perdre.
40:26Ah ben ça, c'est sûr que c'est un luxe.
40:27Ça, je suis convaincue que c'est un luxe.
40:29Je n'ai jamais eu de sécurité financière, ça, c'est certain.
40:32J'ai quand même été au tas de l'air, il faut vraiment, soit il faut adorer ça,
40:37soit c'est pour des raisons strictement financières, ce qui était mon cas.
40:43Mais évidemment, quand on n'a jamais eu de filet, on avance et on ne se pose pas la question
40:47de savoir si on a quelque chose à perdre.
40:49On n'a rien à perdre, donc on ne peut qu'avancer, construire et essayer de faire en sorte d
40:54'être contente de la vie qu'on mène.
40:55Et un autre renseignement aussi, c'est s'auto-autoriser.
40:59Vous êtes beaucoup autorisée à aller dans de nouvelles directions, vers de nouveaux chemins ?
41:05Oui, je crois que ce sera de plus en plus le cas des femmes de ma génération et des suivantes.
41:09C'est-à-dire qu'on est en train de se rendre compte qu'on peut faire plein de choses,
41:14en particulier à partir de cet âge merveilleux qui est 45-50 ans.
41:18Quand on a eu des enfants, ce qui est mon cas, ils commencent à être un peu plus indépendants.
41:22Normalement, on gagne un peu mieux sa vie à 50 ans qu'à 18.
41:26Donc, on peut faire des choix, on peut essayer de moins subir et on peut donc s'autoriser à éventuellement
41:32tracer des chemins
41:33qui n'étaient pas nécessairement les précédents, ni ceux qui pourraient être attendus par qui que ce soit.
41:40Et un mot que j'aime beaucoup et qui correspond bien à cette masterclass, c'est la liberté,
41:45pour pouvoir se réinventer en toute liberté.
41:47Mais ça a un prix.
41:49Alors, c'est un grand mot, la liberté.
41:53Effectivement, à la fois c'est un grand mot et en même temps c'est le plus grand des luxes.
41:57Mais ça a un prix, oui.
41:59Effectivement, j'ai pris la liberté de recommencer ma vie professionnelle régulièrement.
42:05J'en connais le prix.
42:06Si c'est à refaire, je ferais la même chose.
42:08Mais il faut se muscler au fur et à mesure de la route.
42:10C'est quand même quelque chose qui demande des ressources sans doute au départ.
42:14Et après, oui, de savoir s'entourer, de savoir bien pédaler.
42:19La route est longue.
42:21C'est quoi le prix ?
42:22Le prix, c'est l'isolement, la solitude, la peur.
42:25Mais ce n'est pas très cher payé par rapport à ce que ça apporte.
42:29C'est-à-dire l'estime de soi, la sensation de se réaliser, en tout cas d'essayer.
42:34Quand on a une envie de monter un projet, etc.
42:38Ce n'est pas le cas de tout le monde non plus.
42:39Tout le monde n'a pas ce désir-là intrinsèquement.
42:42Mais quand on l'a, s'auto-autoriser et accepter le prix de cette fameuse liberté.
42:50On sait que beaucoup de personnes pensent que l'entrepreneuriat c'est génial.
42:53On peut travailler d'où on veut, quand on veut.
42:54En fait, on travaille juste partout, tout le temps.
42:56Mais c'est l'image qu'on s'en fait et ça fait partie de ces projets-là.
43:02Moi, j'adore avoir fait ce choix-là.
43:05J'ai adoré toutes les étapes de construction de ma vie professionnelle.
43:08Et je suis encore plus heureuse d'être où j'en suis aujourd'hui.
43:11Et la peur ? Vous avez eu peur pendant toutes ces étapes ?
43:14Sans doute, mais ce n'est pas ce que j'ai retenu.
43:17Sans doute parce que ça protège la peur.
43:20Mais d'abord, je ne suis pas très sujette à la peur, à part devant les films.
43:26Dans la vraie vie concrète, j'essaye d'éradiquer la peur en essayant d'avancer,
43:32de construire quand il y a un danger, de trouver des solutions.
43:36J'essaye de ne pas me laisser dépasser par la peur.
43:39J'essaye de ne pas lui laisser trop de place.
43:40On va terminer par un petit portrait chinois.
43:42Je vais vous demander de regarder cette caméra-là, Delphine Citton.
43:45Il fait de vous une entrepreneuse heureuse.
43:49Aujourd'hui, le sentiment d'accomplissement, de réalisation,
43:54de le faire avec mon amoureux, je trouve ça merveilleux.
43:58Comment tenir sans s'abîmer ?
44:01Tenir, justement.
44:02Quand on tient, on est dans l'action.
44:03Quand on est dans l'action, on avance.
44:04Quand on avance, on est plutôt heureux.
44:08Et puis apprendre à se connaître, à se respecter aussi,
44:12à savoir faire des pauses, à savoir se ménager.
44:15Ménager la monture.
44:16Vous faites des pauses ?
44:17Ça m'arrive, oui, bien sûr.
44:20Hyper important.
44:21Ce que vous avez le plus appris dans le management ?
44:26Qu'ensemble, on est plus fort.
44:29Et que le poisson pourrait toujours par la tête.
44:33Quand il y a un problème dans une boîte, souvent, quand on est le boss,
44:35ce n'est pas idiot de regarder les dernières décisions qu'on a prises,
44:39ou les orientations, je trouve que le parfum d'une boîte se sent à distance.
44:46Et que c'est important de le considérer, d'y faire attention.
44:52Ce qui vous fait traverser les périodes les plus dures ?
44:57L'amour, l'amour, vous avez mieux ?
45:00L'amour, les enfants, un verre de vin aussi, sans doute.
45:05Une coupe de champagne, pardon.
45:08C'est plus approprié ici.
45:09Une vraie coupe de champagne, évidemment.
45:11Les codes que vous êtes fiers ou que vous seriez fiers de bouleverser ?
45:16Les codes que je serais fiers de bouleverser ?
45:19Ce n'est pas forcément mon ambition.
45:21Ce qui m'intéresse, c'est d'arriver à entraîner.
45:26Là, avec 20 ans plus tard, j'ai vraiment soif de convaincre
45:33des femmes qui pourraient penser que 45-50 ans, c'est un peu le bout.
45:38Qu'en fait, non, le bout est loin devant, contrairement à ce qu'on nous fait croire.
45:4220 ans, c'était super, mais 20 ans plus tard, c'est vachement mieux.
45:45Et le meilleur est à venir.
45:48Est-ce que vous aimeriez dire à Delphine, 14 ans, à Créteil ?
45:53Accroche-toi, ma grande.
45:55Et aux entrepreneurs qui sont avec nous, ou aux femmes de manière générale ?
46:01Accrochez-vous, c'est quand même une aventure merveilleuse.
46:04Mais elles passent par des montagnes russes qui font partie…
46:08Il faut aimer les montagnes russes.
46:10Il ne faut pas aimer trop le confort.
46:12Il faut aimer se sentir vivant.
46:15Et donc, ça passe aussi par de grandes émotions régulièrement.
46:26Donc, merci Delphine Clisson pour vous suivre Instagram.
46:30Et bien sûr, dans tous les kiosques avec le trimestriel 20 ans plus tard.
46:34Merci aux équipes de Bold, des Echos, potes preneurs pour cette masterclass.
46:40J'espère qu'elle vous donnera l'envie de soulever des montagnes.
46:43Et puis, terminons cette masterclass avec la citation de Goethe qui correspond si bien à votre esprit et à celle
46:50de Bold.
46:51Quoi que tu rêves d'entreprendre, commence-le.
46:53L'audace a du pouvoir, du génie, de la magie.
46:56Merci à toutes.
46:57Merci.
46:57Applaudissements