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  • il y a 2 jours
Claire Léost, romancière et DG de CMA Media, a enquêté dans un service de soins palliatifs et suivi une biographe hospitalière. Son métier ? Proposer aux personnes en fin de vie d’écrire le livre de leur vie, qui sera remis à leurs proches.

De cette immersion, Claire Léost en a fait un roman lumineux “J’écrirai votre histoire” (Éditions JC Lattès). Un hommage à la dignité et au pouvoir des mots.

Et vous, connaissez-vous ce métier peu connu ?

Journaliste : Clémence Majani d'Inguimbert

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Transcription
00:00On rit beaucoup avec les personnes en fin de vie parce qu'il n'y a plus de filtre.
00:04Par exemple, il y a une petite dame qui me parlait de tous ses amants.
00:07Elle me disait par exemple, j'ai aimé trois hommes dans ma vie,
00:11mais aucun d'entre eux n'est le père de mes enfants.
00:13Vous trouvez ça drôle ?
00:15Elle ne m'a pas dit ça devant les enfants parce que les enfants venaient beaucoup lui rendre visite,
00:18mais on a beaucoup rigolé toutes les deux.
00:22Salut Lou, je suis Claire Léost.
00:24Aujourd'hui, je vais vous parler d'un métier très particulier, le biographe hospitalier.
00:28Ce que j'ai voulu raconter dans mon roman « J'écrirai votre histoire »,
00:32c'est à quel point l'hôpital, ce n'est pas un lieu de mort et de tristesse.
00:35C'est un lieu de vie, c'est un lieu de joie.
00:38J'ai suivi une biographe hospitalière qui s'appelle Valeria Milewski,
00:41qui a inventé ce métier il y a 20 ans à l'hôpital de Chartres.
00:44Un biographe hospitalier, c'est quelqu'un dans les hôpitaux qui accompagne les malades qui vont mourir
00:50et qui leur propose d'écrire le livre de leur vie qui sera ensuite remis à leurs proches.
00:56Donc concrètement, qu'est-ce que ça veut dire ?
00:57Le malade va passer des séances avec le biographe
01:01pendant lesquelles il va lui raconter des épisodes de sa vie.
01:03Ça peut être son enfance, ça peut être son travail, son mariage.
01:07Et ce qui est intéressant dans la biographie hospitalière, c'est que ça a des vertus curatives.
01:12C'est-à-dire qu'on se rend compte que les malades en fin de vie, souvent,
01:14ils en ont marre, ils n'ont plus de projet, ils ont envie d'abandonner, ils n'ont plus de
01:18force.
01:18Et à partir du moment où ils se mettent à écrire leur histoire,
01:21on les voit physiquement, qu'ils regagnent de l'énergie.
01:23Donc en fait, ce qu'on appelle le pouvoir des mots, souvent on a cette image,
01:27on dit que les mots ont un pouvoir.
01:28Là, on le voit vraiment physiquement sur les corps des malades.
01:31Ils disent quoi les malades en fin de vie ?
01:33Alors il y a des choses qui reviennent dans chaque cas et qui sont très frappantes.
01:38Par exemple, ils parlent de leurs parents.
01:39C'est-à-dire qu'à la fin de sa vie, on ne parle pas de son mari, on ne
01:42parle pas de ses enfants.
01:44On parle de ses parents comme si on bouclait la boucle, comme s'ils venaient nous chercher.
01:49C'est-à-dire que ceux qui nous ont mis au monde, finalement, viennent nous chercher pour nous emmener peut
01:53-être ailleurs.
01:54Par exemple, j'ai croisé un très vieux monsieur qui avait sûrement perdu son père depuis 30-40 ans
01:59et qui m'a dit « avant de mourir, il faut que j'aille à la pêche une dernière fois
02:02avec papa ».
02:03Et la deuxième chose, c'est la question de savoir qu'est-ce qu'on laisse à sa famille.
02:08Donc est-ce que laisser sa biographie, c'est dire la vérité ?
02:12Sachant que la vérité, parfois, ça fait mal et elle n'a pas forcément à être connue de tous.
02:16Donc le biographe, il doit faire ce travail de sélectionner ce qu'on dit, ce qu'on ne dit pas,
02:21ce que la famille va savoir, ce qu'elle ne va pas savoir, ce qu'on va garder, ce qu
02:23'on ne va pas garder.
02:24J'ai un exemple d'une petite dame de 90 ans qui, au moment de sa, quelques jours avant sa
02:28mort,
02:28lit son livre et elle se met à pleurer.
02:31Elle dit à la biographe « mais tu sais, ce n'est pas du tout mon livre parce qu'il
02:34manque Maurice ».
02:35Et alors la biographe, elle a passé dix séances avec elle, elle n'a jamais entendu parler de ce Maurice.
02:41Et en fait, la petite dame lui explique que Maurice était son premier amour,
02:45dont elle a été séparée à 16 ans parce qu'il est parti à la guerre.
02:48Il est mort fusillé par les Allemands.
02:50Il lui a envoyé une lettre juste avant de mourir qu'elle a gardé toute sa vie sous son matelas.
02:55Et elle n'en a jamais parlé ni à son mari, ni à ses enfants.
02:57Et au moment de mourir, elle remet la lettre à la biographe en lui demandant de remettre la lettre
03:03ensuite à son mari et à ses enfants.
03:05Elle dit « ils doivent savoir cette histoire ».
03:08Des sujets comme ça, il y en a plein parce qu'évidemment, on est tous très complexes et on a
03:12tous des secrets.
03:13Et la famille, elle dit ça comment ?
03:15Alors la famille, il y a tous les cas.
03:17Il y a des familles qui refusent en disant « mais pourquoi tu vas raconter nos histoires à un inconnu
03:23ou une inconnue ? »
03:24Il y en a certaines, c'est l'inverse, elles vont être trop invasives.
03:27C'est-à-dire qu'elles vont vouloir être présentes à toutes les séances et elles vont dire
03:30« ah mais elle ne vous a pas parlé de la tante Ginette ou de la nounou qui nous a
03:35élevées ».
03:35Et donc la biographe, en fait, elle a besoin d'avoir des moments seuls avec le malade où la famille
03:40n'est pas présente
03:41parce qu'en fait, ce n'est pas la biographie de la famille, c'est la biographie du malade.
03:44Donc le malade raconte à peu près ce qu'il veut.
03:46Donc la famille, le mieux, c'est de la garder à bonne distance.

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