00:0116h18, Pascal Proé-Vous sur Europe 1.
00:04Julien, avec qui nous étions avant 16h30 et qui avait envie de réagir.
00:09Vous êtes surveillant pénitentiaire, vous êtes dans quelle région ?
00:12Vous avez le droit de le dire ou vous préférez que ce soit anonyme ?
00:16Non, je peux le dire, sachant qu'en plus j'ai un mandat syndical là où je suis,
00:22donc là j'ai aucun souci là-dessus. Je suis sur l'Occitanie.
00:26– Est-ce que vous sentez sur le terrain une société plus fracturée, plus violente qu'elle ne l'était
00:33?
00:33Je ne sais pas depuis combien de temps vous travaillez dans les prisons,
00:36mais c'est un laboratoire, forcément une prison, Julien ?
00:38– Tout à fait, tout à fait.
00:40Alors moi je suis rentré dans l'administration pénitentiaire en 2014
00:44et depuis maintenant deux ans, je travaille dans un service d'extraction judiciaire.
00:49Donc en fait, je fais le même travail que nos deux collègues,
00:52malheureusement décédés au péage d'Incarville.
00:55Et oui, clairement, oui, depuis, on a vu un glissement de toute façon,
01:00alors que ce soit déjà d'un point de vue de la population pénale,
01:02on a vu un glissement avec une population pénale de plus en plus vindicative,
01:07que ce soit avec nous sur le terrain, que ce soit avec, également,
01:11parce qu'on travaille étroitement avec la police,
01:13quand ils viennent les chercher en détention pour les emmener en garde à vue
01:17ou pour des auditions.
01:18Et puis il y a aussi un autre facteur aussi, depuis quelque temps,
01:21qui se développe de plus en plus,
01:23c'est que nous sommes sur la voie publique de plus en plus apostrophés,
01:28suivis, insultés, voire des fois avec des tentatives de légères collisions
01:35quand nous sommes dans les villes.
01:38Enfin voilà, il y a vraiment une haine qui se développe de plus en plus en France.
01:43Et ça, malheureusement, ça a été un glissement qui a commencé depuis 20-30 ans
01:48et qui a connu une accélération depuis 10 ans.
01:51C'est indéniable.
01:53On a le sentiment d'un engrenage.
01:55Ça fait plusieurs fois que j'utilise ce mot.
01:58Et cet engrenage inquiète.
02:01Ah mais clairement, là on est, la roue a tourné doucement au début
02:06et puis là finalement, elle est en train de perdre les pédales
02:09et puis elle est en train de s'accélérer.
02:11Et le problème, c'est que cette situation, pour moi,
02:15vient aussi d'un fait que depuis 10 ans, 20 ans, 30 ans,
02:19on a refusé à chaque fois de nommer les choses
02:24tout de suite en se cachant de fachos, etc.
02:28Non, tout ça est un équilibre.
02:30Le socle commun sur lequel tout le peuple français doit s'établir,
02:35c'est un socle où il y a d'un côté le social
02:39qui est inévitable et utile.
02:41Là-dessus, personne ne dira le contraire.
02:43Mais le côté sécuritaire, en fait, a été complètement balayé.
02:48Et je le dis, que ce soit par la gauche et aussi par la droite,
02:54parce qu'il ne faut pas l'oublier quand même que les années Sarkozy
02:56ont vu aussi un certain nombre de postes enlevés dans la police
03:00qui aussi les a fragilisés au niveau du renseignement, au niveau du terrain.
03:04Aujourd'hui, on peut saluer, moi je salue en tout cas,
03:08mes confrères de la BAC dans le 78,
03:11qui font quand même partie d'un groupement
03:14qui veut être dissous par certains candidats à la présidentielle
03:17et qui aujourd'hui, sans eux,
03:18et bien cette personne aurait pu faire beaucoup plus de dégâts.
03:22C'est vrai qu'on le dit depuis 16h, la BAC.
03:24On peut rappeler d'ailleurs, les gens entendent ce mot BAC, Stanislas,
03:28on peut rappeler ce qu'est la BAC,
03:31qui intègre la BAC et comment elle fonctionne ?
03:35Alors ce sont des brigades anti-criminalité,
03:37c'est leur terme consacré,
03:39qui sont en fait spécialisées pour faire notamment de l'interpellation
03:42dans le cadre du flingue en délit.
03:43Ils sont aussi formés d'ailleurs aux violences urbaines,
03:45c'est intéressant de le rappeler,
03:47puisque souvent ils interviennent pour aller interpeller des,
03:50alors appelons-les comme on veut, manifestants, émeutiers,
03:54c'est le terme consacré plutôt en ce moment,
03:56et qui sont aussi amenés à porter secours,
04:00parce qu'ils ne font pas que de l'activité répressive,
04:02c'est important de le rappeler.
04:04Et je salue aussi le courage des collègues de la pénitentiaire,
04:08parce que je sais que leur travail est extrêmement difficile,
04:10je sais que d'ailleurs,
04:12quand M. Darmanin avait créé les nouveaux quartiers
04:15de lutte contre la criminalité organisée,
04:18beaucoup d'ailleurs de vos collègues, cher Julien,
04:20ont été suivis jusqu'à leur domicile,
04:22il y a des établissements pénitentiaires qui étaient menacés,
04:25donc le climat d'ultra-violence,
04:27c'est vrai qu'il s'est installé en toute impunité dans la société,
04:31et nous on dit que la violence,
04:33elle devrait être une cause nationale,
04:35et qu'en fait il faudrait un jour essayer la fermeté.
04:38Un jour essayons la fermeté.
04:39– Et ces gens qui travaillent à la BAC,
04:42qui sont des policiers d'élite,
04:44je ne sais pas si c'est le terme qui convient,
04:46ils sont généralement jeunes,
04:47parce que ça demande une forme physique,
04:51bien sûr, parce que tu es amené à courir parfois,
04:55et ce sont donc des jeunes inspecteurs ?
04:58– Alors non, en fait, ce sont pour la plupart du temps des gardiens de la paix,
05:02c'est-à-dire le corps d'encadrement et d'application,
05:04ils passent des tests,
05:06et ils ont une habilitation notamment,
05:08qui est dans un certain temps, je dirais, confortée,
05:13ils ont des formations notamment continues,
05:16alors quand c'est possible,
05:17parce que ça aussi c'est le parent pauvre,
05:20évidemment de la police nationale,
05:22c'est la formation continue dans nos rangs,
05:24et surtout ils sont parfois un appui extrêmement important
05:28pour les collègues par exemple du Servi Général,
05:31de la police secours de voie publique,
05:34parce que quand sur le terrain ça devient compliqué,
05:36qu'on est en sous-nombre par exemple,
05:38et bien c'est bien de pouvoir savoir compter sur les autres.
05:40Alors nous on n'utilise pas le terme d'élite,
05:43parce qu'on essaie de ne pas faire de hiérarchie,
05:46il y a des groupes d'intervention qui sont surentraînés,
05:48et puis qui interviennent sur les situations les plus à risque,
05:51comme le RAID, les BRI, le GIGN,
05:54et puis il y a les brigades anticriminalités,
05:56qui je le rappelle encore une fois,
05:57sont formées aussi pour notamment intervenir
06:01sur ce qu'on appelle de la tuerie de masse,
06:03et ça aussi, ça permet de montrer que,
06:06je dirais, les collègues heureusement qu'ils sont là,
06:08heureusement qu'ils sont engagés.
06:09ais ?
06:09Alors là,