00:00J'ai un souci depuis le début de cette émission parce que j'ai noté un certain nombre de mots
00:03que vous avez prononcés.
00:04Écoute, la justesse des procédures, l'égalité, ne pas ligoter les libertés, la justice, le dialogue.
00:11J'entends les mots que vous prononcez ce soir.
00:14Moi, je me souviens de vous en 2006, Dominique de Villepin.
00:16J'étais reporter au moment du CPE, du contrat première embauche, qui était un contrat destiné aux jeunes Français.
00:21Une bonne partie des Français, à l'époque, dénonçaient votre brutalité.
00:26La brutalité de la mesure, la brutalité du 49-3 pour la faire passer, la brutalité du maintien de l
00:32'ordre.
00:32On se souvient des CRS à la Sorbonne, ça avait fait scandale.
00:35C'était la brutalité de Dominique de Villepin qui faisait la une des journaux à l'époque.
00:39Une brutalité toute relative, M. Switek.
00:42Ou alors, peut-être que dans votre mémoire, vous avez romancé votre jeunesse.
00:46Parce qu'il n'y avait rien de comparable aux scènes que nous voyons aujourd'hui.
00:51Rien de comparable.
00:52Et les chiffres sont là.
00:54On ne peut pas citer à l'époque 1000 policiers ou gendarmes blessés et 8000 interpellations.
01:02La politique de l'interpellation, aujourd'hui, elle masque une incapacité à prévoir, à se renseigner.
01:08Donc, non, ne comparons pas les choses, c'est facile.
01:11Et puis, surtout, je vais vous rappeler quelque chose.
01:14C'est que moi, je l'ai retirée, cette mesure, M. Switek.
01:17Et que j'ai réfléchi depuis.
01:18Après avoir fait défiler dans les rues de France, entre 1 à 3 millions de personnes.
01:23Oui.
01:241 à 3 millions de personnes.
01:25Le droit de manifester s'est exprimé à cette époque.
01:28Ça a pris des mois.
01:29La loi a été votée.
01:31Et avec Jacques Chirac, nous avons convenu qu'on ne pouvait pas imposer,
01:37dès lors qu'une majorité ne voulait pas de cette mesure,
01:40on ne voulait pas imposer cette loi.
01:42Alors, je vous fais remarquer que ce n'est pas ce qu'Emmanuel Macron a décidé sur la réforme des
01:47retraites
01:47et qu'il a fallu attendre beaucoup, beaucoup plus tard.
01:49Donc, la démocratie dans notre pays, c'est une éternelle leçon.
01:55Le problème, c'est qu'on ne peut pas considérer que la mémoire des uns ne doit pas être transmise
02:00aux autres.
02:00Mais donc, vous avez appris de cette époque-là ?
02:01Bien sûr.
02:02Moi, je n'ai pas cessé d'apprendre de mes erreurs.
02:04Et j'en ai commise.
02:05Mais j'apprends aussi à bonifier ma compréhension, à augmenter mon regard, à accroître ma capacité d'écoute.
02:14Je crois que l'exercice du pouvoir, et vous voyez, c'est là où il y a quelque chose d
02:18'un peu étonnant pour moi,
02:20qui voit les partis politiques se préparer les uns les autres à travers différentes écuries
02:24à la grande conquête du pouvoir pour 2027.
02:28C'est que l'exercice du pouvoir, voyez-vous, ce n'est pas quelque chose qui s'apprend dans les
02:34livres.
02:35Et aujourd'hui, tous les partis politiques sont entièrement mobilisés pour la conquête.
02:39Et c'est là où le grand vide va les saisir.
02:42Le jour où Mme Le Pen, M. Mélenchon, je crois qu'il n'a aucune chance,
02:47mais quelqu'un d'autre, arrivant à l'Élysée, n'auront aucune préparation ou idée de la façon de gérer
02:55les choses après.
02:56Et ce que je voudrais, c'est que les Français se mettent dans la situation de se dire
03:01« Très bien, il y a les promesses, on sait ce qu'elles valent, mais il y a aussi des
03:07réalités,
03:08il y a aussi une exigence, et ce que je dis, c'est qu'un responsable politique,
03:12ou une responsable politique aujourd'hui, qui ne serait pas épris d'équilibre, de mesures,
03:17qui ne voudrait pas tenir les deux bouts de la corde, l'ordre républicain et la justice sociale,
03:23et qui ne prendrait pas en compte l'exigence de croissance et de développement,
03:27eh bien celui-ci n'aurait pas, ou celle-ci, n'aurait pas la bonne boussole.
03:31On avance.
03:32Sous-titrage Société Radio-Canada
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